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Full text of "Revue De Psychiatrie 9.1905 Michigan"

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University of Michigan - BUHR 








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REVUE 

DE 

P SYCHIATRIE 


9° ANNEE 


1905 


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TABLE ANALYTIQUE DES PRINCIPAUX ARTICLES 
PUBLIES DURANT LANNEE 1905 


REVUES CRITIQUES : 

Lucien Picqud. Les infections iatentes d'origine uterine chez les 
nouvelles accouchees et leur importance en ntedecine mentale. De la 
folie viscerate, 1. 

G. Marinesco. Recherches sur le pigment jaune des cellules ner-j • 

veuses, 45. t - - V 

Henri Pteron. Les recherches de psychologie scoluire et pddagogi- * “ • 
que, 93. 

Pactet. La folie dans les prisons, 133. 

L. Marchand. Du role etiologique de la* syphilis dans les psycho¬ 
ses, 177. 

Toulouse et Damaye. H&rdditd et Education dans la genfcse des 
maladies men tales, 221. * 

Paul Sdrieux. Les asiles speciaux pour les condamnes alienes et le9 
psychopathes dangereux, 265. 

CL Vurpas. L’etiologie de la paralysie generate d’apres les discus¬ 
sions de l’Academie de Medecine et les nouvelles recherches sur la 
syphilis experimentale, 309. 

A. Marie. La tuberculose dans les asiles d’altenes, 353. 

A. Vlgouroux. Les escharres dans la paralysie generate, 397, 

Klippel et J. Lhermitte. Les demences. Anatomie pathologique et 
pathogenie, 485. 

m£moire$ originaux ET OBSERVATIONS : 

Toulouse et Damaye. La demence vdsanique est-elle une d6men- 
ce ? 15, 71. 

N. Vaschide. Quelques faits sur la viviviscence mentale a la suite 
des accfes de ftevre, 28. 

Olaf Kinberg. Sur le traitement metatrophique de l’epilepsie, 31. 

H. Pidron. Observations de psychologie animate, 30, 88, 253. 

E. Marandon de Montyel. Predisposition et causes directes en etio- 
logie mentale, 115. 

H. Damaye. Arrachement de l'arcade alveolaire sup6rieure chez une 
paralytique generate, dansun effort de mastication, 151. 

N. Vaschide. Lacourbe du travail inteliectuel d’apr&s Kraepelin,188. 

H. Damaye. Tentative homicide commise par une paralytique gene¬ 
rate avec tendance mglancolique, 200. 

Beiletrud. Le regime de la vie normale & lTIdpital des maladies 
mentales du Var, 237. 

Em. Duprat. A propos de la m6moire des rOves chez les enfants, 279. 

R. Lambranzi. La mdthode metatrophique dans le traitement de la 
cure bromurde de repilepsie, 376. 

L. Marchand. De la degendrescence mentale. 

H. Damaye, Observations zoophobiques et idees de persecution chez 
deux soeurs, 411. 

Marie et M. Pelletier. Le mal perforant dans la paralysie gene¬ 
rate, 469. 


W Jo 


191 


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TECHNIQUES : 


H. Pigron. Un nouveau cylindre enregistreur, 160. 

L. Marchand. Nouvelle mdthode de R.-Y. Cajal pour la coloration 
des fibres a myeline, 127. 

L. Marchand. Nouvelle methode micrographique de R. Y. Cajal pour 
les lerminaisons des fibres nerveux, 204. 

LES SERVICES : 

A. Marie. Fonctionnement d’un hdpital psychiatrique ouvert, 162. 

H. Colin. Le recrutement des asiles de la Seine. 

| -BULLETIN : 

Pactet. De i’inutilite des medecins adjoints. 

CONGRfeS : 

J.-M. Lahy. Le V e CongrGs international de Psvchologie, 327, 416. 

H. Pigron. Le Congr&s de la Socidtd de Freniatrie italienne, 426. 

H. Damaye. Le XV* Congr^s des medecins aliGnistes et neurologis- 
tes, 441. 

LETTRES £TRANG£RES : 

C.-B. Burr. Lettre des Etats-Unis, 154. 

Serge Soukhanoff. Lettre-correspondance de la Russie, 284. 

PAGES OUBLltiES, LECTURES ET VARI^T^S. 

La Prophylaxie des recherches en mgdecine mentale, d’apr&s Esqui- 
rol, 89. 

La conception de la medecine 16gale chez Kant, 342. 

Le delire hallucinatoire ddcrit par Georges Sand, 4/70. 

SOCltiTfiS. 

ANALYSES DES LIVRES. 

NOTES ET INFORMATIONS. 

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE MENSUEL. 



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REVUE CRITIQUE 


LES INFECTIONS LATENTES D’ORIGINE UTERINE CHEZ . 

LES NOUVELLES ACCOUCHEES ET LEUR IMPORTANCE 

EN MEDECINE MENTALE. - DE LA FOtlE VISCERALE. _ ’ 

Par Lucien Picque ' 

Chirurgien des Hdpitaux de Paris et des Asiles d alienes de la Seine 

Le temps est passe oil les chirurgiens se laissaient absorber* 
par des preoccupations purement doctrinaies. 

D'immortelles decouvertes ont bouleversd k notre epoque la 
therapeutique chirurgicale et ouvert un immense domaine k son 
activity. Gr&ce& l’orientation nouvelle qui en a etd la conse¬ 
quence, le chirurgien est devenu un liomme d'action dont les 
principales preoccupations sont d’une part la clinique, source 
des indications op6ratoires et d’autre part le perfectionne- 
ment de la technique. 

Quelques hommes hardis et epris de nouveautes ont k diver- 
ses epoques et encore aujourd’hui mis Ieur bistouri au service 
des doctrines. II n’entre pas dans raa pensee de juger ici ces 
tendances qui exigent a la veritd, de ceux qui les possedent, un 
temperament special et une conception particuliere des devoirs 
du mddecins vis-^-vis des existences qui lui sont confiees. 

II est juste toutefois de reconnaitre que souvent elles ont ete 
utiles k la science et aux malades. 

Si done ces tentatives sont parfois excusables, il convient 
neanmoins de dire que cliez l’aliene qui n’est pas compos 
sui , il est pour le chirurgien, un devoir imperieux sur 
lequelj'ai insiste dans mes premiers ecrits sur la chirurgie 
des alienes, de n’intervenir que conformement aux indications 
ordinaires de la chirurgie. 

Je neme suis jamais ddparti a cet egard d’une intransigeance 
absolue. 

Mais si le hasard met entre les mains d’un chirurgien une 
serie de faits thdrapeutiques pouvant servir a (Stayer ou a 
ddtruire une conception doctrinale, son devoir est d’en tirer les 
consequences qui s’imposent k l’esprit. 

Les incursions que le chirurgien est amene k faire dans ce 
domaine et les resultats qu'ilen peut tirer, sufllsent a demontrer 
du reste que le chirurgien, k notre epoque, doit avoir comme 

1 Lifts observations de ootte Revue critique ont etc comnuiniquees ula Soeielc 
Obstetrieale de Franco (Sou nee du ‘JO Juin 1005). 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


autrefois une large instruction gdndrale, s’il veut reellement 
servir les intents de la science. 

L’dvolution de la chirurgie k l’heure actuelle montre suffi- 
samment d’ailleurs que nombre de chirurgiens dignes de ce 
nom sont restes fideles aux traditions sdculaires de notre 
pays. 

Les considerations qui precedent ont pour but de faire com- 
preadre dans quel esprit cette etude a etefaite. 

2° Je veux envisager dans le cours de cet article un certain 
nombre de faits ddj& consignds dans une these rdcente que j’ai 
inspirde k mon interne Privat de Fortunid et qui me parais- 
sent prdsenter un intdrdt capital au point de vue de la patlioge- 
nie et du traitement des psychoses puerpudrales. 

Pour rdunir ces faits, j’ai procddd de la fagon suivante : 

J’ai pris un certain nombre de femmes atteintes de psychoses 
post partum au nombre de 14. 

J’ai constate que toutes dtaient atteintes d’infection locale, qui 
dans tous ces cas ndcessitait une intervention chirurgicale. Je 
les ai opdrdes commc je l’aurais fait & I hopital sur les indica¬ 
tions opdratoires fournies par ces ldsions. Ce sont les rdsultats 
exercds par ces operations sur revolution de la psychose que 
je veux envisager ici pour remonter de Ik jusqu’4 la question 
de pathogdnie. 

Pour ddduire des conclusions prdcises de Taction de la chi¬ 
rurgie sur les psychoses puerpudrales, et aboutir k une formula 
patliogdnique rationnelle, il semble que l ien ne soit plus facile 
en procddant de la sorte. II convient de remarquer cependant 
qu’il est certaines conditions k remplir pour apprdcier a Taide 
de la statistique un rdsultat thdrapeutique. Faute d’en tenir un 
compte rigoureux, on aboutit a des statistiques mal dtablies, 
qui permettent de dire k certains que les statistiques ne 
prouvent rien ou qu’elle ne prouvent que ce que Ton veut. 

On comprend des lors la rigueur que j'ai mise Mes dtablir et 
on me permettra, en consdquence, d’insister sur certains points 
que je considere comme indispensables pour juger les rdsultats 
auxquels je suis arrive. 

Une statistique semblable& celle que j’ai etablie contient deux 
colonnes, Tune qui comprend Tespece morbide, Tautre le traite¬ 
ment qui lui est appliqudavec ses rdsultats. 

II faut que les facteurs soient comparables entre eux et rigou- 
reusement superposables, c*est-a-dire que Tespece morbide soit 
constamment identique et le traitement toujours lemdine. 

La Constance dans les termes entraine une Constance dans 
les rdsultats et ces derniers deviennent scientifiquement 
probants. 


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LES INFECTIONS LATENTES D’ORIGINE UTERINE 


3 


Si par contre, les termes viennent& vaiier,on n’obtient, com- 
me il arrive trop souvent, que des resultats contradictoires et 
parfois diam^tralement opposes. 

Or les constantes sont difficiles k isoler et parfois les ele¬ 
ments mis en serie donnent au probleme, en ses diverses par¬ 
ties, l’apparence de conditions analogues. 

J’ai appiiqud, k ma statistique, ces principes si simples et 
cependant si rarement appliquds. 

La colonne traitement a une importance capitale, il faut en 
effet quo celui-ci soit dans tous les cas appliqud de la m£me 
fac-on ; il faut dans la question quinous occupe que la technique 
soit toujours la inline : dans toutes mes observations, sauf une, 
j’ai pratique moi-m^me le curettage et Famputation du col 
uterinselon une technique que j’ai adoptde depuis de longues 
annees. 

Aussi, cliez toutes mes malades, la guerison de Finfection 
locale, c’est-a-dire de l’endometrite a 6td constante. 

On comprend l’importance de cettepratique : dans les cas ou 
l’opdration n’a apportd aucune modification dans letat mental, 
il devient impossible d’accuser Finsufflsance de l’operation 
puisque celle-ci a donne localement le r^sultat attendu, et force 
est bien d’en rechercher la cause ailleurs. 

Quant k Fespece morbide, la distinction est plus delicate k 
obtenir; elle est toutefois indispensable. 

Certes les femmes mises en serie sont toutes atteintes de 
psychoses post partum : mais les formes en sont nombreuses, 
et il faut les isoler ; si Fon met en sdrie toutes les femmes qui 
ddirent apres Faccouchement, il n’est plus possible d’obtenir 
de resultats comparables et j’ai tenu k dtablir dans ces ddlires 
les distinctions que j’avais faites, autrefois dans les psychoses 
post-opera toires. 

DejS, dans une note rdcente destin^e au Congres de Pan, 
mais que des circonstances sp^ciales m’ont emp^che d’y lire, 
et qui sera publide dans le 4® volume de mon recueil de tra- 
vaux, j’ai ddtache des psychoses puerpudrales, coinrae je Favais 
d6ja fait pour les psychoses post-opdratoires, la septicemie 
puerpuerale a forme delirante dans laquelle le ddlire, comme 
dans la septicdmie chirurgicale, ne constitue qu*un element 
tout k fait secondaire. Je ne reproduirai pas id les arguments 
que mon interne Privat, danssa these, et moi-m£me, avonspro- 
duits pour justifier cette distinction sans laquelle tout k mon 
avis est chaos dans l’dtude des psychoses puerpuerales. 

On ne doit envisager selon raoi comme psychoses puerpue¬ 
rales que les femmes apyretiques dans lesquelles le delire cons¬ 
titue toute la maladie. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


Mais il y a encore bien des formes k isoler et Privat s*y est 
applique sur mes conseils. 

II convient tout d'abord d’en detacher les delires dus k des 
maladies concomitantes, comme la paralysie gdndrale, qui peu- 
vent coincider avec la puerpueralite et ont dte englobees a tort 
par quelques auteurs dans la folie puerpudrale. 

On comprend que la chirurgie soit impuissante dans ces cas 
et qu il ne serait pas juste de les mettre en serie. 

II en est de mdme des delires d'intoxication (alcoolisme) et 
d’autointoxication fbrigtisme ou insuffisance hepatique). 

Le delire epileptique ou hysterique ne saurait pas davantage 
y rentrer. 

On se trouve de la sorte amend An’envisager que des femmes 
qui ont accouche depuis un temps plus ou moins long, qui se 
trouvent encore dans la periode puerpudrale et qui presentent 
un delire apyretique. G 

Le plus souvent, il s’agit d’un delire melancolique avec ou 
sans confusion mentale, douze fois sur quatorze cas personnels, il 
presentait cette forme. 

Le probleme est ainsi ramend k des elements comparables et 
superposables. 

Des lors, si la gudrison mentale suit celle de la lesion, on est 
bien oblige d’admettre une correlation de cause k effet c/est-i- 
dire que la gudrison de la psychose est la preuve certaine que 
le ddlire tenait k Tinfection uterine. 

Voici maintenant les cas que nous avons traitds et que nous 
donnons en resume (voir les observations completes dans la 
these de Privat). 

I 10 obs. — Julie L. Il s’agit d’un cas d’excitation maniaque 
avec idees de persecution : a ddbute 4 mois apres raccouche- 

ment. 

Examen gynecologique : gros uterus de 9 cent.; collargement 
entrouvert. Rien d’annexiel. Pas d’ulcdiation du col. Operation 
22 septembre. Curettage, notable quantitd de fongosites. Le 8 
novembre, la malade sort en liberte, completement guerie au 
point de vue mental et au point de vue physique. 

Reflexions. — Dans ce cas, le ddlire accompagne une infec¬ 
tion chronique bien caractdrisde de Pappareil genital et oil la 
gudrison suit de pres le traitement des lesions infectieuses. 

2° obs. — Marguerite F. Etat mdlancolique avec sentiment 
d'impuissance. Examen gynecologique ; uterus petit ^6 cent) 
mobile. Col tres ulcdrd. Rien d*annexiel. 

Operation le 22 septembre 1903. Curettage. Amputation du 
col; sort le G ddcembre en liberte completement guerie. 

Reflexion . — Cas semblable au precedent: la malade est 
une predisposee, a delird a lage de 12 ans au cours d'une 
typhoide. A accouchd 2 tois sans ddlire. Le ddlire n’est survenu 


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LES INFECTIONS LATENTES D’ORIGINE UTERINE 


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qifau troisieme accouchement qui remonte au 10 septembre 
1903. A coincide avec une endometrite puerpuerale. 

3* obs. Suzanne C. 

Excitation maniaque, elle declame et prononce des propos 
incoherents. Confusion mentale. 

Examen gynecologique. Pertes blanches. Ventredouloureux; a 
accouche le i9 aout 1903. 

Uterus un peu volumineux (7 cent 1/2), col peu declare, rien 
d’annexiel. 

5 septembre. Opdration. Curettage. Quantite notable de fon- 
gosites le 2 decembre. La malade sort en liberte, a peu pres com- 
pletement gu^rie. 

Reflexion. — On doit noter ici les trois termes : infection 
nette, confusion mentale, la guerison succede h l’intervention. 

4° obs. — Ernestine D Confusion mentale. 

A accouche en mars 1903. A commence & delirer au moment 
de l'allaitement. 

Examen local : Uterus petit, mobile. Ulceration au niveau de 
la levre postdrieure du col. Rien d'annexiel. 

4 septembre. Curettage. Amputation de la levre posterieure 
du col. 

3 fevrier. Cette malade peut tHre consideree comme guerie. 

Son etat mental reste celui d’une debile. 

Reflexion. — Ici encore on voit nettement la confusion men- 
taie disparaitre a la suite de 1’intervention. 

5 e obs. — Valentine B. Hallucination intense avec confusion 
dans les idees. Accouchement 14 decembre 1903. 

Examen: Uterus gros (11 cent.), mobile;orifice du col entr’ou- 
vert. Rien d’annexiel. 

Operation 15 janvier. Curettage quelques fongosites. Lavage 
intra-uterin. Glycerine creosotee. Drainage 

25 janvier. Les hallucinations ont disparu et avec elles les 
idees delirantes. 

Reflexion. — C’est un cas type d’infection et de guerison 
rapide & la suite de l’intervention. 

6 e obs. — Eug6nie O. Meiancolie, depression mentale et phy¬ 
sique. Idees hypochondriaques de persecution et de suicide. 
Hallucinations de Louie de nature penible et suivies d’agitation 
anxieuse. Fausse couche recente. Examen de M. Mauclaire. Ute¬ 
rus gros, peu mobile, caviteuterine agrandie. 

Operation 18juin, deM. Mauclaire. Curettage et excision d’un 
fragment cuneilorme de la levre anterieure. 

L’operateur a note qu’il etait impossible d’abaisser le col & la 
vulve. (C’est le seui cas oil je n’ai pas moi-m^me pratique repa¬ 
ration). 

Le 5 aout. La depression melancolique persiste, mais les hal¬ 
lucinations semblent avoir disparu. 

M. Febvre, medecin en chef, constate qu’ellene pr^sente plus 
aucune preoccupation delirante dangereuse et rend cette malade 
5 son mari. 

Reflexion. — Si la guerison li’est pas absolue une ameliora¬ 
tion tres notable s’est produite deux mois apres rintervention et 
quatre mois apres le debut des troubles d61irants. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


7 e obs. — Gabrielle R. Accouchement le 14 octobre 1903. 
Melancolique et anxieuse; hallucinations. 

Examen : uterus gros (11 cent.). Rien dans les annexes. 

Operation le 14 septembre. Curettage. Fongositds notables ;le 
3 fevrier, la malade est, sinon gudrie, du moins tres amelioree 
et en voie de guerison. 

Rgftexion.— Amelioration tres rapide apres l’intervention,on 
peut done esperer une gudrison prochaine. Ce cas doit dtre con- 
siddrd comme un succes. 

8° obs. — Elise L. Accouchement le 12 septembre 1903. De¬ 
pression melancolique avec preoccupations hypochondriaques et 
iddes confuses de persecution. 

Examen : Uterus gros. Col ddcliird et gros. Rien aux annexes 
19 septembre: Curettage, fongositds notables. Amputation du col; 
le 8 novembre, la malade sort en liberte tres amdliorde. 

Reflexion. — Dans les accouchements antdrieurs, ces acces 
ddlirants guerissans intervention: au dernier accouchement, in¬ 
fection nette ; la durde de Faeces a dtd aussi longue que la pre¬ 
miere fois ; on peut done admettre que ce deuxieme accds aurait 
gueri sans intervention. 

Neanmoins une amelioration tres rapide s’est produie apres 
Fopdration (mise en liberte sept semaines apres). Nous ne con- 
siderons pas toutefois ce cas comme probant. 

9 e obs. — Gabrielle G. accouchee il y a 6 ans. Depuis ce mo¬ 
ment depression melancolique avec hallucinations de la vue, 
troubles de sensibilite generate. 

Examen : Uterus gros (8 cent.). Col volumineuxetlegerement 

ulcere. 

Operation le 19 septembre. Curettage. Peu de fongositds. 
Amputation du col le 3 janvier. 

Le 3 fevrier. Les iddes delirantes ont completement disparu 
sauf quelques preoccupations au sujet de sa sante. 

Reflexion. — L’infection remonte probablement k six ans a 
rdpoque du dernier accouchement. 

Une amelioration tres notable a succddd au curettage. 

En resume sur ces neuf opdrdes, les cinq premieres sent 
completement gudries, la septieme peut dtre considdrde comme 
devant certainement gudrir, soit six gudrisons : trois malades 
sont Ires amdliordes. Je dois faire remarquer encore que sur 
les trois dernieres, il en est une que je n’ai pas opdrd moi-jndme 
et je ne puis rien affirmer au point de vue de la technique. 

Restent 4 cas qui n’ont eprouve aucixne amelioration au point 
de vue mental. 

11 est intdressant de les analyser (voir Fobservation complete 
de ces malades dans la these de Privat). 

De celles-ci, une prdsentait des ldsions tres minimes de Fap- 
pareil gdnital qui ne tenaient pas le ddlire sous sa ddpendance. 
La vraie cause de la psychose nous a certainement echappe et 
l’insucces que nous avons obtenu au point de vue mental ne 


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LES INFECTIONS LATENTES D’ORIGINE UTERINE 


7 


saurait dtre un argument contre Forigine infectieuse du delire, 
puisque en realite Finfection de cette femme pouvait dtre medi- 
cale, ou le ddlire tenir k une cause independante dela puerpud- 
ralite ou dtre simplement coincident. Chez une de ces malades, 
il existait des tares tres prononcees et celle-ci avait eu deux 
acces ddlirants anterieurs, dont Tun en dehors de la puerpue- 
ralitd. 

II est certain qu’ici, si la lesion infectieuse constateepar Fexa- 
men liistologique a ete pour quelque chose dans la production 
de Faeces recent, on ne peut nier une predisposition deiirante 
grace k laquelle la malade avait anterieurement ddlird, et qui 
explique aujourd’hui la persistance du delire,malgre la guerison 
de la lesion locale. 

Quant aux deux autres cas d’insucces, ils presentent k Tana- 
lyse un reel intdrdt. 

Dans l*un d’eux, la malade tombde dans la demence prdcoce 
avant Fopdration ne pouvait gudrir mentalement. 

Dans Fautre, Fopdration a etd faite trop tard, un an seule- 
ment apres Faccouchement, et s’il 6tait rationnel de la prati- 
quer pour gudrir la malade au point de vue physique, on ne 
pouvait guere songer k ameliorer son etat mental. 

Il s’agit la d'un point d’une reelle importance et que nous 
n’avons pas voulu envisager jusqu’ici. 

Si, en effet, le probldme thdrapeutique comprend les deux 
facteurs dont nous avons parle plus haut, Fespece raorbide et 
Facte opdratoire, ii convient d’envisager encore le temps qui 
s'est ecoule entre le debut de la maladie et Facte opdratoire. 
Hobbs avait eu raison d’y insister. Tel delire peut gudrir si Fon 
vient a supprimer sa cause des son apparition, et au’contraire 
devenir incurable si Fon n’intervient pas k temps. L’intoxica- 
tion prolongde des centres nerveux doit dvidemment amener 
des lesions incurables par un mecanisme que je iFai pas d’ail- 
leurs k envisager ici. 

Le cas de la malade tombde dans la demence prdcoce avant 
Fintervention, est reellement bien instructif et il ne faut pas, 
selon moi, chercher ailleurs Forigine de beaucoup d’insucces. 

Au resume, nos 14 cas se resument de la facon suivante : 

6 guerisons ; 

3 ameliorations ; 

5 insucces. 

On peut done affirmer que sur ces 14 cas la chirurgie a 
exerce dans 9 cas une influence favorable sur la psychose. 

Je tiens a nouveau k faire remarquer encore que dans aucun 
cas Fintervention na aggrave Fetat psychique. CTest tine cons- 


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8 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


tatation que j’ai eu Toccasion de faire dans mes premiers 
travaux. 

J’avais signale autrefois au nombre des causes qui ont retarde 
si longtemps la chirurgie des alidnes, Taggravation qui avait 
ete notee dans un certain nombre de statistiques etrangeres et 
que je n’ai jamais eu k deplorer dans ma pratique. 

C’est que je me suis toujours applique a rechercher les con- 
tre-indications opdratoires, tirees de I’dtat mental des malades, 
si importantes a connaitre, sous peine de provoquer l’dclosion 
des psychoses post opdratoires. J’avais deja dtudie cette ques¬ 
tion en detail k propos de mes dtudes sur les psychoses post- 
operaloires et mon interne Mallet a repris sur mes indications 
la question dans sa these sous une autre forme. Je n'ai pas k y 
revenir dans cette etude. 

En presence des resultats obtenus au point de vue mental a 
la suite des operations pratiqudes dans la sphere genitale, on 
peut se demander si la guerison n’est pas susceptible de se pro¬ 
dilire en dehors de toute intervention et c’est 1& une objection 
qu’on ne peut manquer d’opposer k nos conclusions. 

Certes, la pratique de la psychiatrie demontre tous les jours 
que les acces de ddlire puerpudral peuvent guerir spontane- 
ment, a ce point que si la guerison n’est pas la regie, on peut 
dire qu’elle se produit avec une grande frequence. 

Si done on ne peut nier ce fait, on peut, d’autre part, afflr- 
mer que la gudrison du delire s’obtient parce que la lesion 
uterine est susceptible elle-m^me de guerir spontandment. Les 
foyers d’infection locale peuvent s’eteindre seuls : il est done 
naturel de voir disparaitre en mdme temps l’acces delirant qui 
en est la consequence, comme dans l'obs. 21 de Privat, ou la 
disparition de la psychose a coincide avec la guerison sponta- 
nee de la lesion. 

Quoi qu’il en soit, il serait tout d’abord intdressant de ddmon- 
trer dans quelle proportion se produit lagudrison spontande, et 
dtablir le pourcentage des gudrisons avec ou sans intervention. 

Je n'ai malheureusement pas un nombre suffisant de faits 
pour etablir une semblable statistique. 

A defaut de ce document, il faudrait au moins avoir une sdrie 
de faits reiatifs a des temmes ayant accouche un cerlain nom¬ 
bre de fois et ayant prdsente cliaque fois une psychose post 
par turn d’une duree ddterminee. 

Si, dans ces conditions, une psychose traitee par le curettage 
ou l’amputation du col prdsente une moindre duree, on peut en 
conclure que si la psychose est parfois susceptible de guerir 
spantanement avec la lesion qui lui a donne naissance, l'inter- 
vention a presents tout au moins l’avantage, en supprimant 


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LE9 INFECTIONS LATENTES D’ORIGINE UTERINE 


9 


rapidement i’infection, de faire disparaitre du m£me coup la 
psychose. 

Si, d’autre part, on veut admettre, comme je 1’ai dit plus 
haut, que plus la psychose persiste, plus elle a des chances de 
devenir incurable, on comprend Fimportance qu’il y a a inter- 
venir. 

On voit bien l’interet pratique k constater que le traitement 
chirurgical abrege notablement la duree de Faeces d61irant. 

L'examen de nos observations est interessant k ce point de 
vue. 

Dans Fobs. 23 de la these de Privat, la malade avait eu, lors 
des deux premiers accouchements, des acces delirants dune 
duree de 7 mois. 

Le 3 e a gueri en 7 semaines & la suite de Fintervention. Voila 
done uncas qui rdpond au postulatum precedent et oil, mani- 
festement, la durde de Faeces delirant a ete dirainue k la suite 
de Foperation. . 

D’une fagon generate d’ailleurs, les acces delirants prennent 
rapidement fin apres Fintervention. 

Chez la malade de Fobs. 25, Faccouchement a lieu en avril, 
le delire apparait 4 mois apres. L’operation est pratiquee le 
22 septembre, le 8 novembre la gu£rison est obtenue. 

Obs. 27. L’operation est pratiquee le 5 septembre, le 2 no¬ 
vembre la malade sort en liberte. 

Mais Fobs. 27 est plus demonstrative encore. L’operation est 
pratiquee le 15 janvier et la malade est guerie le 3 f5vrier. II 
en est de m£me de Fobs. 22. L’operation est pratiquee le 14 jan¬ 
vier et le 3 fevrier, comme dans le cas precedent, Famelio- 
ration est tellement notable qu’on peut esperer une guerison 
prochaine. 

Dans un autre cas encore (obs. 23), Foperation a lieu le 
19 septembre et le 8 novembre Famelioration est telle que la 
malade sort en liberty. 

Dans un cas tres ancien (obs. 24), ou Faccouchement remonte 
a (5 ans, Foperation pratiquee le 19 septembre est suivie d’une 
amelioration tres notable constatee le 3 levrier. 

Certes, tous les cas ne se ressemblent pas, tantot la guerison 
a 6te tres rapide. tantot elle a dte plus longue a se produire ; 
neanmoins on est en droit de supposer que Fintervention a 
diminue la duree de Faeces, et que si elle est pratiquee liative- 
ment, e’est-i-dire peu de temps apres Fapparition des acci¬ 
dents, non seulement elle guerira Faeces plus rapidement que 
s’il avait ete abandonnea lui-m£me, mais encore elle emp£chera 
la malade de devenir incurable, de tomber dans la demence 
prdcoce. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


Dans l’obs. 25, Linsucces de lmtervention a tres probable- 
ment ete la consequence de l’epoque tardive oil elle a ete prati- 
qu6e; la malade a continue k evoluer vers la d6mence precoce. 

II en a ete de mAme dans l’obs. 27, oil l’accouchement datait 
de 7 mois lorsque le curettage a 6t4 pratique, et de Tobs. 28, oil 
Ton est intervenu un an seulement apres l’accouchement. 

En r6sumant les considerations qui precedent, nous pouvons 
dire que tout en adraettant que Tattenuation spontan^e des 
lesions peut entrainer la disparition de la psychose et que les 
malades peuvent ainsi gu4rir sans intervention, il n'en est pas 
moins vrai que celle-ci conserve une importance capitale, puis- 
qu’elle seule est susceptible, en amenant rapidement la guerison 
de la lesion, d’empAcher la psychose de se prolonger et de 
devenir incurable. 

Si Ton venait k emettre des doutes sur la relation de cau- 
saliteentre la psychose et les lesions inlectieuses de Tuterus et 
n’accepter qu’une simple coincidence entre les deux, on peut 
se reporter a l’obs. 16, oil le deiire n’est survenu qu'au 3« ac¬ 
couchement. L'operation pratiquee le 24 septembre amena la 
guerison le l er decembre. 

Certes, dans ce cas, nous ne connaiissions pas retat de Tute* 
rus lors des deux premiers accouchements; ce qu’on peut 
seulement affirmer, c'est la constatation des lesions au moment 
du delire unique, mais nous avons cependant quelques raisons 
de supposer que Tuterus n’a ete infecte que lors du 3° accou¬ 
chement et qu’il est reste indemne aux deux premiers. 

D'ailleurs, pour faire ressortir davantage la relation de cau- 
salite et la guerison de la psychose par la disparition spontanAe 
ou le traitement chirurgical des lesions, il me parait interessant 
de rapprocher les (aits actuels de ceux que nous avons publies 
au nombre de 6, en 1898, avec Febvre, k la Societe de chirurgie, 
et relatifs k des faits de psychose gueris k la suite d'interven- 
tions pratiquees sur la muqueuse uterine et le col uterin. 

Recemment encore dans un travail publie dans notre 3° vo¬ 
lume, nous avons rapporte un nouveau cas de guerison de 
psychose d’origine uterine. 

Les psychoses post partum ne different des precedentes que 
parce que le delire a coincide avec la periode puerpuerale. Dans 
le l or le delire est pi-ecoce. 

Dans le 2°, il se presente a une periode plus 61oignee. 

Il n'offre done rien de specifique apres Taccouchement. 

Dans les deux cas, le delire coexisteavec les lesions uterines: 
Que la femme soit accouchee recemment, ou qu’elle se presente 
n l’observation en dehors de la puerpueralite, dans les deux 
cas elle presente des lesions de la muqueuse uterine et du col: 


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LES INFECTIONS LATENTES D’OHIGINE UTERINE 


11 


chez ces dernieres, ces lesions sont au surplus, le plus souvent, 
le reliquat de la periode puerpuerale hormis celles qui tiennent 
k la blennorrhagie. 

On ne peut des lors nier dans les deux cas le rapport entre 
la psychose et la lesion uterine. 

Si done on envisage ces lesions uterines dans leur ensemble, 
si Ton veut bien ne pas tenir compte du temps qui s’est ecoule 
depuis raccouchement et admettre qu’elles soient constitutes 
dans les deux cas par Finfection puerpuerale. Si encore on 
veut bien rapprocher les cas de gutrison qu’on obtient chez la 
femme, quelle que soit Fanciennete des lesions locales, on est 
bien oblige de reconnaitre que les infections latentes de Futerus 
tiennent une place rtellement insoupconnee dans la pathogtnie 
des troubles mentaux qu’elle presente. 

Dans notre travail de 1898, fait en collaboration avec Febvre 
nous avons montre que la proportion des femmes alienees 
atteintes d’affection gynecologique atteignait le chiflre de 89 
pour cent. 

Toutes ne tiennent pas k Finfection, mais celle-ci entre dans 
la statistique pour une part considerable comme on pourra s’en 
rendre compte en consultant notre tableau. 

Et si, dans le groupe des lesions infectieuses, on envisage 
encored part les cas qui tiennent k finfection blennorrhagique, 
on arrive a cette conclusion que le r61e de la maternitt et de 
l’infection au moment de Faccouchement, est considerable dans, 
la pathogenie des psychoses chez la femme. 

II serait interessant, sousce rapport, en tenant compte des 
origines multiples de la folie (influence hereditaire, intoxication, 
auto-intoxication) d’etudier la proportion des cas d'alidnation 
raentale, chez les vierges et chez les femmes qui ont eu des 
enfants. 

II ne m’a pas 6te possible de faire jusqu’ici ce travail, mais il 
est probable que la femme mere, doit, toutes choses egales 
d’ailleurs, payer un lourd tribut aux psychoses. 

Dans cette conception du rfile de l’infection dans la patho¬ 
genie de la psychose puerpuerale que devient la degenerescence 
mentale soutenue par Morel, Magnan et ses dleves. 

Mon interne Privat s’en est explique dans sa these. Le delire 
quelle que soit son origine exige toujours une predisposition 
mentale : ce que j’ai dit pour les psychoses post-operatoires, 
reste applicable aux psychoses actuelles. La degenerescence 
mentale est done une cause predisposante necessaire, Fin- 
fection n’intervient que comme cause occasionnelle sans la- 
quelle la predisposition ne saurait entrer en jeu. 

La degenerescence et l’infection constituent done, selon moi, 


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12 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


les deux conditions essentielles pour le ddvelopperaent de cette 
psychose. Si la doctrine de Magnan, soutenue par ses eleves, 
reste vraie d’une facon gdnerale, ceux-ci ont eu ndanmoins le 
tort de la rendre exclusive, en ndgligeant Tinfection, qui reste 
la cause occasionnelie, mais indispensable, de la psychose. 

Les faits qui precedent, en dtablissant une relation 6troite 
entre les ldsions del’uterus et certains troubles mentaux, nous 
ramenent k la doctrine francaise de la folie synipathique entre- 
vue par Esquirol, mais surtout defendue dans notre pays par 
Loiseau 1857 et Azam 1858, et recemment encore par mon 
regrette collaborateur Febvre, dans deux communications suc- 
cessives a la Societe medico-psychologique a l’aide de faits que 
nous avions observes ensemble. (Voir vol. 1 Recueildes 
Travaux. — Masson). 

Cette doctrine s'appuyait solidement sur revolution parallele 
et bien constatee par les promoteurs de la doctrine, de l’affec- 
tion viscdrale et du trouble mental, inais lautorite et le talent 
des hommes qui la defendaient au debut, la precision des obser¬ 
vations publiees, ne purent avoir raison de l'ostracisme dont 
elle fut frappee. 

Elle ne tarda pas a sombrer devant Tapparition de nouvelles 
doctrines que nous nous proposons d’dtudier un jour, mais sur¬ 
tout devant les immortels travaux de l’Ecole de la Salpe- 
triere. 

Ce qui lui manqua surtout pour la faire triompher, c’est le 
concours de la chirurgie. Ses defenseurs montraient bien des 
troubles mentaux evoluant parallelement aux ldsions locales 
s’aggravant avec celle-ci, et disparaissant de m£me lentement 
avec elles. 

L'intervention cliirurgicale amene du coup laguerison rapide 
de la lesion locale et du trouble mental. 

Les resultats ainsi obtenus par le bislouri sont plus forts que 
tous les raisonnements : ils doivent faire tomber toutes les 
preventions et ramener a la conception primitive de Loiseau 
et Azam. 

Mais si les faits quo nous avons observes concordent avec la 
doctrine de la folie sympathique, le terme synipathique doit 
evidemment disparaitre, car il pr£te k la critique, en laissant 
supposer un mode de conduction qui n’est pas acceptable et la 
valeur des mots est telle, que ce terme n’a pas certes peu con- 
tribue a discrediter la doctrine toutentiere. Aussi ne pourrait-il 
etre conserve qu‘a la condition de lui enlever toute signification 
anatomique, et je pense que pour eviter a Tavenir toute confu¬ 
sion, il est preferable de lui substituer le mot viscerale et de 
revenir simplenient a la denomination bien fraugaise de folie 


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LES INFECTIONS LATENTES D’ORIGINE UTERINE 


13 


viscerale, admise autrefois et qui a l’avantage d’indiquer l’ori- 
gine de la folie sans prejuger du mode d’action de la lesion vis¬ 
cerale sur le cerveau. La folie uterine en constitue une de ses 
principales varieles. 

Si, quoique chirurgien, je me suis engage sur le terrain doc¬ 
trinal, c’est bien que les considerations qui precedent m’y ont 
anient naturellement et que je veux en deduire une conclusion 
therapeutique. 

Dej& Esquirol avait insiste jadis dans son Traite, sur la neces¬ 
sity chez Tali^ne de faire disparaitre les desordres physiques et 
de determiner si c'est le physique qui reagit sur le moral ou le 
moral sur le physique. Nous nous trouvons mieux armes au- 
jourd’hui que nous avons & not re dispositions des fails precis ; 
ceux-ci doivent conduire actuellement le m&lecin alieniste a pra- 
tiquer d’une l'acon syst6matique rexamen de Lappareil genital 
chez la femme alienee. 

Certes il est des accidents graves et precoces qui eclatent peu 
de temps apres 1’accouchement, ceux-l& sont souvent reconnus 
et consignes dans les observations. 

Mais ordinairement ces lesions sont peu bruyantes, plus tar- 
dives et demandenta^tre recherchees, car leurs symptomcs sont 
parfois insignifiants et risquent de passer inapercus chez des 
alienes, surtout si la sant6 physique de la femme est, en appa- 
rence, satisfaisante : tantot c’est une leucorrhee peuabondante, 
tantdt des douleurs sourdes dans le bas-ventre ou des troubles 
de la fonction menstruelle. 

Iiobbs a eu raison de dire plusieurs ann£es apres nous que ce 
n’est le plus souvent que par une recherche faite sysl6matique- 
ment qu’on peut soupconner l’existence de ces maladies cliez 
les folles. 11 faut, dit-il, des examens metliodiques avec anes- 
thesie du sujet. 

Depuis longtemps en effet, nous avons etablia Ville-Evrard 
dans le service de M. Febvr6 un poste d’observation gynecologi- 
que ou nous pratiquons systematiquement l’examen gynecolo- 
gique de toutes les entrantes. Nous avons pu, & la mort de noire 
regrette collegue, continuer nos recherches, grice a TamabiUtd 
de notre cher collegue Keraval. 

(Test dans ce service que nous avons pu etablir il y a long- 
temps deji la grande proportion (89 0/0) de lesions ut6rines chez 
les femmes alienees, on pourra a cet 6gard se reporter & notre 
article publie dans la Revue de Neurologie 1901 et insure dans 
notre 2 C volume ainsi qu’i notre communication au Congres de 
Marseille 1899 (l* r volume). 

Je dois reconnaitre que cet exament est pratique d’une facon 
courante dans quelques asiles d’Amerique et du Canada ainsi 
qu’il r6sulte des travaux du Congres de Montreal en 1897. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


Idanoff, assistant k la clinique psychiatrique de Moscou. nous 
apprend dans son recent travail sur les psychoses puerpuerales, 
qu’il existe a la clinique une sage-femme chargee d’examiner 
l'ut6rus de toute femme entrante. 

Guido Weber en 1870 avait d6j4 conclu k l’existence de 7 
cas de lesions ut6rines sur 46 cas de folie puerp6rale. 

Mais le petit nombre de cas oil l’auteura constate ces lesions 
prouve bien qu’il n’avait eu l’attention attiree que par les 16- 
sions ut6rines k symptdmes bruj'ants et d’ailleurs il ne conclut 
en aucune fa^on sur les rapports entre la 16sion uterine et le 
trouble mental. 

Toutefois en 1875 Furstner avait constatd des 16sions 16g6res 
de l’ut6rus et du parametre dans la folie puerpu6rale. 

D’autres auteurs, MM. Campbell, Clark 1887 (10 cas sur 40), 
Rohe 1892 et Hobbs 1897 ont signale ces lesions dans la folie 
puerpu6rale, mais c’est assur6ment Idanoff de Moscou (33 cas 
sur 50), qui dans l’6tude signalde plus haut et gr&ce k l’examen 
syst6matique des femmes alienees, a le mieux 6tudi6 les 16- 
sions de l’ut6rus dans les psychoses d’origine puerpuerale. 

II y a done reellement lieu de s’etonner qu'en France cette 
pratique n’existe nulle part d’une facon syst6matique, sauf dans 
les asiles de la Seine oil j’ai pu l’6tablir il y a longtemps d6j6 et 
oil j’ai pu la g6n6raliser depuis, grace k ramabilit6 de tous nos 
collegues des asiles. 

Cette pratique est en effet si peu suivie qu’Evrot, dans une 
these publi6e k Lyon en 1894, ne prouve que par un cas unique 
de manie aigue, Texistence de lesions 16geresde l’uterus dans les 
psychoses puerpuerales. 

Laubie, d’autre part, dans une these r6cente soutenueA Bor¬ 
deaux, etudie 10 cas d’infection puerpuerale observ6s dans le 
service de Fisolement de l’Hopital St-Andre. 

Il n’a et6 pratiqu6 aucun examen uterin et il en est de m6- 
me dans la these de Castin soutenue k Paris dont les observa¬ 
tions sont muettes k cet 6gard, et cependant certains de ses ma- 
lades pr6sentaient de la fievre et des vomissements. 

Yoili done une s6rie de cas observes en France, dans lesquels 
la folie suit de pr6s raccouchement et oil l’examen ut6rin n’est 
m6me pas pratiqu6. 

On congoit qu’il en soit a priori de m6me quand la femme est 
sortie de la p6riode puerpuerale. 

On comprend des lors pourquoi l’origine uterine de la folie 
cliez la femme ait pu 6tre si longtemps meconuue et qu’on se 
soit rattach6, pour la folie puerpuerale en particular k des doc¬ 
trines seduisantes en v6rit6 mais qui aujourd’hui doivent tomber 
devant la constatation dc lesions uterincs. 


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LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE? 


15 


La pratique si important© de 1‘examen methodique des fem¬ 
mes alienees, conduit en outre & un traitement rationnel. 

C'est en effet, graced elle, que nous avons pu poursuivre, 
avec succes, le traitement des infections latentes de l'appareil 
genital de la femme et obtenir les succes que nous avons publics 
dans la thfese de Privat. 

Jusqu’ici ce traitement n’avait pasete appliqudetles partisans 
de rorigine infectieuse, comme Idanoff, s’dtaient contentes de la 
simple constatation des lesions pour soutenir le role qu’elles 
jouaient dans l’apparition de la psychose. 

Ces premiers succes, bien qu'encore peu nombreux, nous 
permettent d’esp^rer que la voie rationnelle oil nous nous 
sommes engages, consolidera cliaque jour davantage la doctrine 
de la folie viscerale et augmentera en m&me temps le nombre 
des femmes alidnees susceptibles de beneficier au point de vue 
mental de l'intervention cliirurgicale. 


FAITS ET OPINIONS 


PSYCHIATRIE 


LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE ? 

Par MM. 

Toulouse et Damaye 

Medecin en chef Interne 

de VAsile de Vitlejuif 

(Travaildu Laboratoire de Psychologicexperimentalcdel EcolcdesttautesEludes, 

Asile de Villejuif). 

l ro PARTIE 

On a l’habitude de donner l’etiquetto de dements aux vieux 
'vesaniques — maniaques, m61ancoliques, persecutes, hyponcon- 
driaques — qui, apres une longue Evolution de leur affection, 
manifeslent une incoherence de langage habituelle, des gestes 
automatiques et quelquefois mGme du gdtisme. C'est dans le 
m£me groupe que Ton range gendralement ces individus qui, 
apres une phase plus ou moins longue de confusion mentale, 
presentent le complexus qu’on decrit sous le nom de demence 
precoce. Or les uns et les autres offrent cette particular^ que 
leur demence n’est pas toujours incurable et meme retrocede 
parfois plus ou moins completement. A les examiner de pres on 
s'apercoit aussi que la rndmoire est plus profonderaent troubiee 


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16 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


que diminuee. Yoila done une deraence d’une espece bien par- 
ticuliere, demence. curable et dont l’affaiblissement intellectuel 
n’est pas constant. 

Nous avons voulu analyser letat mental de ces malades pour 
nous rendre compte dans quelle mesure ils meritaient Tdpithete 
de dements. Tout d’abord il s’agissait de bien preciser ce que 
nous devions entendre par demence, aria de lui comparer les 
troubles prdsentds par ces dements vesaniques. Nous avons 
pense que le type de la ddmence etait donn4 par les maladies a 
lesions organiques diffuses evidentes, dont la paralysie generale 
est le specimen le plus net. C’est 1&, en effet, que l’incurabilite 
et raffaiblissement constant de tous les processus intellectuels, 
et notamment de la memoire, justifient le mieux l'idee que Ten- 
semble des altenistes se font de la ddmence. 

Comparer la mentality des dements vesaniques k la mentality 
des paralytiques gdneraux, rechercher en quoi ils sont sem- 
blables et en quoi ils sont dissemblables, e’est le moyen de 
savoir si la ddmence vesanique se rapproche plus de la paralysie 
gendrale que de la confusion mentale, si par consequent elle est 
une ddmence, ou bien si, pour des raisons contraires, elle doit 
6tre sdparee du groupe dementiel. 

Nous avons pense que l'examen clinique devait, dans cette 
etude ou la limitation est delicate, employer les procedes de la 
psychologie experimental de mesure; et nous avons dti erder, 
pour etre appliquee k ces malades d’un examentres difficile, une 
methode d’exploration convenable. 

Mais il est utile au prealable de mentionner, dans un court 
liistorique, quelques opinions sur les caractei es de la ddmence 
vesanique. 

Esquirol \ le premier, separa la demence d’avec les deiibilites 
intellectuelles, mais sa classification des dements est encore 
eiementaire. Neanmoins, il remarque dej& Tincurabilite des 
varietes qu’il nomme « compliquees », dans lesquelles la para¬ 
lysie generate occupe vraisemblablement une large place. 

Marce 1 2 differencie la ddmence, consecutive aux affections 
organiques du cerveau, de celle qui termine les vdsanies, et 
esquisse une anatomie pathologique de cette derniere. Apres 
Esquirol, il ddcrit la meiancolie avec stupeur, etat, dit Marce, 
« dans lequel il y a non pas affaiblissement incurable, mais op¬ 
pression momentanee des forces intellectuelles qui peuvent, 
apres la gudrison retrouver toute leur dnergie. » 

Baillarger 3 divisa les ddmences, en deux categories : la 


1 Des maladies mentales, 1838, Tome II, chap. XIII et XIV. 

2 Makc.i':. Traite pratique des maladies mentales, 18GQ, pages 390 et suivanles. 

2 Raili.akgkk. Recherches sur les maladies mentales, 1,800, pages 025 et suivanles. 


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LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE ? 17 

demence simple , demence apathique de Griesinger, qui releve- 
rait d’une affection organique du cerveau, et la demence in - 
coMrente , demence agitee de Griesinger, qui est consecutive 
k une vesanie et dans laquelle « les idees sont dissociees et les 
signes en disaccord avec les idees ; mais Vintelligence n’est 
point abolie et l’exercice intellectuel est assez actif. * Bail- 
larger ajoute que cette forme peut aboutir cependant k un etat 
de stupidity qui la rapproche beaucoup alors de la demence 
simple tres avancee, mais qu’elle peut aussi rester stationnaire 
pendant dix, vingt ans et plus et que la stupidite n’en est point 
la terminaison necessaire. 

En ces dernieres ann4es, un grand nombre de psychiatres 
etudiant le rOle de raffaiblissement intellectuel en pathologie 
mentale, ont fait de celui-ci i’objet de leurs travaux. Christian, 
Seglas, Deny et Hoy se sont particulierement livrds a Tetude 
clinique de la demence precoce. Serieux et Masselon ont d6ve- 
lopp6 en France les idees de Kra;pelin et d6crit le sjmdrome 
qui caracterise cette affection. Une question 6tudiee est le rap¬ 
port de l'etat ddmentiel avec les lesions anatomiques. 

Aux troubles mentaux et physiques, rapides et prononces 
de la paralysie generate, correspondent ces alterations ma- 
croscopiques du cortex et ces destructions cellulaires fla- 
grantes. Le substratum de la demence apparatt ici dans toute 
sa nettete. 

Les travaux deKlippel \ de Vigourouxet de J. Charpentier 1 2 
ontbien mis en lumiere fexistence de lesions diffuses de la 
substance cdrebrale dans les cas de demence consecutive ou 
plutdt assoctee aux lesions circonscrites de l’encephale. La de¬ 
mence senile a bien aussi un fonds anatomique. Recerament, M. 
Marchand 3 , dans line etude sur les neuroftbrilles pyramidales 
toujours tres alterdes dans les demences, constatait un maxi¬ 
mum de lesions pour la demence paralytique et un maxi¬ 
mum de diffusion pour la demence senile. 

Pour les dements vesaniques, les aierations anatomiques sont 
moins precises et moins certaines. 

Les travauxde Pierret, relatesdansla these de son eieveM.Bri- 
dier 4 v ont fait connaltre des lesions dontreleveraient les demen¬ 
ces vesaniques; mais les observations ne sont pas con vaincantes. 


1 Klippel. Les paralytics generates progressives , monographies cliniques, 
1898 . 

Klippel. Histologic de la paralysie generate. Congres dc Bruxelles 1903. 

- Yigouroux. La demence lice aux lesions circonscrites du Cerveau . Revue 
de Psuchiatrie, Juillet 190'i. 

J. Charpentier. Etude sur la pathogenic des troubles mentaux lies aux 
lesions circonscrites de Vencephale. These de Paris, 1904. 

3 , Marchand. Socieie de biologic , 22 octobre 190 f i. 

4 Bkidier. Essai sur lanatomie pathn/ogique des demences. These de 
Lyon. 1902. 


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18 


fcEVUE bk rsV'CHlATtuE 


D’autre part les recherches de Klippel et Lhermitte sur l’ana- 
tomie-pathologique de quelques dements pricoces ont montre 
dans ces cas des alterations portant sur le neurone : atropliie 
predominante aux circonvolutions frontales en mime temps 
que l’itat granuleux, la surcharge pigmentaire des cellules, 
et l’abrasion de leurs prolongements protoplasmiques L 

Entre les demences organiques et les visaniques, il n'y au- 
rait pour certains, au point de vue anatomopathologique, 
qu’une question dedegri; M. Deny, dans son rapport lu au 
Congres de Pau, defend Topinion de Nissl et montre que toutes 
les dimences sent en rialiti des affections organiques. On con- 
Coit, en effet, tres difficilement qu’un aPaiblissemenl, une des¬ 
truction des facultis intellectuelles ne sont point le fait d’une 
disorganisation anatomique. 

II faut en effet admettre qu’a un affaiblissement intellectuel 
riel doit corresponds un processus destructeur du neurone k 
ivolution parallele et dont l’intensiti est en rapport avec le de- 
gri de Taffaiblissement. La cellule nerveuse ditruite ne pou- 
\ant se riginirer, la dimence devient ainsi un itat incurable : 
ce qui est perdu doit Pitre pour tou jours. 

Or toute la question est de prouver que tous ces vieux visa- 
niques itiquettis diments le sont bien riellement au point de 
vue anatomique et au point de vue clinique. II est possible qu’un 
vieux visanique tombe k la longue, comme tout autre individu 
et plus lacilement mime, dans un itat de dimence organique 
dont les lisions peuvent itre alors constaties. Mais il ne parait 
pas que ce soit la regie. Et d’un autre coti, la clinique nous 
montre des particularitis notables. 

En effet, comment expliquer le fait qu'un grand nombre de 
diments visaniques, font, par moments, au milieu de leur in- 
cohirence, des riponses exactes aux questions qu'on leur 
pose, alors qu'en d'autres temps, les riponses aux mimes 
demandes sont erronnies? Comment expliquer cette riapparition 
capricieuse de notions qui jusque 14 ont sembli ignories et k 
jamais oubliies ? L'idie susceptible de reparaitre, d’itre expri- 
mie k un moment donni n'est done pas ditruite : elle est alors 
simplement igarie dans le disordre de Tesprit. Une notion n’a 
viritablement disparu de rintelligence que s'il y a impossibiliti 
constante k la faire surgir. Si au contraire son absence est in- 
constante, il nous parait logique de Tattribuer k ce symptome 
qui masque souvent la dimence : la confusion mentale . 

La confusion et Tautomatisme constituent les signes les plus 
importants dans la simiiologie de la dimence. Us accompa- 


1 Klippel et Lhermitte. Demtnce prccoce , anatomie pathologique el palho - 
genie. Revue de psychiatrie, fevrier 1U04. 


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LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE ? 


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gnent Taffaiblissement intellectuel dont ils relevent et qu’ils 
contribuent puissamment k nous reveler. La confusion men- 
lale existe tres lV4queminent dans les deiires en dehors de tout 
affaiblissement des faculty. Done, un grand probleme se pose : 
faire la part de la confusion et celle de l'affaiblissement des 
facultes. 

En ces dernieres annee, sous l’impulsion de Chaslin, on a 
deji quelque peu rendu a la confusion mentale la place qui 
semble lui etre due en psychiatric. Dans un recent travail, 
Marandon de Montyel 1 insiste sur les etats confus simu¬ 
lant la demerice et que S6glas a appel4s pseudo-dimences . 
Marandon insiste sur ce fait que la demence vraie r^sulte de 
la destruction de la cellule nerveuse et ne retrocede pas ; 
en consequence, ajoute-t-il, il faut d6falquer de la demence 
tons les cas dans lesquels une remission legere ou profonde 
eta plus forte raison une guerison se sont produites. Le m6me 
auteur a aussi observe que la paralysie generate se complique 
toujours de confusion mentale qui fait paraitre la demence sou- 
vent beaucoup plus accentuee qu’elle nel’est en realitd; sa dis- 
parition ou son attenuation expliqueraient les variations qui en 
imposent parfois pour des remissions au cours de cette mala- 
die. II en est, par consequent, de la confusion mentale comme 
de tous les autres symptdmes morbides : pour ce qui concerne 
la demence, son intensite tres variable est bien loin d’etre en 
rapport avec le degre d’affaiblissement de l’intelligence. 

Les cas sont nombreux oil la confusion, disparaissant parfois 
apres plusieurs annees, laisse reparaitre retat intellectuel dans 
son integrite anterieure. Dernierement, Regis 2 a reconnu deux 
formes dans le syndrome demence precoce : la vraie demence 
precoce, celle qui serait incurable et qui releverait d’une lesion 
organiqueet la pseudo-demence precoce, simple etat de confu¬ 
sion mentale, curable peut-etre, en tout cas susceptible de 
grandes remissions. Cette deuxieme forme aboutirait, comme 
toutes les psychoses, lorsqu’elle persiste, k une demence secon- 
daire, precoce ou non, mais avant tout post-confusionnelle. 

Nous voyons done que le rdle de la confusion mentale dans 
cette question est enorme et que beaucoup d’auteurs l’ont 
reconnu. Mais la difficulte est extreme lorsqu’on cherche a 
diflerencier la demence de la confusion mentale simple, ce qui 
perraettrait de faire la part de Tune et de l’autre. Hannion a 
tent6 ce diagnostic dans un parallele ; mais, en clinique, il n’est 
que tropsouvent malaise et, comme dit Chaslin, « les differences 


* Bulletin medical f 16 juillet 1904. 

5 R£gis. Revue de pst/chiatrie, avril 190'*. Sole a propos de la demence pre¬ 
coce et Congres de Pan, 1904. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


entre les deux dtats se sentent et lie s’expriment pas, ce qui est 
assurement fort insuffisant ». 

II resulle de notre expose, que la ddmence vraie semble dtre 
le fait des lesions organiques de la corticalitd cerdbrale et que, 
d'autre part, la confusion mentale simule souvent la demence. 
Des lors, il est permis de se demander si les vdsanies se termi- 
nent d’ordinaire bien rdellement par Taffaiblissement desfacul- 
tes de 1‘intelligence ou simplement par un 6tat de confusion que 
Ton pourrait confondre avec la demence. 

La question n'etant point nettement posee par les auteurs, 
nous nous sommes livrds, dans ce but, & des recherches sur 
Fdtat intellectuel dans differents groupes de dements. INous 
nous sommes ainsi efforcds de penetrer, autant que faire se 
peut, k travel's le masque de la confusion, essayant de nous 
faire une opinion sur le degrd d’alteration des faculty. Pour 
cela, nous avons interroge nos dementes k des jours differents, 
leur posant toujours les mdmes questions, afin de voir si l’idee 
qui un jour semble avoir disparu ne pourrait renaitre un autre 
jour. Si done, par ce moyen, nous obtenons des rdponses 
exactes sur une sdrie de connaissances tres dldmentaires 
supposdes k la portee de notre malade a l’etat normal, nous 
croyons pouvoir en conclure que le fonds intellectuel n’est 
point diminud chez elle, mais simplement incoordonnd, incohe¬ 
rent. C’dtait, nous a-t-il semble, la meilleure methode iutiliser, 
puisque ces intelligences, par le fait mdme de la confusion et 
de la variabilite des rdponses, ne peuvent dtre mesurdes par un 
nombre determine d’epreuves, contrairement k ce qui se fait 
en psychologie normale. 

Void un exposd des questions et des epreuves auxquelles 
nous avons soumis nos malades : 

l rt seric. — Quel est votre age ? 

Quelle est votre profession ? 

Combien gagniez-vous par jour et par mois ? 

Etes-vous mariee ? 

Quel est votre pays natal? 

Quel etait, en dernier lieu, votre adresse a Paris ? 

Combien de temps y avez-vous habite ? 

2 f seric. — Sommes-nous en France, en Alleinagne ou en Angleterre? 

En quel lieu sommes-nous ici ? 

Comment s'appelle la capitale de la France ? 

Quel est le chef-lieu du departement de la Seine ? 

Qu est-ce qu’une ile ? 

La France est-elle une ile ? 

L’Angleterre est elle une ile ? 

Quelles sont les cinq parties du monde ? 

3* seric. — Qu’etait Napoleon I er ? 

Qu’tHait Louis-Philippe ? 

Comment s'uppelait l’ancienne reine d’Angleterre? 


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LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE ? 


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Quels peuples ont pris part h la guerre de 1870 ? 

Par qui fut assassine Henri IV ? 

Par qui fut assassine le president Carnot ? 

4* serle. — Une addition sans retenues. 

Une addition de trois rangees de chiffres. 

Une multiplication et une division tr6s faciles. 

5* serie. — Pluaieurs Epreuves sur la mdmoire immediate des chiffres. 

Une 6preuve sur la memoire immediate des phrases. 

La conclusion d’un syllogisme tres simple. 

Nous avons choisi, on le voit, des notions extrSmement 
faciles et connues, pour la plupart, de ceux-14 m£me qui n’ont 
pas fr6quentd l’dcole. II va sans dire que le tableau ci-dessus 
n’est qu’un guide pour l’exp^rimentation clinique et qu’il est 
loisible de le modifier suivant les circonstances. 

Les questions ne doivent 6videmment pas 6tre posees seche- 
ment, telles qu’une marche h suivre nous oblige a les indiquer ; 
il est ndcessaire de les r4peter plusieurs fois au malade et de les 
lui ddvelopper, afin d’en 6tre compris et de capter son atten¬ 
tion : li est la condition du succes. Nos interrogations portent 
done sur l’identite du malade, sur des donndes sommaires de 
geographic et d’histoire et enfin sur le calcul. 

La memoire 4tant une faculte rapidement et gravement trou- 
blee chez le dement, il nous a paru interessant d ajouter aux 
epreuves quelques tests la concernant. Pour les rdaliser, nous 
nous sommes inspires des proc6dds en usage au Laboratoire de 
Psychologie experimentale L 

On fait lire au malade quelques chiffres inscrits en gros 
caracteres sur une feuille de papier, chiffres qu’il devra repdter 
aussitot la feuille retiree de dessous ses yeux : on voit ainsi 
combien il est capable d’en retenir k la fois. On procede de 
m£me pour la mdmoire des phrases qui se traduit egale- 
ment par le nombre de mots ou de lignes imprimees suceptible 
d’etre retenu. Inutile d'ajouter que pour nos epreuves qui sont 
avant tout cliniques, nous n'avons eu recours qu’& des phrases 
courtes et d’une comprehension tr£s facile. 

Le syllogisme a pour but d’examiner l’etat du jugement. Ici, 
il devra 6tre tout k fait simple, dtant donnde la catdgorie de 
malades que nous avons en vue. On expose au sujet les premis¬ 
ses en m6me temps qu’on les lui explique et on lui laisse trouver 
la conclusion. 

Ce qui nous importe, dans les rdsultats ill obtenir, e’est la re¬ 
cherche des exactes reponses aux diverses questions ou epreu¬ 
ves : e’est cela seul et non les tournures de phrases qui doivent 
nous renseigner sur l’etat de validite des facultes. La methode 


1 Voir Toulouse, Vaschide et Pi£ron. Technique de Psychologie experiment 
tale , Paris 1904. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


d’examen dtant ainsi dtablie, nous allons transcrire un certain 
nombre d’observations pour lesquelles nous l'avons employee*. 

Yoici d’abord quelques examens de paralytiques gdnerales. 
Au-dessous de la question posde, nous avons inscrit la rdponse, 
successivement obtenue k chacune des stances d'interrogations 
et nous remplagons par un pointilld les rdponses qui n’ont pas 
dtdexprimdes. Les reponses reconnues exactes sont mentionnees. 

M b * D. 40 ans, paralysie gendrale a la periode d’etat chez une per- 
sonne d'intelligence ordinaire et sans instruction. 

Examinee trois fois dans le courant de juillet 1904. 

Age? 1 ,T examen — 40 ans. 

2 e examen — Dans les 40 ans. 

3‘ examen — 39 ans. 

Profession? — Couturiere (exact). 

— Couturiere. 

— Couturiere. 

Salaire ? — Douze sous par jour... et on mangeait ou on allait. 

— Douze sous, dix sous par jour. 

— Quinze sous. 

Etcz-zous mariee? — Oui. 

— Oui, je suis mariee. 

— Oui. 

Pags natal ? — J’habitais pr£s d’Angers, de Saint-Lo, avec ma belle- 
sceur, j’^tais son neveu aprfcs. 

— Angers (exact). 

— Pr^s d’Angers (exact). 

Adrcsse? {Pas de reponse a la question). 

— Rue Nationale, en face l’eglise. 

— Rue Heble. 

Combien de temps ;/ ace* zous habite t (Pas de reponse & cette ques¬ 
tion). 

Pays? — Ici a Paris. La guerre de Napoleon en 1870... J’£tais a Ver- 
nes en Maine-et-Loire dans un petit pays. 


— Nous soinmes en France. 

Capitale de la France ? (Pas de reponse). 

Chef-lieu du departement de la Seine? (Aucune reponse). 

Une ite ?. 

— C’est sur la Loire. 


La France est-elle une He ? . . . 

— Oui. 


Et VAnyleterre ? — Non, c’est une ville, & present. 
— Oui... Non... Non... 


Les 5 parties du nionde? — C’est dans le mois de juillet samedi 2, 

c’est la Maine. 


Napoleon P 1 ?. 

— 11 faisait la guerre pour la France. 


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LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE *? 


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Louis-Philippc t — Un roi. 

— Un bon roi. 


La Reinc d' Angle ter re t (Aucune reponse). 

Guerre de 1870? — Les Prussiens... contre les Frangais. 

— Les Frangais contre les Prussiens. 

— Les Prussiens contre... la France. Ils ont pris 
l’Alsace... Napoldon III. 

Assassin d* Henri IV t (Aucune reponse). 

Assassin de Carnot? (Aucune reponse). 





6239 




2453 


4255 


67 


‘ 6425 


2694 


5 

P r 

examen : 1623 

1« 

1694 

1" 

» 

2* 

— 8878 (exact) 

2* 

2690 

2 f 

247 

3* 

- 2878 

3* 

12,15,8, 

,36,8 3* 

» 


On lui fait lire les chiffres: 


Elle repete: 


4830 . 



430 



13972 



1391 



6529 



» 



429580 



» 



Elle semble ne pouvoir retenir plusde trois chiffres. On lui lit ensuite 
le testsuivant: 

« Les deux petites, sautant dans les fosses, explorant avec attention 
les endroits ombrages, cornmencbrent leur cueillette. » 

La malade n'en retient que ces trois mots: « Les deux petites ». Deux 
autres tests, aussi faciles sont essayes sans aucun succes. 

L’epreuve du syllogisme a et6 complement negative. 


M"* L..., 41 ans, paralysie generale peu avancee, crises epileptifor- 
mes. Travaille au mdnage dans son quartier. Cause encore assez bien. 
Peu instruite. Examinee trois fois. 

Age ? — 40 ans. 

— 40 ans. 

— 41 ans le 16 mai (puis, apres avoir reflechi) non, e’est 40 

ans. 

Profession ? — Doraeslique. 

— Domestique. 

— Bonne. 

Salaire ? — 25 francs par mois 


15 francs, puis 20 francs. Ajoute qu’elle n’a jamais gagne 25 
francs. 

FAcs-cous mar ice ? — Veuve. 

— Oui. 

— Veuve. 

Pags natal ? — Le Havre. 

— Le Havre. 

— Bleville pres du Havre (exact). 

A dressed (Ne se souvient pas). 
pags ? — Villejuif. 

— Villejuif. 

— Villejuif. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


So/nmcs-nous en France ? etc. — En France. 

— En France. 

En France. 

Capitate dc la France ?. 

— Paris. 

Ckef lieu du ddpartement dc la Seine ? (Ne se souvient pas). 

Unc tie ? — C’est de l’eau qui entoure... lont ce qu’on veut. 

— C’est un courant d’eau. 

(Ne sait pas. Nous lui demandons d’en dessiner une et elle 
fait alors trois ou quatre lignes paralleles). 

La France est-elle une He ? — Oui, parce qu’elle est entourde d’eau. 


— C’est entoure d’eau. 

Et VAnyleterre'! — Je no me rappelle plus. 

— Non. 

— Je ne sais pas. 

Les 5 parties du monde ?. 

— La France, Pltalie, l'Ocean. 

— L’Amdrique, l’Angleterre, l’Ocdan. 
Napoleon I* 1 ? (Ne se souvient pas). 

Louis Philippe*! (Ne se souvient pas). 

Rcine d’Anyleterre ? — Christine. 

— Christine. 

— Victoria. 

Guerre de 18701 — II y en avait de toutes les sortes : francs-tireurs 
artilleurs. Ils parlaient de toutes les langues. 

— Des artilleurs. il y en avait de toutes les categories. 


Assassin d’Henri IV t — (Ne se souvient pas) 
Assassin de Carnot t — (Ne se souvient pas). 

6239 

2453 4255 

6425 2694 


l' r exam. 3878 l ,f exam.22198 i* r exam. 142 

2"* — 8878 (exact) 2 B,e — 13188 (exact) 2 mt — 115 

3- - 8878 (exact) 3-' — 456 

Elle n’a pas effectud les divisions, disant qu elle n’avait jamais su les 
faire. 

On lui fait lire les chiffres: Elle rotient: 


8160 

0618 

60935 

53097 

13972 

27931 

34782 

28347 

60935 

659 

3792851 

1587892 


Cette malade est done capable de rdpdter au moins cinq chiffres, 
quoique souvent dans un ordre inverse a celui dans lequel elle les a lus. 
La mdmoire des phrases n’est pas aussi satisfaisantc. 

A pres avoir lu trois fois le test: 

Les deux petites sautant dans les fosses, explorant avec attention les 
endroits ombrages, commencerent leur cueillette. 

Elle ne retient que : 

— Les deux enfants commencerent leur cueillette. 


67 

5 


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LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE? 


25 


Autre test: 

Un homme dans un bois rencontra un loup qui voulut le dGvorer, 
mais d'un coup de hache, il le tua. 

La malade rdp&te : 

— Un homme dans un bois, un loup voulut le devorer ; il lui donna 
un coup de hache et le tua. 

On lui donne ensuite & conclure le syllogisme suivant: Un metal est 
dur; le fer est un mdtal, done le fer est dur. La malade en trouve la 
conclusion apres quon le lui a explique trois fois. 


M* e S***, 42 ans. Paralysie generate peu avancee, mais deja un cer¬ 
tain embarras de la parole. S’occupe au manage dans son quartier. Tres 
peu instruite. Examinee trois fois. 

Age ? — (Le malade l’a ignore a tous les examens). 

Profession ? — Couturi&re (exact). 

— Couttfri^re. 

— Marchande de vin et couturiere. 

Salairc ? —. 


— Pas beaucoup. 
Etescous marice ? —- Oui. 

— Oui. 

— Oui. 

Pngs natal ? — Paris — (inexact). 


— Paris. 

Ailrcssc ? — Hue Sainte-Elisabeth — (exact). 

— Rue Sainte-Elisabeth. 

— Hue Sainte-Elisabeth, a c6t6 de Teglise. 
Conxbien de temps // acej-cous habite ? —. 


— Peut-etre quatre mois: je 
n’en sais rien au juste. 
Somnies-nous on France ? etc. — En France. 

— En France. 

— En Allemagne, puis, en France. 

Pags ? — Paris. 

— Ici, a Paris. 

Capitate de la France ? — . . . . 

— Paris. 

C'hef lieu da departement de la Seine ? (Elle l’ignore). 

Uneile ? (Elle l’ignore). 

La France est-elle tine He ? — Oui. 

— Non, je no crois pas. 

— Oui. 

Et VAnglctcrre'} — . 

— Oui, Non. 

— Oui, — (n’en est pas certaine). 

Les oparties dti monde ? ( Aucune reponse). 

Napoleon 1**1 — Un grand personnage, un vainqueur. 

— Un roi, un vainqueur. 

— Un grand soldat, un grand roi. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


Louis-Philippc ? — Un grand homme, un frangais. 


— Je l’ai su, mais je ne sais plus. 

Guerre de 1870 ? (Aucune reponse). 

Assassin d’Henri l V ? (Pas de reponse). 

Assassin de Carnot ? (Pas de reponse). 

L dpreuve de calcul a cliez cette inalade, absolument negative. 
S* # * a etd transferee rapidement et nous n’avons pu la soumettre 
aux autres epreuves. 


M«« b***, 43 ans. Paralysie generate a laperiode de debut. A recuune 
instruction ordinaire. Tres travailleuse et tres docile. S occupe au me¬ 
nage dans son quartier. Confusion mentale deja tr6s manifeste. Exami 
nee trois fois. 

Aq el — 43 ans. 

— 43 ans ; je suis n6e le 24 aout 1861 — (exact). 

— 43 ans; 24 aout 1861. 

Profession ? — Parfumerie (exact). 

— Parfumeuse. 

— Parfumeuse. 

Combien gagniez-cous ? — 25 francs par semaine avec pourboires et 

etrennes. 

— 25 francs par semaine. 

— 25 francs par semaine. 

Etcs-cous mar ice ? — Je suis divorcee depuis le soir de mon mariage. 

— (inexact). 

— Oui. 

— Oui. Je suis divorcee au bout d’un jour. 

Pays natal ? — Nantes (exact). 

— Nantes. 

— Nantes, Loire-Inferieure. 

Sornmes nous vn France ? etc. — En France. 

— En France. 

— En France. 

Capitate de la France — Paris. 

— Paris. 

— Paris. 

Chef lieu du departement de la Seine ? — Paris. 

— Je ne sais pas. 

Uneile ? — (Repond qu elle ne l’a jamais su, ce qui est tres invrai- 
semblable). 

La France est-cllc une He ? — Je ne sais pas. 

— Je ne sais pas. 

— Je ne sais pas. 

Et VAnglctcrrc ? — Oui. 

— C’en est une. 

— Je n’ai jamais appris cela. 

Lcs ring parties du motuie ? (Aucune reponse). 

Napoleon l tT ? — Je n’ai jamais su cela. 

— Je ne sais pas. 

— Un roi. 

Lonis-Philippc ? — Je n’ai jamais appris tout cela. 

— Je ne le sais pas. 

— Un roi aussi. 


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LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE ? 


27 


La rcine d' Angletcrrc ? — Victoria. 

— Victoria. 

— Victoria. 

Guerre do /870? — Je ne saispas. 

— Les Prussiens et les Franqais. Vous me l'avez de- 
ja demande la derniere fois; cela m’est revenu 
depuis l'autre jour. 

— Les Fran^ais et les Prussiens. 

Assassin d'Henri IV ? — Je ne sais plus. 


Assassin do Carnot ? — Je ne me rappelle plus. 





6239 


2453 


4255 


6425 


2694 

1" examen 

8878 t 


13188 ( 

_ 

8878 

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13198 ] exact. 

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8878 / 


13188 ( 




243 : 2 = l ,r examen . . 


452 


2- - 243 


3 


3" f - 

l rf examen 

56 



2 m * - 

16.15.6 



3- — 

12.15.6 




On lui 

fait lire les chiffres : 

Elle retient : 



4830 

4830 



C0935 

60935 



34782 

34782 



287601 

285601 



730698 

789098 



429580 

42960 


On lui fait lire les tests deja indiques pour les malades prdc6dentes. 
Elle repute opres l’avoir lu trois fois : 

— Les deux petites en sautant pour cueillir la causette. 

Et pour l’autre : 

— Un homme dans un bois rencontra un loup qui voulut le devorer. 

On lui fait lire cette autre phrase : Le feu s’est declare aujourd’hui 

dans une usine; les flammes montaient tres haut. 

Elle repute: 

— Le feu etait dans les flammes; ga montait tres haut. 

L’epreuve du syllogisme a 6te satisfaisante. 

Ces quelques observations nous permettent de voir les lacu- 
nes profondes qui existent dans Intelligence des paralyti- 
ques generaux m&me peu avances. Ainsi qu’on pouvait le 
prevoir, les notions ayant trait a la profession du malade, k ce 
qu’il fait cliaque jour, sont les moins altdrees. L’age indique 
n’est generalement plus exact des le debut de la maladie; plus 
tard, il est toujours erronnd. Les paralytiques se souviennent 
parfois de la rue oil ils habitaient, mais le num£ro en est rapi- 
dement oubli&. Knfin, le calcul devient penible, seme d'inexac- 
titudes et les operations complexes, division et multiplication, 
sont bientot impossibles. 


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28 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Nous n’avons relate ici que des examens de paralytiques 
generates peu avancdes. Plus tard, Tex peri mentation, lorsque 
toutefois elle est encore possible, devientextr^mement malais^e 
et donne peu de resultats, qui montrent la d^cheance intellec- 
tuelle, surtout au point de vue de la perte de souvenirs emma- 
gasines et de la faculte du calcul. 

Nous allons maintenant comparer a ces malades d4mentes 
nos vesaniques choisies parmi les plus manifestes. (A suit re). 


QUELQUES FAITS SUR LA REVIVISCENCE MENTALE 
A LA SUITE DES ACCES DE FIEVRE 

Par N. Vaschide 

Chef des Travaux du Laboratoire de Psychologic Experimcntalc 
de I'Ecole des IJautes Etudes h iAsile de Villcjuif. 


La psychologie des phdnomenes toxi-infectieux reste certai- 
nement a 6tre faite. On connait a peine quelques vagues don- 
nees et parmi les auteurs qui dans ces derniers temps ont 
essayd de s'en occuper en dehors du nom de Krsepelin et de son 
4cole il faut faire une large part k M. Klippel, un des premiers 
qui a soulev6 judicieusement la genese toxi-infectieuse de cer¬ 
tains delires oniriques. 

Je ddsirerais attirer cette fois-ci Inattention sur unph4nomene 
des moins connus de ce chapitre de la psychologie des toxi-iu- 
fectieux. II s agit du rapport de Thyperthermie avec la revivis- 
cence mentale chez quelques sujets ali£n6s. 

J’ai pu observer par moi-m£me les trois observations sui- 
vantes: 

I. — Malade atteinte d'excitation maniaque; 5g6e de 45 ans. 
Le sujet nous dtait connu depuis des anndes. 

La mentalite avait etd en tout temps la m£me; la malade pro- 
non^ait les m£mes mots, elle rdagissait aux m£mes excitations 
et le facies gardait les m£mes traits d’une anxidte tvpique. On 
n'arrivait pas k se mettre en communication avec la malade; 
elle restait etrangfere & toute excitation extdrieure. A peine si 
elle tournait la t£te, et cela dans ses plaintes, toujours identi- 
ques, vers la personne qui lui adressait la parole. 

A la suite des phenomenes grippaux la malade fut alitee. 
Elle eut la fievre et elle fut forcde de rester couch^e pendant 
une semaine. La temperature oscillait d’une maniere inquie- 
tante et on avait commence a craindre la probability d’une 
peritonite. Nous primes Tobserver pendant ce temps k trois 
reprises diff^rentes et k notre grande surprise, la malade etait 


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QUELQUES FAITS SUR LA REVIVISCENCE MENTALE 


29 


tout autre; elle nous repondait d’une maniere sens^e. Elle 
prenait part k la conversation et remerciait qu’on s*occup&t 
d’elle. Le facies n’etait plus le m£me. Elle avait comrae tempe¬ 
rature 39°, 7; 40°, 2 ; et 40°, 3. J'ignore la temperature des 
jours precedents, ne l’ayant prise moi-m&me ; la courbe psyclii- 
que prise par rinfirmiere etait pourtant cat^gorique k ce point 
de vue: elle avait une hyperthermie notoire depuis une semaine 
environ. La malade ne semblait garder aucun souvenir precis 
de sa maladie; elle ne r6p6tait pas les memes choses; le langage 
n’etait pas automatique, elle ne repondait pas aux memes 
reactions. 

Quelques temps a pres nous pumes la voir ; des que la tempe¬ 
rature avait baisse la mentalite redevenait normale et reprenait 
celle symptomatique de son excitation maniaque. 

II. — Jeune femme, Agee de26ans, alteinte de meiancolie, 
forme assez grave. Elle ne parle avec personne ; elle ne s’occupe 
plus de sa lamille ni de son enfant. Depuis deux ans elle se 
perdait chaque jour de plus en plus dans son r£ve. On etait 
force m&me de faire sa toilette. 

Continuellement elle regardait vaguement dehors ; elle pous- 
sait quelques soupirs, prononcait parfois deux ou trois mots 
incoherents pour se taire toute la journee. A la suite dune 
grippe elle cut un fort acces de flevre. Le medecin diagnostiqua 
Tinfluenza. Pendant trois jours elle eut une temperature qui 
oscillait legerement autour de 40°; elle ne depassa jamais 40°, 3 
et ne descendit plus de 39®, 7. A la grande surprise de tous la 
malade est devenue eloquente ; elle parle, elle reclame son 
enfant, demande des nouvelles de son mari, s'intdresse de sa 
maison et semble se reveiller d’un affreux cauchemar. Elle 
paralt bien portante et dans le milieu social on crut au miracle. 
Brusquement la temperature ayanttombA petit k petit, la malade 
retomba dans sa meiancolie, mais tout doucement; elle mit 10 
jours pour revenir au point de depart. Son facies redevenu le 
m£me et elle continue k regarder dans le vague. 

III. — Homme age de 43 ans, ayant eu k plusieurs reprises 
des acces d’impulsion. Ancien morpliinomane. Actuellement est 
en plein delire mystique ,* il parle avec des anges et entre lui et 
la divinity, il y a des communications intimes. II croit aux 
phAnomenes des apparitions. A la suite d’un commencement de 
pneumonie et pendant deux jours de flevre autour de 39°, 5et 
39°, 8, il pr4sente une mentalite sensiblement amelioree, mais 
moins accentuSe que dans les deux autres cas. Le ddlire mys¬ 
tique l’occupait moins; il s‘int4ressait plus aux id6es de son 
milieu et paraissait prendre une part sensiblement plus active k 


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30 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


la vie. Des que sa pneumonie fut guerie il relomba dans son 
mysticisme, mais d'une maniere plus grave et plus ddirante. 

Tels sont les cas : j’ai pu prendre les observations par 
moi-m£me. Je les donne tels quels et sans entrer dans les 
details pouvant revenir plus tard sur ce sujet. M. Pierre Janet 
nous a fait connaitre un cas analogue lors de la communication 
que j’ai faite avec M. Vurpas a la Soci6t6 de Psychologie sur la 
mentalite des mourants. 

Les psychiatres doivent pouvoir observer des cas analogues ; 
la litterature bibliographique est jusqui present r6duite k 
quelques vagues donn6es. Je me contente cette fois-ci de rap- 
procher ces deux faits : la reviviscence de la mentality dans des 
cas d’alienation mentale au cours d’une hyperthermie notoire 
et en m£rae temps de la disparition de cette reviviscence 
mentale avec l’abaissement de la temperature. 


OBSERVATIONS 


UN CAS D’ABSTRACTION CHEZ UN CHIEN 
Par Henri Pieron 

Void un fait: un chien, elev6 par ses maitres, a appris k aller, avec 
des sous qu’on remet dans sa gueule, chercher des croissants chez 
le boulanger ou de laviande chez le boucher. Commeon lui donne 
parfois des sous pour chercher des croissants ou des rognures 
qu’on lui laisse, il reclame en aboyant pour en obtenir. 
Aussit6t qu’on les lui a remis il va chez le boucher chercher des 
rognures, et grogne si on ne lui en donne pas assez ; mais parfois 
il va chez le boulanger pour avoir des croissants chauds pour 
lesquels il a une veritable predilection. 

Dirons-nous qu’il y a 1& un phenom£ne d’abstraction ? Oui, il y 
a un ph&iom&ne d’abstraction dementaire, et voici pourquoi. On 
ne peut dire 6videmment que le chien a l’id£e de l'argent et de sa 
valeur representative : tous les sauvages ont-ils cette idee? Il se 
produit des phenom&nes dissociation, soutiendra-t-on, entre le 
sou et l’aliment, comme entre le b&ton et le coup: il n y a pas 
d’idee generale. Mais tout d’abord il y a activite du chien, qui ne 
s’attend pas seuleinent k une consecution, mais la provoque : 
phenomene d'habitude, peut-on interpreter! soit, mais ce qui est 
curieux, c’est le choix du chien entre le boulanger et le boucher, 
les croissants et les rognures. 

Du fait que l’image du sou s’associe k deux choses differentes, 
entre lesquelles, suivant des influences, mal demeiees,le chien choi- 


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SUr le traitemeNt metatrophique de l’epilepsie 


31 


sit, il resulte que le sou est bien repr^sentalif, non d une image 
unique & laquelle il serait li6 par association, mais de deux, grou¬ 
pies chacune dans une sirie d’images motrices ripondant b l'ac- 
tiviti diffirente du chien. 

Pour l'homme, evidemment, le sou est plus iloigni que cela des 
images concrites, il symbolise des groupes tr&s nombreux d’ima¬ 
ges ; mais, chez l’enfant diji, le sou ne reprisente t-il pas surtout 
des bonbons, ou telle ou telle esp&ce de jouets. Il suffit qu’une 
image soil symbolique, representative de deux autres pour qu'on 
puisse dire : Il y a generalisation abstraite, eiimentaire, soit, qui 
ne se developpera pas chezle chien commeelle sediveloppera chez 
l’enfant, mais abstraction reelle, car ce phenomene mental n’est 
pasd’un mecanisme mystirieux, d’une nature radicalement diffe- 
rentedes phenomines dissociation. C'est une association symbo¬ 
lique qui condense deux ou plusieurs images sous une seule. Nous 
avons constate un tel processus chez le chien, nous pouvons done 
hardiment conclure : Le chien est susceptible d abstraction : Tout 
se passe comme si les images mentales provoquaient le schema de 
l’idie. 


THERAPEUTIQUE 


SUR LE TRAITEMENT METATROPHIQUE DE L'EPILEPSIE 
Par Olaf Kinberg 

Interne h V As He d'alienes d'Up sala 1 

Tout d’abord, je me permets d'omettre un resume des elements 
thioriques de la methode en question, de mime qu’un historique, 
oil je devrais critiquer les objections faites b l’explication physio- 
logique et & la valeur thirapeutique de la methode. Entre autres, 
je dois faire observer que les risultats obtenus par MM. Helmtledt 
et Pandy d’apris les experiences de MM. Halmi et Baganes, me- 
decins assistants de celui-ci, doivent etre peu surs, le temps de 
leurs experiences etant trop court (cinq semaines ou un mois). 
L’eflet dti, selon M. Laudenheimer, plut6t & la quantite du brome 
depose dans 1‘organisme qu e la quantite de la dose de chaque 
jour, il va sans dire que plusieurs semaines peu vent se passer, 
avant qu’on en ait atteint le maximum M. Pandy a mentionne 
deux cas oil l'intoxication de brome et l’hypochloruration auraient 
amene la mort. Cependant, je relive que, pour Tun de ces 
cas, certains rapports, dans l’extrait du journal, font suppo- 
ser quelque affection du cceur; pour l’autre cas, les symptomes 
graves (etats cr6pusculaires, inquietude, faiblesse generate, delires) 

1 Get article est un resume foil par l’auteur d’tin travail paru dans un 
periodique suedois Alim Svertska laharelidningen I90'i, rr 30-32, 32 pages. 


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32 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


ne s’etant montres qu'une semaine apr6s la cessation subite de la 
medication bromique, et la mort n’ayant eu lieu que 4 semaines 
plus tard, je penche b croire qu’il s’agissait d'une nouvelle mani¬ 
festation de la maladieelle m£me (epilepsie). Dureste, je ferai ob¬ 
server que, dans ces deux cas, la cause de la mort est tres difficile 
& determiner, M. Pandy n’ayant pas communique le proems ver¬ 
bal dautopsie. 

Les observations comprennent 30 cas sur 34. — (4 cas ontdte 
omis, parce que le temps de traitement avait ete trop court). La 
diete: au commencement, des ceufs et du lait, correspondent b une 
valeur calorique de 1.665 b 2.480 cal.; au bout de quelques mois il 
y eut addition de pain sans sel et de margarine, desorteque la 
valeur calorique totale variait enlre 2.775 et 3.590 cal., la quantite 
de chlorure de sodium ne depassant pas 5 grammes par jour; 
plus tard, on a substitue des pommes de terre cuites avec du sel b 
une partie de la portion de lait et d’oeufs, et cela b la grande satis¬ 
faction des malades. Le sel bromique employ^ a 6t£ NaBr. La 
dose moyenne fut, au commencements grammes pour les hommes 
et 3,4 pour les femmes.par jour; plus tard (au mois de mars 1904) 

3.3 et 2. 

A propos des observations.il fautmentionner un cas de migraine 
grave chez une garde-malade; vu l’affinite hypothetique entre 
cette maladie et Cpilepsie, je me suis servi de la nCthode m6ta- 
trophique, de brome (1 gramme par jour) et de l’hypochloruration; 
de cette mani&re, j’ai r6duit les acCs de migraine de 2 b 4 par 
mois, b 3 seulement en plus de 9 mois. La nourriture ordinaire 
reprise, les acc6s sont months b 4 en 3 semaines; la medication 
recommence en janvier 1904, pas d’acc&s jusqu’au mois d’avril. 

Voici ce qu’il faut exiger d’un bon traitement de Cpilepsie: 

1) diminution de la frequence et de l’intensite des ace&s. 

2) influence favorable sur l’^tat psychique. 

3) pas d’influence defavorable sur la prognose. 

La frequence des acc6s. — Des cas etudies par moi, 88 % 
pCsentent une diminution 6vidente de la frequence, 4 % presque 
pas de changement, 8 •/• une augmentation peu importante. Dans 
2 cas, pas d’acc&s depuis 19 et 20 mois. Dans un cas, pas d'aqjCs 
pendant 12 mois ; la medication cess6e, les acCs ont immediate- 
ment recommence. Dans 2 cas, pas d’acc&s depuis le commence¬ 
ment du traitement. Dans les cas oil les aec&s epileptiques n’ont 
pas tout b fait cesse, ils ont 3videmment diminue d’intensite et de 
duree. 

Influence sur l’6tat psychique. — Des cas en question, 

23.3 V, montrent un changement en mieux considerable, 13,3 7, de 
meme un changement en mieux, bien que peu perceptible; pour 
6,6 % Ybt at s est decidement aggrave. Dans 14 cas caracterisC par 
des delires et des £tats cCpusculaires. pas de manifestation de ces 
etats d&s le commencent de la medication. 

LTinfluence sur l’6tat g6n6ral. — L’influence s est manifestos, 
dans la plupart des cas, par une augmentation de poids maximum 


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SUR LE TRAITEMENT M^TATROPHIQUE DE L EPILEPSIE 


33 


de24 kilos pour les homines, 22.5 pour les femmes. Manifestation 
due, selon moi, b une lesion de nutrition. A ce propos, on peut 
citer des recherches faites par MM. Charrin, Chassevant. BGchner, 
Overton et Lingle quant b l’influence de NaCl sur les fonctions 
vitales du corps. Ces donn^es permettent de conclure que l’hypo- 
ehloruration diminue la resistance aux infections dans l’orga- 
nisme, et b Tappui de cette hypoth&se, j’ai eu deux cas oG une 
infection a amene la mort, cas oil probablement le brome et lhy- 
pochloruration avaient affaibli la force de resistance de l’organisme. 
Du reste, je pretends que les femmes endurentmoins bienle traite- 
ment que les hommes, ce que je crois, selon mespropres observa¬ 
tions, etre dG b la diminution de l’intensite des fonctions vitales 
causee par la menstruation. 

La symptomatologie de ces intoxications difiere beaucoup de 
celle des intoxications bromiques ordinaires : 

L’exanthGme, le factor ex oveei les perturbations de digestion 
sont rares ; l'intoxication se manifeste plutdt par des alterations 
psychiques et une faiblessegenerale et mGme, dans les cas les plus 
graves, par une faiblesse eardiaque qui se revGle sous peu de 
temps. Cette qualite particuliere symptomatique doit etre attribue 
b l’hypochloruration. 

Pour ce qui est de l'influence qu’exerce la methode sur la mor¬ 
tality, je puis donner le chifTre 16 3 % par an (5 •/• pour les hom¬ 
mes et 36,5 •/. pour les femmes). M'appuyant en meme temps sur la 
statistique de M. Habermaas — 47,6 % de tous les epileptiques 
meurent dans le status epilepticus — je soulignerai daprGs mes 
propres experiences, l’importance de la methode metatrophique 
comme capable de prevenir cet accident. Par mes etudes de la symp- 
tomatologie et des donnees d autopsie, je suis arrive & la con¬ 
clusion que la methode en question nest pas toutfc fait inoffen¬ 
sive : b cause de la depression qu’elle amene et dont nous venons 
de parler, il faut la considerer comme contribuant parfois b la 
mort. Mais les observations faites sur les symptdmes d’intoxica- 
tion me font croire qu’on peut reduire de beaucoup ce danger en 
posant certaines contre indications. 

Voici comment je puis resumer mes recherches sur la valeurdu 
traitement metratrophique de repilepsie : 

1) le traitement diminue b un degrG considerable la frequence et 
l'intensity des acc£s et parait prevenir complement le status epi¬ 
lepticus ; 

2) ii exerce souvent une influence heureuse sur l'etat psychique 
habituel et pr£vient les ytats crepusculaires et delirants ; 

3) il entraine quelquefois des syptdmes d'intoxication, Causes 
probablement en partie par le manque de NaCl. Cela fait indiquer 
quelques casoii la methode nedoit pas £tre appliquee: 

a) affections du coeur; 

b) toutes les maladies qui fatiguent le coeur d une manure spe- 
ciale (nephrite emphysGme, etc.); 

c) ob^site (m£me acquise pendant le traitement), cas ou les affec¬ 
tions de coeur sont imminentes. 

3 


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u 


REVUE DE PSYCHIATR1E 


En terminant on peut faire observer qu’une diminution conti- 
nuelle du poids du corps pendant la medication est un signutn 
mali ominis et qui exige que le traitement soit interrompu. 

J. Kinberg, 


societes 


SOClEJTfi MfJDICO-PSYCHOLOGIQUE 

(Seance du 19 d&cembre 1904) 

I. — MM. A. Vigouroux et Saillant : Les eschares dans la parabjsie 
generate. Discussion : MM. Dupain, Arxaud, Toulouse, Christian 
Vigouroux, Brunet. II. — M. A. Vigouroux : Deux obserrations 
d’alicncs simulatcurs. Discussion : MM. Legrain, Thivet, Collin, Vi¬ 
gouroux. III. — MM. Boy et Juquelier : A phasic motviee a repetition 
chez unc morphinomane . IV. — Elections. 

I 

MM. A. Vigouroux et Saillant. — Les eschares dans la paralvsie 
generate. 

M. Vigouroux revenant sur une precedente communication (28 mars 
1904), dans laquelle il avait cherche a difT^rencier cliniquement les es¬ 
chares fessieres consecutives a des poussdes congestives, des eschares 
sacrees, ltees h des lesions aigues de la moelle, chez les paralytiques 
generaux, communique de nouvelles observations, suivies d’autopsie 
avec examen histologique, de maladesayant pr^sente lesuns des escha¬ 
res fessieres, les autres des eschares sacrees. 

II montre des photographies de moelles de paralytiques generaux. Dans 
les unes on voit que la moelle n’est alt£ree en aucune fagon, ou ne prd- 
sente que des lesions scldreuses anciennes (eschares fessieres); dans les 
autres on distingue des foyers de inyelite aigue surajoutee (eschares 
saerdes). 

II insiste, en terminant, sur la pathogenie des eschares, sur leur fre¬ 
quence, plus grande que certains travaux recents ne l’indiquent et, 
enfin, sur ce fait que les soins hygieniques de la peau ne mettent le 
malade a 1’abri ni des poussees congestives, ni des myelites, d’ou Ton doit 
conclure que les eschares ne peuvent pas toujours 6tre attributes a un 
manque de soins. 

M. Dupain. — J'admets, comme M. Vigouroux, la frequence relative 
des eschares chez les paralytiques generaux. S'il est possible d'empe- 
cher 1’apparition des eschares chez un grand nombre de ces malades, 
par des soins de proprett et d hygiene, il n’en existe pas inoins des cas 
ou ces soins sont insufTlsants. Ces cas s’expliquent par l’existence d'une 
ltsion de l'axe ctrebro-spinal. On aurait done tort de se prononcer a 
priori sur l’origine d une eschare et de 1‘imputer au manque de soins. 

M. Vigouroux. — En rtsumt, il existe, chez les paralytiques gtnt- 
raux, des eschares de trois sortes : 

1° des excoriations mal soignees, qui s’infectent et dtterminent des 
mortifications plus ou moins etendues ; 

2 # des eschares fessieres en rapport avec des poussees congestives: 

3« des eschares sacrees en rapport avec des lesions de inyelite aigue. 


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SOCIETIES 


35 


J’en conclus qa’il est inexact de dire, avec les classiques, le traits re¬ 
cent de M. Gilbert Ballet par exemple, que les eschares sont toujours 
dvitables chez les paralytiques gdndraux. 

M. Arnaud. — Je liens a faire remarquer que tous les classiques, 
frangais et dirangers, ont toujours consider^ les eschares cornine une 
complication inevitable de la dernidre pdriode de la paralysie generate, 
et les travaux que j’ai publies sur ce sujet, ont prdciseinent pour but 
de demonlrer l’inexactitude de cette observation. Les eschares doivent 
dtre tres rares chez les paralytiques gdndraux, beaucoup plus rares 
qu’on ne le croirait a la lecture des classiques, si Ton prend les soins 
ndcessaires. 

M. Toulouse. — Je croisque les troubles trophiques sont pour beau- 
coup dans la gendse des eschares chez les paralytiques gdndraux. 

Void, par exemple, une salle ou sont eouchds, cote a cote, des idiots, 
des dements seniles et des paralytiques gdndraux, tous gateux, tous 
placds dans les mdnies conditions. Ce sont les paralytiques gdndraux 
qui ont des eschares. 

On constate bien que les soins de propretd diminuent le nornbre des 
eschares dans un service de gateux ; mais de la & prdtendre que Ton 
peut, par ces soins, eviter tout a fait les eschares, il y a loin. La rnal- 
proprete est une cause occasionnelle des eschares, dont la cause efll- 
ciente est dans le terrain. 

M. Christian. — Dans mon service, oil se trouve un grand nombre 
de paralytiques gdndraux, il n'y a pas d’eschare. J’attribue ce resultat 
sortout au mode de couchage, a l’einploi du zostdre. 

Ceperidant il n est pas douteux que certaines eschares ne soient dues 
h une complication mddullaire. 

M. Vigouroux. — Le mode de couchage n’a qu’une importance rela¬ 
tive. En etlet, j’ai observe que, dans les mdmes conditions de couchage 
certains paralytiques gdndraux restent deux ans et plus sans avoir 
d’eschares, alors que d’autres en ont quelques jours aprds leur entrde. 
C’est pourquoi j’ai cherche la raison de ces dilTdrences. 

M. Arnaud. — Pour nous mddecins, il est, sans doute, extremement 
intdressant de savoir quelles sont les causes des eschares. Pour le ma- 
lade il s’agit seulernent de ne pas avoir d’eschares. Or ce sont les soins 
d’hvgidne et de propretd qui empechent leur apparition. 

Je crois done avoir ete dans le vrai en ecrivant : « Le jour oil les 
medecins et le personnel seront convaincus que les paralytiques gdnd¬ 
raux ne doivent pas avoir d’eschares, il n’y en aura presque plus. » 
J’admets, cependant, que dans quelques cas tres rares, des eschares 
peuvent dtre produites, chez le paralylique general, par les causes qu a 
indiqudes M. Vigouroux. 

M. Brunet. — Je regrette que dans les travaux recents et dans les 
discussions qui concernent les eschares, on ait passe sous silence le 
nora d’Archambault, medecin de Charenton, qui a si heureusement 
perfectionne Thygidne des gateux. 


11 

M. A. Vigouroux communique deux observations d’aliends simula- 
teurs. L'une se rapporte a un debile vagabond, voleur peut-dtre, de 
caractdre congdnitalement instable, qui simule la folie pour entrer a 
l’Asile, et qui, une fois a l’Asile, se reclame de sa qualitd de voleur afin 
d’obtenir sa liberte. 

La seconde, tres interessante, est celle d’un ddlicant persecute qui, 


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36 


REVUE DE RSYCH1ATRIE 


intern^ une premiere fois et transfSre dans un asile de province, a su 
dissimuler son delire pour obtenir sa sortie et qui, dehors, se trouvant 
de nouveau en butte aux persecutions de ses ennemis et espSrant trou- 
ver a l’asile une sorte de refuge, a simule, assez mal du reste, un de¬ 
lire qu’il n’avait pas, afin d’obtenir son internement. A ]'Asile, il se 
montre ce qu’il est, c’esta-dire un persecute hallucine a reactions vio- 
lentes et dangereuses. 

M. Legrain. — Le cas de ce dernier malade est trSs intSressant. II 
n’e«t pas extr£mement rare. J'ai actuelbment, dans mon service, un 
malade envoye de la prison de la Sante, parce qu’il manifestait quel- 
ques id^es de persecution et un delire alcoolique. Au bout de quelque 
temps, il a declare qu’il avait simule son delire alcoolique pour obtenir 
une ordonnance de non lieu. Mais j’ai decouvert, alors, qu’il etait at- 
teint d'un delire tres intense, dont le debut remontait a dix ans. 

Les alienes simulateurs, souvent, font bon marche d’un certain nom- 
bre de leurs conceptions deiirantes. Ils en recon naissent la faussete et 
les emploient a tromper leur entourage, le public, les medecins, tandis 
qu’ils reservent les autres et les dissimulent soigneusement. 

M. Thivet. — La question des debiles simulateurs est tr£s delicate. 
On doit se demander en presence d’un simulateur: 1* Doit-on le faire 
sortir ? 2° A quel moment ? On ne doit pas mettre a la porte des asiles, 
tous les simulateurs. Certains sont trop debiles pour pouvoir vivre au 
dehors. 

M. Colin. — Les simulateurs, en general, ne veulent pas elre gardes 
longtemps. D’autre part, nos asiles ne sont pas faits pour eux. A ces 
sujets ne convient ni Pasile, ni la prison. Il lour faut done un regime 
special. On arriverait tres aisement a les reconnaitre, a les dilleren- 
cier immediatement des autres malades, si la Prefecture de Police 
consentait & communiquer au medecin charge de les examiner, les 
dossiers qu'elle possede sur ces individus. Il est regrettable qu’elle se 
soit jusqu'ici refusee a le faire. J’ai demande, dans mon rapport, que 
cette mesure soit prise. 

M. Vigouroux. — Pour ma part, j’ai renonce a les garder h Pasile. 
Ils n’acceptent de travailler que dans les services g^ndraux, oil des 
moyens d’6vasion faciles leur sont otTerts, et ils partent quand ils le 
veulent, et d’autre part il serait cruel de les maintenir inoccupes dans 
un quartier fermd. 

Ill 

MM. Roy et Juquelier. — Aphasie motrice a repetition chez une 
morphinomane. 

MM. Roy et Juquelier rapportent l'observation d’une malade, agee de 
61 ans, entrde a Pasile clinique (service du P r Joffroy) pour morphino- 
manie, et qui pr6senta, pendant son sejour, une crise d’aphasie mo¬ 
trice pure avec agraphie. Cette crise, dont le debut fut brusque, 6volua 
progressivement. en deux mois, vers \a guerison complete. Les trou¬ 
bles de l’ecriture ont toujours ete parall&les & ceux du langage parle. 11 
n’a jamais etd constate de surdite verbale, ni de cecity verbale. 

Les renseignements de la famille ont appris aux auteurs que la mor- 
phinomanie datait de 30 ans, (1876) et que depuis 1897, a quatre repri¬ 
ses deja, la malade avait perdu momentanement l'usago de la parole. 
Malgre les antecedents nettement n^vropathiques de leur sujet,etmal- 
gre certaines bizarreries retenues par la famille au cours des crises 
d’aphasie ant^rieures, MM. R.et J, hdsitenta consid^rer la crise recente 
comme etant de nature hyst^rique. Toutes les observations d’aphasie 


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ANALYSE DES LIVHES 


37 


hysterique,quiont ete publides mentionnent quelque particularity dtran- 
gereau tableau clinique de l’aphasie corticaleetpar laquelle se reconnait 
le caractere n^vropathique. Rien de semblable n’a 6te note au cours 
de l'inc-ident qui fait l’objet de la communication actuelle. 

Les auteurs songent done au role possible de la morphine dans la 
gen&se de l’aphasie transitoire de leur malade. II s’agirait alors d’une 
aphasie fonctionnelle d ordre toxique, comparable h l’aphasie des ure- 
miques. Bien que des faits analogues n’aient gu6re <He publics, bien 
qu’aucun symptome net d’intoxication morphinique n’ait et£ contem- 
porain de l’aphasie, et malgre la constitution ndvropathique de la ma¬ 
lade, l’hypothese d’un accident toxique a paru mdriter la discussion & 
cause de la purete et de l’integrit6 du tableau clinique de l’aphasie 
motrice corticale pure. 


IV 

Apr£s lecture d'un rapport de M. Arnaud, M. Filippo Saporito, me- 
decin du manicome d’A versa est 61u associe dtranger. 

Le bureau pour l’annee 1905 estainsi constitue : president. M.Vallon ; 
vice-president, M. Briand ; secretaire general, M. Ritti; secretaires des 
seances, MM. Dupain et Vigouroux ; tresorier, M, Antheaume. 

G. Collet. 


ANALYSE DES LIYRES 


L’Assistance des Ali6n6s en France, en Allemagne, en Italie et 
en Suisse 1 . — Depuis quelquesannees, et sous la bienfaisante influence 
des D r * Dubois et Paul Brousse, le Conseil general de la Seine fait 
consigner dans des rapports spdeiaux les resultats des voyages d’etudes 
enlrepris a l’etranger par les membres de lu troisieme Commission. 

Cest ainsi que nous avons eu d£ja le rapport do Toulouse sur l'Assis- 
tance des Alidnes, en Angleterre et en Ecosse, et celui de Lwoff sur le 
service des Alienes en Belgique. 

Aujourd’hui, Serieux dans un travail remarquable, a tous egards, 
nous expose d une fa^on complete l’etat actuel de la psychiatrie en 
Allemagne, en Italie et en Suisse. 

Nul rnieux que Serieux n'etait qualilie pour mener a bien une sem¬ 
blable 6tude. 

Ses nombreux voyages anterieurs en Allemagne et en Suisse, des 
travaux poursuivis depuis plusieurs annees que tous les lecteurs de 
la Revue ont encore presents a l’esprit, le mettaient a meme de tirer 
tout le parti desirable des voyages d’etudes entrepris en 1901 et 1902 
par les delegations du Conseil general dont il devenuit ainsi, en m6me 
temps que le rapporteur, le guide sur et eclaire. 

On n'attend pas de nous une analyse mdthodique d’une ccuvre aussi 
considerable. Serieux a expose lui-mOme dans des termes excellents 
le plan et les id<§es qui l’ont guidy dans la redaction de son rapport. 

« II est manifesto en effet que nous sommes actuellement,en France, 
« dans une pGriode de transition pour ce qui touche a l’assistance des 
« alienes aigus et chroniques, a la constitution des asiles et des colo- 

* Rapport presente au Conseil general de la Seine au nora des delegations 
nominees par la 3' Commisssion du Conseil general 1 vol. in-4* de 1.007 p. 


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38 


REVUE DE PSYCIIIATRIE 


« nies, a l’organisation du service medical, en un mot pour toutes les 
« questions d'hospitalisation et de traitement des sujets atteints de 
« mdladies mentales. Coinme il arrive toujours en pareille occurence, 
« deux camps sont en presence : Tun comprenant les homines fidele- 
« ment attaches aux traditions anciennes, mais en general insuffisain- 
« mentdocumentessur les progrds rdalises al’dtranger ; l’autre compose 
u de ceux qui pensent que l’assistance des abends ne saurait se sous- 
« traire a cette loi devolution qui rdgit le domaine des faits biologiques 
« et sociaux. 

« II ne nous appartient pas de prendre position dans ce debat ; mais 
« il nous est permis, sans entrer dans la mdlde des combattants, de 
« faire porter nos investigations au-dela de nos frontieres. 

« Peut-dtre y trouverons-nous ce qui vaut mieux que les discussions 
« a priori et les joules oratoires des societes savantesje veux dire des 
« J'aits. L’experience de ces trente dernieres anndes a montre de fagon 
« indiscutable qu’il fallait, au point de vue des amdliorations que 
« reclame l’assistance des abends, ne compter que fort peu sur les 
« controverses acaddrniques. Trop nombreux sont dans certaines socid- 
« tes savanles ceux qui, mal renseignes, ignorent les progrds realises 
« a l’etranger ou qui, s’ilsen ont une connaissance vague, s’y montrent 
o systdmatiquement refractaires. Au contraire les missions indivi- 
« duelles ou collectives ont rdveld un grand nombre de faits parfois 
« complement ignores ou imparfaitement connus. 

« La realisation dans divers pays dtrangers, et cela chez les peuples 
« les plus ditTdrents par la race et la culture, des reformes qu'on 
« reclame actuellement chez nous, ddmontre qu’on ne saurait 
« plus presenter ces progrds comme des vues de l’esprit, comine des 
« entreprises hasardeuses. 

« Tels sont le non-restraint (Angleterre, Allemagne), Yopcn-iloor 
« (Ecosse et Allemagne), le traitement par le lit (Belgique, Russie, 
((Allemagne), {’assistance Jamiliale (Belgique, Ecosse), les hopitauic 
« urbains pour les aLidnes aigus (Allemagne), la creation d'asiles-colo- 
« nies (Allemagne, Suisse), d’asiles d’alienes criminals (Italie, Allema- 
« gne, Angleterre, Etats-Unis), la fondation de clini^/ucs des mala- 
« dies mcntales (Suisse, Italie, Allemagne, Autriche, etc.)- Il s’agit la, 
« non pas de poldmiques plus ou moins brillantes, mais d’applications 
a pratiques, de reformes soumises au contrdle de la indthode experi- 
« men tale, de faits contre lesquels ne sauraient prdvaloir des vues 
« purement theoriques ou l’obstination de quelques retardataires. 

« La conception de l'asile d’alienes moderne s’est en rdalite renou- 
« velee completement a I’etranger. Tandis que nos asiles actuels ne 
« diffdrent guere des dtablissements construits il y a une quarantaine 
a d’annees, les asiles dtrangers se sont transformds radicalement a 
« mesure que se repandaient les iddes des alienistes frangais, dcossais, 
« anglais, allemands, beiges, et que se formulaient plus nettement les 
» exigences, trop lenlenient mdconnues, du traitement des maladies 
« mentale?. 

« Des rdformes docisives ont dte realisees en vue de donner satisfac- 
« tion aux desiderata de la psychiatrie contemporaine ; elles permet- 
« tent desormais d’appliquer aux sujets atteints de maladie du eerveau 
« le traitement individuel que celles-ci reclament au meme litre que 
« les affections des autres appareils ». 

La premiere partie du rapport a trait au developpement de l’as- 
sistance des alidnds en Allemagne (p. 7-49). Sdrieux insiste en pas¬ 
sant sur l'asile colonie d’Alt-Scherbitz qui, a ses yeux, realise le « type, 
la formule ddfinitive, de rdtablisseinent d'alidnes moderne 

(Voir la suite apres le Bulletin bibliographiijuc mensuel). 


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ANALYSE DES LIVRES 


39 


II montre les Facultes de medecine des 20 Universites allemandes 
poss&Iant 20 cliniques psychiatriques, il note que depuis 1901 Yexarncn 
clinique d un aliene fait partie des 6preuves obligatoires pour l’obten- 
tion do grade de medecln. 

Quelques pages sont consacrees a la guerison des alidnes crirainels 
resolue en general, en Allemagne, par la creation de quartiers annexes 
aux prisons, a l'assistance des epileptiques, aux sanatoria populaires 
fondes pour le traitement des nerveux (hysterie, neurasth^nie, 6tats de 
depression). 

Serieux termine par cette appreciation de Mendelssohn : « Grace & 
»> certaines qualites de leur caractere national, grace a leur pers^ve- 
» ranee, 6 leur esprit de mdthode, les Allemands oht r^ussi a conque- 
» rir le premier rang parmi les nations du continent au point de vue 
» de l'assistance des alienes; ils ont de beaucoup depasse les Franqais 
» qui leur avaient servi de modules. » 

La 2* c partie traite de l'assistance des alienes criminels(p. 51 a 186). 

C’est une etude tres complete de ce qui a ete fait en France et a 
l’Etranger. Si nous envisageons plus particulterement 1’Allemagne et 
l'ltalie, nous devons dire qu elles ne pr^sentent rien qui doive 6tre 
imite en France. Les quartiers annexes aux prisons ne nous sem- 
blent pas pratiques ; d’autre part, l’etablissement de Duren est k peine 
amenagd. Quant aux asiles speciaux italiens ce sont des prisons, ce ne 
sont pas des lieux de traitement hospitalier. 

Nous ne pouvons nous etendre trop longuement sur le projet d’orga- 
nisation de ce service en France, el a bo r 6 par .Serieux. Nous sommes 
d’accord avec lui sur presquo tous les points, sauf sur celui de la 
creation de quatre quartiers spGciaux annexes aux prisons, pour les 
condamn^s devenus alienes en cours de peine, et cela pour cette rai¬ 
son bien simple que 35 0/0 des abends condainnes etant d6ja malades 
avant leur condamnation, il suffira d’apporter certaines modifications a 
I’expertise pour voir diminuer, dans de notables proportions, le nombre 
des individus qui seraient envoyes — a tort croyons nous — dans ce 
genre d’etablissements. 

La 3"" partie du rapport (p. 189 415) est des plus attachantes. File 
traite de l’organisation des Cliniques Psychiatriques et de l’Enseigne- 
ment des maladies mentales. On trouve la une description complete 
des Cliniques psychiatriques Allemandes, en particulier de celle de 
Giessen et d’Heidelberg avec leurs quartiers Universitaires, e’est-a-dire 
le groupement dans un meuie quartier des difTerents instituts Univer¬ 
sitaires. Nous ne pouvons insister, mais il faut lire la description des 
quartiers de surveillance continue d’Heidelberg, des methodes do trai¬ 
tement par le lit et les bains permanents, employes d’une facon syste- 
matique et... pratique, etc., etc. 

En dehors des cliniques psychiatriques autonomes, l’enseignement 
se fait aussi dans des asiles cliniques. On trouvera (p. 287-349) la des¬ 
cription de ces asiles pour rAllemagne, la Suisse et l’ltalie. 

Cette partie du rapport se termine par un chapitre des plus intcres- 
sants sur l’organisation actuelle de l’Enseignement psychiatrique en 
Europe et aux Etats-Unis. Nous recommandons au lecteur de mediter 
les conclusions de l’auteur (p. 414). 

La quatrieme partie (419 832) donne une description complete d’asiles 
publics d’alien^s d’Allemagne, de Suisse et d*Italie, classes de la faron 
suivante : Asiles colonies (type Alt Scherbitz), asiles provinciaux 
assistance des buveurs, des idiots, des epileptiques, des alienes aigus, 
des nerveux. Deux chapitres ties importants sont consacres aux nou- 
velles methodes de traitement des maladies mentales, et au personnel 
des asiles d'alienes etrangers. 


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40 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Enfln la 5 -e et derniere partie (833-894) contient la description des 
asiles d’alidnes francaisde l’Est visit6s par les delegations. Serieux en 
profite pour etudier l’organisation actuelle du service medical des 
alienes en France (personnel medical; chefs de service, medecins ad- 
joints, internes) et, dans quelques pages de conclusions generates, il 
montre quelles sont les r6formes indispensables k introduire dans le 
regime des asiles Frangais pour leur permettre sinon d'egaler certains 
asiles etrangers, au rnoins de servir & leur destination veritable qui 
doit etre le traitement des maladies mentales. 

H. Colin. 


NOTES & INFORMATIONS 


Stigmates hysteriques et d6mence pr6coce. — M. Maggiotto 
rappelle que la question de l’existence d’un pseudo-hysterisme, faisant 
croire a la presence de stigmates hysteriques dans diverses maladies 
mentales, n'est pas neuve. II l’a cependant reprise au Laboratoiro de 
Enau (Universite de Padoue). II a cite 101 cas d’alienation hysterique, 
dans lesquels 18 sont sortis gueris et ameiiores, 4 sont sortis non-d6- 
ments et 8 dements ; 6 sont morts non-dements et 13 dements. Enfln il 
en reste 21 non-dements et 31 dements. 

Sur ces 101 cas, dans 40 on maintint le diagnostic hysterique, dans 61 
on le changea; et, sur ces 61, on attribua les phenomenes a la demence 
pi-ecoce dans 47 cas. 

Dans les 14 autres cas, on parla de folie morale 2 fois, de phrenas- 
thenie 2 fois, de demence paralytique 5 fois, et 5 fois egalement de folie 
circiriaire. 

Pour les 47 casde demence precoce, 23 r6pondirent a la variete hebe- 
phrenique, 19 a la catatonique, et 5 a la paranoide. Voici quels furent 
les stigmates hysteriformes constates dans les differents cas : 



Variubilite 

Paresthesie 


Acres 

Troubles 

Troubles 

Yari6t£s 

dc 

du 

Varies 

convul- 

de sen- 

des ntuu- 


earactere 

b o 1 


sifs 

sibilite 

vemenls 

Hebephrenique 

3 

10 

9 

4 

13 

» 

Catatonique 

5 

5 

7 

4 

10 

1 

Paranoide 

2 

4 

2 

» 

)) 

*) 

Total 

10 

19 

18 

8 

23 

1 


Tous ces stigmates, qui peuvent simuler 1'hysterie vraie, se cons- 
tatent surtout au debut en general (premier mois) mais diminuent peu a 
peu et disparaissent. 

D’apres deux autres groupes d’etudes statistiques du meme genre, 
l’auteur a determine 43 dements precoces (25 hebephreniques, 12 catato- 
niques et 6 paranoides), puis 90 (48 hebephr6niques, 31 catatoniques et 11 
paranoides). Les stigmates hysteriques se decomposaient ainsi pour ces 
133 dements precoces : 



Vnriabilite 

Parestbesie 


Acctfs 

Troubles 

Troubli 

Varieles 

de 

du 

Varies 

coiivul- 

sen- 

mo- 


earuetere 

bo 1 


sifs 

soriels % 

teurs 

Hebephrenique 

13 

30 

27 

14 

13 

» 

Catatonique 

13 

17 

9 

4 

10 

1 

Paranoide 

2 

12 

10 

4 

)) 

)) 

Total 

28 

59 

46 

22 

23 

1 


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NOTES ET INFORMATIONS 


41 


Voici, en resume, les chiffres proportionnels pour 100 : 


Yariubilite 

Parestbesie 


Acees 

Troubles 

Yariet^s de 

du 

Varies 

convul- 

sen¬ 

caroct&re 

bo 1 


sifs 

sor iel a 

Hebephrenique 8,78 

22,23 

20,25 

10,17 

15,16 

Catatonique 11,04 

12.23 

9 

4,54 

10,84 

Paranoide 1,38 

8,89 

6,71 

2,29 

» 

21,2 

43,35 

36 

17 

26 

Les stigmates hvsteriformes se rencontrent done 

fr^quemment dans 


la d&nence precoce et surtout dans la forme hebephrenique. Ce fait 
n’est pas sans int6r6t. 


(Le cosi ditte stimmate isterichc c la demcnza precoce, in-8% Ferrari, 
1904}. 

La Psychologic dans la R6publlque Argentine. — La psychologie, 
et nous entendons par 16, bien entendu, la psychologie de laboratoire, 
a acquis dans l'Am^rique du Sud une importance que Ton n'arrive pas 
a lui donner en France, bien que ce soit la psychologie fran^aise qui 
inspira les psychologues lotins et particulierement argentins. Les 
« Archivos di psiquiatria, crirninalogia y ciencios afines » publient un 
rapport du nouveau professeur de psychologie exp^rimentale de 
Buenos-Avres, M. Horacio Pinero, qui, d’ailleurs, par un reste d’aber- 
ration bien franQaise, enseigne encore a la Faculty des Lettres : 
rapport au doyen de cette Faculte et donnant le sommaire de son 
cours. II doit trailer de la determination de l'objet de la psychologie ; 
des methodes en psychologie : des rapports des ph^nomfcnes physio- 
logiques et psychologiques; de 1‘anatomie physiologique du systfcme 
nerveux c^rebro-spinal; de l’action r^flexe ; des phenomfcnes physico- 
chimiques, de l’activite cdr^brale et de la psychometric ; des fonctions 
de l’ecorce ; des organes des sens ;de Tautomatisme; de la conscience et 
inconscience ; des sensations ; de la vie attective ; des etats emotifs; 
des sentiments speciaux ; de l’attention ; de la perception ; de la repre¬ 
sentation etde Timagination (illusion et hallucination); de larnemoire; 
de l'association des idees ; des idees; du travail intellectuel et de la 
fatigue mentale ; de la volontS et du mouvement; du langage et de 
I’expression des 6tats psychiques ; de l’h^r^dite; de I’hypnotisme et de 
suggestion; de la psychologie appliquee et des bases psychologiques 
de l’6ducation. Le cours aura 25 lemons, necessairernent £16mentaires, 
mais qui pourraient peut-6tre Otre mieux enchainees. 

La psychologie au thddtre. — Dans la piece de M. M. Donnay inti- 
tulee l ‘Escalade, lerideau se love au premier acte sur un laboratoire de 
psychologie experimentale. 

Les experiences, tests, etc., y doivent d’ailleurs contribuer a 1’ouvrage 
du h£ros, d’ailleurs quelque peu incertain, de I’anivre, Guillaume 
Soindres, a savoir la « prophylaxie et la thOrapeutique de I’amour ». 
Heureusement, il y a la un sujet de thdatre plutot que de science, et 
aucun des laboratoires auxquels on peut supposer que M. Donnay a 
puis6 n'a encore inscrit ce sujet dans ses travaux inline lointains. 

II ne faut peut-6tre pas se plaindre que la psychologie eveille, par 
l’interm^diaire du feu d’optique th^atrale, 1’attention du grand public. 
Mais on risque d£ja tellement de ne pas 6tre compris, quand on fait 
ceuvrede science, par ceux dont la psychologie romanesque a enttere- 
ment fausse les notions sur ce que peut 6tre l’6tude de l esprit, que ces 
portraits de sc6ne, alors meme qu'ils seraient traces avec svinpathie, 
ce qui n’est pasle cas, ne pourront jamais quo contribuer a perptHuer 


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42 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


la comprehension la pins fausse de ce que recherche et de ce que de- 
eouvre la psychology experimentale, car l’auteur dramatique est le plus 
habitue a ne concevoir la psychologic que sous la forme d’analyse lit- 
tf>raire, rnGme quand on la dissimule sous les instruments les plus r£- 
bnrbatifs. 

Aussi M. Dumas, dans 1’interview qu'il a accepts en la matffere,eut-il 
peutytre bien fait de demander aux auteurs dramatiques une attention 
plus exacte et de ne pas fournir a l’influence deformatrice de l esprit 
public un aliment nouveau capable de satisfaire la curiosite de ceux 
qui s’attendent toujours,si I’on fait de la psychologic, & ce quon « diss£- 
que l’amour ». 

Prix ddcernds par I’Acaddmie des Sciences. — Prix Montyon. 

— Trois prix. de 2.500 francs, a MM. Paul Urdus, pour son ouvrage 
intitule : « L’anesthesie localisde par la cocaine ; Kermorgant , inspec- 
teur du service de sante des colonies, pour I'ensemble de ses travaux 
sur la pathologie exotique et l’hvgiene ; Ceualbou, pour ses u Recher- 
ches sur les Trypanosomiases du Soudan fran^ais ». — Trois mentions de 
1.500 francs a : MM. Luunois et Roy, pour leur ouvrage intitule : « Etu¬ 
des biologiques sur les geants ; F. Besancon et Mured Letbbe , pour 
leur a Traite d’hematologie »; Robert Oilier, pour ses recherches expe- 
rimentales sur les lesions du systeme nerveux. 

Prix Barbier, (2.000 francs). — Prenant, Bonin et L. Mai Hard, pour 
la premiere partie de leur « Traitd d’histologie ». 

Prix Lallemand, (1.890 francs). — Maurice dc Fleury pour ses ouvra- 
ges « Les grands symptomes neurasth^niques » et« Manuel pour l’6tu- 
de des maladies du systeme nerveaux » et J. Cantus et Pagniej pour leur 
ouvrage « Isolement et psychotheraphie ». 

Prix M£ge (10.000 francs). — N est pas decerjiC. — Prix annuel, 
(300 francs). Delamare pour son travail intitule : « Recherches experi- 
mentales sur l’her^dite morbide ». 

Prix Montyon (Statistique. 500 fr.). -» V. Loirentbal, pour ses douze 
m&noires relatifs a la depopulation frangaise, et Paul Itazous, pour 
son volume : « La mortality et la morbidity des professions dange- 
reuses ». 

Prix d6cern£8 par I’Acadgmie de m6decine. — Prix Ernest 
Godaro, 1.000 fr. (Pathologie interne). — Prix au docteur A. Ruffray, 
a Curepipe (lie Maurice) : « Les desequilibres du systeme nerveux ». 

Mentions : au docteur Joseph Dclacour, de Paris : « Le syndrome 
ad^noldien » : 

Aux docteurs Adolphe Jaral et Louden e , internes des hdpitaux de 
Paris : « Pathogenic de l'cedfeme brightique » : 

Prix Tn^ODOpE HERriN (de Geneve), 3.000 fr. (Pathologie interne). 

— Prix aux docteurs P.-E. Launois , professeur agregd, et Pierre Roy, 
chef de clinique a la faculty de medecine de Paris : « Etudes biologiques 
sur les grants ». 

Mentions tres honorables : au docteur Maurice de Fleury, de Paris : 
o Manuel pour l’etude des maladies du systeme nerveux. — Les grands 
symptdmes neurasth^niques « ; 

Au docteur H. Nintier, medecin principal de 1" chasse, professeur au 
Val-de-Grace : « Blessures du crane etde l’enc^phalepar coup de feu» ; 

Au docteur Musbens, d’Amsterdam : « Etude sur les troubles de la 
sensibility de douleur de type radieulaire chez les tabytiques et les epi- 
leptiques et leur valeur pratique dans le traitement du mal comitial ». 

Prix Adolphe Monbinne, 1.500 fr. (Mission scientifique). — Prix aux 


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NOTES ET INFORMATIONS 


43 


docteurs H. Colin et F. Pactet , medecins des asiles de la Seine, « pour 
accomplir une mission dont ils ont yte charges par le ministdre de 1’in- 
terieur, ayant pour but de rechercher dens les maisons centrales, les 
prisons et les maisons de correction, les alienes dont rytat mental a (He 
meconnu au moment de leur proc&s et qui ont 6t6 condamn^s, et ceux 
qui le sont devenus au cours de raccomplissement de leur peine ». 

Prix Portal, 600 fr. (Anatomie pathologique). — Au docteur Emile 
Weil, de Paris. 

Prix Pourat, 700 fr. (Physiologic). — Prix aux docteurs Ilallion , 
chef des travaux de physiologie pathologique a l’ycole des hautes 
Etudes (College de France;, et A.-F. Plicquc, de Paris. 

Prix Falret, 700 fr. (Maladies mentales). — Mention tr6s honorable 
au docteur Maurice de Fleurtj , de Paris. 

Prix Baillarger, 2.000 fr. (Maladies mentales). — Prix au docteur 
Paul Scrieux, medecin en chef des asiles d’ali6nes de la Seine (Ville- 
Evrard) : « Serie de memoires ayant trait a la th^rapeutique des mala¬ 
dies mentales et & l’organisation des asiles d’alten&s. » 

Prix Civrieux. 800 fr. (Sensibility nerveuse). — Au docteur Mar - 
chand , medecin adjoint de l'asile de Blois. 

Mention tres honorable au docteur Jaquemart , de Paris. 

Prix Clarens, 400 fr. (Hygiene). — Prix au docteur H. Cazalis, de 
Paris : « La science et le mariage ». 

Prix Henri Lorquet, 300 fr. (Maladies mentales). Mention hono¬ 
rable avec encouragement de 300 fr.,au docteur Henri Carrier , prepa- 
rateur adjoint d’anatomie pathologiquea lafaculte demedecinedeLyon : 
« la Cellule nerveuse normale et pathologique » 

Mention honorable au docteur Henri Dam aye, interne ix l’asile de 
Villejuif : « Essai de diagnostic entre les etats de dbbilitys mentales. » 

Sujets de prix de I’Acaddmie de M6decine. — A mice 1905 : Prix 
du baron Barbier (2.000 francs, partage autorise). Annuel. — A celui 
qui aura decouvert des moyens complets de guerison pour les maladies 
reconnues jusqu'a present le plus souvent incurables..., l'epilepsie, etc. 

Prix Civrieux (800 francs). Annuel. — Question : Des deli res chej les 
ejdleptiques . 

Prix Clarens (400 francs). Annuel. — A l’auteur du meilleur travail 
sur rhygi^ne. 

Prix Vernois (700 francs). Annuel. — Idem. 

Prix Theodore Herpin (3.000 francs). Annuel. — A l'auteur du meil¬ 
leur ouvrage sur l’epilepsie et les maladies nerveuses. 

Prix Lefevre (1.800 francs). Triennal. — Question: De la melon- 
colie. 

Annee 1906: Prix Baillarger (2.000 francs). Biennal. — A l’auteur 
du meilleur travail sur la thyrapeutique des maladies mentales et sur 
l’organisation des asiles publics ou prives, consacres aux alienes. 

Les memoires des concurrents devront toujours ytre divises en deux 
parties. Dans la premiere, ils exposeront, avec observations cliniques 
a l’appui, les recherches qu’ils auront faites sur un ou plusieurs points 
de therapeutique. 

Dans la seconde, ils etudieront, separement, pour les asiles publics et 
pour les asiles prives, par quels moyens et au besoin par quels ehan- 
gements dans i’orgunisation de ces asiles, on pourrait faire une part 
plus large au traitement moral et individual. 

Prix Charles Boullard (1.200). Biennal. — Au mydecin qui aura 
fait le meilleur ouvrage et obtenu les meilleurs resultats de guerison 


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44 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


sur les maladies mentales, en en arrfitant ou en en attenuant la mar- 
che terrible. 

Prix Civrieux (800 francs). Annuel. — Question : De Vcncephalite 
aigiie. 

PBIX DU XIII* CONGRfeS INTERNATIONAL DE M^DECINE. — Ce prix Sera 

mis a la disposition du President du Congr^s International pour etre 
d6cern6 par le Congres, sous forme de prix unique. 

Prix Saintour (4.400 francs). Biennal. — A Pauteur du meilleur tra¬ 
vail, manuscrit ou imprimg, sur n importe quelle branche de la m6de- 
cine. 

Annee 1907 : Prix Adrien Buisson (10.500 francs). Triennal. — A 
Pauteur des meilleures d^couvertes ayant pour resultat de gu^rir des 
maladies reconnues jusque 1 k incurables dans P£tat actuelde la science. 

Prix Civrieux (800 francs). Annuel. — Question : La syphilis spinale. 

Prix Falret (700 francs). Biennal. — Question: De Vetat mental des 
dipsomanes. 

Sujets de prix de l’Acad6mie des Sciences morales et politi- 
ques. — Prix Saintour. — Section de l&gislation, droit public et juris¬ 
prudence. 

L’Academie rappelle qu’elle a propose, pour l’ann6e 1907, le sujet 
suivant: 

« Des modifications d apporter d la legislation francaise sur les 
alienes au double point de cue de la liberte indiciduelle et de securite 
des personnes.» 

Les concurrents devront laisser de cdt6 tout ce qui concerne Pinca- 
pacitd des alidnes. Ils auront k traiter les questions relatives aux pou- 
voirs k attribuer aux autorit^s administratives et a la juridiction civile 
ou criminelle, particulierement k l’Ggard des alidnes criminels. 

Le prix est de la valeur de trois mille francs. 

Les m6moires devront 6tre deposes au secretaire de PInstitut le 31 
decembre 1906, terme de rigueur. 

Personnel des asiles d’ali6n6s. — Moucenxent de Decembre 1904. — 
M. le D r Marie, medecin en chef a Villejuif, promu a la classe excep- 
tionnelle. 

M. le D r Malfilatre, directeur-m6decin a Saint-Lejor (Ariege), 
promu a la classe exceptionnelle. 

M. le D r Chevalier-La vaure, directeur-medecin a I’Asile d’Auch, 
promu a la l r ’ classe du cadre. 

M. le D r Nicouleau, mddecin en chef a Cadillac, promu a la classe • 
exceptionnelle. 

M. le D r Charon, directeur-m6decin a Durv (Somme), promu k la 
l rt classe du cadre. 

M. le D p Guiard, sixteme du concours de 1904, nomm6 medecin- 
adjoint & Ch&lons-sur-Marne. 

M. le D r Tissot, septieme du concours de 1904, nomm6 m&lecin- 
adjoint a Bailleul. 

M. le D r Taguet, mddecin en chef de l’Asile d’Alien^s de Maison 
Blanche, est admis a faire valoir ses droits a la retraite et est nommd 
mddecin en chef honoraire des asiles publics d’alienes. 

— M. le D r Ligicr , directeur de Pasile de Mont-de-Vergnes, (Vaucluse) 
est nomm6 directeur de Pasile de Bron, (Rhone), M. le D r Grandclv - 
meat est nomme directeur de Pasile de Mont-de-Vergnes. 

Le ytrant : A. Coueslant. 

CAHORS, IMPRIMERIE A. COUESLANT ( 1 - 27 - 05 ) 


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REVUE CRITIQUE 


RECHERCHES SUR LE « PIGMENT JAUNE » DES CELLULES 

NERVEUSES 
par M. G. Marinesco 

Profrsseur h l % University de Bucarest 

On a et6 tellement habitu6 k voir le « pigment » k l’intdrieur 
des cellules nerveuses que l'6tude des inclusions cellulaires 
connues sous ce nom, n’est entree dans la phase des recherches 
minutieuses que dans ces derniers tejnps. On avait bien admis 
deux especes de pigment, le pigment noir qui se trouve norma- 
lement dans cerlaines regions, telles que le locus niger et le 
locus coeruleus, et le pigment jaune constituant des masses plus 
ou moins volumineuses dans la plupart des cellules nerveuses. 
On avait admis ensuite qu’il existe du pigment jaune normale- 
ment k l’int^rieur des cellules nerveuses et qu’il se montre beau- 
coup plus abondant dans certains 6lats pathologiques constituant 
ainsi la degen6rescence pigmentaire. Mais, il faut l’avouer, ces 
connaissances sont tropinsufflsanteset absoluraent incompletes 
pour se rendre compte de la nature et de Torigine du pigment. 
Une premiere 6tude qui a commence la s6rie des recherches 
ult^rieures est due k Obersleiner 1 . Cet auteur, depuis 1888, dans 
son livre reste classique a soutenu que le pigment jaune des 
celleuses nerveuses pr6sente certaines propri4t6s communes 
avec la graisse et que trfes probablement il s’agit IS d’un corps 
voisin de cette substance. 

Du reste, la substance granuleuse, qui s’accumule dans les 
cellules nerveuses pigment^es, se rapproche davantage de la 
graisse que du pigment et dans les stades avanc6s de ddg6n6- 
rescence.il s'agirait simplement de granulations graisseuses. 
C’est toujours Obersleiner qui a constate que chez le nouveau 
n6 il n’y a pas de pigment et qu’il se produit et augmente avec 
I’age. 

Pilcz 2 a fait une 6tude tres etendue de la topographie et du 
moment de l’apparition du pigment jaune dans les differentes 
especes cellulaires. Il montra pour la premiere fois que ce pig¬ 
ment fait d6faut chez le nouveau ne, qu’il fait son apparition 
dans les cellules radiculaires de la moelle vers la septieme ou 
huitieme annee, tandis que dans les grosses cellules pyramida- 


1 Ober steiner. — Weitere Bemcrkhungen iiber die Felt-Pigmentkoruchen t 
in Centralvensystem . Arbeiten aus den neurologischen Institute, 1904, p. 400. 

3 Pilcz. — Beitrag zur I^ehre von der Pigmententwicklung in den Nervenzel - 
ten. Arb. a. d. Inst. f. Anal. u. Phys. 

4 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


les, il n’apparait que vers la vingtieme annee et qu’il augmenle 
par la suite. En rcGme temps, il montra la relation qui existe 
entre ce pigment jaune et la graisse en se basant sur la colora¬ 
tion noire qu’adopte ce pigment, dans le traitement des pieces 
par Tacide osmique. Rosin', qui est revenu k plusieurs reprises 
sur le pigment jaune de la cellule nerveuse, admet qu’il s’agit 1^ 
d’une partie int6grante de la cellule nerveuse chezl’homme,mais 
qu’il fait ddfaut chez tousles animauxqu’il a eu Toccasion d’exa- 
miner (cheval, boeuf, chat, chien, lapin, rat, souris). Cette subs¬ 
tance de nature graisseuse est identique aux granules et aux 
granulations dans radventice des vaisseaux du cerveau. La 
nature graisseuse du pigment jaune r^sulte, d’apres Rosin, de sa 
coloration noire par l’acide osmique et seulement lorsque \k 
cellule n’a pas et6 trait^e avant par 1’alcool et Tether, qui ex- 
traient la substance graisseuse de ce pigment. Ce qui continue 
davantage Rosin dans samaniere de voir, c’est qu'ayant trainee 
pigment par le rouge de Soudan III, il Ta vu se colorer en rouge 
brillant. Le pigment jaune appartient done, d’apres Rosin k la 
classe des matieres d6sign4es par Krukenberg du nom de lipo- 
chrdmes. 

Tout d’abord je dois faire une rectification aux affirmations de 
M. Rosin, qui a soutenu que chez lesanimaux il n’y a pas de pig¬ 
ment jaune. Dans un petit article publieau moisde janvierl898 3 
surles lesions fines des cellules nerveuses dans les poliomydlites 
chi*oniques, j’ai insists sur l’accumulation de pigment jaune 
dans les cellules atrophides apres avoir montre comment les 
differentes matierqs colorantes influencent la teinte des gra¬ 
nules et des granulations jaunes ; j’ai adrnis que les uns et les 
autres proviennent de la transformation cliimique des 416ments 
chromatophiles et que probablement elles pi*6sentent un rapport 
avec la lecitliine au point de vue de leur constitution. 

L’ann4e suivante 3 en 1899, je reviens de nouveau sur ce 
sujet en montrant que le pigment jaune augmente a mesure que 
Ton avance en fige. J’ai dit aussi le polychroisme de ces granu¬ 
lations trait^es par la method© de Ziehl, par le procedd de 
Romanowski et le liquide de Biondi-Ileidenhein. Ces m6thodes 
de coloration m’ont permis de constater que les couleurs basi- 
ques ne modifient que peu ou pas la teinte des granules et 
granulations jaunes, tandis que les couleurs acides ou acidifiees 
les font changer de teinte. Le procede de Romanowski nous 

1 Rosin. — Bcitrag zur Lehre von Bait da Ganglienzellen. Deutsch. med. 
Wnc/tenschr . 1895. 

- G. Marinesco. — Lesions fines des cellules nerveuse s dans les / wliomye'tites 
chronitjues. Centralblatt fur Xervenheilkunde utid psychiatrie, jnnvier 1898. 

G. Marinesco. — Etudes sur revolution et l f involution de la cellule ner¬ 
veuse. Be vue Xeu> ofogir/ur t 30 ootobre 1899. 


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RECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


47 


permet en outre de distinguer des corpuscules incolores dans la 
masse du pigment jaune qui se teignent en rouge rubis par ce 
procede et que j’appelle corpuscules irytrophiles. Les propriitis 
physico-chimiques de ces corpuscules irytrophiles ont fait le 
sujet d'un autre travail. 

Dans cette derniere publication 4 , je considere le pigment 
jaune comme un produit de disintegration devolution qui fait 
son apparition 4 Tintirieurdes cellules nerveuseslorsqu’ilexiste 
dans la cellule des troubles de nutrition durable. C’est de cette 
maniere que j'explique la grande quantity de granulations jaun4- 
tres dans toutes les poliomyilites chroniques. C’est 14 la raison 
qui m’autorise 4 affirmer que le soi-disant pigment jaune ne 
constitue pas une substance de nutrition ou, une matiere de 
reserve, mais bien un produit de regression de la cellule ner- 
veuse. Les eliments chromatophiles itant les principaux agents 
d’oxygination de la cellule nerveuse, lorsque ceux-ci sont 
altiris, la quantiti d’oxygene diminue dans la cellule et la pro¬ 
duction d’acide carboniqueen grande quantiti favorise Tappari- 
tion du pigment jaune. 

Quant 4 la nature de ces granulations jaunitres, je n’admets 
pas qu'elles soient simplement constituies par la graisse, tout au 
plus y rentre-t-elle en faible quantiti ; il est plus probable que 
les granulations jaunes sont constituies par plusieurs substan¬ 
ces parmi lesquelles il y en a une colorante. En 1900, dans une 
siance de la Sociiti midicale de Bucarest, je reviens de nou¬ 
veau sur la nature des granulations jaun4tres et je montre 
la grande resistance des elements chromatophiles 4 Tigard 
des agents chimiques et thermiques. En effet, contrairement 
a Tassertion de M. Obrija, je montre que la quantiti de 
pigment ne diminue pas chez les animaux morts de titanos 
ou bien 4 la suite de Tintoxication par la strychnine. Plu¬ 
sieurs auteurs (Crocq, Hunter) ont fait la mime remarque. 
Le pigment jaune est la partie la plus risistante de la cellule 4 
l’influence de la temperature et de la cadavirisation. La fievreet 
l’hyperthermie expirimentale n’exercent aucune action sur les 
granulations jaunes tandis que les elements chromotophiles sont 
profondiment changis. J’ai fait la mime constatation pour les 
lesions cadaviriques. A cette occasion, j'ai rectifii Taffirmatioil 
de Rosin qui a soutenu que chez les animaux il n’y a pas de 
pigment jaune. Je montre au contraire que le pigment apparait 
chez tous les mammiferes 4 une cei taine ipoque de leur vie. 


1 G. Marinesco. — Recherchcs sur les granulations el les corpuscules co/o- 
rablts des cellules du sy&ttme nerveux central et peripheritjue. Zeitschrift fur 
allgemeine Physiologic. Dritter Band. Ersles lie ft. 1903. 


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48 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Du reste, Dexter 1 et plus tard Rothmann 2 ont 6tabli ce fait 
d’une fa^on indiscutable. 

Le pigment jaune, ai-je dit & Toccasion de ma communication, 
represente, non pas une substance de nutrition mais bien une 
substance inerte, incapable de prendre part aux differents plte- 
nomenes de nutrition cellulaire. Si vraiment le pigment jaune 
constituait une substance nutritive, on ne saurait comprendre 
pourquoi il fait defaut chez l’enfant, tandis qu'il est abondant 
cliez le vieillard chez lequel la nutrition cellulaire a perdu de 
son intensity. Tous les animaux 5g6s possedent du pigment, 
mais la quantity varie avec la taille, avec la long6vitd de Tani- 
mal. 

Le lapin dont la durde de la vie est plus courte que celle du 
chien, possede vers la fin de sa vie moins de pigment que le 
chien. Dexter 3 en a vu une grande quantite dans les cellules de 
la moelle du cheval. Rothmann a fait aussi quelques recherches 
int6ressanles qui lui permettent de confirmer k certains points 
de vue les dtudes antdrieures de Rosin. 

Commece dernier, Rothmann 4 aussi penseque le pigment jaune 
rentre dans la classe des lipochrdmes et qu’il s’agirait par conse¬ 
quent d’une substance graisseuse, mais il n'admet pas du tout 
l’opinion de Rosin concernant l’absence de lipochrdmes chez les 
animaux. Comme Dexter, Rothmann trouve dans les cellules de 
la corne antdrieure d un cheval dge de 15 ans,une grande quan¬ 
tite de pigment. Les granulations en sont plus grossieres que 
chez Hiomme, il signale egalement la presence du pigment dans 
le systeme nerveux du singe. 

Rothmann a ensuite examine la moelle de vieillards dgds de 
90 et de 95 ans, ainsi que celle d’un chien tres dge.. Il conclut 
que le pigment jaune ou le lipochrome existe chez tous lesmam- 
miferes a une epoque avanc6e de leur existence, et qu’il aug- 
mente avec l’&ge. 

. Muhlmann 5 , de son cotd confirme mes donn6es anterieures et 
celles de Rothmann en ce qui concerne l'influence de l’age sur 
l’apparition du pigment. 11 a examine la moelle de cobayes k dif¬ 
ferents ages, etant donne que la moelle de ces animaux 4tait 
reput4e comme etant privee de pigment. En effet, rhez l’animal 
figd d’un mois< l’auteur n’a pas trouve de pigment, par contre, i\ 


1 Dexler. — Zur Histologic der Ganglienzellen des Pferdes in normaiem 
Zustande und mack Arseniheergi flung. Arbeiten. Instilut fin . Anatomic und 
Phystoiogie . 1897. 

- Rothmann. — Le lipochrome des cellules ganglionaires. Deut. Med. 
Wochen ., 14 mars 1901. 
s Dexler. — Loc. tit. 

4 Rothmann. — Loc. cit. 

& MOhlmann. — Modifications des cellules nerveuscs aux differents dges. 
(Archiv. f. mikr. Anat. u. Enttfick., 11 juillet 1901). 


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RECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


49 


a trouvd de nombreuses granulations dans les cellules des 
ganglions spinaux d’un cobaye de deux ans et demi. 

Les granulations sontpetites, rondes, refringentes, secolorent 
en noir par Tacide osmique ; ce qui perraet k l’auteur d’admet- 
tre leur nature graisseuse. Dans les cellules pyramidales (il ne 
precise pas lesquelles) il a yu dgalement des granulations pig- 
mentaires plus nettes dans les preparations fraiches, que dans 
celles traitdes par l’acide osmique. 

Pour Muhlmann, le pigment doit Atre considere comme une 
transformation graisseuse du cytoplasma, comme un processus 
degendratif comparable k la kdratinisation de r£pilh61ium cu- 
tane, k la transformation graisseuse des glandes sdbacdes. Chez 
riiomrae, comme chez les autres maramiferes, la pigmentation 
reconnait la m6me cause, c’est-A-dire qu’il est la consequence 
necessaire du developpement de l'organisme. Plus l’animal est 
Agd, plus la quantite de pigment est considerable, et plus grand 
aussi est le nombre des cellules altdrees. Une remarque intd- 
ressante, c’est qu'il n’existe pas chez les petits animaux de pig¬ 
ment brun, ou jaune foncd. 

Robertson 4 considere comme moi que le pigment est du k une 
espece devolution de la cellule nerveuse, k la diminution 
d’energie de sa vitality et de son activity. Cet auteur ddcrit avec 
beaucoup de soin la presence de granules pigmentaires dans les 
cellules nerveuses, les cellules ndvrogliques et dans les parois 
des capillaires. 

Lubarsch considere le pigment des cellules nerveuses comme 
un produit de l’activile cellulaire ddrivant de l’albumine des 
cellules et la maniere d’etre des ^changes nutritifs nous expli- 
querait aussi les propridtes de ce pigment. 

Olmer 2 a fait une dtude trds complete sur les granulations de 
la cellule nerveuse. Il passe en revue les granules fuchsinophi- 
les d’Altmann, les corpuscules deNissl, les corpuscules erytro- 
philes de Marinesco, les granulations chromophiles ddcrites par 
lui dans les cellules du locus coerulens et enfin les granulations 
colorees de la cellule nerveuse. Cet auteur admet que les gra¬ 
nulations pigmentaires prdsentent le plus souvent les reactions 
caract^ristiques de la graisse, l’acide osmique les colore en gd- 
n£ral en noir comme la myeline, ou en noir d’encre de Chine. 
Cette reaction n’implique pas a son avis une ddgen^rescence 
graisseuse secondaire des grains jaunes. On les observe a tous 
les Ages de la vie depuis rapparition du pigment dans la cellule, 
independamment de toute tare pathologique. Elies signifient 


1 Robertson. A. Text-Book of Pathology in relation to Mental Diseases. 
1900, p. 243. 

1 Olmer. Recherche s sur les granulations de la cellule nerveuse. Lyon 1901. 


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50 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


simplement que le pigment est constitud par une substance 
graisseuse color6e comme c’est le cas pour beaucoup de pigments 
tres repandus dans divers groupes du regne animal. Aussi la 
denomination de ces granules par le terme de lipocliromes lui 
parait parfaitement justifide. 

Marburg 1 dans une dtude interessante sur la pathologie des 
ganglions spinaux, dtudie de son cdte le pigment dans leurs 
cellules. II trouv^ dans les grosses cellules claires que le pig¬ 
ment jaune est situd toujours k la peripherie de la cellule, sou- 
vent au voisinage de l’axone. Dans les autres types cellulaires 
et surtout dans le troisieme, c’est le pigment brun constUue de 
granulations fines, arranges particulierement autourdu noyau 
qui predomine. Ces granulations ne se teignent pas par la m6- 
thode de Marclii et sont identiques d’aprfes lui aux granulations 
quej’ai ddnommdes cyanophiles. 

Les types cellulaires tres differencies qui ne prdsentent pas 
de grains de lipoclirdmes sont l’exception cliez riiomme adulte. 
Les cellules de Purkinje du cervelet sont k peu pres les seuls 
elements paraissant dpargnds en g6n6ral. La quantite de pig¬ 
ment augmente avec l'dge. D’apres Olmer, le mode de 
repartition du pigment dans la cellule, pas plus que sa reaction, 
ne peuvent nous donner le crit^rium d’une alteration patholo- 
gique. II y a seulement une question de quantity et la determi¬ 
nation de ce facteur est rendue tres delicate & cause de la grande 
frequence des variations individuelles '. 

Sander 2 qui adtudid les modifications sdniles de la moelle epi- 
niere a soutenu, comme moi dureste, que les corpusculesdeNissl 
k mesure que Ton avance en dge subissent un processus de d6- 
gdndrescence en vertu duquel ils se resolvent dans un pigment 
bruu-jaune constitud par des granulations fines. Quelquefois ce 
pigment subit un processus de resorption qui a pour consequences 
la formation d’une cavitd a l’interieur de la cellule ; cependant 
ce processus de vacuolisation est rare. Plus recemment Obers- 
teinera repris la question du pigment et il constate cette fois-ci 
que la distribution du pigment dans les cellules nerveusesaffecte 
certaines formes qui sont caratdristiques pour quelques types 
cellulaires. C’est ainsi que dans les cellules de la corne ante- 
rieure, la graisse est ramassde dans une masse periphdrique 
qui presente a sa partie interne une courbe concave dont la ca- 
vitd est dirigee vers le noyau. Parfois on trouve deux masses de 
granulations. Dans les cellules des colonnes de Clarke on 


1 Mahburg. Zur Pathologic der Spinalganglicn. Arbeiten aus deus neurolo- 
gische institute. 1902. 

- Sander. Untersuchungcn iioer die Lipochrome der JS'ervenzellcn .Virch. Arch. 
102 Bd. 


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RECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


51 


trouve une autre disposition. Ici, Ies granulations de grains 
sont moins denses que dans celles de la corne antdrieure, mais 
elies remplissent une plus grande partie de la cellule, voire 
m£me toute la cellule. Le noyau est quelquefois couvert par 
ces granulations mais il ne prend aucune part k leur formation. 

Dans les petites cellules, les granulations sont moins denses 
que dans les grosses. Les cellules marginales, surtout dans la re¬ 
gion sacr6e inferieure, presen tent une disposition analogue &celle 
des cellules de la corne anterieure. Les cellules de la substance 
gelatineuse pr&sentent, par la coloration k Tackle osmique, un 
nombre moddre de granulations assez grosses autour desquelles 
on en trouye d’autres plus petites. Les cellules du noyau ambi- 
gus et celles du noyau hypoglosse, presentent le m£me aspect 
que celles de la corne anterieure en ce qui concerne le pigment. 

Les cellules des noyaux propres de la protuberance presen¬ 
tent du pigment sous la forme d’une demi lune. 

Les cellules du noyau Edinger Westphal et celles de Purkinje 
ne presentent qu’une petite quail tite defines granulations et seu- 
lement chez les sujets Ages. Aussi Obersteiner 1 divise les cellules 
nerveuses en deux groupes, 1° des cellules lipopliobes, ne conte- 
nant pas de pigment et 2° des cellules lipophiles qui en contien- 
nent en grande quantite. II est naturel dit Oberteiner d’admet- 
tre que cette fa$on de se comporter du pigment se trouve avoir 
un rapport quelconque avec la fonction des cellules nerveuses. 
Malgre notre ignorance en ce qui concerne la nature chimique 
du pigment jaune, il lui semble cependant demontrd qu’il est le 
resultat des ^changes nutritifs et qu'il appartient aux corps gras. 

Comme moi-m£me il voit dans le pigment un produit residuel 
ou d’involution qui se developpe aux ddpens d’une substance 
importante de la cellule nerveuse, mais qui ne peut pas £tre la 
substance conductrice. Si on consid£re la place occupee par le 
pigment dans les cellules pyramidales on devrait admettre que 
certains prolongements de la cellule ne seraient plus capables 
de fonclionner et les dendrites separdes du corps cellulaire fini- 
raient par disparaitre. 

Je reviendrai plus loin sur ces questions importantes. 

Dans un travail plus recent, Obersteiner 2 signale quelques 
nouvelles dispositions du pigment, comme par exemple, sa 
concentration autour du noyau et la presence d’un r6seau 
pigmente k Tintdrieur des cellules de la corne anterieure. La 
premiere disposition dont il parle ne se rencontrerait qu’ex- 
ceptionnellement dans les cellules nerveuses normales, mais il 


1 Obersteiner. — Lor. cit. 

2 Obsrsteiner. Weilere Bcmerkungen iibcr die Fclt-Pigmcnlkoruchen , in Cen- 
tralnervensystem, Arbeitcn aus den neurologischen institute. 1904. p. 400. 


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52 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


pense qu’elle reprdsenterait surtout une forme pathologique. 
Schwab a trouvd la mdrae topographie du pigment dans les 
cellules du ganglion de Gasser extirpdes sur des malades, c’est- 
4-dire la mdme pigmentation pdrinucldaire. La forme retioulde 
de pigment constitueraitdgalement d'apres Obersteiner un phd- 
nomene pathologique. 

Carrier* pense que le pigment jaune n'a absoluraent rien de 
fixe et sa quantity est infiniment variable suivant chaque indi- 
vidu, suivant chaque partie du ndvraxe, suivant chaque cellule. 
C’est pour cela qu'il ne le considere pas comme un pigment 
vrai et le ddsigne sous le nom de pseudo-pigment. D’apres cet 
auteur la degdndrescence graisseuse des cellules nerveuses ne 
semble dtre que le stade ultirae de la degdndrescence granu- 
leuse ou jaune globulaire. Carrier ne peut pas considdrer le 
pigment jaune comme un pigment normal et physiologique, 
comme une substance de reserve cellulaire nutritive ainsi que 
certains auteurs Font soutenu. Dans tous les cas, les granula¬ 
tions jaunes pigmentaires reprdsentent un produit devolution, 
de degdndresoence cellulaire. Leur presence peut n’amener 
aucun trouble sensible de la cellule mais elles diminuent le 
temps de son dnergie fonctionnelle. Toutes les portions cellu- 
laires qu’elles occupent sont des points morts fonctionnellement, 
et ddgdndrds, qui affaiblissent d’autant la vitalitd de Tdldment 
nerveux. C’est pour cette raison que Carrier considere le 
pseudo-pigment jaune comme une preuve de defaite cellulaire, 
de lutte passde, comme une ddgdndreseence du protoplasma 
nerveux. Le mdme auteur a trouvd dans le delirium tremens 
febrile, en dehors des chromatolyses diverses, l’existence de dd- 
gdndrescence jaune globulaire aigue. 

Ernst Sehrt 2 , apres avoir examind les differents pigments qui 
setrouvent dans les diversesespeces de tissus tels que le pigment 
melanique, le pigment ferrugineux, le pigment de ddchet, celui 
qui se trouve dans la musculature lisse, la lutdine des ovaires, 
etc., conclut que ce dernier est le seul pigment de Torganisme 
humain qui mdrite le nom de lipochrome, celui qui donne la 
reaction caractdristique de lipochrdme avec l'acide sulfurique 
et Tiode ioduree. D’autre part, la lutdine prdsenle la reaction 
au Sudan, mdme lorsqu’elle a subi pendant longtemps Taction 
des agents dissolvants, la graisse, ce qui n’arrive pas avec les 
autres pigments contenant des substances graisseuses. Les 
pigments des cellules nerveuses sont des pigments graisseux, 
c’est-d-dire des pigments qui se trouvent dans une combinaison 


1 Carrier. La cellule ncrveusc normale et pathologique. Paris. 1904. 

2 Zur Kenntnis Her Fetthaltigen Pigmente. Virchows-Archiv Band ill . Heft 
2. 1904. 


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RECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


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chimique ou physique avec une substance grasse. La solution 
concentre d’acide sulfurique colore les vrais lipochromes en 
bleu foncd et donne lieu k l’apparition de cristaux caractdris- 
tiques et d autre part la solution d’iode iodurde est suivie d’une 
coloration verte. Les pigments des cellules nerveuses ne prd- 
sentent jamais une pareille reaction. 

II m’a sembld que le moment opportun est arrive pour faire 
une elude critique sur le pigment jaune k Taide des nouvelles 
methodes connues actuellement dans Thistologie du systeme 
nerveux. Parmi ces mdthodes, trois surtout me paraissent uti¬ 
les pour bien se rendre compte des propridtds morphologiques 
et chimiques du pigment jaune. C’est d’abord la coloration au 
Sudan, la mdthode de Marchi ou plutot celle de Buxh et enfin 
la nouvelle mdthode de Cajal, au nitrate d’argent rdduit. Dans 
ce travail je n’aurai en vue que le pigment jaune sans m'occu- 
per des granulations incolores que j'ai ddsigndes du nom de 
granulations oxyneutrophiles, ni des granulations noires qui se 
trouvent dans certaines cellules des ganglions spinaux et cer- 
taines regions des centres nerveux tels que le locus niger et le 
locus coeruleus. 

La mdthode de Nissl n’est pas une mdthode propice pour 
l’etude du pigment jaune. Parfois elle ne montre mdme pas de 
granulations apparentes mais une subslance fondamentale dont 
la nuance varie suivant Tdge du pigment. Le pigment jaune se 
presente dans les pieces traitdes par cette mdthode, colord de 
differentes nuances. C’est ainsi que nous pouvons voir le pig¬ 
ment se teindre en jaune ocre pale, orange plus ou moins clair, 
etc., etc. 

La mdme difference de tonalitd et de coloration peut dtre 
constatde dans les pieces traitdes par la mdthode de Marchi. 
Entre les extremes colorations noii dtres et jaune clair on peut 
observer diverses tonalitds telles que brun foncd, brun jaune, 
ocre pdle ou jaune orangd. La methode de Weigert Pal montre 
encore la radme variabiiitd entre le sepia et le jaune cliromd. 
La mdthode de Marchi corame celle de Pal, mais surtout cette 
derniere nous montrent dans le pigment jaune un fond reprd- 
sentd par une subslance amorphe de couleur jaune dans laquelle 
sent dissdmindes les granulations. Ces diversites de coloration 
se constatent tout d’abord dans les cellules des ganglions 
spinaux, dans les cellules radiculaires et mdme dans les cellules 
geantes de l’ecorce eerdbrale. 

La mdthode de Nissl permet de constater dans la masse 
pigmentde des cellules radiculaires, cellules gdantes, etc., tout 
au moins quelquefois.des granulations et des debris de substan¬ 
ce chromatophile. Ces derniers se presentent sous la forme de 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


petits corpuscules et de granulations d'un bleu pale, blanchatre 
myme, diss6min6s dans la masse pigraentaire. La mythode 
de Nissl nous permet aussi de constater, tout au moins quelque- 
fois, que le pigment jaune est constitue par une substance fon- 
damentale dans laquelle sont dissemin6s les corpuscules pig- 
mentaires. La ra^rae particularity peut exister dans les pieces 
trait4es par la mytliode de Cajal, raais seulement lorsqu'elles 
ont yty pryalablement fixees dans Talcool, de myme, la colora¬ 
tion au Sudan montre aussi, pas toujours cependant, un fond 
jaunatre en dehors des granulations. Pour avoir une idee plus 
exacte de la nature et de la morphologie du pigment, ll faut, 
non pas recourir k une seule mythode, mais utiliser toutes les 
metliodes actuellement connues et parmi ces dernieres ce sont 
la coloration au Sudan et la mythode de Cajal qui meritent une 
attention toute particulifere. 

La mythode de Nissl qui ne teint que d’une facon peu appre¬ 
ciable le pigment jaune permet de constater dans les cellules 
radiculaires de la moelle ypiniere une quantity plus ou moms 
grande de pigment suivant I'kge de Tindividu. Chez les vieil- 
lards et dans certains ytats pathologiques, la portion de la cel¬ 
lule occupee par le pigment est plus considyrable que cliez les 
sujets jeunes. Habituellement le pigment est constitue d une 
seule masse, mais parfois dans les cellules oblongues, on en 
peut voir deux diametralement opposyes. L’une est plus consi¬ 
derable que l'autre. Lorsque la masse pigmentye est unique 
elle sifege k Tune des extrymitys de la cellule et peut avancer 
jusqu’i sa pyriphyrie. La forme qu’affecte cette masse pigmen¬ 
tye est variable, et en gynyral elle ne prend pas de forme gyo- 
mytrique ryguliere. La partie du pigment qui regarde le noyau 
quelle peut toucher dans quelques cas, se prysente sous la forme 
d’un ligne droite curviligne; dans ce dernier cas la concavite 
est dirigye du coty du noyau. Le Sudan montre dans la masse 
pigmentye de fines granulations de volume inygal, de forme 
ronde ou polygonale dense constituant par leur reunion une 
masse compacte. Leur coloration est d'un bel orange comme 
celle de la myyiine. La m6thode de Nissl comme la coloration 
au Sudan nous fait voir surtout cliez les personnes Sgyes que 
certaines granulations sont beaucoup plus foncyes que le reste 
du pigment, et qu’elles sont myme noires. Le pigment jaune, 
nous l’avons vu, est surtout situy k la pyriphyrie de la cellule ra- 
diculaire mais parfois il est concentre autour du noyau. Je ne 
pense pas que cette derniere disposition qui du reste n’est pas 
exceptionnelle, puisse ytre considyree comme l’indice d’un ytat 
pathologique. Quoi qu’il en soit, myme dans ce dernier cas, il 
n’y a pas de granulations pigmentaires k Tintyrieur du noyau. 


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RECIIERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


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Les cellules des colonnes de Clarke sont ddj& pigmentdes cliez 
renfant de deux ans, mais les granulations sont petites, discre¬ 
tes, de volume indgal et se prdsentent sous la forme d une 
bande pdriphdrique. Chez 1‘enfant de cinq ans les granulations 
sont plus confluentes, leur nombre et leur volume plus grands, 
©lies se colorent aussi d’une fagon plus intense. Chez l’adulte, 
la pigmentation est tres-accusde et k ce point de vue on trouve 
deux aspects differents. 1° le pigment envahit toute la cellule et 
ne permet pas mdme de voir le noyau. 2° la rdgion nucldaire 
et pdrinucleaire est libre et, ou bien il forme une demi lune, 
ou bien par la progression vers le noyau, toute la pdri- 
phdrie de la cellule est envahie et la rdgion centrale reste libre, 
il affecte alors la forme d*un anneau. 

Si on emploie le Sudan comme mdthode de coloration, pour 
deceler la quantite et la topographie du pigment dans les cellu¬ 
les de l’dcorce cerdbrale, on constate que les cellules qu’elle 
contient recelent de fines granulations qui se prdsentent sous 
la forme d'une masse compacte ayant un siege variable. Nous la 
retrouvons tantdt au voisinage du noyau, sur un de ses cotes, k 
sa partie supdrieure ou k la partie interieure, tout pres de son 
cylindraxe. Dans les grosses cellules et surtout dans les cellules 
gdantes, les granulations sont plus denses et mdme parfois plus 
fines que dans les petites et les moyennes pyramides. Dans les 
petites pyramides, la masse pigmentaire est constitute par 
quelques granulations situdes tout pres du noyau. D’une ma- 
niere gdnerale, les granulations sont plus fines dans les cellules 
geantes ; il n’y a pas de rapport direct entre le volume de la 
cellule et celui des granulations. D’autre part, dans ces cellules 
gdantes le pigment a une topographie plus ou moins fixe, c’est- 
a-dire qu’il siege plus sou vent k la base de la pyramide 
que vers son sommet.ll est k remarquer que le Sudan donne des 
colorations beaucoup plus rdgulieres que les autres mdthodes 
du pigment des cellules nerveuses. Ainsi, par la mdthode de 
Nissl, on voit que la colororabilitd de ce pigment est variable 
comme du reste, la teinte qu’il prend. Ainsi, parexemple, ayant 
examind le pigment des cellules gdantes dans une trentaine de 
cas traitds par la mdthode de Nissl, on peut voir qu’il oflre des 
nuances Ires differentes : il peut prendre une teintejaune citron 
des plus claires, passer par les teintes intermediaires : jaune de 
chrome, clair moyen et fonce. jaune orange, ocre jaune, et arri- 
ver encore k une coloration plus loncee : la terre de Sienne. 
On peut mdme remarquer d’autres phenomenes de metachro- 
masie, le pigment prdsentant encore une coloration verdatre. 

En ce qui concerne la quantite de pigment, il faut avouer que 
nous somraes bien peu renseignds sur les facteurs qui influen- 


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REVUE DE PSYCHIATRIE * 


cent sa production ; nAanmoins, l’influence de l'Age est indis- 
cutable. Ainsi, sur les trente cas dont nous venons de parler, 
la quantity de pigment est tres minime chez deux sujets Ag4s de 
19 et 22 ans, tandis qu elle etait tres considerable chez les sujets 
Ag6 s. 

Le Sudan nous montre dans les cellules pyramidales du cer- 
veau au moins deux especes de granulations pigmentaires, k 
savoir : 1° granulations fines qui siegent dans les cellules gean- 
tes et les grosses pyramides et 2° gros corpuscules jaunA- 
tres qu’on rencontre dans les petites et surtout dans les 
moyeunes pyramides. En outre, le Sudan, comme la m6- 
thode de Nissl, nous montre dans les cellules geantes, en dehors 
du pigment jaune, des granulations ou des corpuscules brun 
foncA. Dans les ganglions de la base du cerveau nous rencon- 
trons Agalement des granulations pigraentaires differentes au 
point de vue de leur volume et de leur coloration. Les cellules 
nerveuses du pulvinar prAsentent dans les pieces colorAes au 
Sudan des gros corpuscules de forme polygonale de couleur 
ocre jaune, tandis que les cellules du noyau lenticulaire pr6sen- 
tent des granulations fines orangdes. 

Les cellules du cervelet ont ete considArdes comme depour- 
vues de pigment jaune. Obersteiner a insists tout particuliere- 
ment sur cette question. 

Conformdment A ces donates, j’ai trouvA on effet que les cel¬ 
lules de Purkinje de diflterents sujets AgAs ne contiennent que 
tres rarement du pigment jaune; et m£me dans ces derniers 
cas, les granulations qu’on y rencontre sont peu nombreuses et 
pales. Mais si, au lieu d’employer la methode de Nissl comme on 
le fait habituellement, on emploie la coloration spAciale du Su¬ 
dan, on constate qu’une region de la cellule plus ou moins 61oi- 
gnde du noyau contient des granulations fines, orangAes, qui 
nagent dans une substance fondamentale teinte legerement en 
jaune orange. La region pigmentde est tantdt peu considera¬ 
ble, tantdt au contraire tres Atendue. J’ai dit que les granula¬ 
tions sont gAneralement fines, cependant chez certains sujets, 
elles peuvent Atre grosses. Ces granulations ne font jamais 
defaut chez les centenaires, mais elles peuvent manquer chez les 
jeunes sujets. 

Sur douze cas de cervelets traitds au Sudan et provenant de 
sujets ayant des Ages differents, j’ai pu trouver dansonze cas des 
granulations pigmentaires fines. 

La mAthode de Nissl n’a permis de constater le pigment jaune 
que dans quatre cas, mAme dans ces derniers, il n’y avait pas de 
granulations pigmentaires, mais seulement une masse jaunAtre 
amorphe. Le Sudan, comme nous l’avons dit a montre dansonze 
cas des granulations fines orange. 


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RECIIERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


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Les cellules du corps denteI6 contiennent dans leur cyto- 
plasraa, dans les pieces traitees par le Sudan, de gros corpuscu¬ 
les brun jaunitre beaucoqp plus volumineux que ceux des 
cellules du cervelet et dont la partie centrale est babituellement 
plus claire que la partie p6riph6rique. Dans les pieces traitees 
par Romanowsky, on ne distingue pas de semblables corpus- 
cules, mais seulement la substance jaun&tre amorphe dans 
laquelle se trouvent les corpuscules. 

Dans les ganglions spinaux, sur les coupes traitees par le 
Sudan, on peut constater la presence d'un nombre variable de 
granulations suivant Tespece cellulaire et lAge du sujet. D’une 
fagon g4n6rale il existe un rapport 6troit entrele type cellulaire, 
la quantity et la forme des granulations pigmentaires. D’autre 
part, certaines especes cellulaires 4tant plus nombreuses dans 
quelques regions, la forme et la quantile du pigment dependent 
egaleraent de la region k laquelle appartient le ganglion. Le 
Sudan ne colore pas seulement les granulations pigmentaires 
jaunes, mais il teint 6galement tout au moins en surface les gra¬ 
nulations noires et probablement aussi les corpuscules que j’ai 
nomntes 6rytrophiles ou bien oxyneutrophiles. 

Au point de vue de leur volume les granulations pigmentaires 
jaunes peuvent 6tre divis^es : 1° en granulations tres fines, veri¬ 
table semis granuleux; 2° en granulations un peu plus volumi- 
neuses que les prec&lentes ; 3° granulations grosses ou granules 
et 4° gros corpuscules. 

Je crois que la forme corpusculaire n'a pas encore 4te decrite 
jusqu’i present. Les deux premiers groupes se trouvent surtout 
dans les grosses cellules claires dont la subtance chromatopliile 
se presente sous forme de granulations ou de corpuscules peu 
volumineux. Les granulations de ces groupes sifegent habituel- 
lement k la peripherie de la cellule en affectant des formes varia¬ 
bles. Tantdt la masse qu’elles constituent ala forme d’unebande 
ou bien d’un segment situ6 loin du noyau D’autre fois celte 
masse est triangulaire avec la base situee k la p6riplterie et le 
somraet dirigd vers le noyau. La masse des granulations est 
unique ou double et dans ce dernier cas les masses sont diame- 
tralement opposes. 

Les granulations grosses ou bien les granules pigmentaires 
jaunes se retrouvent dans les cellules de volume moyen et dans 
les petites. Les gros corpuscules n’existent jamais dans les 
grosses cellules des ganglions spinaux mais dans celles d'un 
volume moyen, peut-£tre s’agit-il 1 k de cellules moyennes clai¬ 
res k gros corpuscules cliromatophiles. Les gros corpuscules 
colores par le Sudan se presentent gen6ralement sous la forme 
d'une masse qui peut s'avancer de la peripherie vers le noyau 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


mais qui n’entoure jamais ce dernier, comme cela arrive aux 
granulations pigmentaires noires. Les gros corpuscules n’arri- 
vent jamais k ia density des granulations fines : aussi on peut en 
dire Ie nombre contenu dans une cellule, ils varient de 30 k 40 
par cellule, parfois ils sont moins nombreux. Ces gros corpus¬ 
cules ne paraissent pas se colorer par le proc6d6 de Roma- 
nowsky, et ils ressemblent k ceux que nous ddcrirons dans les 
cellules du grand sympathique et de la couche optique. 

La coloration au Sudan nous montre que la cellule ne contient 
pas d’habitude qu’une seule forme de granulations jaunes, mais 
que parfois on peut en trouver deux especes, c’est-A-dire de 
gros corpuscules et des granulations fines. On sait que les cel¬ 
lules des ganglions spinaux contiennent en grande abondance 
du pigment noir ou de la melanine. Or ce pigment noir ou brun 
peut Atre teint par le Sudan de la couleur sienne brfil6e (espfece 
particuliere de rouge brun). II s’agirait de savoir si la teinte 
n’est pas seulement limitde k la surface des granules. En tout 
cas, le fait important k constater, c’est que le Sudan peut m£me 
colorer les granulations de mAlanine. 

J’ai examind cliez une jeune fille Agee de 12 ans tous les gan¬ 
glions spinaux k partir de la V ra « racine cervicale jusqu’A la IV me 
sacrde, au point de vue des rapports des cellules k pigment brun 
noir avec les cellules k pigment jaune. Tout d’abord, j’ai pu 
constater que le norpbre des cellules k pigment noir est beau- 
coup plus considerable que celui des autres k pigment jaune. 
Puis, certaines regions sont plus riches en pigment qued’autres. 
Les cellules des ganglions cervicaux que j’ai examinees le sont 
beaucoup moins que cellos des ganglions dorsaux ou lombaires. 
En revanche, la region des cellules lombo-sacrdes contient plus 
de pigment jaune que les cellules des autres regions. Chez les 
sujels jeunes, il n’oxiste pas, dans les cellules de ganglions 
spinaux, de gros corpuscules pigmentaires, ou bien de petits 
corpuscules jaunes pigment&s. 

Un autre fait aussi curieux, c’est que les cellules des ganglions 
jugulaires ne paraissent pas contenir du pigment noir. J’ai fait 
la m£me constalation pour les cellules du ganglion ophtalmique. 
Comment expliquer cetle absence, alors que les granulations 
noires se rencontrent en abondance dans les ganglions spinaux 
qui n’ont pas cependant d'autre valeur fonctionnelle que celle 
des ganglions jugulaire et ciliaire? 

Dans les cellules des ganglions sympathiques, et j’ai surtout en 
vue les ganglions cervicaux superieurs et inferieurs, le Sudan 
nous permet de voir de fines granulations orange, situAes k la 
Peripherie de la cellule sous forme de segment envaliissant par¬ 
fois les couches etprofondesconstituant une masse plus ou moins 


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HECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


59 


considerable. Habituellement, la mdthode de Nissl nous montre 
dans les cellules k pigment jaune une masse amorphe avec peu 
ou pas de granulations. Les cellules k pigment noir oubrunsont 
tres norabreuses dans les cellules des ganglions sympathiques. 
Ces granules peuvent occuper toute la cellule ou seulement une 
partie. II n’est pas trds rare d’en rencontrer sur le trajet des 
prolongements protoplasmatiques, ce qui nous permet de suivre 
ces derniers sur un long trajet. 

J’ai ddcrit prdcddemment Taspect tout particulier du pigment 
des cellules nerveuses de la couclie optique et des corps gdnicu- 
les. II me rested present k decrire les modifications que subit ce 
pigment a differentes dpoques de la vie. Chez l’enfant de 5 ans, 
ces corpuscules sont petits et peu nombreux. 

Chez Tadulte, ils augmentent de volume, sont plus denses et 
leur coloration plus intense. Dans rextrdme vieillesse, et j ai ici 
en vue les individus qui sont arrives k 100 ans, les granules pig- 
mentaires offrent un aspect tout particulier, parce qu 'k leur 
surface et dans leurs interstices, il se ddpose de fines granula¬ 
tions noires, 4 ou 5 sur chaque granule jaune. Jenesauraisdire 
l’epoque d’apparition de ces granulations noires; il est cer¬ 
tain qu’on ne les retrouve pas k 40 ou 50 ans. 

Est-ce que cettd pigmentation du pigment des cellules de la 
couche optique reste un fait isold, n’existant pas ailleurs ? Je ne 
le pense pas, puisque j’aieul’occasionde rencontrer lemdmephe- 
nomene dans les cellules radiculaires, dans les cellules gdantes 
et dans les cellules sympathiques des individus &gds. Fort 
probablement, elles peuvent exister aussi dans d'autres 
cellules. Ce phdnomfene, c'est-&-dire l’apposition des granulations 
fines et plus foncee sur les corpuscules de pigment jaune ou 
brun, peut dgalement s'observer dans les cellules des ganglions 
sympathiques etspinaux. 

Il est certain que le pigment jaune s’dlimine en partie de la 
cellule nerveuse. La coloration au Sudan m'a permis de cons- 
tater des granulations coloriees en jaune orange, non seulement 
dans l’adventice des petits vaisseaux de l’dcorce cdrdbrale, mais 
aussi dans leur interieur ; ce qui tendrait k prouver que la 
quantitd de pigment formd k l’intdrieur de la cellule nerveuse 
est excessive, d’ou la ndcessite qu’il soit elimind, tout au moins 
en partie. Les cellules interstitielles fixes ou mobiles s'emparent 
de ces granulations dont nous ne connaissons pas le sort ultd- 
rieur. 

Sont-elles tout simplement detruites a l’intdrieur des vais¬ 
seaux, ou bien sont-elles tout d’abord utilisdes d’une fa$onqueI- 
conque et ensuite ddtruites ? 

C’est Ik une question qui mdriterait d’dlre dtudiee. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


Ainsi tombe Tun des arguments des auteurs qui ont soutenu 
que le pigment est une substance de nutrition au lieu d'un 
d6chet, car dans ce dernier cas, le pigment devrait dtreeliminy, 
ph6nom6ne qu’ils n’ont pas constate, mais qui existe bien. 

On constate assez souvent que la region occup^e par le pig¬ 
ment, surtout dans les pieces trait^es par la m^thode de Nissl 
contientdes debris ou des fragments d’eldments chromatopliiles 
qui sont comme 4mieltes et diss^minds dans la masse jaune du 
pigment, dans laquelle parfois on peut k peine distinguer quel- 
ques granulations jaundtres pales. Ce melange de substance pig- 
mentaire et de substance cliromatophile d6sorganis6e est beau- 
coup plus apparente dans les grosses cellules, comme c*est le 
cas pour les grosses cellules radiculaires et pour les cellules 
g6antes de T6corce. 

La m6thode de Cajal pour la coloration des neuro-flbrilles 
nous permet de constater certaines particularity int6ressantes 
dans la constitution des granules pigmentaires. Les r^sultats 
different suivant que la pifece a 6t6 trait^e tout d’abord par le 
nitrate d’argent ou par l'alcool. Dans le premier cas, les granu¬ 
lations pigmentaires se presentent assez souvent sous Taspect 
suivant : elles sont color6es en noir foncy ou brun et k Timmer- 
sion.on voit que la partie centrale est claire, tafidis que la pdri- 
pli^rie est repr6sentee par une bordure de points noirs. Cette 
particularity est surtout visible dans les grosses granulations. 

Les points noirs dont nous parlous, peuvent 6galement exister 
dans la partie centrale. Dans les granulations fines on ne voit 
pas cette particularity, elles paraissent plutdt homogenes. Les 
granulations brunes peuvent se pigmenter par l’apparition des 
points noirs qui se dyposent sur elles. Les granulations pigmen¬ 
taires peuvent ytre teintees en brun p£le ou foncy et parfois 
ytre myiangyes entre elles. Dans les pieces fixyes tout d’abord 
par Talcool et passdes ensuite au nitrate d argent la legion pig- 
mentee vue k un petit grossissement, apparait souvent sous la 
forme d’une masse noire tranchant violemment avec le reste de 
la cellule nerveuse. Cette tache examinye k Timmersion montre 
un reseau composy par des travdes febrillaires ynaisses, colo- 
rees en noir loncy et dans l’intei ieur duquel se trouve une 
substance fondamentale amorphe, coloree en brun foncy ou 
noir contenant k son tour des granulations fines, coloryes en 
brun verdfitre. 

En ytudiant de pres les regions envahies par le pigment, j’ai 
constaty que celle du cytoplasma situee tout pres de la colline 
du cylindraxe peut dire le siege d’une pigmentation plus ou 
moins abondante. 

J’ai fait la mdme remarque, non seulement c.liez Thorame, mais 
aussi cliez les animaux. 


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RECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


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Assez souvent, chez les animaux adultes, lorsqu’on a sur le 
mime plan de la coupe, les prolongements protoplasmatiques et 
le cylindraxe, on voit tout pres de l’origine de ce dernier, une 
masse pigmentee. Ceci prouve, a n’en pas douter, que cette 
region est le siege d'une disintegration importante, ce qui s’ex- 
plique du reste par la disposition de la substance acliromatique 
librillaire dans cette rigion. 

C’est en effet k ce niveau qu’a lieu l’ipanouissement des fibril- 
les du cylindraxe et leur continuation avec les fibrilles du reseau 
du cyloplasma. C'est egalement k ce niveau que convergent les 
ondes nerveuses qui arrivent des prolongements pour itre lan- 
cies dans le cylindraxe. 

C’est fort probablement k cause de Tintensiti des processus 
chimiques qui ont lieu tout pres de la colline du cylindraxe que 
les iliments chromatophiles subissent des modifications morpho- 
logiques aboutissant k leur transformation pigmentaire. 

Un micanisme analogue preside k la ditermination de la 
chromatolyse pirinucliaire, qui est si friquente chez les per- 
sonnes tres &gies. II n’y a pas de doute pour moi que les condi¬ 
tions de nutrition et de fonction des couches profondes et piri- 
nacliaires de la cellule nerveuse ne soient diffirentes de celles 
des couches piriphiriques. Ce n’est 14, du reste, qu’un phino- 
mine entrant dans la loi ginirale itablie par Spencer. 

Dans deux cas de riaction secondaire des cellules radiculai* 
res raotrices,apresramputation du membre infirieur et apres la 
destruction des racines antirieures, j’ai pu constater que la 
rigion centrale de la cellule nerveuse envahie par la chromato¬ 
lyse, ou bien par Tachromatose, est le siege d’une infiltration 
de lipochrome. Void ce qu’on constate dans ces conditions: la 
region centrale dipourvue plus ou moins completement de gra¬ 
nulations chromatiques k la suite de la chromatolyse pirinu- 
cleaire, devient d’un blanc mat. A la piriphirie de cette rigion 
il apparait du lipochrome en quantiti plus ou moins abondante. 
Les granulations qui le composent sont, au commencement, 
pales ; ce n‘est que plus tard qu'elles deviennent jaunes ou jau- 
ndtres. Au stade plus avanci, presque toute la rigion en achro- 
matose est envahie par du lipochrome en laissant le centre de 
la cellule plus ou moins libre. Get envahissement de la cellule 
du centre vers la piriphirie est indiscutable.Tout ceci dimontre- 
rait qu’une cellule dont la nutrition et la fonction subissent une 
perturbation profonde et qu’elle est destinie a itre envahie par 
du lipochrdme.C’est de cette maniereque je m’explique pourquoi 
le lipochrdme se diveloppe d’une maniere considirable dans les 
cellules nerveuses qui se trouvent dans la zone oir bien tout pres 
d’une artere oblitirie. II serait bien difficile d’admettre dans 

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HEVUE DE PSYCHIATUIE 


ce cas que le lipochrome constitue un materiel de nutrition pour 
la cellule, attendu qu'il est tres abondant dans les cellules atro¬ 
phies. Le lipochrome nous apparait plutot comme un produit 
de regression, devolution ou de d^gdnerence cellulaire resul¬ 
tant de Tactivite plus ou moins exagdree de la cellule nerveuse 
et de troubles de nutrition consdcutifs, soit k Taction des agents 
toxiques, soit k Taccumulation de substances nocives dans Tin- 
terieur de la cellule nerveuse. 

Avant de terminer avec cette question du pigment, qu’il me 
soit permis d’invoquer encore deux faits nouveaux, demontrant 
k mon avis, d’une maniere incontestable, la nature regressive et 
involutive du pigment jaune de la cellule nerveuse. II est connu 
que Sudakewitseh *, et apres lui, leprofesseur Babes 2 ,ontdecrit 
dans les cellules des ganglions spinaux des lepreux, Texistence 
du bacille de Hansens, qui loge surtout, ainsi que le professeur 
Babes Ta montre, dans un rdseau de pigment jaune. La pre¬ 
sence de bacilles de la lepre dans les cellules des ganglions spi¬ 
naux y provoque des lesions qui offrent une allure assez speciale. 
La. cellule apparait comme composde de deux regions : une 
region colorde contenant le noyau,lequel est tres souvent excen- 
trique, et une region incolore. 

Cette derniere est constitute par un systeme d’alvdoles de 
grandeur inegale, d’apparence ruchde. La i dgion colorde est 
composee par de la substance chromatophile plus ou moins 
alterde. 

La premiere de ces rdgions contient du pigment jaune pale et 
c’est egalement 1& qu’on trouve une quantity considdrable de 
bacilles de la lepre. Le professeur Babes explique la prolifera¬ 
tion des microbes dans la region incolore par le fait que le pig¬ 
ment constitue un milieu de culture ti es favorable k leur deve- 
loppement. Sur des preparations faites par mon prdparateur, le 
docteur Goldstein, j’ai pu voir qu’il lTy a que certaines cellules, 
surtout les cellules k pigmejit jaune, qui presentent des bacilles 
en grande quantitd. Les cellules qui presentent des granulations 
de pigment noir ou brun ne contiennent presque jamais le 
bacille de la lepre. 11 est indubitable quele bacille de la lepre 
exerce une action destructive sur les elements chromatophiles 
qiTil emploie peut-dlre comme matiere de nutrition, apres leur 
dissolution. En tout cas, la disparilion progressive des ele¬ 
ments chromatophiles est suivie de Tapparition de pigment 
jaune. 

Or, d'aprds les recherches que j’ai faites a Taide de la mdthode 


1 Sudakenvitsch . Beitrage zur paihologi&chtn Anatomic von Ziegler Aau- 
werk . II. 1, 1887. 

“ Babes. Die Lepra. Vienne, 1901. 


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RECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


63 


de Cajal, Tappaiition du pigment jaune modifie seulement les 
qualites du rdseau fibrillaire cytoplasraatique. II devient plus 
epais, plus apparent, et se colore d’une facon intensive C'est 
precisement Ik la raison de l’aspect ruclid des cellules envahies 
par le bacille de la lepre. 

Enfin, un autre fait, d’un ordre un peu different, est le reten- 
tissement qu’exerce sur les cellules des ganglions, la compres¬ 
sion d’un nerf mixte. C’est ainsi que j’ai eu Toccasion d'exa- 
miner les ganglions jugulaires dans un cas de compression du 
nerf pneumogastrique par un andvrisme, compression datant 
depuis plusieurs ann6es. La plupart des cellules correspondant 
au nerf comprim6, contenaient une quantity considerable de 
pigment brun et m£me quelques-unes etaient transformdes en 
une masse pigmentaire. Evidemment, on ne saurait interpreter 
cette degenerescence cellulaire, que paries perturbations appor- 
tees par la compression permanente du nerf, k la fonction et k 
la nutrition des cellules des ganglions spinaux. 

Les facteurs qui determinent Tapparition du pigment, et sur- 
tout du pigment jaune, sont nombreux ; en voici les princi- 
paux : 

1° L’Age. Nous avons etudie Tinfluence de Ykge aucbapitre de 
revolution etde revolution de la cellulenerveuse,et nous avons 
vu que Tapparilion du pigment vai ie avec les especes cellulaires, 
que les especes qui se developpent plus tard presentent egale- 
ment une transformation pigmentaire tardive. 

L’apparition prematuree du pigment jaune est un signe de 
sdnilite precoce, et k ce point de vue, ilestinteressantderemar- 
quer la relation dtroite qui existe entre la senilitd et le proces¬ 
sus pathologique. 

2° Les troubles nutritifs dela cellule, lels que : Tandmie pro¬ 
gressive des centres nerveux, les intoxications lentes, les sec¬ 
tions nerveuses non suivies de reparation et dilfdrentes ddge- 
rescences qui empdchent la reparation des dldments chroma- 
tophiles. 

Ici, je ferai une reraarque : la formation du pigment dans la 
cellule nerveuse aux ddpens du cytoplasma constitue un pro¬ 
cessus lent et progressif. II n’y a pas de degdndrescence pig¬ 
mentaire aigue, tandis que la transformation graisseuse qui 
s’observe parfois dans Tintoxicatton par le phosphore, ou par le 


1 Je viens de decrire dans les cellules nerveuses rndiculaires dans cerlaines 
cellules, des ganglions spinaux, dans les cellules geantes chez les animaux 
adultes et chez l’homme, 1’existence d'un reseau Special dans les regions pig- 
mentees en jaune des cellules nerveuses. Le lecteur trouvera des details ii ce 
sujet dans la Revue Neurologique du 15 aoilt 1904. Comptes-rendus de la So¬ 
ciety de biologie, novembre 1904 et surtout dans un travail pour le journal de 
neurologie, actuellement sous presse. 


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64 


ME VUE DE PSYCHIATIUE 


chloroforme, constitue un processus aigu, rapide. C'eslla,& mon 
avis une preuve, qui denote quo la transformation pigmentaire 
n’est pas tout simplement une ddgenerescence graisseuse, 
corame semblent le soutenir Rosin, Rothmann et Miithmann.Le 
fait que le pigment jaune se colore en noir par Facide osmique 
n’est pas une preuve absolument indiscutable, que toutes les 
substances qui le coraposent sont constitutes par la graisse; 
cette derniere en effet, n’est pas la seule matiere dans Forga- 
nisme qui se teigne en noir par Facide osmique. Je ne nie nul- 
lement qu’il puisse y avoir dans la masse du pigment jaune, 
des particules graisseuses, mais j’afflrmeque personne jusqu’au- 
jourd’hui n'a pu prouver d’une maniere incontestable que le 
pigment jaune soit exclusivement constitue pas la graisse. 

3° La formation du pigment accompagne tousles ttats degent- 
ratifs patliologiques. Aussi, nous en rencontrons une grande 
quantity dans les cellules de la corne anttrieure, dans la sclt- 
rose lattrale amyotrophique, dans Fatrophie musculaire, d’ori- 
gine spinale. 

L’absence chez les animaux de granulations pigmentaires 
noires dans les cellules des ganglions spinaux, des ganglions 
sympathiques et mtme dans les cellules correspondant au locus 
niger et au locus coeruleus cbez Fhomme, permettrait d'afflrmer 
que le pigment noir n’a ni la mtmeorigine, ni la mtme valeur 
que le pigment jaune. II serait inttressant de chercher si cliez 
le singe, dans les regions sus-dtcrites, il existe du pigment. II 
me serable certain que ce n’est pas & la Jongevite de Fhomme 
qu'il faudrait rapporter la presence de la melanine, parce que 
celle-ci fait dtfaut chez le chien tres dgt dans les regions nom¬ 
inees locus coeruleus et locus niger.D'autrepartJa mtlanine appa- 
raltde bonne heure dans les cellules nerveusesdeFhommeje Fai 
trouvt en effet chez des sujets ages de deux et cinq ans, dans 
les cellules du locus coeruleus. Kure 1 n’a pas trouvt non plus du 
pigment dans le locus coeruleus chez les animaux. 

Toutes ces considerations prouvent avec la derniere evidence 
que les inclusions des cellules nerveuses dtsigntes sous le 
norn de pigment represented des especes morphologiques bien 
dtfinies et dislinctes au point de vue de leur constitution chimi- 
que, de leur origine, de leur fonction.il n’y a pas de transforma¬ 
tion d*une espece pigmentaire en une autre. Je crois jusqu’A 
plus ample informe que les granulations pigmentaires noires 
des ganglions spinaux et des ganglions sympathiques ont la 
m£me valeur morphologique que celles de la substance noire. 


1 Kukf. — Die normal* und pathologische Structur der Zellen und tier ccrebra- 
len Wurzel des Serves, die Kreuzungsftage der lelzteren und tier moiorischen 
Trigeminusw'urzel (Trigeminus Tafei VI und VII und I Abbildung^. 


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HECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


65 


Quelle est la constitution chimique du pigment jaune? 

Depuis longtemps, Obersteiner a admis qu’il s’agit 14 de subs¬ 
tances graisseuses et m 6 me dans les stades de degdndrescence 
pigmentaire, le pigment ne serait constitud que par lagraisseet 
^1111110130^ adgalement soutenu qu’il reprdsente une matierede 
nature graisseuse. Rosin 1 2 , et a sa suite, Rothmann, Olmer et 
d autres auteurs ont fait renlrer ce pigment janne dansles grou- 
pes des lipochromes. Dans plusieurs publications, en me basant 
sur les reactions chimiques communes de la mydline et du 
pigment jaune, j’ai admis qne re dernier contient de la Idci- 
thine, corps qui, comme on le sait, s'accompagne toujours de 
substances grasses. Mais le pigment jaune ne mdrite pas le nom 
de lipochrdme. II ne prdsente pas la reaction chimique de la 
luteine. En effet, ainsi que Sehrt 3 la montrd, opinion quej'ai 
pu aussi confirmer, le pigment jaune ne se colore pas en bleu 
foncd par l’acide sulfurique concentrd et il ne devient pas vert 
si on y ajoute de l’iode iodurde de potassium. 

La signification fonctionnelle du « pigment jaune » est 
entouree d’une grande obscuritd. Sans doute, il n’est pas facile 
de concevoir la presence d’une quantile plus ou moins grande 
de substance inerte a l'interieur des cellules nerveuses sans que 
cette substance ne s’elimine petit 4 petit. Mais 4 vrai dire est- 
ce que cette elimination n’existe pas, tout au moins, dans cer- 
taines regions ? Je pense que si. Tous ceux qui ont eu l’occasion 
d’dtudier les ganglions spinaux ont dtd frappds de Tabondance 
de granulations jaunes dans le tissu idterstitiel et dans la paroi 
des vaisseaux. Eh bien, ce phdnomene ne peut s'expliquer au- 
trement que par Telimination des granulations pigmentaires 
de la cellule nerveuse, lesquelles sont transportees dans le 
# systeme circulaloire. 

D’autre part, on constate dans les cellules nevrogliques de 
Tecorce cerdbrale cliez les individus agds, des granulations de 
pigment jaune. Or, il est fort probable que ce pigment des cel¬ 
lules nevrogliques est le produit d’absorption des granulations 
sorties des cellules nerveuses qui, cliez les seniles, contiennent 
du pigment en grande quantite. 11 n‘y a absolument aucun fait 
ddmontrant que le « pigment jaune » peut dtre utilisd par la 
cellule pendant son activity. Cette substance, 4 l'encontre des 
niatieres que la cellule nerveuse emploie pour son activite fonc¬ 
tionnelle et nutritive, est une substance inerte et resistant aux 
agents toxiques et infectieux qui agissent sur la structure et la 
composition chimique des dldments nerveux. 

1 MilL11 MANN. — LOC. Cit. 

1 Rosin. — Loc. cit. 

3 Sehrt. — Virchows Archiv. lOO'i. 


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66 


REVUE DE PSYCHIATRIE 

Ni le tetanos, ni l’intoxication par la strychnine ou Tabsintlie, 
nexercent aucune influence sur la quantity de pigment. Moi- 
m6me, Crocq, et d’autres auteurs, avons trouve beaucoup de 
pigment dans les cellules nerveuses de sujets morts de tetanos. 
MAme plus, W. K. Hunter, a d6crit dans un cas de t6tanie d’ori- 
gine gastrique cliez une femme agde de 41 ans, une quantite 
considerable de pigment dans les cellules nerveuses de la moelle 
epiniere, du bulbe et de la protuberance. C’est auteur admet 
que la pigmentation considerable qu'il a observee dans son cas 
rdsultait de la destruction rapide des elements chromatophiles. 
Contrairement k ce qui se passe avec les corpuscules de Nissl, 
et les neuro-fibrilles, les granulations pigmentaires sont extrS- 
mement resistantes k Taction de Thyperthermie, des intoxica¬ 
tions, etc. M6me la mort de la cellule nerveuse ne modifie pas 
facilement les conditions du « pigment jaune ». Au bout de 
quelques jours, alors que les neuro-fibrilles et les elements chro- 
matophiles sont profondement alterds, le pigment jaune n’a pas 
change d’une fac-on sensible ses proprietes morphologiqnes et 
chimiques. Comment done pouvoir considerer le « pigment 
jaune » comme une matiere de reserve que la cellule utiliserait 
pendant son activite alors .qu'il se comporte comme une subs¬ 
tance inerte k regard des agents qui attaquent les autres com- 
posants de la cellule nerveuse? 

Le pigment jaune, comme on le sait, iTexiste pas dans les cel¬ 
lules nerveuses d&s la naissance, maisil apparait k diflerentes 
epoques de la vie dans les diflerentes especes cellulaires et il 
augmente k mesure que Tindividu avance en kge. 

Sur Torigine du pigment, on pourrait faire les hypotheses 
suivantes : 1° le pigment apparait dans la substance fondamen- 
tale amorphe de la cellule nerveuse comme produit de Tactivit6« 
cellulaire, soit de nature regressive, c’est-&-dire resultant de la 
decomposition, ou bien du dedoublement des matieres albumi- 
noides qui s’y trouvent; 2° il rdsulterait de la disintegration de 
la substance chromatophile ou bien de la destruction des neuro- 
fibrilles Les etudes que je viens de faire k Taide de la methode 
de Cajal dimontrent avec la derniere evidence que la digini- 
rescence ou la destruction des neuro-fibrilles ne donnent pas 
lieu k la formation du pigment jaune. 

Dans ces conditions, il y a lieu de sademander si la desinte¬ 
gration des Elements chromatophiles — ameneqsoitpar la voie de 
la degeneresceuce, soit par celle de la destruction gr&ce M’acti- 
vite cellulaire, soit par Taction ripitie des agents toxiques — ne 
reprisenterait pas Torigine de la formation du pigment jaune. 
Cette opinion malgre,les objections qu’ona pu elever contreelle, 


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RECRERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


67 


aiti difendue par nombre d’auteurs tels que Colucci \ moi-mi- 
rae a , par Lord 1 * 3 4 et Nissl K Lord a mime avanci que le pigment 
des cellules nerveuses risulte de la diginirence graisseuse des 
iliments chroraatophiles. Quoi qu’il en soit, dans les cellules 
somatochromes, le pigment prend la place des Elements cliro- 
matophiles, ce qui veut dire que la disintigration de ces der- 
niers, lorsqu’il n’y a pas de reintegration,est suivie de l’appari- 
tion de pigment. La succession de ces deux phinomenes, disin¬ 
tegration et disparition des iliments chromatopliiles avec appari¬ 
tion du pigment rendrait probable Thypothese soutenue par les 
auteurs suscitis. 

En tout cas, il n’est pas facile de constater la transformation 
des elements chromatophiles en pigment jaune et malgri que 
j’ai cru parfois l’avoir observie, il n en reste pas moins certain 
que rbypotliese que j’ai soutenue a besoin de nouvelles recher- 
ches. 

Olmer admet que toutes les parties [de la cellule nerveuse 
contribuent k l’elaboration, k la sicrition de pigment. Les phi¬ 
nomenes chimiques compliques, dit Olmer, qui amenent cette 
elaboration, aboutissent k des risultats variables, suivant des 
conditions qu’il est encore impossible de diterminer avec preci¬ 
sion. Ainsi se trouvent formis le grain cliromophile du locus 
coeruleus, le grain du lipochrime, le granule de pigment bru- 
natre, et peut-itre aussi d’autres parties diflferencieesdu proto¬ 
plasma. 

La coloration des granules par le Sudan dans les cellules 
pyramidales de l’icorce ceribrale chez les jeunes enfants, mime 
a l’age de deux ans, alors que la mitliode de Nissl ne permet 
pas de voir du pigment jaune ou la mithode de Romanowski 
des corpuscules oxyneutropliiles, est un fait bien intiressant; 
il dimonlre tout d’abord que les corpuscules qui constitueront 
plus tard le pigment jaune ne sont pas coloris depuis leur appa¬ 
rition, et, d’autre part, que les corpuscules oxyneutrophiles ne 
paraissent pas constituer 1’origine des granulations pigmen- 
taires qui deviendront jaundtres plus tard. Toujours la mime 
constatation demontre qu’on ne saurait appliquer le terme 
de lipocbomes aux granulations colories par le Sudan. Du 
reste, cette coloration teint en jaune brim des inclusions cel- 
lulaires qui ne miritent pas le nom de lipochromes. L’apparition 
pricoce des corpuscules colorables en jaune par le Sudan dans 


1 Cglucci. Hist. path, de la cellule nerv. dans qiiclques maladies meat. 
(Annali di Neurologia, 1897, f. 1-2.) 

- Marinesco. Loc. cil. 

3 Loud. Journ. ment. se, octobre 1898. 

4 Nissl. Archiv . f. Psychiatric, Bd. XXXII. H. 2, 1899. 


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68 


. REVUE DE PSYCHIATRIE 


les cellules de l’4corce c^rebrale peut £tre considdree comme 
un ph6nomene normal ; toulefois je dois faire remarquer que 
si j'ai vu dans deux cas la presence de ces corpuscules cbez un 
enfant de deux ans, il n’en existait pas ch'ez un autre de trois 
ans, de sorte que le moment de leur apparition ne depend pas 
seulement de T&ge mais aussi d’autres lacteurs qu'on ne peut 
pas determiner actuellement. 

Giard considere la production du pigment dans la s4rie ani- 
male comme un acte de defense contre les variations chimiques 
et physiques auxquelles sont exposes les £tres vivants. 

D’apr6s Bataillon*, le noyau est le centre manifeste de la pig¬ 
mentation, cet auteur affirme en outre, qu’il n’a jamais observe 
de production pigraentaire sans participation de la cliroraa- 
tine. 

L’emission des balles chromatiques est un ph£nomene de 
m^me nature, mais plus simple. Pour Loos au contraire, les gra¬ 
nules pigmentaires sont des diff6renciations protoplasmiques. 
On ne saurait appliquer ces donn^es tout au moins d’une facon 
complete k la formation du pigment dans les cellules nerveuses. 
Bohn 2 pretend que le pigment provient demissions chromati¬ 
ques qui ont lieu sous Tinfluence dintoxications externes ou in¬ 
ternes et quelquefois sous Taction directe de la chaleur ou dela 
lumiere. 11 apparait par consequent dans les Elements soumis k 
ces intoxications : Elements excreteurs, elements genitaux en 
particular. Les cellules nerveuses ne se pigmentent pas parce 
que leur noyau est protege contre les intoxications sans doute 
par Tappareil chromatophile. Les cellules g6nitales au contraire 
sont trfes pigmentees grace k Tabsence d’un appareil protecteur 
contre les poisons. 

Je considere que les conclusions de Bohn sont erron^es en 
grande partie. En eflfet, il n'est nullement prouve que la subs¬ 
tance chromatophile aurait pour role de barrel* la route aux 
poisons mena<?ant le noyau, et, ensuite Torigine nucleaire 
directe du pigment ne Test pas davantage. Je iTai jamais 
trouv6 des granules de melaninedans le noyau, pas plus que 
des granulations de Iipochrdme. Olmer professe la m£me opi¬ 
nion. Si reellement le noyau jouait un role dans la production 
du pigment, alors son action serait indirecte, il louruirait seule¬ 
ment une substance m&anogene capable de se transformer en 
pigment. 

Je ne peux pas non plus admettre avec Bohn que dans la cel¬ 
lule nerveuse jeune il n‘y a pas de pigment parce que le noyau 


1 Bataillon. — Recherches anatomn/ues el experimentales sur la metamor¬ 
phose des amphibiens anoures. These. Paris 1891. 

- Boiin. — L'evolution de pigment. (Collection Scientia : Biologic n° 11, 1901. 


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RECHERCHES SUR LE PIGMENT JAUNE 


69 


prot6gd par une sorte d’ecrin ne presente pas les phenomenes 
consecutifs k son intoxication k savoir : 1° les Emissions cliro- 
matiques (production de pigment) ; 2 J le processus Kariochi- 
netique. Ce sont 1 k des considerations purement theoriques en 
disaccord avec les faits. En effet, certaines cellules des gan¬ 
glions spinaux, les cellules de la substance noire, et celle du 
locus coeruleus se pigmenteitf de bonne lieure. II n’y a que le 
lipochrdme qui fait son apparition tardivement dans les diffe- 
rentes especes cellulaires. Aussi, il ne Taut pas confondre au 
point de vue de leur nature et de leur fonction, les deux sortes 
de pigment, le pigment jaune et le pigment noir ou brun. 

Stassano a montre que les poisons (sels m&alliques, toxines) 
se fixent sous la cliromatine et ses derives avec une grande 
facility. Les poisons ddtruiraient la chromatine si cette derniere 
et ses produits de destruction ne les fixaient et ne les faisaient 
entrer dans des combinaisons inoffensives. 

Le pigment jaune, ainsi que nous Tavons vu, constilue un 
produit normal dans la vie de certaines cellules. Cependant, 
dans certaines conditions palhologiques, la quantile de pigment 
prend des proportions considerables, mais les limites entre 
une cellule pigmentee normalement et la ddgdnerescence 
pigmentaire ne sont pas faciles tracer. Nissl parait disposd 
& admettre qu’on peut considdrer comme atteinte de ddgdndres- 
cence pigmentaire une cellule qui k Tdtat normal ne preseute 
pas de pigment ou bien alors que la quantite intercepte la 
transmission du courant nerveux, comme c'est le cas par 
exemple lorsque le pigment se depose au point de bifurcation 
d’un prolongement protoplasmique. Dans ce dernier cas, les 
dendrites s’atrophient, se colorent plus intensdment, se retractent 
et finissent par disparaitre. Nissl considere encore comme 
d£generescence pigmentaire, celle ou le pigment a envahi toute 
la cellule. Nos connaissances concernant le pigment brun ou 
fence dit Nissl sont tres reslreintes. Sans doute, Nissl a raison 
de considdrer comme degdneree une cellule dont tout le corps 
est envahi par le pigment et lorsque les dendrites sont atro- 
phiees. Je ferai ce|>endant une reserve en ce qui concerne 
1 apparition du pigment au niveau de la bifurcation des dendri¬ 
tes et qui emp^cherait la transmission du courant nerveux. 
Cette affirmation de Nissl ne peut pas £treadmise actuellement, 
alors que nous savons que Kappari lion du pigment dans une 
region queleonque de la cellule, n’intercepte pas la transmission 
du courant nerveux. 11 est vrai que les flbrilies subissent avec 
le temps une modification dans leur aspect physique 1 k ou se 
depose le pigment. Mais cela ne prouve nullement qu*il n'y a 
plus de transmission de courant. Cette objection me semble 


♦ 


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70 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


avoir d’aulant plus de valeur que la presence du pigment dans 
les cellules radiculaires, motrices et gtantes, au niveau de 
l’origine du cylindraxe est un fait indubitable. Oi\ s’il y avait 
dans tous ces cas des troubles serieux de la conductibilite du 
courant nerveux, on devrait s’en apercevoir pendant la vie de 
ces sujets. 

Beaucoup d’auteurs ont pose le probl&me de savoir si la 
quantity de pigment peut gtner la fonction de la cellule. Nous • 
avons vu plus haut que Nissl admet que le pigment peut inter- 
cepter le courant nerveux lorsquil se depose au niveau de la 
bifurcation des prolongements. Muhlmann qui considere le 
pigment jaune comme un dtcliet pense que l’accumulation de 
ce dtchet gtne le fonctionnement normal de la cellule et quand 
la lesion devient plus intense dans les centres vitaux importants 
et dans la moelle allongte, la vie arrive k sa fin. Comme le 
remarque # justement Olivier, il y a quelque exagtration k 
considerer l’accumulation de pigment dans les cellules nerveuses 
comme la cause possible de la mort pour le vieillard. En effet, 
les modifications fonctionnelles des cellules envahies par le 
pigment ne dependent pas seulement de la quantity de ce 
•dernier, mais des changements de structure qu’il imprime au 
reseau du cytoplasma. Aussi, lorsque nous nous trouvons 
devant une cellule dont tout le corps est envalii par le pigment, 
le reseau fibrillaire est tpaissi et on a raison de parler de dege- 
ntrescence pigmentaire. Mais c'est li evidemment, une ltsion 
extreme, il y a d’autres cas oil la pigmentation est localisee et 
oil le rtsean cytoplasmatique est altere ; dans ce cas egalement 
il s’agit aussi d’une degtntrescence, mais localiste. 11 est vrai 
que toute cellule qui contient du pigment jaune doit ttre consi- 
deree comme une cellule malade du moment oil le pigment 
n’apparait qu’apres la degtnerescence et la disparition des 
tlemenls chromatopliiles, mais c’est surtout lorsque la formation 
de pigment donne lieu h l’alttration du rtseau fibrillaire que la 
vraie dtgtntrescence est constitute. L’opinion que j’emets n’a 
bien entendu qu’une valeur relative, mais quand mtme elle 
nous rend mieux compte que tout autre de la distinction qui 
existe entre la pigmentation de la cellule nerveuse et la degtne- 
rescence pigmentaire. Dans le premier cas le reseau cytoplas- 
mique reste instact, dans le deuxieme cas, il est altere. 


* 


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DEMENCE VESANIQUE 


71 


FAITS ET OPINIONS 

PSYCHIATRIE 


LA DEMENCE VESANIQUE EST-ELLE UNE DEMENCE? 

Par MM. 

Toulouse et Damaye 

Medecin en chef Interne 

ile t'Asile de ViUejuif 

( Travaildn Laboratoire de Psychologic experimentale de l Ecole des Halites Etudes, 

Asile de ViUejuif). 


2® PARTIE 
(Suite) 

Le nombre des dementes v6saniques qui se pr£tent aux expe¬ 
riences est assez restraint, car il en Taut 61iminer *eeux qui 
presenlent encore un delire notable lequel donnerait lieu k de 
multiples erreurs. 

M** D** # , 62 ans, est internee depuis 1877. La demence serait 
survenue aprbs un d61ire de persecution avec hallucinations de 
l’ouie. Actuellemenl, il ne reste pas trace du delire, mais les idees sont 
confuses et dans le discours les propositions ne s’enchainent pas d’une 
fagon logique, ce qui rend la conversation Ires incoherente. Malgre 
cela cette malade, tres docile, s’occupe aux soins du menage dans son 
quartier. Elle ne prdsente aucun symptdme physique anormal. 

Examinde quatre fois. 

Aye ? — 65 ans. 

— J’ai plus de 35 ans. 

— J’ai plus de 35 ans. Je suis vieille com me tout. 

— J’ai plus de 65 ans. 

Profession ? — Couturi&re (exact). 

— Le mal. Le bien.., Couturiere. 

— J'dtais couturiere, blanchisseuse, repasseuse. 

— Cartonnage. — Couturiere, c'etait ma sceur. 

Salairc ? — 3 fr.'50, beaucoup, 2 fr., 3 fr. 50. 

— 3 fr. 50, 2 fr. 50, 3 fr. parfois. 

— Dix sous pour commencer, puis des bonnes journees 
3 fr. 50. 

- 3 fr. 50 et 4 fr. 

Etes-cous mariee‘7 — Oui, Monsieur. 

— Oui. 

— Oui. 

— Oui. 

Adrcsse ? — Dans Paris. 

— La Belgique, Bruxelles, rue de Savoie, 25. 

— La Belgique, Bruxelles, rue St-Dominique, 25. 

— Bruxelles, rue St-Dominique, 25. 


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72 


REVUE DE PSTCHIATRIE 


Sonuncs nous en France ?... etc. — La France (apres hesitation). 

— En France, en pleine France, 
mdme. 

— En France; nous sommes dans 
Paris, je crois. 

— En France. 

La capitate de la France ? — Paris. 

— Paris. 

— Paris. 

— Paris. 

La capitale de la Belgique’1 — Bruxelles. 

— Bruxelles. 

— Bruxelles. 

— Bruxelles. 

Chef-lieu du departement de la Seine ? — Paris. 

— Chef-lieu Paris. Quand il 
dort. 

— Paris (hesitations). 

— Paris. 

Unc tie ? — C'est un petit bras de terre oublte, entoure par l’eau. 

— C’est un petit ilot de terre qui prend place au milieu de 
l’eau. 

Un petit coin de terre trfcs propre qui etait sur l’eau, 
entoure par la mer. 

— Un petit brin de terre qui est sur la mer et il y en a des 
grands aussi. 

La France est-clle une He ? — La France est une ancienne ile et la 

Belgique une ancienne ile qui a ete 
oublide. 

— Oui. 

— Oui. 

— Oui : c’est un grand bras de terre qui 
est sur la mer. 

Et VAngleterre ? — C’Gtait uue ile avant. £a a changd depuis. 

— L'Angleterro aussi, puis Paris, tout, tout. 

— Oui, c’est une grande ile entouree d’eau. 

— Une grande ile et la Hollande aussi. 

Lcs 5 parties du mondc t — La France, la Belgique, l’Angleterre. 

— La Belgique, l’Allemagne. 


(On lui nomine l’Europe ; elle continue:) 

— L’Asie, la Chine, l’ltalie, I'Espagne... 

(On lui rGpete : l’Europe, l’Asie. Elle conti¬ 
nue :) — L’Afrique, l’Am6rique, la Tur- 
quie, 1’Italie, la Kussie. 

Napoleon /" ? — C’etait un bon guerrier... Il etait officier, capitaine, 
marechal de France, simple soldat, mais c’^tait 
un homme tres bien. Il allait a toutes les guerres 
d’Europe. 

— Il dirigeait les corps d’armee. Il 6tait empereur pour 
son eau, parce que l’eau se dirigeait toujours par 
la. 

— Chef des armies, empereur. 

— Empereur et roi. 

Louis.Philippe ? — Un bon roi. La crGme des autres rois. 

— Un bon roi. Mais il dormait toujours. 


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DEMENCE VESANIQUE 


73 


— Koi — hesitations. 

— Un roi. 

La rrine d'Angle ter re t — Victoria. Victorine. 

— Victoria. 

— Victoria. . 

— Victoria. 

Guen e de 1870 ? . 

— Les Fran^ais avec les Anglais... les Autrichiens... 

Toute l’Europe enti&re... la duchesse, la cointesse. 
— Les Fran^ais contre les Prussiens. 

— Les Fran^ais avec les Prussiens. 

6239 

2453 4255 

6425 2694 


i tT exam. 8878 (exact) 


1" exam. 13188 

2- — 4878 


2« — 14188 

3 «e _ 8878 (exact) 


3-' - 13288 

4 «* — 8878 (exact) 


4"* - 13288 

67 

452 


5 

3 


1" exam. 107 

456 

/ 486 

2-* - 95 

456 

243:2 )m 

3" e - 94 

56 

4” e - 95 

456 

\ ... 

L'addition seule est men£e h bien par cette malade. 

Pour la division, elle multiplie par deux les chiffres du dividende. 

On lui fait lire les chiffres : 

Elle rdpete: 

13972 


13972 

730698 


730698 

429580 


429580 

287601 


287601 

3792851 


3792781 

9804635 


9803647 


La m&noire du chiffre est done bonne. 

Elie r6pete de la fa^on suivante les phrases dej& connues : 

— Le feu s’est ddclard aujourd’hui dans une usine: les flammes mon- 
taient trfes haul. 

— Les deux petites, explorant avec attention les endroits ombrages, 
commenc^rent leur cueillette. 

L'epreuve du syllogisme a £te negative etant donnee riinpossjbilite 
de fixer l’attention de cette malade sur un sujet. On voit que chez elle, 
la memoire est bonne inais masqu^e par une confusion intense. 


Mme D***, 55 ans, couturifcre, soeur de la precedente, fut internee en 
1886 pour idees de persecution avec hallucinations et affaiblissement 
intellectuel. Actuellement, toute trace de delire a disparu. 

La confusion est assez prononcee. Les propositions sont correctes, 
sensees, mais leur ordre logique est souvent trouble, ce qui rend fre- 
quemment la phrase incomprehensible. Aucun symptome physique 
chez cette malade. Beaucoup moins docile que sa soeur, elle ne travaille 
pas dans le quartier ou elle se trouve. Elle est tres r6ticente et souvent 
excitde : elle est done difficile a dtudier ; n^aminoins, nous avons reussi 
a 1'examiner quelque peu & deux reprises differentes. Nous ne reprodui- 
sons ici que les questions auxquelles elle a consenti a repondre. 


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74 


REVUE DE PSYCHIATR1E 


Profession f — Couturi6re (exact). 


Salaire f . 

— C’est selon les capacity de la personne; on ne dit jamais 
ce qu’on gagne. 

Sommes-nous on France f... etc. — C’est la France probablement. 


Capitale de la France t — C’est Paris probablement. 


Capitate de la Bclyiquef — Bruxelles. 

— Bruxelles. 

Chef-lieu du departement de la Seine t — Meaux 


Line He t —. 

— C’est un endroit maritime. 

La France cst-elle unc He t — Non, c’est un pays. 

— Non, c’est un pays. 

Et I'A nyleterre t — . 

— Oui. 

Toutes les autres questions sont restees sans rdponse. 

Elle n’ignore vraisemblablement pas la plupart des choses que nous 
lui avons demandees. 




6239 

N 


2453 

4255 



6425 

2694 


l* r exam. 
2- — 

8878 ! (exact' 

8878 | ( 8 l ' 

13188 » 

13188 j * exact * 



452 On voit que cette malade calcule encore 

3 relativement bien. 


l ,r exam. 556 

2"* — 1356 (exact) 

On lui fait lire : Elle r6p6te : 

13972 13792 

675043 567043 

0859437 0859437 

60938246 II y a trop de chilTres. 

La memoire immediate des phrases est 6galement bonne : 

— Un honime dans un bois rencontre un loup qui voulut le devorer, 
mais comme il prit une hache, il le tua. 

La malade a bien conclu le syllogisme que nous lui avons propose. 


Mme B***, 54 ans, couturtere, a die atteinte, en juillet 1900, de delire 
melancolique avec idees de culpabilite. On a du l’interner parce qu’elle 
voulait se jeter a l’eau et rnettre le feu. Actuellement, persistence de 
l’dtat mdlancolique avec quelques idees de negation, mais de plus, etat 
dementiel: ellese tient accroupie ou pr6s desportes cherchantconstam 
ment a les ouvrir et repdtant toujours sur le mOme ton : « Je veux m’en 
aller » ou bien « Brulez-moi, essayez de me brtiler ». Automatisme, re¬ 
petition constante et inecanique des m6mes phrases, incoherence, 
indifTdrence et gatisme, albuminurie (0,50 centigr. environ par jour) de- 
puis son entree. Cette personne etait instruite et d'intelligence normale 
avantson delire. 

Examinee quatre fois. 

Aye f — J’ai 20 ans ; ma fllle a 20 ans aussi. 

— Un jour. 


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DEMEXCE VESANigUE 


— Un jour. 

— Un jour. 

Profession t — Couturitue. 

— Je faisais des pantalons. 

— Je faisais des pantalons. 

— Je cousais. 

Salaire ? — 4 francs par jour. 

— 4 francs par jour. 

— 4 francs par jour. 

— 4 francs par jour. 

Pays? — Vilry (exact). 

— Vitry-sur-Seine. 

—' Vitry-sur-Seine. 

— Vitry-sur-Seine. 

La profession ilc cotre mari f — Comptable. II est mort d’une maladie 

de coeur (exact). 

— II dtait comptable. 

— Comptable. 11 est mort. 

— Comptable. 

Sommesnous en France ?... etc. — Je ne sais pas. 

— Je ne sais pas. 

— En Alleinagne. 

— Je ne sais pas. 

Capitate de la France ? — Paris. 


— Paris. 

— Je n’en sais rien. 

Chef-lieu da departemcnt de la Seine t — Paris. 

— C’est Paris. 

— Paris. 

— Chef-lieu, Paris. 

Vne ilef — Je n’en sais rien. 

— C’est une terre entourGe d’eau. 

— C’est une terre entour6e d’eau. 

— Une terre entour^e d'eau. 

La France est-elle une He t — Non. 

— Je ne sais pas. 

— Non. 


Ft VAnyleterrc t — Je ne sais pas, Monsieur. 

— Je ne sais pas. 

— C’est une puissance 6trang6re. 

— 11 y a de la mer par la. 

Les 5parties du mondc t — Je n’en sais rien. 

— L’Angleterre, la Turquie, l’Auvergne. 
— L’Alg6rie. 


Xapoleon V 1 ? — C'cHait un empereur. 

— Je n'en sais rien. 

— C’etait Bonaparte. 

— Un empereur. 

Louis Philippe ? — Un soldat. 

— Un homme qui faisait la guerre. 

— Un guerrier, le fils de Napoleon. 

— Un guerrier, fils de Napoleon. J’avais son por¬ 
trait chez moi. II 6tait Chevalier de la Legion 
d’honneur. 


(exact). 


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76 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Guerre dc 18701 — . 

— Les Prussiens avec la France. 

— Les Prussiens et les FranQais. 

— Les Prussiens et les FranQais. 

L'Assassin d* Henri IV f — Je n’en sais rien. 

— Je ne sais pas cela. 

— Je ne sais pas, mais ma (ille le sait. 

— Je ne sais pas. 

L'Assassin dc Carnot f — Ravachol. 

— Ravachol. 

— Je ne sais pas... Ravachol. 

— Ravachol (on lui souffle la syllabe Ca et eile 
dit alors): — Caserio. 



6 2 3 9 

2453 

4 2 5 5 

6425 

2 6 9 4 

1" exam. 2433 

12 10 17 88 

E = S 1 (exact) 

12 10 10 31 
12 10 8 71 


On arrive & faire effectuer a cette malade des multiplications et des 
divisions faciles, mais en l'aidant beaucoup et en lui indiquant constam- 
ment la marche h suivre. 

Nous lui faisons lire les chiflres : Elle rdpdte : 

13972 19729 

60935 6905 

730698 73098 

429580 425890 

11 a dte impossible de faire l’epreuve de la mdmoire immediate des 

phrases et celle du syllogisme, car la malade a refuse de s’y prOter. II 
faut mille artifices pour obtenir d’elle un peu d’attention, occupde 
qu’elle est & dbranler les portes en rdpdtant constamment la mOme 
phrase et indilTerente a ce qu’on lui dit. 

Ces trois dernieres observations contrastent assez nettement 
avee celles des dementes paralytiques. Ge ne sont plus les hesi¬ 
tations des paralytiques g6n6rales ni leurs efforts p4nibles pour 
trouver une reponse le plus souvent inexacte : nos d6mentes 
vesaniques sont plus loquaces et plus incoh^rentes et, malgre 
cela, leurs reponses plus frdquemment exactes. Au point de vue 
du calcul et de la mdmoire immediate, la difference est assez 
notable entre les deux categories de dementes. 

Pour lutler contre l’inattention de ces malades, nous avons 
eu recours k la conversation ecrite qui nous a paru fixer 
davantage et pour un temps plus long l’attention fugace de ces 
malades. 

Mile D..., 36 ans, tdlegraphiste, a 6td normale jusqu’a Page de dix- 
huit ans. A ce moment apparurent des idees vagues de grandeur et de 
persecution jointes a un dtnt deindlancoliedepressive; en m6me temps, 
l'intelligence semblait s’obscurcir. La malade fut internde en 1888; 
depuis, les iddes delirantes ont disparu, mais la depression persiste. 

Examinee trois fois. 

Aye? — (Aucune reponse). 


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DEMENCE VESANIQUE 


77 


Profession f — La maladie. 

— La maladie, non voici, la maladie. 

— La maladie je no sais quoi. 

Salairef — La maladie. 

— 0 fr., 0 cent., la maladie rien du tout. 

— 2 fr. 50 puis la maladie par mois, par semaine, par jour. 
Etcs-cous marwct — La maladie. 

— La maladie voici. 

— Je ne sais pas. 

Pays natal? — Coulommiers (exact). 

— Coulommiers. 

— Coulommiers. 

Sommes-nous en Franco ?... etc. — Je ne sais pas. 

— La maladie en Europe, la maladie. 
— A la maladie, je ne sais pas. 

Chef-lieu du clop, do la Seine t — Paris. 

— Paris. 

— Paris* 

Une He ? — Voici. 

— La terre et 1’eau (elle en dessine une exactement). 

— La maladie merci. 

La France cst-elle une ile? — Bon. 

— Non, la maladie voici continent. 

— Non. 

Et I’Anyleterre? — Mais oui. 

— Ile. 

— Oui, l’Angleterre est une ile. 

Les 5 parties du mondet — La maladie. 

— La maladie le Continent, I’Amerique du 
Nord, I’Amdrique du Sud, l’Asie, 1’Afri- 
que, rOceanie, l'Amerique centrale. 
Paris en heure au milieu en Europe. 

— C’est la maladie. 

Napoleon I" ? — La maladie. 

— La inaladie, la maladie voici, Coulommiers voici, a 
je ne sais pas, oui. 

— La maladie voici, c’est un grand homme de Cou- 
lomraiers. 

Louis-Philippe ? — La maladie. 

— Louis-Philiphe la maladie Coulommiers la maladie 
Philippe Louis, maladie ecrivain, la maladie 
isol^e. 

— La maladie voici, de Coulommiers flni, quoi, flche 
lit voici, & mais, du trifle mais voici, la maladie 
droite. 

Heine d’Anylcterre? — D... (Elle dcrit son propre nom). 


Guerre de 1870 ? — La maladie voici. 

— L’Alsace, la France, PAllemagne. 


Assassin d’Henri IV t — Ravaillac. 

— par Raviliac. 

— D ## * (elle ecrit son propre nom). 
Assassin de Carnot ? —. 


— La morphine. 


6 


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78 


HKVUE DE PSYCHIATHIE 





6239 



2453 


4255 

452 


6425 


2694 

3 

1" 

examen... 8878 (exact) 

l tr examen... 

13778 l ,r examen... 

1356 

2* 

— _ 

2 r - 

13788 2 f - 

1356 

3* 

- 

3* - 

. 3* - 

.... 


l fr examen : 2' 

examen : 

3 e examen : 



3642 

3642 

3642 



24 

24 

24 



— 

— 

- (exact). 



14566 

13288 

14568 



7284 

7284 

7284 



9736 

85128 

87408 



l ,r examen : 2 1 ' examen : 


2425 

9 


328 

07 


2425 328 

- (exact). 

129 7 


II est interessant de noter que le calcul donne encore d’aussi bons 
rdsullats chez une malade internee depuis si longteinps. 

On lui fait lire les chilTres : Elle repete : 


13972 

632451 

3842976 

429580 

60536247 


13972 

632451 

38*42976 

49580 (un chitTre oublid). 
60536247 


La mdmoire des chiffres est reraarquable. 

Aprds lui avoir fail lire la phrase que nous connaissons, elle repute : 

— Le feu s’est declare aujourd’hui dans une usine ; les flammes 
montaient trds haut. 

Nous lui faisons lire cette autre : Les pompiers ont eu beaucoup de 
mal a l’dteindre et longteinps apres il y avait encore de la fumde. 

Elle rdpdte ainsi : 

— Les pompiers ont eu du mal & l’eteindre et longtemps aprds il y 
avait de la fumde. 

L'dpreuve du syllogismc a etd ndgative. 


M 1,e K # **, 26 ans, casquettiere, fut trds intelligente. On dut l’interner 
en 1898 parce qu’elle devint mdlancolique, confuse avec des pdriodes 
d’excitations accompagndes d’hallucinations. Depuis, elle est tombee 
dans un dtat d’indifTerence pour ce qui se passe autour d'elle. Elle 
gate et se tient toute la journde contre une barriere crachant sans 
cesse autour d’elle. Cette malade est tres difficile a examiner car 
elle est fort reticente ou parait faire volontairement des rdponses 
abaurdes. Ndanmoins, nous l’avons interrogee a trois reprises difTe- 
rentes. 

Aye? — (Aucune reponse). 

Profession ? — Casquettier (exact). 

— Casquettier. 


Salairc? — 10 francs. 

— 10 francs par semaine. 


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DEMENCE VESANIQUE 


79 


Htes-coics mariee ? — Non. 

— Non. 
— Non. 

A dressc ? — Paris. 

— Paris. 


Somnies-nous en France ? etc. — Nous sommes en France. 

— Nous sommes en France. 


Chef-lieu da depart 1 de la Seine ? —. 

— Le chef-lieu. 


Une ilef — . . 

— He. 


La France est-elle une He? — Oui. 

- lie. 


Et VAngleterre t — Oui. 

— Oui. 


Lcs 5 parties da mondc ? — Londres, France, Russie. 

— Londres, France, Russie, Turquie, Italie. 
— Londres, Paris, Turquie, Russie. 
Napoleon l tT ? — Cette un president. 

— Cette une roi. 


Lou is-Ph i lippc ? — Cette une roi cetle homme-lii. 
— Cette une roi. 


Heine d’Angleterre ? —. 

— Madame Victorine. 
Guerre de 1870 ? — Turquie et Espagne. 


— Turquie, Russie. 

Assassin d*Henri IV ? — Je n'en sais rien. 


6239 

2453 4255 

6425 2694 


l fr examen... 8878 (exact) 1" examen... 10188 

2 * - .... 2 - - . 

3* - .... 3* - . 

3642 67 452 

24 5 3 


14568 335 (exact) 1356 (exact) 

7284 (oxact( 


87408 


Aux autres seances, elle a refuse d’etteetuer ces multiplications : 
l* r examen : 2° examen : 


243 | 2 

1121—1 (exact) 


243 


2 

121-1 


(exact) 


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80 


ItEVUE DE PSYCHIATKIE 


5634 I 5 


| 1126-10 
Le calcul est bon. 


/quotient exact\ 
\ reste inexact / 


5634 


5 

1126-4 


(exact) 


La malade etTectue chacune de ces divisions en cinq ou six secondes 
environ et calcule mentaleinent n'ecrivant que le quotient et le reste. 
Elle a absolument refuse de se prater aux 6preuves sur la in^moire 
immediate. 


Mile P # **, 26 ans, modiste, fut tr6s inlelligente autrefois, elle a m6me 
obtenu le brevet superieur. On a dti l’interner en 1901 pour id6es 
m^lancoliques et de persecution avec tendances au suicide. Elle est 
devenue indiflerente a ce qui se passe autour d’elle, parlant tres peu 
et restant assise sur un banc toute la journee, un petit sourire 6nigma- 
tique sur les 16vres.Elle gate.crache autour d’elle et sur ses v6tements. 
Reflexes tendineux exag^res. Reflexe plantaire en flexion. Un certain 
degr6 de dermographisme cutan6. Reflexes idio musculaires. 

Examinee quatre fois. 

Age? - . 


- 35. 

Profession ? — Modiste (exact). 
— Modiste. 

— Modiste. 

Salaire ? — 26 francs. 

— 60 francs. 

— 25 francs par jour. 


Etes-cous mark y»? — Non. 

— Non. 

— Non. 

— Non. 

Adresse ? — Rue St-Nicolas, Angers (exact). 
— Angers. 


Sommes-nous en France f etc. — L’Allemagne. 

— Allemagne. 

— En Allemagne. 
— Allemagne. 

Chef-lieu du departement de la Seine ? — Paris. 


Une He f — Je ne sais pas. 

— De l’eau qui s’avance dans la terre. 

— Une terre entouree d’eau de tout cdttU 
— Je ne sais plus. 

La France est elle une ile'l — Je ne sais pas. 

— Pr6s une nation... 

— Une presqu’ile. 

— Une presqu’ile. 

Et VAngleterre ? — Angleterre. 

— Jersey est-elle une lie. 

— Une presqu’ile. 

— Une presqu’ile. 


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DEMENCE VESANIQUE 


81 


Les .5 parties da monde ? — L’Europe, l’Asie, 1’Afrique, l’Ainerique, 

I’Ocdanie. 


Napoleon 7 ,r ? —. 

— Empereur. 

— Un gdndral. 

— Un empereur. 

Louis Philippe ? —. 

— Anatole, France, Philippe Auguste Cesar il r^gnait 
en France. 

— Un homme d’Etat... Un gdn6ral... Un gouverneur. 


Rcine d’A nyleterrc ? — Am61ie. 


— La reine Amalie. 

Guerre de 1870 ? —. 

— France, Allemagne. 
— Je ne sais pas. 


Assassin d'Henri /V? — Ravaillac. 


— Ravaillac. 

— Ravaillac. 

Assassin da Carnot ? — Louis VIII, Henri II. 


1356 (exact) 


13968 

3614 

27612 





6239 



2453 


4255 



6425 


2694 


l ,r exam. 

8878 ; 


1" exam. 16185 


2 mt - 

8878 ( 

(exact) 

2-« — . 


3** - 

8878 1 


3"* — 13188 (exact) 

1" examen : 


2 K ' examen 


452 

5634 

5 

452 

3642 

3 

06 

13 

1126 

3 

24 

756 (exact) 

34 


1356 (exact) 

13568 


4 

(exact) 


7284 





96408 

3" f examen : 


4* e examen 


452 


3642 

452 67 


3 


24 

3 5 



1356 (exact) 335 (exact) 


..5. 


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82 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


On lui fait lire les chiffres: Elle rdp&te : 

730698 730698 

3792851 3792851 

17283695 7283635 

49382576 49382576 

96273491 96273491 


Le calcul est bon. La memoire des chiffres est remarquable. 

Nous lui faisons lire les phrases suivantes : L’esprit est un merveil- 
leux instrument s'il suit sa voie. 

Un horame vulgaire fait passablement ce a quoi il est propre. 

Elle repute : 

— L’esprit est un merveilleux instrument s’il suit sa voie. 

— Un homme vulgaire fait passablement ce & quoi il est propre. 

L’dpreuve du syllogisme a dtd negative. 

Ce qui nous frappe dans ces examens de ddmentes, ce 
sont lout d’abord les bons rAsultats fournis r par rdpreuve du 
calcul, cliez des malades qui n’y sont plus adonndes depuis tres 
longtemps. Masselon a oblenu des rdsultats analogues. Il 
constate dgalement la lenteuravec laquelle les souvenirs dispa- 
raissent cliez les dements precoces : « Ces troubles du souvenir 
sont tardifs; ils ne sont jamais aussi profonds queceux des para- 
lytiques gdneraux ou des ddments s&iiles 1 >. Nos interrogations 
et plus encore peut-dtre les experiences sur la mdmoire des 
chiffres et des phrases, rendent aussi bien evidente la persistance 
de la memoire, troublde surlout par la confusion, par la diminu¬ 
tion de Tattention 

Nous avons enffn examind d’autres dementes, dejk agees pour 
la plupart, ayant laspect des vesaniques, mais cliez lesquelles 
certains symptdmes physiques trahissent vraiserablablement 
des ldsions des centres cdrebraux. Ces malades Torment, par 
leur etat physique et mental, une veritable transition entre les 
cas ou la confusion des idees semble prddominer el la ddmence 
vraie : les deux observations qui suivent vont en temoigner. 


Mine D** # , 61 ans, est internee depuis 1896. Elle a fait des exces 
alcooliques. La demence se serait installde chez elle tres rapidernent 
apres quelques idees de persecution avec hallucinations dont il ne reste 
plus trace aujourd’hui. Cette malade est extrdmement confuse : beau- 
coup de propositions dans son discours, sont denudes de sens et n’ex- 
priment aucun jugement. Oe plus, il y a chez elle quelques signes 
physiques : Reflexe lumineux lent, reflexes tendineuxexagerds, langue 
et doigts un peu treinulants. Il etit dte interessant de rapporter ici tout 
au long Conservation clinique de cette malade et des autres ; mal- 
heureusenient, lc manque de place nous reduit a ccsbrdves indications. 

La malade a etd interrogde quatre fois. 


1 Psychologic des dements precoces. These de Paris, 1902, page 263. 


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DEMEXCE VESANIQUE 83 

Age? — J'ai passe 60 ans; je vais sur les 80 ans. 

— Je suisagee; j’ai passd 60 ans. 

— Je me suis marine a 33 ans ; j’ai passd dans les 60 ans. 

— J’ai passe 60 ans ; j’ai 80 ans. Je me suis marie fc 33 ans. 
Profession ? — J’allais faire des manages, 6tant & Paris. ' 

— Je faisais des manages. / , 

- Des manages. < exact) 

— Je cousais dans le Faubourg St-Martin. ) 

Salaire ? — 35 sous par jour, 20 sous dans d’autres maisons (exact). 


— 30 sous a faire des menages ; a coudre, je ne gagnais pas 
30 sous. 

Etcs-tous mar ice ? — Je l’ai dtd. 

— Oui. 

— Oui. 

— Oui. 

Pays natal? — Montdidier. 

— Montdidier. 

— Je suis de Rollot. 

— Je suis de Rollot. 

Adrcsse ? — A Pantin, rue Charles-Nodier. 

— Je ne sais pas. 

— Rue Charles-Nodier, 15 ou 16, ou 17 si vous voulez. 

— Rue Charles-Nodier. 

Combicn d'annees aoe* cous Ixabite Pantin ? — Trois ou quatre ans. 

— Six ans. 

— Trois ou quatre ans. 

— Plus de quatre ans. 

Sonunes-nous cn France ?... etc. — En France. 

— En France. 

— En France ou en Allemagne. 

— En Allemagne, en France. 

Capitale de la France ? — Paris. 

— Paris. 

— C’est Paris. 

— <Ja doit 6lre Paris. 

Chef-lieu du ddpartement de la Seine ? — Paris. 

— Paris. 

— Paris, Seine. 

— Paris. 

Line He ? — . 

— C’est un systeme exile. 


La France cst-cl'e tine tie? — Oui. 


— Je veux bien que ce soit une ile. 
— Oui. 

Et VAngleterrc? —. 

— Oui, aussi. 

— Oui, oui. 

— Oui, aussi. 

Les 5 parties du monde ? — (Aucune reponse). 


(exact) 


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84 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Napoleon / er ? — Lempereur... II a fait des guerres. 


Louis-Philippe*! — C’etait un travailleur. 

— Mettez qu'il 6tait le rot/aliste , puisque vous aimez 
ces choses-l&. 

— Un franQais, un homme illustre, un rot/aliste. 

— Un homme de grande fortune. 11 dtait rot/aliste. 

Guen'e de 1870 ? — J’ai vu les Allemands arriver a Montdidier; ce 
n’etait pas pour les Francois qu'ils ont fait cela. 

— Mettez les A llemands si vous voulez ; ils ne se 
sont jamais battus contre les Francois. 

— On a eu l’air de dire que e’etaient les Allemands. 
Mettons qu’ils se soient battus contre les Fran¬ 
cois . 

Assassin d* Henri IV ? —. 

— Je ne sais pas ; je n’ai jamais appris cela. 


Les calculs ont et6 tous inexacts. La malade ne cesse de parler seule 
pendant qu elle les effectue et n’y apporte par consequent que peu de¬ 
tention. 

2453 Pour les autres operations, elle n’a 6crit 

6425 aucun resultat. 


l cr examen 1178 


2' — 55655 


3* 


2476 


On lui fait lire les chilfres : Elle rep£le : 

295 195 

4215 1215 

13972 11978 

3698 36789 


Nous lui prdsentons ensuite les figures suivantes en la priant de les 
citer de memoire : 


Un marteau, un oiseau, un berceaud'enfant,un poisson, un sabre, un 


couteaa. 

Elle nous r^pete : « Un marteau, un berceau, un couteau, une petite 
vierge, un oiseau, un petit sabre. » 

Nous lui prdsentons encore d’autres images : 

Un tambour, un bougeoir, un rateau, un balai, une toupie, un fau- 
teuil. 

Elle retient : 

« Une bougie, un rateau, un bougeoir, un jardin, une toupie, un 
oiseau. » 

La confusion intense de cette malade la porte ainsia meler les objets 
de la premiere s^rie avec ceux de la seconde. 

Nous lui lisons les phrases d6ja enonedes et elle nous rdp^te : 

« Le feu s’est declare dans une usine, et puis le feu montait tres 
haut. » 

« C’est un homme qui a trouvd un loup dans un bois, puis il le tua, 
puis il a eu beaucoup de mal a le tuer, la bGteredoutable. » 

En lui expliquant le syllogisme : I n m£tal est dur, or le fer est un 
mdtal, done le fer doit etre... ? La malade repond : « Doit 6tre dur ». 


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DEMENCE VgSANIQUE 


85 


Madame B***, 60 ans, menagGre, a 6te internee en mai 1903. Elle n’a 
jamais pr6sent6 de delire bien net. Les certificats ne rnentionnaient 
que des hallucinations, de l’affaiblissement intellectuel et de la turbu¬ 
lence par suite d'excfcs alcooliques anciens. Sa conversation spontan^e 
est assez restreinte en fait d’ktees: elle est confuse, contradictoire, mais 
les propositions et les phrases y sont senses et s’enchainent assez 
logiquement. La memoire des faits rdcentsest excessivementdiminuGe, 
mais celledes faits anciens est bien moins alter^e. Un peu de tremble- 
ment de la langue et des mains. Reflexes tendineux exag£r£s. Reflexe 
plantaire en extension I6g6re. Reflexe lumineux normal. — N’a jamais 
ete a l’ecole. 

Examinee trois fois. 

Age ? — 36 ans, 29 ou 30 ans. 

— Une trentaine d’annees, 27 a 28 ans. 

— Dans les 35 ans. 

Profession ? — Domestique. 1 

— Je faisais des manages. / (exact) 

— Je faisais des manages, j 

Date do naissance ? —. 

— Le 20 mars (exact). 

— 20 mars.... 

Nombre d’cnfants ? — Trois (Enrdalit6 deux vivants et deux morts). 

— Quatre : Eugene, Pauline, Juliette, Emile ; 

tous vivants. 

— Quatre. 

Adrcsse ? — A Paris, rue du Fer a Moulins & Ivry... 

— A Bourges, rue Mirbeau et place Salaucour, a Ivry... 

— A Bourges, rue Mirbeau et place des Maronniers. Rue 
du fer a Moulins, je crois 80 # a Paris, rue du Theatre, 80. 
A Ivry, rue Nationale, 80. 

Sommes-nous en France ?,.. — En France. 

— En France. 

— En France. 

Capitate de la France ? — Paris. 

— Paris. 

—■ Paris. 

Le Fleuee qui arrose Paris ? — La Seine. 

— La Seine. 

— La Seine. 

Chef-lieu da departement de la Seine ? — (Aucune r^ponse). 

Une He ? — Je ne sais plus. 

— Une prairie ou il y a de l’eau. 

— Une prairie oil il y a de I’eau. 

Let France est-elle tine He ? — Je n’ai jamais appris cela. 


Et VAngletcrre ? (Aucune reponse). 
Xapoleon l" ? — Un homme. 

— Je ne sais pas. 

— Je ne connais pas. 
Louis Philippe? — Je ne connais pas. 


Guerre de 7 870 ? — Les Prussiens contre les Frangais. 

— Les Fran^ais et les Prussiens. 

— Les Prussiens contre les Francais. 


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86 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Cette malade ne peut effectuer aucune operation d'arithmetique car 
on ne le lui a jamais appris. Elle sait compter mentalement el s’est 
apprise, dit-elie, « dans les champs, avec de petits cailloux ». 

Madame B***ne connaitni Jes lettres ni les chiffres. Nous lui nom* 
inons plusieurs chiffres en la priant de les repeter aussitot, mais elle se 
met alors a les additionner entre eux ou avec un autre chiffre. Nous 
essayons vaineinentde faire cesser cet automatisme et de lui faire re¬ 
peter successivement les chiffres proposes sans les additionner. 

On lui presents ensuite les images deja indiquees pour la malade 
precddente. Elle repete, a la premiere serie : 

« Un rasoir, un couteau, un marteau, une enclume, un oiseau ». 

Et a la seconde serie : 

« Un fauteuil, une chaise, un couteau, un plumeau, des ciseaux, un 
rasoir. » 

La confusion mentale est encore ici tres manifesto el deprecie beau- 
coup la m6moire. 

Voici ce qu’elle retient des phrases d6ja citees que nous lui avons 
lues 

« Les deux petites, en sautant dans le fosse, ont tombe. » 

« Le feu s'est declare aujourd’hui dans une usine ; les flammes mon- 
taient tr&s haut. » (Bien). 

« Un homme rencontra un loup dans un hois qui voulut le devorer ; 
avec un bois il s’en separa et le rapporta a son village. » 

Nous la prions de r£peter encore cette autre phrase : Les pompiers 
ont eu beaucoup de mal a Oleindre le feu et longternps apres il y avail 
encore de la fumee. 

Elle la repute presque correctement: 

« Les pompiers ont eu beaucoup de mal a 6teindre le feu et pcu de 
temps apr&s il y avait encore de la fumee. » 

L’^preuvedu syllogisine a ete negative; impossible de fixer sufifisam- 
ment son attention. 

Envisageons maintenant l’ensemble de nos resultats. Dans les 
trois varietes de dementes qui ont fait l’objet de nos etudes, nous 
avons remarqud la confusion se traduisant par les irregularites 
du souvenir. Partout il y a eu des lacunes, des notions perdues 
que la repetition des examens et i’insistance mise en jeu n’ont 
point su faire reparaitre. Mais, nulle part, abstraction faile des 
reticences, des tromperies volontaires et du liasard, nulle part 
les idees exprimees n’ont ete aussi pauvres ni aussi p4niblement 
trouvees que chez les paralytiques gendrales. Le fait est parti- 
culierement manileste lorsqu’on compare les calculs de nos 
differentes malades. Il est etonnant de voir que le calcul, altere 
tres rapidement cliez les dementes paralytiques, est encore pos¬ 
sible cliez de vieilles vesaniques d une instruction mediocre et 
qui ne s’y sont point adonnees depuis de longues anndes. En ce 
qui concerne les dementes preroces, nos constatations se joignent 
a celles de Masselon pour inetlre en evidence le pcu d alteration 
de la memoire du calcul ou, en tout cas, son tres lent affaiblisse- 
ment dans cette variete de demence. Los erreurs dans les calculs 
ne tardent pas h apparaitre chez les dements paralytiques et k 


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DEMENCE VESANIQUE 


87 


s‘v multiplier en raison de la dechdance rapide ct generate de 
leurs facultes. M. Joffroy a beaucoup insiste deja sur la Cons¬ 
tance de ce symptdme au debut de la paralysie generate et sur 
sa precocite, caractere bien mis en lumiere dans la these de 
M. Cornillot *. Les inexactitudes sont beaucoup plus nombreuses 
dans les operations compliquees (division et multiplication) que 
dans l'addilion et la soustraction. Le ealcul est done une excel- 
lente pierre de touche pour raffaiblissement intellectuel. 

La notion des ages est, elle aussi, rapidement trouble chez 
tous ces dements, mais ce fait est en rapport avec leur desorien- 
tation dans le temps, ces malades vivant sur les restes de leur 
pass4 et n’acquerant plus dans le present. 

Somme toute, nous reinarquons que chez les dgmentes v6sa- 
niques, le grand role est joue par la confusion mentale puisque, 
apr£s dix ou quinze ans d*un tel etat, la destruction des facultes 
est relativement minime, si on la compare k ce qu’elle est dans 
la paralysie generate, type le plus pur de la demence organique. 
II est done permis de se demander si la demence vtsanique 
ne serait point constitute uniquement par de la confusion 
mentale et exempte , tant quit n'y a pas de complication 
organique , d'affaiblissement veritable de Vintelligence, Dans 
certains cas, cet affaiblisseraent i)eut s’installer peu k peu et le 
dement vesanique se transformer a la longue en un ddment 
organique: e’esteequi expliquerait, et 1‘apparition de symptOmes 
physiques, et les lesions trouvees a l’examen histologique. Des 
lors, y a-t-il lieu d’appeler encore demence cet etat conlu- 
sionnel post-\*6sauique en comprenant comme nous la signi¬ 
fication du mot demence - qui s’applique essentiellement& l’af- 
faiblissement leel et definitif des facultes? Nos observations 
et nos experiences nous portent k croire que la demence para- 
Jytique, et par consequent les demences organiques, se rappro- 
cheraient davantage de retat intellectuel de 1’imbecile et de 
I'idiot, parco qu’elles sont des demences globales oil les diverses 
facultes sont a peu pi'es lauchees, pour ainsi dire, au nteme 
niveau. Les demences vdsaniques, au contraire, auraient une 
parente plus grande avec Tetat mental confus des maniaques. 

Nous navons pas eu la pretention d'eriger ici une loi, un 
principe immuable. Notre but a ete simplement de mettre en 
relief, au moyen d'experiences, les grands caracteres des deux 
principales classes de demences en essayant de faire ressortir 
raffaiblissement intellectuel minime des vesaniques et la predo¬ 
minance chez eux de letat de contusion. 

1 CORMLLOT. De la perte de me/noire du calcul comme signe precoee de l af- 
faiblissement intellectuel chez les paralytiques gencraux. These de Paris, lOO'i. 


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REVUE DE PSYCH1ATRIE 


OBSERVATIONS 


PSYCHOLOGIE ANIMALE 
par Henri Pi£ron 

Jeux cr/neyetiques des phoques. — Groos, dans son livre sur les 
jeux des animaux, signale desjeux de phoques, en libertd et en 
caplivild; ce sont des jeux de combat et surtout des jeux de loco¬ 
motion, desexercices compliques de natation, des sauts, etc.; c'est 
b ces jeux que les phoques caplifs emploient le temps qu’ils ne 
dorment pas L Mais j’ai observe chez un phoque du Museum des 
jeuxcynegetiques, et qui ne rentrent dans aucune des trois classes 
que Groos indique ; il distingue en efTet les cas ou l’animal joue 
avec une proie animde reelle, le chat avec la souris par exemple ; 
ceux ou l’animal joue avec une proie animde imaginaire, jeux oti 
les chiens se chassent entre eux par exemple; et enfin ceux o(i 
i’animal joue avec une proie inanimee imaginaire, une pelote de 
fll, un morceau de bois. Mais, dans ce cas, le phoque jouait avec 
un des poissons morts qu’on donne pour sa nourriture. Aprds 
avoir mangd un certain nombre de ces derniers, n’dtant plus 
presse par la faim,il saisissait le poisson dans sa gueule,le lancait 
en l'air, le rattrapait, le jetait b l'eau et plongeait b sa suite pour 
le reprendre; et ce jeu se prolongea longtemps sans que Tanimal 
se lass&t; il corsait ainsi ses jeux de locomotion habituels. 

Ce jeu exigerait une classe nouvelle que Groos n’a pas donnde, 
la chasse b la proie reelle inanimee : le chien de chasse joue par 
fois avec le gibier mort, le chat avec la souris inanimde. J’ai vu 
un jeune chien jouer avec un crabe qu’il mordillait, dtourdissait 
de sa patte, et le jeu continua aprds que le crabe eilt cesse de se 
mouvoir; mais, & vrai dire, cela n’avait plus beaucoup dattrait, et 
le chien se lassa vite quand ses coups de patte faisaient rouler la 
bete mais n’excitaient plus ses reactions spontandes de ddfense. 

Si le phoque joue avec une proie rdelle inanimee, c’est qu’on ne 
lui en donne pas d’animde & poursuivre ; il n’a mdme gu&re de 
proie inanimee imaginaire b sa disposition ; alors ce jeu nouveau 
est plus excitant pour son activite que les jeux de locomotion ou 
de chasse imaginaire avec ses compagnons de captivitd. Et il 
ddpense ainsi ses forces de reserve com me son instinct l’y pousse. 
A le faire. il satisfait &ses besoins gr&ce & l'illusion qui est le plus 
propre b etre prise pour la realite. C’est une reproduction de son 
activite libre, un ddrivatif qui lui permet d’dchapper b Tengourdis- 
sement et b I’inertie. Le jeu cynegdtique, quand il n'est pas un 


1 Une bonne pnrtie de ces jeux se deroulc sous l’enu pendant les plongees. 
D upres mes observations, le phoque restc alors en moyenne, une minute et 
demie sous l’eau (maximum observe : 102 secondes ; minimum : 10 secondcs), 
et environ une demi minute bors de l’eau (maximum observe : 50 secondes ; 
minimum : 20 secondes). 


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PROPHYLAXIS DES HECHUTKS 


80 


exercice prdparatoire chez de jeunes animaux aux luttes pour la 
vio futures, est comme un souvenir personnel ou atavique, des 
chasses, des luttes passttes ; chez le jeune animal en liberte, c’est 
Equivalent d’un espoir; chez l’adulte en captivity, c’est comme 
l’echo d’un regret plus ou moins conscient. 


PAGES OUBLlEES 


LA PROPHYLAXIE DES RECHUTES EN MEDECINE 
MENTALE 

On attribue trop facilement b l'hdredit6 les phenontenes morbides 
qui tiennent a une influence directe du milieu. C’est en soustrayant 
Paliene, le malade, b ce milieu et aux influences actuelles en gthteral 
qui regissent son etat, qu’on arrive b le gudrir. Mais le retour des 
monies causes engendrera les monies ellets. La rechute n’est pas 
fatale, elle peut etre evitee, et notamment par l’application d’une dis¬ 
cipline morale appropriate. C’est ce qu’Esquirop avait bien vu. 

« Comment assurer la convalescence et prevenir les rechutes, si 
le convalescent n est pas soumis pendant un temps plus ou moins 
long b une mani&re de vivre appropride b sa constitution, aux 
causes et aux caracteres de la maladie dont il vient de giterir ? sil 
n'dvite Tinfluence des causes physiques et morales predisposantes? 
s’il n est en garde contre les dcarts de regime, contre les exc&s 
d dtude, contre l’emportement des passions ? L expdrience a mon- 
trd que les rechutes ont lieu souvent par le ddveloppement simul- 
tane de causes physiques et morales. II faut combattre avec dnergie 
ces causes dds qu’elles se manifestent, sans attendre l’explosion du 
delire. Un emdtique, des purgatifs donnes b propos, font avorter 
un accds de folie. Des sangsues, des saigndes au inoindre desordre 
menstruel prdviennent l’accds qui eut dclatd. La disparition d une 
dartre, delagoutte, d un rhumatisme, d’une evacuation habitueile, 
a precdde un premier accds de folie ; il faut etre averti contre ces 
mdtastases, contre ces suppressions. Ce que je dis pour les pre¬ 
cautions que reclame l’etat physique de ceux qui ont etd alidnds, 
est egalement vrai pour I’dtat moral. Un homnie est coldre, il re- 
tombera sil n’use de toute sa raison pour vaincre cette passion ; 
un autre a perdu la raison aprds des chagrins domestiques, on doit 
les lui dpargner; celui-ci reste dans un etat imminent de rechute 
s’il ne reforme pas sa conduite et s il s’abandonne aux exc6s qui 
ont pr6ced6 son premier acc&s. C’est pour avoir manqud de pre- 
voyance que la folie est si souvent her&litaire; c’est pour etre 
imprudentes que les personnes qui ont eu un acc&s de folie sont 
sujettes au retour de la meme maladie. » 

1 Esquirol (E.). Des maladies mentalcs. Tome I ,r , 157-158. 


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90 


REVUE DE PSYCIJIATRIE 


SOClETES 


sociEtE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

(Seance du 30 janoier I905) 

1. Installation du bureau. Discours do M. Vallqn. — Nomination des 
commissions des prix. — 11. M. Ballet : Stir les alterations des 
neurofibrilles dans la paraltjsie generate. — 111. M. Gimbal : Un cas 
de dipsonxanie. Discussion : M. Vallon — l\ r . MM. Halberstadt 
et J. Charpentier : Troubles psgchiques d'origine probablement sul/o- 
carbonee. Discussion : M. Vallon. 


1 

La stance est ouverte par ^installation du bureau. Ensuite, M. Vallon, 
president, prend la parole. 11 exprime la satisfaction qu'il dprouve k 
pouvoir prdsider cette preini&re reunion. L’attentat dont ii a6t6 recem- 
ment victirae, a failli le priver de cette joie. 11 est heureux de remer- 
cier la Socibte de l'honneur qu’elle lui a fait en Pappelant k prdsider 
ses stances. 

Les commissions des prix sont ainsi constitutes : 

Prix Belhomme : MM. Blin, Chaslin, Deny, Ktraval, Voisin. Deux 
mtmoires ont ett prtsentes pour ce prix. 

Prix Esquirol : MM. Antheaume, Arnaud, Christian, Duprt, Pottier. 
Cinq meinoires ont ett presentes. 

Prix Moreau {de Tours) : MM. Gilbert Ballet, Brunet, Moreau (de 
Tours), Pactet, Toulouse. Sept memoires ont bte presentts. 

Prix Semelaigrw : Aucun memoire n'a etb prtsente. La question pro- 
posee pour le prix : Des sorties d litre d'essai, au point de cue Cli¬ 
nique, administrate et legislaiit\ est maintenue pour cette annte. 

II 

M. Ballet. — Sar les alterations des ncurojibrilles dans la para- 
hjsie generate. 

M. Dagonet a publit recemment, aprts les avoir communiques en 
octobre 1901 a la Socitlt de Biologie, les rtsultats deses recherchessur 
I'tcorce des paralytiquesgeneraux. En ttudiant par la nouvelle methode 
de Ramon y Cajal (maceration dans une solution de nitrate d'argeut 
et reduction par 1’hydroquinone,) l’ttat des neurofibrilles dans les cel¬ 
lules nerveuses du cortex de trois paralytiques generaux, cet obser- 
vateur ne les a trouvees alterees en aucune faQon. II conclut a 
l’integrite des neurofibrilles dans la paralysie generale. Je crois cette 
generalisation trop hative et injusliflee. 

En elTet, on renconlre des cas oil certaines tesions des neurofibrilles 
apparaissent. Le neurofibrilles qui se trouvent au voisinage du noyau 
dans la cellule nonnale, n’exislent plus. On aper^oit a leur place, un 
semis pousstereux, representant, sans doute, le reliquat des neuro- 
fibrilles detruites. Ailleurs, les neurofibrilles sont onduleuses, inter- 
rompues. Mais ces lesions ne se voient pas partout. Les grandes 
cellules pyramidales n'en sont pas alteintes. Elies se montrent dans 
les cellules pyramidales de second et de troisieme ordre. 

Nous avons observe, M. Laignel-Lavastine et moi, cette lesion et 
1’avons decrite dans un travail communique a la Societe de Neuro- 
logie. M. Marinesco a apporte des observations analogues. Je regrette 


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SOCIETES 


91 


que M. Dagonet n’ait pas pris connaissance de ces recherches, avant 
d'affirmer I’int^grite des neurofibrilles dans la paralysie generate. 

Ill 

M. Gimbal. — Obscrcatioti d'unc dipsomane. 

Cette malade, veuve, ag6e de 28 ans, presenta d’abord des modifica¬ 
tions du caractere. D'enjoude elle devint triste ; elie eessa d’etre aima- 
ble el affectueuse. Puis elle fut aboulique, incapable de rien entreprcn- 
dre. Enfin elle fut prise d’un acces de dipsomanie qui ddbuta brusque- 
ment.EUe quitta son domicile, et, durant cinq jours, alia successivement 
chez plusieurs personnes de sa connaissance, des amis, d’anciens 
domestiques, s’etablissant dans leur maison et demandant des boissons 
diverses, vin t lait, bouillon, liqueurs, dont elle absorba une grande 
quantite. Elle eprouvait un besoin de boire inaccoutume, une sorte de 
sensation angoissante qui n’etait pas cellede la soif, mais qui etait trds 
pdnible et ne cessait que par l'absorption de boissons abondantes. Ii 
n’y eut presque pas de lutte dans resprit de la malade contre l’idee de 
boire, qui fut realisee immediatement, d&s qu’elle se presenta, sons 
discussion. La jeune femme eut alors la pensee de se suicider et fit 
l’achat de six paquets de sublime. Son pere l’emp^cha de mettre son 
dessein a execution. Elle presenta ensuite pendant trois jours des 
signes d’intoxication alcoolique, notamment des cauchemars. A partir 
de son entree a l’asile on n’a observe chez elle que des troubles du 
caractere, une humeurtres indgale et, coniine elle est intelligente,elle a 
donnd de son etat une description precise. 

L'oncle paternel de cette malade s’est suicide a l’age de 28 ans. II 
avait fait des exces de boisson. La tanleinaternelle s’est suicidee. Jeune 
fllle, cette malade Gtait indocile, d’un caractere bizarre. Elle epousa, a 
1’ikge de 22 ans, un voyugeur de commerce en vins, tres alcoolique, qui 
mourut quelques annees apres,tuberculeux, dans une crise de delirium 
tremens. Elle eut un premier acc&s de dipsomanie, d’une duree de trois 
ou quatre jours et suivi de quelques idees de suicide. Le second, qui 
fait l'objet de cette observation, parut 6tre un acc&s de dipsomanie 
pure chez une herdditaire, un acces de dipsomunie-nevrose, syndrome 
de d^gdndrescence mentale. Mais on apprit que la jeune femme,depuis 
plusieurs anndes, buvait frdqueminent des spiritueux et avait fait, a 
plusieurs reprises, des exc&s alcooliques manifestes. On trouve done, 
dans ce cas, une association de l’alcoolisme et de la dipsomanie. 
Cependant l’acc^s dont il s’agit, ne semble pas etre dilf^rent des accfcs 
ordinaires de dipsomanie, qui surviennent chez les degeneres. 

M. Vallon. — Ball distinguait la dipsomanie essentielle et la dipso¬ 
manie acquise. L’interessante observation de M. Grimbal rentre duns 
cette derni^re categoric, puisque sa mulade uvuit fait des exces de bois¬ 
son. Mais je crois que, inline chez les sujels qui presentent des acces 
de dipsomanie essentielle,on trouve comme antecedents, une appetence 
particulibre pour les boissons alcooliques, un gout special qui s est ex¬ 
prime pr^cedemment par quelques exces. La distinction de Ball me 
semble done un peu absolue. 

IV 

MM. Halberstadt et J. Charpentier. Troubles psi/chit/tirs d’orifjinc 
probablement sulfocarbonce. 

Les auteurs communiquent une observation concernant une femme 
de 41 ans, internde a l’asile Sainle-Anne, soumise depuis longtemps d 
cal’intoxition sulfocarbonce et presentant en outre de lourdes tares 


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92 


REVUE DE PSYC1I1ATRIE 


hdreditaires. On trouvechez cette nialade trois ordres de symptdmes : 

1* Convulsions et contractures de nature hysteriques. 

2° Idees de persecution avec hallucination de 1’oule et depression 
melancoliques. 

3* Symptdmes ressemblant A ceux de l’intoxication alcoolique. 

M. Vallon. — II n’est pas rare de voir 1‘hysterie se rdveler A la suite 
d'une intoxication, comme MM. Halberstadt et Charpentier l’ont note 
dans leur intdressante observation. Elle apparait parfois aprds une 
anesthesie generale par ie chloroforme. Mais les hallucina-tions qui se 
produisent dans les intoxications sont, dans la plupart descas, des hal¬ 
lucinations de la vue. Les hallucinations de Louiene sont pas frequem- 
ment observees. 

G. COLLEt. 


NOTES & INFORMATIONS 


Personnel des asiles d’alienes. Mouoenients do Janvier 1905. — 
M. Mougnet, Secretaire de la Direction de l’Asile d’alienes de Chalons 
(Marne), est nomine Directeur de l'Asile d’alienes de MontdevergneS 
(Vauciuse), en remplacement de M. Ligier, nomme h Bron (Rh6ne). 

M. Dubourdieu, Directeur-Medecin & Lesvellec (Morbihan), nomme 
medecin en chef a St-Robert (Is6re), en remplacement du D r Bonnet 
nomme medecin en chef a la Colonie Familiale d’Ainay-le-Chateau 
(Allier). 

M. le D r Croustel, Medecin-Adjoint de l’Asile de Lesvellec (Mor¬ 
bihan), nomme Directeur-Medecin de cet etablisseinent en remplace¬ 
ment du D T Dubourdieu, nomme Medecin en Chef a St-Robert (Is6re). 

M. le D r Tissot, inedecin-adjoint h Bailleul (Nord), nomine a Amiens 
en remplacement de M. le D r Capgras, nomine a Dun-sur-Auron (Cher). 

M. le D r Privat dk Fortune, 8 e du concours, nomme a Bailleul en 
remplacement du D T Tissot, nomme a Amiens. 

M. le D r Becus, Medecin-Adjoint a Bailleul, nomm6 en la meme 
qualite de l’Asile de Lesvellec (Morbihan), en remplacement du D r 
Croustel, promu Directeur-Medecin. 

Maison natlonale d© Charenton. — Concours de CIntcrnat en 
medccinc. — Membres du jury : MM. les D r » Drouineau, inspecteur 
general des services administratifs au ministere de l’lnterieur, presi¬ 
dent ; Christian et Ritti, medecin a la Maison national©: Fiquet, 
medecin au ministere de I’Interieur; Damalix, chirurgian h la Maison 
Rationale; Antheaume, medecin a iu Maison Rationale, secretaire du 
jury. Candits inscrits, 14; admis, 4 : l* r MM. IIocquet, 2* Wall^e, 
3 e Duros, 4* Dourach. 

Asile d’alienes d’Alenqon. — l*ne place d’interne est vacante a 
l’asile public d’alienes d’Alengon. Minimum de scolarite : 12 inscriptions 
de doctorat. Avantages : 800 francs par an, logement, nourriture, 
chaulTage, eclairage, blanchissage (laboratoire et bibliotheque). 

Adresser les demandes a M. Charnel, Directeur-Medecin en chef. 


Le g£rant : A. Coueslant. 
CAHORS, IMPRIMERIE A. COUESLANT ( 11 - 28 - 05 ) 


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REVUE CRITIQUE 


LES RECHERCHES DE PSYCHOLOGY SCOLA1RE 
ET PEDAGOGIQUE 

Par Henri Pieron 

Licencie es-sciences, Agrege tfe l Universite 
Preparateur au Laboratoire de psychologic expetimcntale de I’Ecole 
des llautes Etudes 


les experiences. — Nous avons montre^ que, malgrd tout 
le parti que Ton peut tirer d’observations bien faites, e'etait 
surtout aux experiences qu’il fallait s’adresser pour obtenir, de 
l'esprit desenfants, une connaissance assez precise, pour qu’on 
puisse rutiliser dans cette application, qui devient, par suite 
des progres croissants de la science humaine que les hommes 
doivent plus ou moins s’assimiler, une des plus incontestable- 
ment importantes qu’on puisse envisager, je veux dire Edu¬ 
cation. 

Nous allons exposer succinctement les principals recherches 
experimentales entreprises dans ces dernieres anndes, reclier-* 
ches qui ne sont relativement pas tres nombreuses, faute d’une 
organisation systematique satisfaisante, comme nous l’avons 
indiqud des le.debut de cette etude 2 . 

M. Larguier des Bancels a consacre toute une serie de 
recherches & un probleme qui a certainement une importance 
pratique, & savoir la recherche du meilleur moyen d'apprendre 
par coeur, amenant le meilleur resultat avec le minimum d’effort 
et permettantune economiede temps: ila donnd a cesmethodes 
pour apprendre, le nom de memorisation. 

II y a deux manieres principaies d’apprendre par coeur, Y une 
qui consiste a revenir jusqu’a ce qu’on les sache, sur des petits 
paragraphes isolds, des courtes phrases, desgroupes de tres peu 
de vers ; l'autre au contraire s’appuie sur les lectures, les repe¬ 
titions d’un morceau d’une certaine longueur, d'une certaine 
envergure, dans sa totalite. 

Le premier proedde est certainement celui qu’emploient spon- 
tanement la tres grande majorite des enfants. Est-ce le meil¬ 
leur? M. Larguier des Bancels, resumant quelques travaux faits 
par differents auteurs sur la question, et les siens propres, 
conclut ddliberement que non. 

Des experiences furent entreprises^ la Societe pour la psycho- 


1 Voir Revue de Psychiatric, decembre 1904, p. 485. 
' 2 Idem. 


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REVUE DE PSYCHIATR1E 


logie de l'enfant par trois dames d’apres le plan suivant : les 
personnes qui s’y sont pr£tees apprenaient, chaque jour, dix 
vers d une tragedie de Racine (Les lreres ennemis), tantotparla 
methode fragmentaire (2 vers par 2 vers), tantdt par la methode 
totale, k la m£me heure, dans les m£mes conditions. Dans la 
methode totale, un vers manque k la repetition d’essai faisait 
relire le tout. Des reclierches identiques furent faites par 
M. Rinct avec des vers d’Atlialie. Enfin M. Pecaut conduisit ces 
ra£mes recherches, mais en modifiant de la facon suivante la 
methode totale : le sujet, manquant un vers dans la repetition, 
au lieu de retire tout le morceau, ce qui amene uneperte de 
temps et un perfectionnement inutile de ce qu‘on sait aux 
d6pens de ce qu’on ne sait pas encore (justifiant le : « ce que je 
sais le mieux, c*est mon commencement qui est si vrai, 
de Petit Jean des Plaicleurs), se contentaitderegarderle textea 
cet endroit, et continuait. 

Tous les r^sultats concorderent pour montrer que le temps 
d’etude etait, en general, un peu moins long avec la methode 
totale (6 mi,, 57 au lieu de 7 mi "50 dans les experiences de M. Pecaut) 
mais surlout qu’elle donne toujours une in^moire plus exade 
et plus complete, soit pour une repetition immediate, soil,et plus 
encore, ponr une repetition dloignee (une moyenne de 29 mots 
exacts conserves au lieu de 14 sur environ 80). 

Enfin les experiences deM. Larguier desBancels 2 surquelques 
sujets fournirent la confirmation tres nette de ce fait que la 
methode totale assurait une conservation plus efficace, dans le 
delai de l’experience, une quinzaiue de jours, resultat confirm^ 
egalement par deux autres psycliologues MM. Lobsien 3 et 
Pentschew *; et d’autre part, les etudes antdrieures de M 11 * Stef- 
ens :i avaient deja indique la superiority de la methode totale 
pour l’acquisition des souvenirs. 

Enfin, recemment, M. Larguier des Bancels 6 qui estaujour- 
d’hui privat-docent k l’Universite de Lausanne, eut l’idee de 
rechercher sur un des sujets de ses premieres experiences, 
Mile Ma, ce qu’elle avait pu retenir apres une p6riode de pres 
dedeux ans(de septembre 1901 k aout 1903). Elle avait en 1901 
execute dix epreuves, moitie en repetition fragmentaire, moitie 
en repetition totale, sur des morceaux de 10 vers de la piece de 

l J. Lakguier des Bancels. Sur lu memorisation. Bull, de la Soc. libre 
pour Pet. psych.de l'enfant, octobre 1901, p. 123; janvier 1902, p. 137. 

- An nee psychologique , VIII, 1902, p. 185. 

«“» Zeitschri'ft fiir pddagogische Psychologic, IV, 1902, p. 293. 

4 Archie fur die gesammte Psychologic , I, 1903, p. 41/. 

5 Zeitschrift fiir Psychologic und Physiologie der Sinnesorgane , XXII, 1900, 
p. 321. 

* Annee psychologique, X, 190'i, p. 131. 


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RECHERCIIES DE PSYCHOLOGY SCOLAlRE 


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Racine. Alexandre, qu’elle n’avait jamais revue depuis. L’expd- 
rimentateur lisait les mots du texte oublies (methode des rap¬ 
pels), c'est-a-dire la tres grande majorite, le sujet prononcant les 
mots qu’il croyait retenir k leur place; tous ces mots n'6taient 
d’ailleurs pas exacts, et etaient souvent remplacds par des 
equivalents. 

L’auteur s’est pr6occupe tres justement d’une cause d'er- 
reur possible, celle de l’imagination, qui permet d’inventer 
des mots, particulierement quand ils sont suscit6s par le rythme 
et la rime. L’imagination a donn6 une moyenne de 4 mots 
exacts contre pres de 10 environ pour les morceaux appris 
autrefois par la methode fragmentaire et plus de 16 pour les 
morceaux qui avaient 614 appris par la m6thode totale, dont 
la sup6riorit6 apparalt done neltement. Toutefois le nombre des 
r6p6titions n6cessaires pour rapprendre convenablement les 
morceaux appris autrefois par ces deux m6tliodes difterentes a 6te 
dans les deux cas sensiblement lem6me, ce qui ne prouve guere 
qu'une chose, k savoir que cette m6thode, dite d’epargne, est 
moins sensible que la m6thode pr6cedente. 

Le r6sultat parait done acquis. Le procede qui consiste k 
apprendre fragment par fragment est un procedd d6fectueux 
pour apprendre par cceur, quoiqu’on pense d'ailleurs pddagogi- 
queraent de la maniere d’apprendre par coeur, qui, en tout 
cas sera toujours necessairement employee par les acteurs. 

Mais qu’il soil permis cependant de faire quelques critiques 
sur la valeur des experiences au point de vue des r6sultats 
qu’elles pr6tendent fonder. 

Bien des facteurs de variation peuvent intervenir dont l’im- 
portance n’a pas 6t6 6tudiee. Tout d’abord, au lieu de vers, et de 
vers connus, peut-6tre aurait-on pu employer des phrases qu’on 
aurait fabriquees de toutes pieces et de la fa^on la plus 
convenable; et en tous cas il aurait fallu comparer les deux 
procedes pour la prose et les vers, qu’on ne retient 6videmment 
pas de facon identique, en partie parce que les images essen- 
tielles mises en jeu peuvent ne pas 6tre les memes, et le rythme 
et la rime exer^ant une influence toute speciale. Et, comme 
cons6quence logiquede cette‘idee, il eut ete important de deter¬ 
miner si ce proc6de vaut pour tous les types k pr6dominance 
verbo-auditive, verbo-visuelle ou verbo-musculaire. 

Mais surtout l’influence qui doit s exercer le plus vivement 
comme facteur de variation dans ces exp6riences,c'estrelement 
intellectuel. 

Cet el6ment intellectuel a un double aspect, objeetif et sub- 
jectif. Il peut consister, soit dans l’unit6 de sens, dans l’enchai- 
nement des id6es du morceau qu’on fait apprendre ; soit dans la 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


facultede comprehension du sujet quiapprend, dans son aptitude 
a saisir et a suivre renchainement intellectuel. II aurait fallu 
par consequent donner des indications plus precises sur les 
sujetsen experience, leurs aptitudes intellectuelles, leur age, car 
selon 1’dge ces aptitudes varient beaucoup plus; et il aurait 
fallu, d’autre part, en choisissant des morceaux dont l’unite 
intellectuelle varierait beaucoup, en juxtaposant des vers isoies 
sans aucun lien, en faisant m£me des phrases depourvues de 
sens, determiner de iagon precise, sur les deux methodes, cette 
influence qui doit peut-etre, quand elle pi*edomine, accentuer 
les variations en faveur de la meih<;de totale — la methode 
totale qui ne rdussirait peut-etre pas mieux que lautre cliez 
les perroquets, capables de donner one des meilleures experien¬ 
ces de recitation mecanique sans intervention de la comprehen¬ 
sion. 

Une derniere critique, d’une valeur encoie plus generate, 
doit limiter la portee des conclusions. M. Larguier des Ban- 
cels croit pouvoir conclure que, prise en elle-meme, la methode 
totale est superieure k la methode fragmentaire. Mais il ne faut 
pas oublier que la methode fragmentaire a consiste a apprendre 
2 vers par 2 vers, la methode totale, un groupe de 10 vers. 
Et, k cette comparison de 2 sur 10 a 10 sur 10, se limite la 
conclusion. Y a-t-il un « optimum » et, pour crder un neolo- 
gisme utile, un « pessimum »? La methode fragmentaire sera 
considerde comme telle, de combien a combien de mots, en 
valeur absolue et en valeur relative? Si Yon a 100 vers a ap¬ 
prendre, la methode qui consistera a les apprendre 10 par 10 
ne sera-t-elle pas fragmentaire par rapport a la repetition des 
100 vers k la suite. Ou s'arrdter 1 

Soit un nombre indefini de vers a apprendre. Quelle est la 
valeur des groupements tels que I’acquisition et la conservation 
soient les meilleures, en prenant ces groupements pour unite de 
repetition ? 

Quelle est au contraire la valeur des groupements tels que 
l’acquisition soitdesplus mauvaises? 11 est possible que letrop et 
le trop peu soient egalement nuisibles. Sont-ce les groupes de 10 
vers qui represented roptimum, est-ce plus, est-ce moins ? Et 
m&me v a-t-il une valeur brute qui puisse reprdsenter cet opti¬ 
mum, susceptible de varier d’ailleurs suivant les sujets, ou bien 
Tunite optima de groupeinent n est-elle pas determinee par l’u- 
nite de sens, par les articulations naturelles, intellectuelles, de la 
comprehension du texte? 

Autantde questions qu’il serait necessaire de resoudre pour 
etablir au sujet de la memorisation des resultats definitifs, et 
pour comparer exactement les merites respectifs des deux 


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RECHERCHES DE PSYCHOLOGY SCOLAIRE 


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methodes, le degre de sup^riorite de celle qui doit femporter. 

Mais c'est un defaut tres general que d’asseoir un peu trop 
hativement des conclusions trop generates sur des recherches 
insuffisamment completes, insuffisamment discuses. C'est pour- 
quoi la discussion, telle que nous la concevons dans ces Revues 
critiques, nous paiait un instrument indispensable pour les 
progres de la science, car celui qui n’a pas ete m616 a des 
recherches particulieres d’une nature determinee, peut les exa¬ 
miner de plus loin et de plus haut et localiser de facon plus 
exacte leur valeur probante ou leurs lacunes, que les auteurs, 
qui ne prennerit generalement pas assez de recul, — en sorte 
que les critiques sont incontestablementii leur tour critiquables 
dans leurs oeuvres originales, tombant parfois dans des fautes 
aussi ou plus grossieres que relies qu’ils ont su signaler. Aussi 
le devoir de se critiquer les uns les autres et d’accepter sans 
raecontentement et m6me avec plaisir les critiques que Ton 
peut vous adresser doit dtre considere en science comme beau- 
coup plus absolu que les rivalites personnelles ou les suscepti- 
bilites d’amour-propre ne permettent en general de le faire. 

C’est une recherche directement pedagogique que celle qu’a 
entreprise un instituteur parisien, M. Roussel, sur la mdmoire 
de Vorthofjraphe 

Les experiences ont ete entreprises dans la premiere annee 
d’un cours moyen (garcons de 9 & 11 ans) sans que jamais les 
eleves se soient doutes qu’on faisait \k des essais. 11 y en eut 
deux sdries. On laisait lire un mot, lire et copier un deuxieme, 
et lire, epeler et copier un troisieme dans le livre de lecture, et 
on cherchait par des verifications (dictees ou les mots etaient 
introduits de facon natui*elle) le souvenir orthographique de 
chacun des trois mots, immediatement apres, 5 heures plus 
tard, apres 3 jours d’intervalle, et enfin au bout de 17 jours. 
Telle fut la premiere serie. Dans la deuxieme sdrie, l’auteur 
proceda de facon identique, mais en prdsentant les mots, non 
plus dans le livre de lecture, mais au tableau noir. 

Le livre de lecture 6tait inconnu des enfants, et les mots 
furent choisis rares, inconnus et de difficult^ orthographique 
analogue. Les trois mots de la premiere s6rie ont ete varech , 
sorgho et catarrhe , une premiere fois, et une seconde, ivraie, 
helianthe eia^rolithe ; ceuxdela deuxieme serie, Montrevault , 
Baireuth, Neustadt. 

Comme resultat on constate que la difficulte du mot est 
retenue moins facilement pour le mot lu que pour le mot lu 

1 Roussel. Experience pedagogique sur la m^moirc de l’orthographe. Bulle¬ 
tin de la Societe libre pour ietude psychologique de l enfant. Janvier 1002, 
p. 140. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


et copie, et moms pour ce dernier, que pour le mot lu, epele et 
copie, dans les deux series (10 fois, 29 et 32; 5 fois, 11 et 25; 
8 fois, 22 et 27) pour les premieres verifications; que pour la 
place de la lettre difficile, il arrive que pour le mot 6pele, le 
souvenir en soit moins net que pour le mot lu et copie seule- 
ment; enfin que, aux dernieres verifications, le mot lu et copie 
est souvent le mieux retenu. Les differences entre les deux 
series n’ont rien de net. 

Les experiences sont trop peu nombreuses et elles auraient 
besoin, comme Pauteur Pa reconnu, d’etre completes par d’au- 
tres un peu diffdrentes. Neanmoins un resultat grossier en les- 
sort, c'est que le fait de copier de fa^on correcte les mots qu’on 
lit permet de mieux se rappeler leur orthographe. 

Maisquelles differences individuellesy a-t-il,suivant que cette 
memoire orthographique a une predominance visuelle ou mus- 
culaire, qu’elle est plus ou moins la mdmoire des doigts qui est, 
je crois, la plus sure, parce que la moins rationnelle, en ce 
domaine qui Test si peu et le sera toujours si peu malgre les 
efforts pour y apporter un peu plus de rationality. 

En tout cas il y a k faire dans cette voie, qui permettra d’ap- 
prendre Porthographe le plus economiquement. Les recherches 
de M. Roussel procedent d’un excellent esprit, et elles devront 
£tre reprises et continuees pour aboutir comme elles le peuvent 
facilement. 

Nous trouvons dans un rapport de la Commission dela memoire 
de la Societe, plusieurs fois citee deja, pour la psychologie de 
Penfant, et fait par M. Parison, un instituteur-adjoint, la rela¬ 
tion d’experiences sur les rapports de Vintelligence de I'en- 
fant et de sa memoire dans ce qiCelle a de machinal, expe¬ 
riences qui, il faut le dire tout de suite, ont 6t6 mal conduites, 
et ne permettentaucune conclusion, mais qui sont susceptibles 
de quelques remarques. 

Nous disons que les experiences ont ete mal conduites ; en 
effet, elles n’ont menie pas ete faitespar Pauteur du travail lui- 
m^me; on ne sait qui s’en est charge, et les conditions, 
d’experimentation variaient beaucoup, en sorte que la compa- 
raison generale des resultats etait impossible, ces conditions, 
d’ailleurs etant souvent assez mal choisies au point que les 
tests de memoire etaient parfois trop faciles et retenus par 
presque tous les eleves. 

Mais le plus grave, dans ces recherches, c’est de pretendre 
etudier les rapports entre l'intelligence et la memoire, c’est-a- 
dire entre deux termes dont Tun, la memoire, pent ^tre nette- 
ment defini, et dont l’autre irest determine par aucune defini¬ 
tion. Bien des auteurs ont ainsi compare I’intelligence, soit a 


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RECUERCHES DE PSYCHOLOGY SCOLAIRE 


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telle ou telle operation raenlale, soit a telle ou telle mesure 
anthropom4trique, c4phalom4trique, et, si on leur demande ce 
qu’ils entendent par quelqu’un d'intelligent, ils se retranchent 
derriere de vagues appreciations, appreciations qui, pour cer¬ 
tains objets, varient suivant les personnes. Et, en effet, 1’intel- 
ligence est un mot qui represente k l’heure actuelle une impres¬ 
sion subjective qu’exerce sur votre esprit l’attitude mentale tres 
complexe del’individu que Pon juge ou non intelligent. Et sui¬ 
vant les caracteres de ceux qui fournissent ces appreciations, 
suivant que, dans le complexus mental qu’ils jugent, tel ou tel 
trait leur parait plus important, le degr4 d’intelligence attribue 
variera beaucoup. 

II ne faut vraiment qu’un mediocre sens d'observation 
pour se rendre compte, lorsque Pon a profess4, qu’on ne 
peut reellement comparer rune a ]'autre P« intelligence de deux 
enfants » : On voit bien que chez chacun d’eux c’est « autre 
chose » que cliez Pautre, et suivant le point de vue auquel on 
se place, le classement qu'on pourrait faire variera beaucoup. 

On ne peut comparer que des clioses de m£me cat4gorie, et qui 
serait assez vain pour pretendre comparer un artiste et un sa¬ 
vant ? Or c’est cette comparaison qu’une p4dagogie mal institute 
oblige constamment k faire avec les institutions nelastes des 
compositions et des prix, c’est cette comparaison qui apparait 
comme toute naturelle k trop d’instituteurs. et c'est cette 
comparaison qui a ete acceptee par des psychologues aussi 
bien k letranger, en Amerique surtout, qu’en France, 
au mepris de la reflexion la plus elehientaire. M. Parison 
a done compare les classements d’eleves par meilleure 
memoire aux classements d’eleves par meilleure intelligence, 
ces derniers classements etant, bien entendu, bas4s sur des 
appreciations, sur les opinions, comme on l’a toujours fait, des 
maitres des eleves. II ajoute que ces classements ont 4t4 4tablis 
d’aprte Popinion des maitres actuels et anterieurs, mais il ne dit 
pas comment il a proc4d4 lorsqu’il y avait des divergences qu’il 
reconnait inevitables. 

La memoire etait baste sur des elements peu intellectuels, les 
chiffres et des mots inconnus (des vers la tins). On pourrait peut- 
4tre faire quelques critiques a ce choix, mais il est un peu inutile 
de discuter une cause d’erreur qui serait infiniment moins 
importante que celles qui precedent. 

Le resultat, qui etait k prevoir, est l’elablissement d’un rap¬ 
port assez etroit entre la memoire et l’intelligence et croissant 
avec Page, ce pour quoi M. Parison propose avec quelque naivete 
quelques interpretations possibles. 

La conclusion est celle-ci : « Les enfants les mieux doute sous 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


le rapport de [’intelligence sont ceux qui ont la raeilleure me- 
nioire ». 

Cette conclusion nous revele uniquement ceci, que nous 
savions d’ailleurs dej&, c’est que, pour la majority des institu- 
teurs et pour M. Parison en particular, ce qu'on appelle l'intel- 
ligence (nous pourrionsajouter «primaire>) est essentiellemeut 
de la memoire. C’est la de la psychologie par reflet. Mais, pour 
la valeur de la conclusion, on peut dire qu’elle est sensiblement 
nulle, car elle repose sur des experiences defectueuses et sur un 
probleme mal pose. 

II n’y a done qu’une chose qui soit interessante dans ce tra¬ 
vail, ce sont quelques observations sur les erreurs de memoire, 
observations malheureusement trop breves et trop vagues. 

Les erreurs ont deete cinq sortes: mots passes, mots interver- 
tis, mots estropies, mots d’orthographe changee et changeant 
ou ne changeant pas le sens du mot. II n’y a pas eu d'addition, 
ce qui est d’autant moins etonnant que cette faute,relativement 
rare, ne peut guere se produire pour des mots inconnus. 

Toutes ces fautes ont paru mises sur le m£me plan pour le 
classement des eleves, ce qui, il est a peine besoin de le dire,est 
absolument iliegitime ; comment peut-on considerer comme 
equivalentes une omission et une interversion ? 

Une dernikre remarque, c’est que, ce qui est le mieuxretenu, 
c’est, dans un morceau, le debut et, la plupart du temps, la fin. 
C’est le milieu quel’on oublie davantage. 11 y a 1 h un fait deja 
connu. Neanmoins il serait dangereux de trop generalise!’: cela 
est vrai s’il n’y a rien de tres saillant qui, dans le milieu du 
morceau, puisse attirer davantage rattenlion, cequi seraitsus- 
ceptible de provoquer une conservation mnemoniquesuperieure. 

M. Binet avait ajoute quelques reserves a la communication 
de Parison, dont il n’a cependant pas montr6 le travers fonda- 
mental. 

Et il est regrettable que M. Binet apprecie encore l’intelligence 
de la facon anti scientifique que nons avons relevee: il compare 
encore par des notes attributes a l’intelligence (8 sur 10), notes 
necessairement subjectives, deux junielles dont ila trace le por¬ 
trait 2 . Nous esperions que M. Binet, s’adressant a ce beau pro¬ 
bleme de psychologie individuelle qu’est la ressemblance des 
jumeaux, apporterait quelques donnees precises. Mais, k part 
deux photographies et quelques mesures anthropometriques, il 
n’a donne que des appreciations personnelles, mais aucun fait 
psychologique. * 


1 Voir sur les coefficients que Ton peut donner anx difi'erentes sortes d’er- 
reurs, Toulouse, VASCiiiDEet PlfcRON. Technique de psychologie experimental. 
Pay is* 1904, p. 156. 

Bi:skt et M llu Tiieroukxnf. La ressemblance do deux junielles. Bulletin 
t 'ifle lt* Societe libre pour Tetude psychologique de I cnfant, novembre 1904,p. 522. 


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RECHERCHES DE PSYCHOLOGIE SCOLAIRE 


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Le sujet du travail deM ,l « Marie Borst, a savoir la Jlddlite et 
I'&ducabilitt du temoignage' , est d'un tres reel inter^t, et 
m£me d'une importance indeniable. 11 Taut savoir k peu pres 
quelle foi on peutapporter en des recits de diverses categories 
de personnes et en particular des enfants, alors m£me qu’it 
n’existe aucune raison de diminuer ou de modifier la verite. II 
y a \k quelque chose decomplexe qui depend de 1’esprit d’obser- 
vation, de la memoire et de l’imagination dans laquellerentre la 
suggestibility de la personne. Ce complexus n’est d’ailleurs pas 
identique, suivant que le temoignage provient de la spontaneity 
du sujet, ou qu'il est obtenu par un interrogator, par une 
sene de questions. C’est done k tres juste titre que ces deux 
inethodes ont ety employees par l’auteur. Mais le but precis de 
M lIe Borst repondait a un souci pratique plus accentue et que 
les divers auteurs qui s’dtaient oecupes de la question (en 
particular Stern , Wreschner , Jaffa , Lippmann et Lobsien 2 ), 
n’avaient pas eu a ce degre; e’etait l’educabilite du tymoignage, 
e’est-a-dire le perfectionnement qu’on pourrait y apporter avec 
l’exercice. Aussi, bien que les expyriences de M ,le Borst aient ety 
effectuees a peu pres uniquement sur des adultes, ce qui est 
d’ailleurs regrettable, font-elles bien partie de la psychologie 
pedagogique, dans son esprit etdans ses resultats. 

Les experiences de M Ut Borst ont porte sur 12 liommes et sur 
12 femmes, allant de 12 a 49 ans (1 fillette de 12 ans, 15 sujets 
de 17 a 27 ans, 8 au-dessus). Les sujets etaient cultives (proles- 
seurs, etudiants. etc.). Mais nous n’avons sur chacun d’eux au- 
cun renseignement particulier, ce qui eut ete pourtant nyces- 
saire. 11 aurait fallu sommairement determiner la valeur de la 
mymoire tout au moins, et donner des indications plus precises 
sur le niveau intellectuel de chacun. 

En eflfet, ytant donne le petit nombre des sujets, il laut con- 
naitre les causes de variation individuelle possible, se repercu- 


1 Marie Borst. Recherches experimentales sur ledueatibilite et la fidelite 
du temoignage. Archives de psychologic, inai 1904. p. 233-316. Le travail a ete 
fait au luborutoire psjchologique de la Fuculte des Sciences de (»en£ve. C'est 
M. Claparfde qui a inspire et dirige ees recherches, d esprit excellent. 

- Ster.x. Zur Psychologie der Aussage, Berlin 1902. Aussage studium. Beitr. 
zur Psychologie des Aussage , 1, 1903. Die Aussage als geistige Lcistung und als 
Verhdrsprodukt, id. Ill, 19o4. 

Wreschxer. Zur Psychologie des Aussage. Archiv fur die gesammte Psycho¬ 
logic, Band I, 1903. 

Jaffa. Ein psychologisches Experiment im Krimir.ulischen Seminar derUni- 
versitut Berlin. Beitr. zur Psychologie des Aussage, I, 1903. 

Lippmanx. Experimentelle Aussagen Ober einen Vergang und eine Lokalilat. 
Beilr. zur Psychologie des Aussage, II, 1903. 

Lobsikx. Aussage und Wirklichkeit bei Schulkindern. Beilr. zur Psychologie 
des Aussage, II, 1903. 

On peut voir que la plupart deces travaux ont ete publiesdans un periodique 
allemand, entierement consacre, ce qui est ossez curieux, it la psychologie du 
temoignage. 


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REVUE DE PSYCHIATR1E 


tant sur la moyenne, causes de variation qui peuvent £tre aussi 
des causes d’erreur. Cela est de nature k jeter un Element de 
doute tres s6rieux sur la valeur de certaines des conclusions de 
M ,,e Borst, cest-a-dire sur leur generality. 

L’auteur a procede de la fa^on suivante : elle a pris 5 images 
coloriees assez simples \ qu’elle a presentees pendant 1 minute 
aux sujets, qui au bout de 3 a 9 jours devaient decrire spon- 
tan4ment l’image, puis repondre a un interrogatoire d'ou 6tait 
bannie toute question destinee b dprouver la suggestibility du 
sujet, ce qui etait un tort, car cette influence de la suggestion a 
une grande importance. 

Les expyriences etaient faites successivement pour cliaque 
sujet avec les cinq images placyes dans un ordre variable, ceci 
afin d'apprycier Tinfluence educative de Texercice. 

Les series, avec intervalle, tantbt de 3 jours, tantot de 9 jours, 
ytaient disposyes de lacon suivante, par groupes de 6 peison- 
nes. 

Les lettres P designent les presentations, R les epreuves de 
repytition et d’interrogation. Les chiflres marquent les numeros 
d’images. 

i n m iv v 


I P 1.3 jours 

R P 2.9 jours R 

P 3.3 

jours R 

P 4.9 

jours R 

P 5.9 jours R 

ii r 2 - 

R P 1 - R 

P 4 

- R 

P 3 

- R 

P 5 — R 

III P 3 - 

R P 4 - R 

P 1 

— R 

P 2 

- R 

P5 - R 

IV P 4 - 

R P 3 - R 

P 2 

- R 

P 1 

— R 

P5 — R 


— L’auteur s’est amHe aux difficultes, qui sont considyrables, 
de traduire en chiffres la fkiyiite du temoignage. Le dynombre- 
ment des yiyments de cliaque image.s'est fait en comptant pour 
une unity les groupes apprecies eomme formant uu ensemble 
(un groupe d’arbres, un troupeau de moutons, etc.) Les yiements 
ont ete consideres comme d’importance ygale parunnivellement 
qui y vitait a coup sur Tarbitraire des coefficients d’iraportance, 
mais qui a peut-etre des consequences plus facheuses. Toutes 
les lois que des reponses etaient a la fois justes et fausses 
(20 poteaux lorsqu’il y a des poteaux en nombre different, 
vieille femme, lorsqu’il y a une femme qui n’estpas vieille 2 etc.), 
Tauteur coinpte soil une reponse juste et une reponse tausse qui 
se neutralisent, soit uniquement une reponse lausse, ce qui 


1 (Jes imug'es represontaicnt deux petites lilies dans un chomp, pres d un 
hois avec un mouton (l),des lupins hubilles u table et jouanl ala balle,imag’e 
empruntee it Stern et de choix un peu bizarre (2), trois petites filles avec 
poupee et voiture, dans un jardin (3), une mere avec deux enfants, cueillant 
des champignons ('*}, et un berger pres d’uno ligne de ckemin de fer avec une 
petite lille, son chien et ses moutons (5). 

- Ces distinctions exigeraient peut-etre des images plus satisfaisnntes ou 
point de vue du dessin que celles de 1 auteur. 


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RECHERCHES DE PSYCHOLOGIE SCOLAIRE 


103 


est k la lois tres arbitraire et de nature k fausser les r6sultats. 
11 eut beaucoup mieux valu entrer dans la voie des coefficients 
d'exactitude qui eussent peut-£tre ete arbitraires, mais qui, 
employes suivant une methode constante, eussent au moins 
evitb des erreurs graves denotation. Et hauteur a reculedevant 
les demi-fautes employees par Stern, dans revaluation de la 
justesse, ce dont on ne peut l'approuver, car une notation uni¬ 
forme pour des erreurs tres diff^rentes arrive k rendrehomoge¬ 
nes des attitudes mentales tres diverses. 

II y aaurait encore beaucoup de chicane k faire a M !l ° Borst 
sur cette partie, qui est ties importante, de son travail: mais 
nous ne relbverons plus qu’une petit caprice assez inexplicable 
qui lui fait consid6rer comme deux fautes de transposition les 
cas oil Ton ddclarait une robe rouge et un chkle brun alors qu'il 
avait une robe brune et un chile rouge, comme si une trans¬ 
position n'exigeait pas la presence de quatre elements groupes 
d une facon differente 1 

Enfin nous r^sumerons notre critique, qui n’est pas sans 
gravite, a l’attitude de hauteur, en rappelant que M 1U Borst 
declare expressement qu’elle a toujours apprecie elle-mime 
« au nom du bon sens plutot qu’en vertu de quelque principe 
theotique k priori ». Or le bon sens est une entity quelque peu 
metaphysique et dont les appreciations peu vent varier siugulie- 
rement d’une personne a hautre, comme on a pu le voir aux 
critiques que nous avons faites. Aussi faut-il au contraire ne 
rien laisser k cette appreciation subjective qu’on confie k un 
bon sens aveugle, fait essentiellement d’habitudes d’esprit, et au 
contraire instituer,avec la logiqueclairvoyante dela peiis^e,une 
methode complete qu’on soumet k husage et qu'on modifie pour 
l’adapter aux difficultes qu'on rencontre, mais qui, une fois 
adoptee, doit etre meticuleusement observee. Car, d’un jour k 
hautre le bon sens peut varier, et la methode ne varie pas. 
II faut, en psychologie, que hesprit de hobservateur, dehexperi- 
mentateur,soit soumisi des regies assez strides, pour se rappro- 
cher le plus possible d'un instrument impartial, qui n’ait pas de 
preference, pas de sexe, et pas de variabilite journaliere 

Ces reserves faites, il est une idde fort lieureuse qu’il faut 
louerchez M n « Borst car elle est tres feconde, c’est celle qui 
consiste k exprimer les resultats, beaucoup moins en valeur 
absolue qu’en rapports. 

La fideiite du temoignage est le rapport des reponses justes 
aux reponses totales : L’dtendue du temoignage, pour hinterro- 
gatoire, est le rapport des reponses aux questions. Pour le 
recit, c’est le total absolu de reponses. A vrai dire, ici encore, 
en enumerant tout ce qui pouvait etre dit sur une image, 


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104 


REVUE DE PSYCIUATR1E 


et en en faisant le denominateur, le cliiffre des reponses 
prenant place du numerateur, on eut pu encore avoir ici un 
rapport plus exact que le cliiffre absolu (car les images ne sont 
pas d’une ricliesse identique, tant s’en faut*, et qui eut pu avoir 
une valeur plus generate par comparaison avec les resultats 
d’auteurs employant des tests differents. 

M ,,e Borst est d ailleurs entree plus avant dans l’analyse des 
resultats; elle a compare les reponses donnees avec assurance 
a celles pour lesquelles il y avait hesitation : d’autre part elle a 
compart aussi aux autres les reponses que le sujet se ddclarait 
pr£t k garantir son serment 

Finalement les rapports donnes en tant pour 100 etaient les 
suivants: 


l 1° Assurance. 

Quulitcs subjective* du temoin.l 

\ 2* Justesse certifiee.. 


Valeur objective du temoignage 



Assurance justitiee 
Fidelile de la certitude 


certitudes totales 
reponses totales 
certitudes totales 
reponses justes 

certitudes justes 
reponses totales 
certitudes justes 
certitudes totales 


_ , reponses jurees totales 

lendance au serment. = — - -:- 

reponses totales 

_ . . reponses jurees justes 

lendance uu serment vendique... — . ..■— 

reponses totales 

reponses jurees justes 

Tendance au faux temoignage.... —-— 

reponses totules 

reponses jurees justes 

ridelite du serment. =r --- 

reponses justes totales 

L'auteur donne un exemple de recit et de ses evaluations, 
ainsi que d’une partie de rinterrogatoire correspondant. 

A propos de leducabilite du temoignage, nous trouvons des 
remarques dues a Tauto-observation d’un des sujets et d’apres 
laquelle le fait de clierclier k retenir davantage aurait exercd une 
influence inliibitrice progressive nefaste sur ltetendue des 
souvenirs, mais en revanche une prudence croissante avait di- 
minue en proportion les inexactitudes. 

Voici les conclusions esscntielles du travail tres conscien- 
cieux et Ires interessant de Mile Borst : 

Un temoignage entierement ftdele est Vexception ; tout 
t&moin supplee par ['imagination aux lacunes de sa me - 
moire . 

Ce fait est capital.il faut bien se convaincre de cette idee 


1 On pent peut-clre se demander si tous les sujets prenaient egalement au 
serieux cette attestation par serment. 


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ftECHERCHES DE PSYCH0L061E SGOLAltiE 


105 


pratique que lorsqu’un temoin se trompe, ce n’est pas seule- 
raent par des oublis, mais par des modifications et ni^me des 
additions involontaires. Et ce role de 1’imagination, que n’a pas 
encore etudie a fond Mile Borst, est tres variable suivantles 
sujets et particulierement developpe chez les enlants. 

Le temoignage s'ameiiore avec Vexercice. 

11 peut doney avoir une pedagogie du temoignage qui consiste, 
d'une part k etendre la memoire, et d'autre part a d6velopper la 
prudence d’afllrmation, ce qui n’est pas le moins important. 

En mogenne , le dixieme des reponses d’une deposition 
spontanie sont fausses . 

Le r£cit est plus Jldele que Vinterrogatoive . 

Constatation qui est egalement de grand inter£t: pour avoir 
le maximum d’exactitude d’un temoin, n’interrogez pas trop, 
sinon l’imagination, la suggestibility, interviendront toujours 
pour vicier le temoignage. 

II n'y a pas de relation immediate entre Vetcndue et la 
qualite du temoignage; souvent cette relation et inverse . 

Cette conclusion pouvait <Mre prevue ; en efiet l’assurance et 
la prudence sont des qualites d’esprit sans rapport necessaire 
avec l’esprit d’observation et l’etendue de la m<hnoire. 

La certitude subjective du sujet (dont les trois degres 
sont l'hesitation, Vassurance et le serment) presente un cer¬ 
tain paralieiisme avec la valeur objective de sa deposition, 
bien qiiun douzieme environ des reponses juries restent 
fausses. 

Ceci impliquera.it qu’on doive pratiquement avoir d’autant 
plus de confiance dans Inexactitude d une reponse ( le temoin 
etant toujours suppose desinteresse) que l’assurance avec la- 
quelle elle est emise est plus grande, sans qu’on puisse pourtant 
jamais accorder k une reponse, memeaffirm6esous serment, une 
confiance absolue. 

Enfin le temoignage est plus complet, plus Jidile et plus 
educable chez les femmes que chez les hommes . 

Cette conclusion est tres delicate k admetlre; sans la consi¬ 
der, ni comme vraie ni comme fausse, faute d’elements suf- 
fisants d’information, ce qu’il laut declarer, e’est que I'affirma- 
tion de 1'auteur, qui malheureusement se trouve £tre une femme, 
est un peu imprudente parce que trop categorique. Sa reponse 
est une reponse certifiee ; il serait tres difficile de dire, si elle 
est certifiee juste. En efiet, nous avons fait cette remarque que 
la comparaison de 12 sujets a 12 sujets dtait insuffisante comme 
quantite, d’autant plus qu'au point de vue qualitatif nous 
n’avons pas de renseignement precis sur la psychologie de 
chacun d’eux. Tout ce qu’on peut dire, e’est que les lemraes 


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106 


HEVUE DE PSYCHIATME 


dtudiees par Mile Borst avaient un temoignage plus complet et 
plus exact que les homines qu’elle etudia et qui, etudiants et 
prolesseurs, comme elle le remarque, dtaient plus pr6occup&§ 
que les femmes et prCtaient sans doule moins de s^rieux et d’at- 
tention aux experiences. D'autrc pari, c’est h propos d’une 
conclusion de ce genre qu’il est ddlicat pour un auteur de se 
laisser aller & des appreciations de « bon sens » dont on ne 
peut jamais affirmer qu’elles ne sont pas influences par des 
aspirations subconscientes, au lieu de suivre une mdlhode 
stricte. 

EnfinMlle Borst signale les problemes theoriques suscites par 
ses recherches : rapport de la memoire de conservation et de 
reproduction * ; nature de la reproduction ; influence de Tin- 
terCtsur la conservation, ou la deformation des souvenirs; inde- 
pendance psychologique du sentiment d’assurance et de la 
tendance au serment etc. 

II y a bien d'autres problemes theoriques, mais ces problemes 
theoriques que l’auteur dit avoir negliges en tant qu’elle s'oc- 
cupait d’une question pratique, peuvent avoir avec la pratique 
des rapports singulierement etroits. En effet TintdrCt pris a une 
scene quelconque influe sur le temoignage, et, en general, 
quand on temoigne de quelque chose, il est rare qu’on n’y ait 
pasprisun inter£tdequelquenature, la plupartdu temps affectif. 
I)ans quelle mesure l’affectivitd vicie-t-elle le tdmoignage. Voil k 
justement une question particulierement importante au point 
vue pratique pour le temoignage, et spdcialement le tdmoignage 
des femmes et des enfants 2 . 

Et d'autre part, pour l’educabilite du^temoignage, quelleplace 
faut-il faire au ddveloppement de l’esprit d’observation qui per- 
met une perception complete et exacte, une acquisition du 
souvenir plus parfaite. C’est la la base du tdmoignage. Avant 
de rapporter ce qu’on avu, il faut voir, et tout le monde ne 
voit pas au meme degre, loin de la. Et, il y a lieu de restreindre 
d’un point de vue striclement pratique, la generality des con¬ 
clusions de l’auteur, qui if a envisage qu’un aspect assez dtroit, 
et mCme artificiel, de la question. 

En effet, ce sont des images tres insignifiantes, que Tauteur a 
laisse regarder pendant une minute. Or, pratiquement, les 
temoignages portent aussi la plupart du temps sur des clioses 
entendues et non seulement vues (memoire auditive et memoire 

1 Comment done connaissons-nous la memoire dc conservation sinon par 
reproduction ou pur reconnaissance ? La conservation dee souvenirs nous 
echappe totalement. 

- L auteur signale que certaines personnes dramatisent toujours. Suivant la 
nature du sujet il est incontestable que le nombre de celles qui dramatisent 
ainsi peut varier. 


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BECHEHCHES DE PSYCHOLOGIE SCOLAIBE 


107 


visuelle simultandment en jeu). Aussi aurait-on dii examiner par 
quelques expdriences le tdmoignage auditif, quitte A sdparer 
deux choses pratiquement reunies. 

Et surtout Jes scenes de la vie sur lesquelles on peut dtre 
appele, d’une maniere quelconque, a temoigner, ne sont pas 
immobiles, et on ne les examine pas, a son aise, pendant une 
minute ; etd’autre part elles ne sont generalement pasabsolument 
insignifiantes. Aussi les conclusions de 1’auteur qui valent, 
dans les limites de son travail, ne peuvent dtre generalisees. II 
faudrait reprendre de nouvelles experiences dans des conditions 
evidemment plus ddlicates, mais plus proches de la rdalitd. Un 
choix judicieux et rationnel de scenes cinematographiques (n’y 
a-t-il pas des cindmatographes d’enfants tres commodes a cet 
dgard) et qui seraient accompagnees ou non de dialogues pho- 
nographiques ; une mdthode stricte pour l’apprdciation des 
resultats ; enfin un usage adroit des rapports, a bon droit prd- 
conises par 1'auteur, tout cela permettrait sur un nombre assez 
grand de sujets, divisds en series homogenes pour l’Age, le sexe, 
et rintellectualitd approximativement appreciee par un examen 
experimental, d’dtablir des conclusions, qui peut-dtre d’ailleurs, 
confirmeraient celles de Mile Borst, en lesquelles on pourrait 
avoir pratiquement alors une veritable confiance. 

Mais le travail de Mile Borst a deja fait fail e dans cette voie 
un pas important, ce dont il faut la feliciter. 

M. Victor Mercante, directeur de l’Ecole normale de Mer¬ 
cedes (Buenos-Ay res), oil il est prolesseur de psychologie. a 
consacre A V aptitude math&matiquechez les enfants ', un livre 
oil abondent les chiffres, tableaux, graphiques et diagrammes, 
ce qui ne laisse pas de lui donner au premier abord un aspect 
rebarbatif, tout en lui donnant un air serieux, mais ou il n’y a 
pas que ces chiffres et ou 1’auteur sail degager d’intdressantes 
conclusions et iudiquer au passage de lines remarques. La ten¬ 
dance de 1’auteur vise A une precision un peu allemande mais 
aussi A une hardiesse deduction toute francaise. Et, pdnetre 
de notre littdrature scientifique, il donne une tres haute 
idee de la valeur des disciples que l’dcole francaise peut avoir en 
Argentine. Seulement les disciples pourraient bien arriver A 
faiie mieux que les maitres, et le terrain lA-bas semble singu- 
lierement plus propice A de.fructueusesrecoltes dans les sciences 
nouvelles que notre vieille terre surmende. Certes, nous n’avons 
pas un travail expdrimental que nous puissions en France oppo- 
ser A celui-la sur le domaine de la psychologie pedagogique. 


1 Victor Mercante. — Psicologia de la aptilud matematica del nino . 1 vol. 
in-8* de 390 pages. Buenos-Ayres, Cubaut, 190'i. 


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108 


KEVUE DE PS YCHIAT11IE 


M. Mercante veut entreprendre, et il est a craindre qu'il ne 
pr£juge un peu de ses forces et de la duree de son aclivite, une 
methodologie completedel’enseignement primaire.il a commence 
par les mathematiques, c’est-a-dire. par rarithmdique et un 
peu la geom&rie, et il a voulu fonder des regies pedagogiques 
sur une recherche experimentale dont le principal but est de 
determiner les aptitudes individuelles, ce qui evidemment doit 
£tre le but essentiel de la psychologie experimentale, surtout 
pratique. 

Les recherclies de 1‘auteur ont porte, non sur des examens 
collectifs dans des classes entieres, comme ca et4 l’erreur ini¬ 
tiate des travaux de Binet, erreur reconnue depuis, mais sur 
des examens individuels, qui seuls peuvent £tre rendussuffi- 
samment pr4cis. Les sujets elaient au nombre de 83 garcons et 
134 lilies de 8 a 15 ans (faisant partie des 7 degres consecutifs 
d’une ecole mixte). 

Une s6rie de 20 experiences furent effectu6es surchacun 
d’eux, experiences minutieusement detaillees et dont les resul- 
tats sont groupes de differentes facons pour en faire voir les 
aspects varies et la portee reelle. 

Les conditions d’experience, exposees de facon exacte, ont 
paru tres generalement satisfaisantes L Peut-£tre un peu plus 
de precision syst&natique eut 6te possible ; mais c’etait dejd. 
tres suffisant. 

Nous ne pouvons nous altarder tres longuement sur ce livre, 
tres riche, et qui risquerait de nous arr£ter outre mesure;nous 
nous contenterons done d’exposer la nature des experiences 
et les principales conclusions de l’auteur, et enfin de faire quel- 
ques critiques. 

Void la serie des experiences : 

— 1). Temps de numeration (au moyen de lignes liori- 
zontales que le sujet doit compter). — 2). Lecture des 
nombres. Le sujet lit quatre nombres qu’il lui faut 
reconnaitre (1010-2101-12934957-10101). On mesure le 
temps de reconnaissance. — 3). Reproduction ecrite du 
nombre entendu 1001001 . Cenombre, un million mille un, est 
assez difficile a traduire en images motrices exactes. On note le 
temps. — 4). Reproduction ecrite du nombre entendu 937427. 
On note le temps, l’asssocialion est, dans ce cas, plus facile. — 
5). Copie par reproduction du nombre decimal presente a 
la cue 0,685407. Presentation du nombre 5 secondes (aux en- 
fants trop jeunes on ne presente que 0,6854.) et reproduction 


1 Les conditions sont tres analogues u cclles qui sont conseillees dans la 
Technique de psychologie experimentale deja citee. 


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RECHERCHES DE PSYCHOLOGIE SCOLAlRE 


109 


ecrite. — 6). Temps de Vaddition mentale. On lait faire 
mentalement une addition de deux nombres (23-)-16) ; on notele 
temps de Top^ration. —7). Temps de calcul mental par inte¬ 
gration doperations combines. On presente une serie de 
petites operations simples (cas frequent en pratique et surtout 
dans l'alg£bre), qu'il faut resoudre mentalement par integration 
en un resultat total. On note ia dur4e, et, bien entendu, comme 
toujours, sans qu’il soit besoin de le signaler, les erreurs. — 
I/operation est, par exemple : 

([([9X8 + 3) :3]4J : 10-1-1-1-4] 9+1) : 7 
L’enonciation est longue : c’est 9 mulliplie par 8, plus 3 ; 
divis4 par 3 ; multiple par 4, etc. Le r4sultat est 4. — La supe¬ 
riority dans cette operation resterait aux types nettement visuels. 
— 8). Temps dintegration dune somme. On presente qua- 
tre nombres de 6 cbiffres dont le sujet doit faire l’addition men¬ 
tale. On note le temps. — 9). Temps dintegration dune dif¬ 
ference. On donne k soustraire Tun de l’autre deux nombres de 
7 chiffres. On note la duree. — 10). Temps de multiplica¬ 
tion . On fait multiplier 4 chiffres par 4 (ou par 3 pour les plus 
jeunes enfants). Comme dans les cas precedents, l’operation 
est mentale et on compte la dur4e. Dans toutes ces experiences 
on laisse sous les yeux du sujet les chiffres donnes de renonce 
de l'operation. — 11). Identification des lignes dans respace. 
Onfaitjuger de l'egalite ou de l’inegalite de lignes ayant sur 
un plan des directions et positions diverses — 12). Identifica¬ 
tion auditive. Les sujets jugent de l’egalite ou de Tinegaliteen 
dur6e de certains sons. — 13). Reproduction visuelle (les li¬ 
gnes. — 14). Appreciation relative de la longueur. 15) — Ap¬ 
preciation relative de la surface. — 16). Appreciation 
relative du volume. — 17). Temps de la comparaison. On 
pose un probleme de plus oude moins, Ires facile k r6soudi*£, et 
on mesure le temps de reflexion precedant la r6ponse : un 
espace de 8 m. 50 de large sur 5 m. 50 de long a-t-il besoin pour 
£tre carreie, de plus ou de moins de 200 carreaux de 1 decime¬ 
tre carr6 de surface ? Si le sujet repond correctement, on lui 
pose la question pour 900 carreaux (il en faut 85X55=4.675). — 
18 .) Processus dintegration. C’est le probleme simple d'arith- 
metique resolu mentalement. On note la dur6e. Par exemple : 
si 12 brebis coutent 72 pesos, combien en coutent 8 ? — On de- 
mande quelles sont les operations a faire. — 19). Pouvoir de 
memoire. Cette fois le probleme etant plus complique exige, 
pour 6trer6solu mentalement, quel’esprit retienneet synthetise 
les operations successives. Par exemple: un individu possede 
122 brebis dans un corral, 203 dans un autre et 17 dans un 
autre. II en vend 222 a deux pesos cliaque ; 50 meurent et ii 

3 


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110 


HEVUE DE PsYcHIATHIE 


vend le reste a 1 peso et demi. Combien a-t-il retire en tout de 
ses brebis ? — 20). Aptitude cicatrice. On demande au sujet, 
en toute liberty d’ecrire Tenonce d’un probleme. Etl’on mesure 
le nombre de combinaisons (creation men tale,', leur coordination 
logique, et le plus ou moins de correspondance de la donnee 
avec l'objet (degre d’exactitude de l’association). 

Yoici maintenant les conclusions principales qu'ont donn£es 
les rdsultats, que Tauteur a completement exposes : 

— L'aptitude pourlesmathematiques, constateepar la s6riedes 
experiences est d’autant plus faible que le temps de lecture 
(reconnaissance) des nombres est plus long. II y aurait done 14 
un signe objectif facile d’aptitude math4matique. Ce m£mesigne 
se trouverait dans le temps d’int4gration de somme,de difference 
et de multiplication. 

—Beaucoupd’enfantsne peuventarriver 4ecrire correctement 
le nombre 100100). 

— Les garcons comptent plus exactementet plus rapidement 
que les fllles, et appartiennent en majorite au type auditif, les 
dernieres appartenant au type visuel, qui saisirait plus vite, 
mais serait en totality moins intelligent au point de vue math£- 
matique. 

— L’oubli persistant d’un zero dans un nombre entendu serait 
une caractdrisque des eleves moins intelligents (101 au lieu de 
1001). 

— Les filles sontsuperieures aux garcons pour la reproduction 
des nombres vus,et inferieures pour celle des nombres entendus. 

— Le ehiffre de gauche est le mieux reproduit, et ceux du 
milieu le moins bien. 

— A la vue, l’egalite est mieux appr^ciee que la difference 
des lignes, et les verticales mieux que les obliques et horizon- 
tales. 

— Dans l’appreciation des longueurs, les erreurs sont sur- 
tout en exces, et par defaut dans celles de surfaces et volumes, 
et elles sont plus graiides chez les filles que chez les gallons. 

— Au-dessous de 8 ans, les enfants se feraient une image 
amoindrie des objets, et agrandie ensuite, ce que l’auteur 
appelle micropsie et macropsie. 

— La lecture d’un 6nonc6 de probleme est preferable, car 
l’dnoncd est alors mieux retenu que par perception auditive. 

— Le raisonnement abstraitse developpe en raison inverse de 
la mdmoire verbale. Yers 13 ans, il se manifesterait une crise 
d’exageration de la memoire, avec diminution vers 14 ans. Ce 
serait la p^riode de puberte, avec parlois cretinisme transitoire, 
qui precederait la preponderance de la raison. 

— Si Ton evalue l’aptitude cicatrice, limagination matlid- 


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IlECHERCHES DE PSYCHOLOGlE SCOLAIRE 


lit 


matique, on la trouve cliez les garcons double de ce qu’elle est 
chez les filles. 

— Etant donne les differences sexuellestr&snettesconcernant 
la nature et le degre de Limagination mathematique, la coedu¬ 
cation des sexes devrait &tre evitee pour cet ordre d’dtudes. 

— Comme influences notables, l’auteur a constate que le 
matin les erreurs etaient moins nombreuses que l’apres-midi, 
que l’influence thermom6trique etait nulle, et que Linfluence 
barometrique 4tait au contraire tres sensible. 

On volt tout 1’inteHH de ces conclusions. Certaines, que 
nous avons negligees, etaient un peu trop attendues, ce qui 
leur donne un certain caractere de naivete, telle que celle 
d’apres laquelle un enonce complique serait moins facilement 
retenu qu’un simple, ou que la multiplication est plus difficile- 
ment effectuee que l’addition. La psycliologie exp6rimentale, 
malgre ce que d’injustes critiques en ont dit, ne fait pas que 
confirmer [ observation populaire; on a pu voir, rien qu’au cours 
de cette revue, les apergus interessants qu’elle pouvait fournir. 
Mais il ne faut pas etablir de ces truismes, qui patent k cette 
affirmation, comme le physicien qui etablirait qu’en plein midi le 
soleil 6met de la lumiere capable d’impressionner une plaque 
photographique. 

Les differences sexuelles, au point de vue de Laptitude 
mathematique, paraissent serieusement etablies, et cela inde- 
pendamment de l’education, chez des enfants, ce qui est impor¬ 
tant ; le nombre des sujets et la comparaison des diagrammes 
ne permettent pas de douter du fait pour les experiences de 
lauteur. 

Le signe pratique qu’il donne pour l’aptitude mathemati- 
que (temps de lecture des nombres) serait peut-£tre dangereux 
k 4riger en loi g4n4rale tant qu’on n’aura pas apporte de divers 
cotes des confirmations nouvelles, car il pourrait y avoir des 
exceptions, le lien ne paraissant pas psychologiqnement n6ces- 
saire. En tout cas il faut noter qu’il ne peut s’agir toujours 
que de l’aptitude mathematique eiementaire, primaire, peut- 
on dire, qui, seule, interesse l’auteur. Il serait imprudent de 
generalise!’ avant de nouvelles. recherches et de nouveaux 
travaux. On sail que les enfants qui reussissent en arithme- 
tique n’ont pas toujours, a Lage adulte, ce qu’on peut pro- 
prement appeler Laptitude mathematique. 

En tout cas, provisoirement, il semble qu’on puisse con- 
siderer comme acquis la plupart des resultats de Lauteur, dont 
certains confirment des conclusions anterieures d’autres psy¬ 
chologies. Mais il est souhaitable qu’avec des methodes analo¬ 
gues on refasse des experiences dans divers milieux et dans 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


112 

divers pays, particulierement au sujet des differences sexuelles 
et de la crise d’hypermndsie de pubertd subie a 13 ans par les 
petits argentins. 

On peut d’ailleurs inslituer des experiences encore plus nom- 
breuses et poussant plus loin Tanalyse de cette aptitude. 

Mais deji le livre de M. V. Mercante fait le plus grand hon- 
neur k lui-meme et k la psychologie argentine. 11 ne reste 
qu’Ji attendre avec sympathie le traite pddagogique pour Tensei- 
gnement de Tarithmetique qui sera inspire par ces travaux, et 
toute la serie de son encyclopddie mdtliodologique d’enseigne- 
ment primaire. 

(Test une belle pierre appointee & I’ddifice de la psycliologie 
pddagogique. 

de quelques difficultes. — Nous nous efforcons toujours 
de determiner dans nos differentes revues critiques la valeur 
des travaux expdrimentaux avec une severite qui peut paraitre 
tres etroite 1 ; ce n’est quainsi qu'il est possible d’apprdcier, 
dans leur exacte generalite la portee des rechercbes, et on peut 
voir, aux exigences constantes que nous delendons, com! ien 
les experiences, pour £tre precises, sont delicates, combien 
rares sont les resultats bien etablis ; et ils se contredisent 
si souvent ! 

Les difficultds se renconlrent partout, conditions d’expdrience, 
dtablissement des tets, appreciation et mesure des erreurs. 

II est possible dvidemment de faire front victorieusement a 
toutes ces difficultds, mais a condition de les envisager en face 
au lieu de les dissimuler. 

Sans quoi on etablit des conclusions souvent mal fonddes, et 
qui, loin d’etre utiles, ne font que peser inutilement dans le 
domaine scientifique et que repandre desidees fausses. 

Aussi croyons nous utile de rappeler quelques experiences cri¬ 
tiques rdcentes de M. Sciiuytf.n, directeur du service pddologi- 
que d'Anvers sur la question de la mesure de la fatigue des 
6coliers 2 , sujet fort important. 

II rappellequeLenfra, Germann, Binet,ne purent verifier Inexac¬ 
titude de la mdthode esthesiomdtrique, que Bolton a accahle 
les resultats de Griesbach, que Meumann et Knepelin 3 sont peu 


1 Cf. Revue de Psychiatric, Fevrier 1904, p. 40 : Les recberclies experimen- 
toles sur la memoire. — Junvier 1903, p. 1 : Les tests en psychopathologie. 
— Juillet 1903, p. 205 : Les experiences sur l'ussociation des id£es. 

2 M. C. Schuyten. Sur les methodes de mensuration de la fatigue des 6coliers. 
Archives de psychologie , n° 8, octobre 1903, p. 321. 

M* C. Schuyten. Comment doit-on mesurer la fatigue des dcoliers. Archives 
de psychologic, n° 14, novembre 1904, p. 113. 

Leuba. PsychologicalRevietr IV . 1899, p. 573. Germann. Poedologisch. Jaar- 
buch. Ill, IV, 1903, p. 370. Binet. Anner Psychologique, 1900, p. 500. Bolton. 
Psychologische Arbeiten IV, 175. Meumann. Die deulsche Schule. 1901. Kh^epelin. 
Archiv fur die gesammte psychologic, I, 1903, p. 10. 


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RECHERCHES DE P3YCII0L0GIE SGOLAIRE 


113 


* favorables aux resultats exprimes. 11 rapporte quant & lui des 
. series d’exp6riences relatives a la valeur compare du travail 
du soir et du matin. 11 a procede k des etudes collectives sur la 
mdmoire auditive des nombres; or il a constate qu’en travaillant 
avec les m£mes eleves pendant quelque temps, les resultats du 
ddbut etaient inferieurs en tous les cas k ceux de la fin, ce qu’on 
attribue exclusivement a tort& la fatigue intellectuelle, car il y a 
un 616ment qui varie, c’est l’inter^t, avive d’abord par la curio- 
site. 11 faudrait done ne comparer des enfants qu’en les 4tudiant 
chacun une fois, ou neutraliser cette influence en experimen- 
tant souventau prealable sur les enlants a etudier. 

Il conclut ainsi des experiences : 

< On peut faire varier k volonte les resultats expdrimentaux 
qui mesurent les etats successifs de la fatigue edrebrale des eco- 
liers durant les heures d’une journ6e de classe. Il suffit pour cela 
de faire varier, toutes choses egales d’ailleurs, les heures du 
commencement des experiences ». Aucun des resultats ant6- 
rieurs* ne lui parait done meriter confiance 

Les reraarques critiques de M. Schuyten sont gen^ralement 
tres justes et meritent d'etre approuv^es, celle-ci en particular, 
qu'il souligne, k savoir qu’on doit faire tons les travaux soi - 
me me. 

On se rappelle que c’est ce que nous disions k propos des 
experiences, tres mal faites, d’uninstituteur-adjoint de Paris. 

Conclusions. — Nouscroyons avoir donne une id£e appro¬ 
ximative de retat actuel de la psychologie scolaire. Assez mal 
organis4e, g6neralement delaissde en France, la psychologie 
p6dagogique parait entrer k l’etranger et particuli£rement en 
Belgique, dans l’Am^rique du Nord et du Sud et en Allemagne, 
dans une voie feconde. 

Il y a beaucoup de difhcultes et d’obstacles qu’il est possible 
d’eviter ou desurmonter. Les travaux ont besoiu d’etre fails en 
grand nombre pour lournir des directions serieuses a l’education 
des normaux et des anormaux; mais ils ont besoin surtout d'etre 
bien faits afin que les resultats puissentetre considers comme 


1 M. Schuyten, par la mclhode esthesiometrique, qui lui parait la meil- 
leure, croit dailleurs pouvoir etablir que le travuil de 1’aprfcs-midi est moins 
fecond que celui du matin. Signalons qu'il croit avoir remarque dans les ex¬ 
periences que nous avons relates que les lilies avaient une memoire auditive 
des chiffres sup£rieure a celle des ganjons, cette conclusion semble contredire 
des resultats de recherches de M.Mercante. 

Y a-t-il une erreur de technique chez l’unou l autre des auteurs ? Ou y a-t-il 
des differences entre lee lilies de Buenos-Ayres et celles d’Anvers,ce n’est pas 
impossible. En tout cas il faut remarquer que les experiences de M. Schuvten 
ont port6 sur 49 enfunls de 10 ans a 14 ans 1/2 et celles de M. Mcrcante par 
217 de 8 ii 15. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


114 

acquis. II est temps de sortir des tAtonnements, de suivre des 
methodes precices, et de donner tous les details de technique 
n6cessaires pour qu’on puisse jugerToeuvre sur la valeur de 
laquelle son auteur s’abuse souvent d’une fa^on singuliere. 

On a deji quelques resultats plus ou moins approximates, plus 
ou moins provisoires, mais encore bien pauvres, surtout en 
France ou la psychologic experimentale dirigee vers l’anthropo- 
logie et la pedologie. appliquee en particulier k la determination 
etau developpement des aptitudes a l'education intellectuelle et 
professionnelle, a besoin d’une impulsion vigoureuse, sans la¬ 
quelle elle risque de veg6ter inutilement. 

Et le but est important au point de vue social. II ne s'agit pas, 
il est vrai, de speculations theoriques, ni m£me des lois du 
mecanisme de l’esprit, mais de problemes qui devraient juste- 
ment attirer da vantage l’attention du public, de problemes di- 
rectement m6Ies k l’obscure question humanitaire et sociale. Un 
esprit ti es distingue, M. Lapie \ maitre de conferences de phi¬ 
losophic a la Faculte des Letlres de Bordeaux, a tout r6cemment 
fait un appel judicieux relatif a la mission scientijique cle 
Vinstituteur et oil il montre combien il serait important que 
rinstituteur flit mis k m£me defaire quelques recherches psy- 
chologiques precises sur ses eleves qu’il serait capable ainsi de 
mieux connaltre et de mieux diriger: et il indique quelques 
experiences simples que les instituteurs seraient facilement sus- 
ceptibles de rdaliser; mais a condition toutefois qu’ils se p&ie- 
trent de l’esprit scientifique qui leur manque souvent beaucoup 
trop, par suite du defaut deleur education m^me. 

Et certes, k cote des psycliologues qui s attacheront aux pro¬ 
blemes generaux, les instituteurs devront, pour r6soudre les 
problemes particulars qu'ils rencontrent, proc6der a de petites 
recherches par les m£mes m6thodes. Aussi ne croyons-nous 
pouvoir mieux faire pour terminer cette longue revue cri¬ 
tique que deciterces conclusions, absolument justes, de M. Lapie: 

€ Les 6tudes sont utiles k votre metier d’instituteur ; ne con- 
vient-il pas, pour Otre un bon maitre, de connaitre l’^me de ses 
eleves ? Bien plus elles sont indispensables. De deux enfantsqui 
savent aussi mal leur lecon d’histoire, le premier est moins cou- 
pable que le second, s'il n’a pas la memoire des noms et des 
dates; vous serez injustes envers lui si vous lui inlligez une 
grave punition, et comment sayoir qu'il n’est pas doue de cette 
memoire speciale si vous ne Tavez pas soumis a des experien¬ 
ces ? Ainsi 1’etude psychologique de Tenfant n'est pas seuleraent 


1 Lapie. La mission scientifique de l'instituteur. Revue pe'dagogique, 15 de¬ 
cern bre 1904, p. 539. 

(Voir la suite apres le Bulletin bibliograpkiquc mensuel). 


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r 


PREDISPOSITION EX tiTIOLOGIE MENTALE 115 

un luxe que vous pouvez vous offrir pour passer le temps ; elle 
est poui % un bon maitre une necessite ». 

En rdsumd, il y ades problemes g^neraux d education qui ne 
peuvent Gtre r6solus que par des recherches nombreuses de 
techniciens experiments ; et d'autre part, comme les individus 
different tous les uns des autres, un educateur ne saura les con- 
duire tous que lorsqu’il connaitra cliacun d’eux. Et ces deux 
aspects de la psychologic pedagogique devraient l’un et Fautre, 
dans notre pays, 6tre developpes parallelement. II y a un effort 
assez considerable k faire. On ne saurait trop souhaiter qu’il fut 
fait. 


FA ITS ET OPINIONS 


PSYCHIATRIE 


PREDISPOSITION ET CAUSES DIRECTES EN ETIOLOGIE 

MENTALE 

Parle D r E. Marandon de Montyel 

Medecin en Chef de Ville-Evrard 

Dans un memoire que vient de publier le Journal de Neu¬ 
rologic (Juillet 1904;, je me suisefforce de decrire la predisposi¬ 
tion aux vesanies dans ses origines et dans son influence sur Fetat 
mental de ceux qui en sontporteurs. J'ai dit, en toute franchise, 
les r6sultats auxquels m'avaient conduit une pratique des altnes 
et une minutieuse recherche des causes de leur mal depuis 
bientdt trente ans. Je voudrais faire aujourd’hui l’dtude des 
causes directes appetes par les uns causes occasionnelles , 
par les autres Causes secondaires , et tacher dttablir la part 
qu’elles prennent dans la genese des psychoses, le rOle qu’elles 
jouenten etiologie mentale. Les convictions que j'ai acquises, 
sont, je le reconnais, sur bien des points, en complet disaccord 
avec celles ayant cours, mais j’ai observe en toute sincerity et 
si Favenir me donne tort, je n’aurai peche ni par parti pris, ni 
par negligence. 

Cette etude merite d’autant plus d’etre entreprise, qu’elle n'a 
tente personne depuis la publication du livre de M. Toulouse 
en 1897 sur les Causes de la folie, du moins k ma connaissance. 
Si nous prenons le dernier travail paru cliez nous relatif k 
Fetiologie de la folie et qui est l’excellent chapitre 6crit par 


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116 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


M. Anglade dans le recent Traits de Patholoyie Mentale de 
M. Gilbert-Ballet, nous voyons que cet alieniste emet en pas¬ 
sant isur les rapports de la predisposition et des causes occasion- 
nelles, des appreciations fort justes que nous rapportons ; mais 
il ne consacre pas de paragraphe special k cette question pour- 
tant fondamentale, ni ne la detaille. 

I 

Je dirai tout d'abord que mes constatations m’ont convaincu 
que la folie n’eclate jamais k 1’improviste ; pour germer, elle a 
besoin d'un terrain prepare k l’avance. Par consequent, les 
causes directes ou occasionnelles, les plus puissantes, corame 
Tinfection typhique par exemple, ou les plus violentes, corame 
le traumatisme cr&nien, sont incapables de produire sur le 
moment, k l’instant ou elles agissent, une psychose, si ante- 
rieurement a leur action le cerveau n’etait pas dans des condi¬ 
tions speciales, dou6 d’une aptitude particuliere k delirer que, 
depuis Morel, on designe sous le nom de predisposition. Nous 
ne savons pas en quoi celle-ci consiste dans le cerveau, mais 
en clinique nous n’avons pas besoin de le savoir. L’observation 
impartiale des faits demontre son existence et prouve sa neces¬ 
sity ; cela nous sufflt. Done, jamais de psychose par la seule 
action des causes directes, quelles qu’elles soient. Cette asser¬ 
tion, je le reconnais, soulevera de nombreuses et vives protes¬ 
tations. 

Cette predisposition indispensable, croyons-nous, pour reclo- 
sion d'une psychose quelconque, est, de Tavis unanime, appor- 
tde en naissant ou acquise apres la naissance. De l’avis dgale- 
ment unanime, quand elle est congenitale, elle peut avoir trois 
origines differentes : elle peut provenir de l’heredite nevropa- 
thique, d’un coYt fecondateur nocif, ou d’un etat morbide de la 
mere pendant la giossesse. Mais mes constatations sont sur un 
point important en desaccord avec celles de maitres eminents, 
car elles etablissent que Theredite nevropathique a des carac- 
teres qui lui sont propres, qui n’appartiennent qu’a elle et que, 
quand la predisposition est congenitale, mais par coi't feconda¬ 
teur ou etat de la mere enceinte, elle en a d’autres qui lui sont 
communs avec la predisposition acquise apres la naissance. J’ai 
done constate qu'en realite, il n’y a que deux predispositions : 
Uh&r&ditaire et 1’acquise , peu importe que l'acquisition ait eu 
lieu avantou apres la venue de 1’eufant, et quelles ont, Tune et 
l’autre, leurs caracteies particuliers. Le fait, pour moi.n’estpas 
douteux, quoique, k ma connaissance, il n’ait jamais ete nette- 
ment forniule. 

Nous avons vu comment le foetus acquerait la predisposition 


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PKEDISP0SIT10N EN ETJOLOGIE MENTALE 


117 


avant la naissance, il importe de savoir comment elle s'acquiert 
apres. Ici encore, j’ai le regret de me trouver de nouveau en 
disaccord avec des maitres que je venere. L’opinion gdnerale 
est que les infections, les empoisonnements chroniques, les 
diatheses, tous les grands processus pathologiques, toutes les 
conditions de ddnutrition, la misere, les maladies graves ont 
parfois pour consequence de desdquilibrer le cerveau, de le 
mettre en instance de vdsanie et qu’il faut passer en revue la 
pathologie entiere pour etablir l’influence des troubles patholo- 
giques sur l’etiologie de la d6gendrescence mentale. J’estime 
que rien n’est plus faux. J’ai recherche avec une grande atten¬ 
tion et la plus entiere bonne foi, orentrente ans de recherches, 
je n’ai trouve que six causes directes qui soient susceptibles de 
doter dune predisposition vesanique un sujet indemne de toute 
tare : ces six causes directes sont: deux infectieuses, la fievre 
typhoide et l’impaludisme chronique : deux toxiques, l’acoolis- 
me chronique et le saturnisme chronique ; et enfin deux physi¬ 
ques : le traumatism© cranien auquel se rattache la commotion 
cer6brale par contre-coup et 1’insolation. Toutes les autres 
causes directes enumerees plus haut delabrent le corps et ne 
d61abrent pas l’esprit. M£me, si les six que j’ai enumdrdes sont 
susceptible de doter pour l’avenir un cerveau normal d’une pre¬ 
disposition vesanique, au moment m£me oil elles agissent, 
celle-ci n’existant pas encore, elles sont incapables de produire 
une psychose qui ne se montrera que plus tard sous l’influence 
prdcis4ment de la predisposition vesanique qu’elles auront pro- 
duite et qui alors existera. 

Est-ce k dire que les non-predisposes au cours des causes 
directes infectieuses ou febriles graves ne presentent jamais de 
troubles intellectuels ? Certainement non, mais les troubles 
intellectuels qu’ils prdsenteront ne seront pas des troubles 
intellectuels vrairnent vesaniques ; ce seront simplement des 
troubles en moins toujours, et en plus parfois, de l'intellect pro- 
prement dit ; ils n’auront jamais ni pervei*sion emotive, ni per¬ 
version sensorielle, partant, jamais ni hallucinations ni concep¬ 
tions delirantes. Les troubles en plus, qui se montrent quelques 
fois ne component pas un pronostic grave ; ce sont toujours 
des troubles fonctionnels dus k une psychastn6nie qui disparait 
avec la cause directe infectieuse ou febrile. II en n’est pas de 
m£rae des troubles en moins, car si l’inlection est intense et la 
temperature tr&s elev^e, les cellules corticales intellectuelles 
peuvent 6tre profonderaent alter4es et Taffaiblissement de l*in- 
telligence persistera par suite tres etendu apres gudrison. Les 
causes directes infectieuses et febriles incapables de faire sur le 
coup un aliend du non-predispose sont done fort capables de 


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118 


HEVUE DE PSYCHIATH1E 


laire de lui un dement, et cette catastrophe intellectuelte est 
d'autant plus k redouter que le sujet est plus jeune ou au 
contraire tres dgd. Seuls done, les ddja predisposds sous l’in- 
fluence de ces causes directes : infection endo ou exogene et 
temperature dlevde, presen tent, en outre, des troubles dmotifs et 
sensoriels, des hallucinations et des conceptions delirantes, 
seuls ils ont le ddlire onirique de M. Rdgis. Ici encore je me 
trouve en contradiction avec des collegues eminents ; e’est 
cependant ce que j’ai observe. 

Mais si j'ai acquis la conviction que la predisposition lierd- 
ditaire ou acquise est indispensable k Teclosion d'une psychose 
quelconque, je me suis assurd egalement que, bien qu'elle soit la 
cause fondamentale, elle est, par elle-mdmeinsuffisante, et que, 
quelle que soit son intensity, elle a absolument besoin pour faire 
un fou, du concours des causes directes. Je reviendrai plus 
loin sur ce point. Bornons-nous pour le moment a dtablir que, 
sans Taide de celles-ci, elle n’a le pouvoir, quand portee k son 
apogee elle est reduite a ses seules forces, que d'imprimer au 
fonctionnement intellectuel des modifications qui font de son 
porteur, non un aliene, mais un dtre k part, different de ses 
semblables et inferieur k eux, un dtre a part qui n’est pas un 
delirant, mais un anormal et qu’on designe sous le nom de 
d£gen6r£. Yoil k tout ce que peut produire la predisposition 
mdme maxima en dehors de Intervention des causes directes. 

Morel avait entrevuces modifications spdciales que la predis¬ 
position imprime k resprit quand elle est portde k sa plus haute 
puissance; ndanmoins, c*est M. Magnan qui a eu le merite de 
les bien isoler et de les bien mettreen lumiere. D'apres rdmi- 
nent alieniste de TAdmission, les anomalies psychiques qui 
caracterisent le ddgendre, sont au nombre de trois : ddsdquili- 
bration de intelligence, insuffisance mentale, exaltation de 
certaines facultds. Mais pour ce Maitre et sesnombreux dldves, 
les influences acquises produisent des tares psychiques sem¬ 
blables cliriiquement k celles dont sont porteurs les ddgdndrds 
hdrdditaires. Et je me vois alors oblige de me sdparer encore 
d’eux, car, comme je Lai declare au ddbut de ce travail, ce que 
j’ai observe m’a prouvd que Theredite ndvropathique a des 
caracteres propres et que l’acquisition, antdrieure ou postd- 
rieure k la naissance, a les siens. 

La ddgenerescence herdditaire, en effet, se caractdrise par la 
ddsequilibration de intelligence et par Texaltation de certaines 
facultds, exaltation qui peut dtre poussee jusqu’au gdnie, tandis 
que la ddgenerescence acquise se caractdrise par la ddsdquili- 
bration egalement, et au contraire par unaflaiblissementde cer¬ 
taines facultds; aflaiblisseinent qui peut dtre poussd jusqu’4 


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PREDISPOSITION EN ETIOLOGIE MENTALE 


119 


Tidiolie. La difference est done radicale. Sans doute, on rencon¬ 
tre des degdner6s qui ont avec la d6s4quilibration intellectuelle, 
certaines facultes exaltees et d’autres affaiblies ; mais il ne 
faut pas oublier que loin d’etre k l’abri des causes directes d'ac- 
quisition, le cerveau de I'hereditaire qui est deja tare et partant 
de faible resistance, est plus expose que tout autrei ieuraction, 
et on eomprendra que les cas en question sont des cas mixtes, 
des cas avec association des deux predispositions qui, toutes les 
deux s'unissent pour desequilibrer Intelligence, perturbation 
commune a Tune et k l’autre, mais qui exaltent ou affaiblissent, 
suivant Tintensitd plus ou moins accu$6e de Thereditaire ou de 
Tacquise. 


II 

Ainsi, la predisposition livree k elle-meme ne peut qu’impri- 
mer k Intelligence les caracteres sp^ciaux que nous venons 
d’indiquer. Comme l’affirme avec raison M. Toulouse, on ne 
peut dire qu’elle suffise a expliquer l’apparition d'un acces deii- 
rant, ni sa forme clinique, car elle n’est qu’une condition, une 
force vague, ind4finie, qu’il faut aetionner pour mettre en va- 
leur; une aptitude, une tendance qui demande k se rdaliser et 
qui ne saurait le faire que si d’autres conditions, tout aussi 
necessaires, sont donnees. Ces conditions necessaires sontpre¬ 
eminent les causes directes. II est done vrai qu'en etiologie 
mentale, les elements etiologiques sont toujours multiples. C’est 
erre/* que de voir seulement la predisposition ou les causes di¬ 
rectes. Eles sont aussi necessaires, aussi indispensables toutes 
les deux. II ne faut done pas admettre la preponderance absolue 
de Tune d’elles, mais rechercher dans chaque cas la part qui 
leur revient, parce que, je le repete une fois encore, pas de psy- 
chose sans leur double intervention. 

Ce sont les memes idees qu'exprime M. Anglade. A son avis, 
Tobservation empirique eclair^e par l’analyse attentive et la 
comparaison des cas, a appris que les conditions etiologiques 
sont tres variees et souvent complexes. Aussi, il estime qu’il 
importe toujours, en presence d’un delire, de degager dans la 
mesure du possible, la part respective qui revient dans sa ge- 
nese k chacune des influences qui ont concouru k le provoquer. 

On voit done dej^ combien ont tort les alienistes qui font fi 
des causes directes auxquelles ils ont donne le nom de causes 
secondaires pour bien marquer leur peu d’importance. En rea- 
lite, elles en ont autant que la predisposition qui, sans elles, 
ferait des degendres, c’est-&-dire des anormaux, mais jamais 
des alienes, c’est-S-dire des ddlirants. 

Cependant, pour ne rien omettre, il importe d’ajouter que la 


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120 


REVUE T)E PSYCHIATHIE 


predisposition rdpond de fa^on diffdrente k cette action neces- 
saire des causes direcles selon son intensity et aussi selon son 
origine hereditaire ou acquise. C’est ainsi que M. Magnan a 
ddmontrd, et mes constatations confirment les siennes, que 
seuls les degeneres hdrdditaires sont atteints d’obsessions, d'im- 
pulsions, de manie raisonnante, et de folie morale. Aux mdmes 
causes directes, les ddgdndrds acquis rdpondent par des psycho¬ 
ses differentes, jamais par celles-14. Mais, d’aprds Imminent alid- 
niste de Ste-Anne, toutes les autres formes vdsaniques se prd- 
sentent, que la predisposition provienne de Hierddite ou de 
[’acquisition. Une fois de plus, mes observations militent contre, 
carj’ai toujours constate une predisposition hdrdditaire, non 
poussde jusquA la ddgdndrescence, il est \rai, mais siirement 
hdrdditaire avec la folie intermittente, la folie pdriodique, la 
folie circulaire, la folie k double forme et le ddlire systemati- 
que k Evolution progressive. D’ailleurs, un observateur fort 
distingue, M. Anglade, vient d’affirmer que les quatre premie¬ 
res dtaient toujours herdditaires. Ainsi, d’apres mes constata¬ 
tions, il y aurait neuf psychoses que cliez les seuls predisposes 
hereditaires les causes directes peuvent accasionner: quatre, 
quand la predisposition est poussde jusqu'i la ddgdndrescence, 
cinq quand elle est seulement simple. 

Mais, quelle que soit l'origine de la predisposition, hdreditd ou 
acquisition, quand elle est poussee jusqu’a la d6gdn6rescence, 
les psychoses prdsentent des caracteres particuliers bien ddcrits 
par M. Magnan, debut brusque, polymorphisme, variabilitd ex¬ 
cessive, raretd des hallucinations, contradictions ddlirantes 
incessantes, ddsaccord du ton dmotionnel et de la nature des 
iddes. A cet dgard, la seule difference qui existe entre les deux 
especes de prddisposds, provient de I’dtat intellectuel que rd- 
flete admirablement le ddlire chez le ddgdnere, comme l’a bien 
ddcrit M. Legrain dans sa these ; ddlire niais et absurde quand 
les facultds sont affaiblies, et nous savons que c’est le cas chez 
le prddisposd par acquisition. 

Et il y a plus encore, il v a que dans un Ires grand nombre 
de cas, et qui sait ? peut-dtre mdme dans le plus grand nombre, 
la part prise dans la genese d’une psychose par les causes di¬ 
rectes est plus importante que celle qui revient k la predisposi¬ 
tion. Leur rdle rdciproque dans l’dclosion de chaque cas, est, en 
effet, en raison inverse l’un de l’autre. Une comparaison fera 
mieux comprendre le phdnomene. Une matiere explosible est 
souvent d’une sensibilitd telle qu’il suffit d’une simple dtincelle 
pour determiner I’explosion; une autre le sera moinsetndcessi- 
terauneallumette pourdclater;enfinune troisieme le sera si peu 
qu’il faudra une torche enflammde pour la mettre en branle. Il 


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pnEDISPOSniON EN etiologie mentale 


121 


en est exactement de m£me de la predisposition Wreditaire ou 
acquise. Pas plus que la matiere explosible, elle n’entrera d’elle- 
m£me en activite si elle est k l’abri de tout contact perturbateur, 
mais elle presente, elle aussi, trois degres d'intensite. Parfois, 
elle est si accusee qu'une cause directe banale, une etincelle, 
amene une psychose notable ; dans d’autres cas, elle a moins de 
puissance, et alors la cause directe doit etre notable, comme 
une allumette, pour avoir prise sur elle ; enfln il arrive, et tres 
souvent, qu’elle est absolument latente, et le role principal re- 
vient dans ces cas k ces causes directes qui doivent etre puis- 
santes, et m6me souvent d’assez longue duree, la torclie enflam- 
mde, pour arriver k la raise en action. 

Ce fait est signale par M. Magnan et M. Legrain qui ont dcrit 
dans leur beau livre : Des D£g6ner€s, qu’en definitive, Tappa- 
rition d’une psychose reclame un terrain prepare. Suivant la 
valeur de ce terrain, les causes occasionnelles acquerront une 
importance variable et inversement proportionnelle k celle du 
facteur predisposition. Revenant plus loin sur ce sujet, ils ont 
encore dcrit que les causes occasionnelles de ddsequilibration 
sont la veritable pierre de touche dela resistance cerebrale, qui 
n’est elle-raeme que l’expression de la valeur du facteur pre¬ 
disposition. L’importance des premieres variera fatalement en 
raison inverse de ce dernier, ce qui revient k exprimer cet 
axiome que, plus la predisposition est intense, moins Taction 
des causes surajoutdes aura besoin d'etre energique pour pro- 
duire un effet pathologique determine ; ou encore si une cause 
intense produit un effet insignifiant, la predisposition doit etre 
minime. Egalement M. Anglade dmet Topinion qu’il faut tenir 
comptedansletiologie des troubles mentaux, &lafois des causes 
pr£disposantes et des causes occasionnelles , car ce sont 
tantdt les unes et tantdt les autres qui ont l’importance pre¬ 
ponderate. 

II n’est done pas contestable que les causes directes ont une 
influence dnorme, aussi grande que celle de la predisposition 
qui, meme a son apogee, ne peut engendrer un alidne sans etre 
fecondee par elles et que parfois meme leur role dans la genese 
d'une vesanie est le plus important. Gela suflirait seul k etablir 
la necessite de leur etude, mais il v a une deuxieme raison qui 
Timpose. Nous avons vu plus haut que certaines causes directes 
sont capables de doter d’une predisposition vdsanique qui peut 
etre poussde jusqu’i la degenerescence, des individus indemnes 
jusqu’alors de toute tare. Un typhique, un paludden chronique, 
un vieil alcoolique, un saturnin de longue date, un traumatise 
du cr&ne, un insole, deviennent aussi aptes a contracter une 
psychose qu’un her6ditaire, parfois plus aptes. Je n’ai trouvd 

9 


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122 


HEVUE DE PSVCIllATHIE 


que ces six-l&, mais je n'ai pas la sotte pretention de croire que 
j’ai tout ddcouvert. Je rapporte en grande franchise ce que j'ai 
constate; d’autres peuventavoir ete plus favorisds quemoi par 
les hasards de la clinique. II importe done de continuer les 
reclierches de ce c6te et d’apporter des cas nombreux et pro - 
bants. 

Mais un troisieme fait etablit bien encore le role considerable 
des causes directes, et je suis bien surpris de ne Tavoir trouve 
signaie nulle part. Dans des cas, encore nombreux, celles-ci, 
eneffet, ne se bornent pas k mettre en action la predisposition 
existant, la trouvant tres faible, trop faible pour engendrer une 
psychose ; elles la ddveloppent, la fortifient et la rendent ainsi 
apteS se produire. Sous leur influence, une predisposition insi- 
gnifiante, que rien ne trahissait, finit par se manifester avec 
une certaine intensite. 

Je ne parlerai pas des six causes directes signaldes plus haut, 
car il est evident que, si elles sont capables de erder de toutes 
pieces une predisposition vesanique 1& ou n’en existe encore 
aucune trace, k plus forte raison elles accentuent ce qui existe 
ddj&. Parmi les autres causes directes incapables, d’apres mes 
constatations, de faire par elles-mdmes un predispose, celles 
qui ont le plus grand pouvoir lbrtifiant de l'aptitude k ddlirer, 
sont les infections endo ou exogenes, et, en t£te de celles-ci, 
viendraient la variole, Pinfluenza, puis la scarlatine; pour 
celles-li, Tinfection puerpdrale aurait une action considerable; 
ensuite arrivent les auto-intoxications par le foie, par les reins 
et par le tube gastro-intestinal. Apres viennent les empoisonne- 
ments clironiques, parmi lesquels je citerai, en dehors de Tal- 
coolisme et du saturnisme, bien entendu, le sulfure de carbone 
qui m’a fourni l’objet de deux mdmoires qu’ont publid les 
Annales dHygiene Publique en 1895 et 1901. Ce toxique pro¬ 
fessional port© tout de suite la predisposition la plus minime k 
une haute puissance et on comprend bien que les alienistes 
allemands, dans ces conditions, n’aient pas fait la part revenant 
k celle-ci, et aient cru k Texistence d’une psychose sulfo-car- 
bonde. Par leurs propres observations, j’ai demontrd leur 
erreur. 

Action fortifiante notable aussi des causes directes dnumerdes 
plus haut, et qui, pour un grand nombre d’alidnistes, seraient 
capables d’engendrer Palienation, ce que je ne suis jamais par¬ 
venu k verifier : tons les grands processus pathologiques, les 
diatheses, toutes les conditions de denutrition, lamiseie. les 
maladies graves. Non, elles n’ont, je crois, d’apres mes obser¬ 
vations, aucune prise sur un cerveau absolument normal, mais, 
que rorgane ait la plus ldgere tare, ces causes directes consti- 


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PREDISPOSITION EN KTIOLOGIE MENTALE 


123 


tueut pour celle-ci un engrais de premiere fertilite, et si on ne 
scrute pas dans les coins, si on s’arr£te aux apparences l’rap- 
pantes, la petite f&lure iniliale echappe aux investigations. 11 
s’est passe pour ces causes directes pathologiques chez nous, 
ce qui s’est passe, comme nous venons de ledire, pour le sulfure 
de carbone en Allemagne. L’action fortifiante a ete prise pour 
une force cicatrice. 

Eufin, il n’est pas jusqu aux causes directes banales, appelees 
causes morales, qui ne soient, sinon par leur intensity, du moins 
par leurduree fortifiante dans bien des cas, de la predisposition 
faible. Jadiselles etaient les reines de l'Etiologie; onattribuait& 
leur seule et nnique influence 70 0/0 au moins des cas de folies. 
Aujourd’hui, il est demontre qu’elles exigent la predisposition, 
mais, comme l’a signale M. Fere, ce sont les emotions tristes et 
surtout celles qui agissent d’une maniere lente et continue, qui 
montrent le plus de puissance dans la production des psycho¬ 
ses. C'est tres exact, car lentement ces emotions tristes accrois- 
sent l’aptitude a deiirer et au bout- d’un certain temps celle-ci 
est mure pour la psychose. 


Ill 

Enfla, il est une derniere propriete des causes directes d’une 
importance capitale et qu’a ma connaissance, cependant, seul 
M. Toulouse a traitee avec tous les developpements qu’elle 
coraporte, en 1897, dans son bel ouvrage si richement docu- 
mente, surles Causes de lafolie. Ce sont les causes directes, 
en effet, qui imprimentau delire sa couleur, sa maniere d’etre. 
Aussi M. Joffroy, dans ses cours, repete-t-il assez souvent, car 
il est, lui aussi, un grand defenseur de la ndcessite de la predis¬ 
position, que celle-ci est la graine qui attend, pour se ddvelop- 
per, Tengrais convenable. Reprenant la comparaison de son 
maitre, M. Toulouse dit que i’engrais peut etre plus ou moins 
different, et plus ou moins different alorS sera le developpement 
de la graine ; car aucune force, en biologie comme en physique, 
ne doit se perdre. 11 pense, en consequence, qu’il ne faut pas 
declarer ou 6 peu pres, que la predisposition fait ce qu’elle veut 
et que les autres causes sont sans influence aucune sur la 
genese des psychoses; il croit, au contraire, qu’elles en ont une, 
et il sappuie pour cela sur rautoritede Morel qui n’est pas sus¬ 
pect dans la question. On sait, en effet, que l’illustre clinicien 
de St-Yon, bien qu’il ait contribue plus que tout autre k faire 
de la predisposition v4sanique la cause psychopathique princi- 
pale, soutenait que la nature du delire est toujours en rapport 
avec la nature de la cause, et qu’il a base sur ce principe fdcond 
sa classification 6tiologique des maladies mentales. 


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m 


HEVUE DE PSYCHlATUlE 


Morel est dans le vrai, mais la comparaison du professeur 
Joffroy ne rend pas bien le phenomene, car la nature diffdrente 
de l’engrais ne fait pas varier la nature de la plante que fournit 
la graine ; elle favorise plus ou moins son developpement, voila 
tout. Cette comparaison peut done donner une idee fausse du 
fait. La predisposition, en effet, est une disposition vague, inde- 
finie, avons-nous dej k dit, une aptitude k delirer sans direction 
ddterminee, ce sont les causes directes qui lui en impriment 
une, qui 1‘orientent et qui lui donnent une forme particuliere. 
Si on veut rester dans le domaine bucolique, il est une compa¬ 
raison beaugoup plus exacte que celle du professeur Joffroy et 
qui fait bien saisir le fait en question. La predisposition vesa- 
nique est un terrain plus ou moins bien prdpard, labour^ et 
eugraissd, mais incapable, dans tous les cas, de rien produire 
par lui-m6me; les diverses causes directes sont les graines 
diffdrenles qui tombent dans ce terrain apte k les 1 ecevoir et k 
les faire germer. Sans les graines, le terrain, quelque bien 
approprid qu’il soit, ne produirait rien; de m£me la predisposi- 
tion, quelqu’accentude qu'elle soit, ne produirait rien non plus 
sans les causes directes, mais le terrain produira des plantes 
differentes selon la nature des graines qu’elle reeevra, de m£me 
aussi la predisposition produira des psychoses differentes selon 
la nature des causes directes qui agiront sur elle. 

A Tappui de ce qui precede, je rappellerai qu’il est une serie 
de fails oil tout le monde admet l'influence souveraine de la 
cause directe : tels sont les cas de folie alcoolique et de folie 
dpileptique. N’est-ce pas reconnaitre par lk % que leldment etio- 
logique, peut imprimer un caractere clinique k la forme vesani- 
que. Aucun medecin n'hesite, alors m^me qu'il est depourvu de 
tout renseignement, a diagnostiquer la vesanie dthylique en pre¬ 
sence de l’ensemble des symptomes psychiques aujourd’hui 
classiques de cette intoxication ; et on saitque tous les alienistes 
trouverent, il y a une quarantaine d’annees deji, encore plus 
juste que spirituelle, la jolie reponse du D r Campagne k un pre¬ 
sident d assises qui lui reprocliait dans une affaire de meurtre, 
d'affirmer d’apres les seuls symptomes mentaux, Tepilepsie, 
alors qu’il n’avait pas constate une seule attaque : quand j’aper- 
cois, rdponditavec esprit ce medecin, les derniers wagons dun 
train s’engouffrant sous un tunnel, je n’ai pas besoin d’avoir vu 
la locomotive pour aflirmer qu elle est en tdle et que e’est elle 
qui tire. Ainsi on est autorise, m£me en matiere tres grave, k 
conclure k Texistence de repilepsie, par le seul examen mental, 
et il en est de mdne pour l’aleoolisnie, tant on est convaincu 
aujourd'hui du caractere special de la vdsanie survenant sous 
l’inlluence de ces deux causes directes. Mais alors, on est en 


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PREDISPOSITION EN ETIOLOGIE MENTALE 


125 


droit de se demander pourquoi ce qui est vrai de cas deux, ne 
le serait pas des autres? Qu'ont done de particular ralcoolisme 
et Tepilepsie pour qu’ils aient seuls, celui-la raeme parmi les 
intoxications et celle-ci m£me parmi les nevroses, le privilege 
d’imprimer leue cachet aux psychoses qu’ils contribuent a en¬ 
gender, qu’elle que soit la predisposition hereditaire ouacquise, 
forte ou faible ? 

A mon avis, il est certain que ce n’est pas 1 k une double ex¬ 
ception, mais la manifestation plus apparente, qui a attire 1’at- 
tention d’une loi generate; ce qui se produit pour l’alcoolisme 
et Tepilepsie, doit se produire pour les autres causes directes et 
on est aulorise, tout au moins, de croire avec le D r Toulouse, 
que les agents pathogenes out chacun des modes d’action qui 
les rendent un peu personnels et qui permettent deles grouper, 
et qu’en psychiatrie, il existe des syndromes, des modes de 
reaction du cerveau lese coi respondant, non pas & eliaque agent 
irritatif, mais k un groupe de processus morbides analogues. Il 
serait done indispensable de poursuivre d'actives et minutieuses 
recherches dans ce sens. Orj’aidit dejA plus Uaut que je n’ai 
rien trouve sur la question depuis l’ouvrage du D r Toulouse qui 
date de plus de huit ans et qui pourtant en avait bien etabli toute 
rimportance. C’est tres regretlable. 

Ces recherches ne seraient certainement pas intructueuses et 
m£mejestime qu’aux deux psychoses speciales, de ralcoolisme 
et de lepilepsie, acceptees de tous les alienistes, il serait peut- 
^tre juste d’en ajouter d’ores et deja une troisieme. En effet, M. 
Regis a demontre par des faits tres bien observes, que la parti¬ 
cularity pour ainsi dire caracleristique des vesanies survenant k 
la convalescence de la fievre typhoide, quandle delire infectieux 
et febrile a ete intense et prolonge, a fortement secou6 l’organe 
de la pensee et que la maladie a eu une evolution longue, est 
une obtusion intellectuelle intense et une abolition complete de 
la memoire, qui impriment aux conceptions delirantes, de quel- 
que nature qu'elles soient, un cachet d’absurdite sp6ciale. Les 
faits que j’avais observes confirmaient cette description, aussi 
dans mon mdmoire de 1883, des Annales MMico-Psychologi - 
ques, me rangeant k Vopinion de cet alieniste, j’ecrivis qu'il 
etait tres exact que les typhiques convalescents et alidnes ddli- 
rent d’une lagon niaise et que leur folie rappelle les folies s6ni- 
les ; on croit entendre radoter de jeunes vieillards. Il n’y a done 
pas chez eux de systematisation, ai-je encore afflrmd, ils emet- 
tent les conceptions delirantes les plus absurdes, ils racontent 
leurs hallucinations telles qu’ils les eprouvent sans chercher a 
les expliquer. Enfin je signalai que les idees delirantes qui se 
detachent sur ce fond de confusion mentale revcHent presque 


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126 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


toujours la forme de la lypemanie ambitieuse : c'est un melange 
contradictoire d’idees melancoliques et d’iddes de grandeurs, 
dmises sans ordre, indifleremment selon Toccasion ou l'impres- 
sion du moment, parfois sans raison appreciable. Or tous les 
faitsquej'ai observes depuis vingt ans ont dte identiques a 
ceux-lk et m’ont demontrd combien etait exacte, dans ses gran- 
des lignes, la description de M. Regis. Je crois en consequence, 
que les typhiques convalescents ont une psycbose spdciale, tout 
comme les alcooliques et les epileptiques, d'autant plus que, de¬ 
puis longtemps deja, un observateur de tres grande valeur, 
Macd, a beaucoup insists lui aussi, sur la presence constante 
chez ces alienes d’une grande confusion mentale avec associa¬ 
tion disparate de conceptions delirantes ; les unes ddpressives, 
et les autres expansives, celles-l& lypemaniaques et celles-ci 
mdgalomaniaques. 

Enfln, peut-dtre serait-il possible d’etablir uue qualrieme ve- 
sanie spdciale en rapport avec sa cause directe. II semble bien, 
en eflfet, k en juger par les recherches de Parant et de Ball, qui 
malheureusement n’ont pas ete reprises, que la psycbose de la 
maladie de Parkinson a des caracteres particuliers qu’on 
retrouve toujours. Les cas de vesanie dans cette ndvrose ne 
sont pas tres frequents, mais il en existe dej& un certain nom- 
bre bien observes. Or, les phdnomenes psycliiques du parkin- 
sonien, affirme avec raison M. I)util, n’oflfrent pas le polymor- 
pliisme, la variability qu'on note, par exemple, dans la maladie 
de Basedow et dans la choree. Cette psycbose est toujours cons- 
tituee par une forme depressive ; c'est une lypdmanie, accom- 
pagnde d’impulsions au suicide et d’hallucinations multiples, le 
plus souvent de Pome, plus rarement de la vue. Elle n’apparait 
qu'a une pdriode dej& avancde de la maladie ; elle passe par des 
phases de remission imparfaiteet finit par laisser le malade dans 
unetatde veritable demence ou de demi-stupeur, d’apres la 
description de M. Dutil conforme a celle de Parant et de Ball ; 
ces alidnistes, ont releve, en outre, ce fait tres important et 
tres exact que la psycbose des parkinsoniens s aggrave paral- 
lelement aux troubles de la motilite et sapaise lorsque le 
tremblement vient k s’attenuer ou & disparaitre. Tout cela est, 
me semble-t-il, bien net et bien caracteristique, et prouve que 
la vesanie de la maladie de Parkinson est une vesanie speciale 
en etroites relations avec la cause qui la produit. 

Ainsije comprends aujourd’hui Tinfluence de la predisposi¬ 
tion bdryditaire et de la predisposition acquise sur les facultes 
mentales, avec la part qui leur revient et celle qui revient 
aux causes directes dans la geuese des psychoses. Jai donnd en 
toute sincerite les resultats de mes longues recherches de 1874 

k ce jour. _ 

(Voir la suite apres le Bulletin biblioymphiquc mensucl). 


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SOCIETES 


127 


TECHNIQUE 


NOUVELLE MlSTIIODE DE RAMON Y CAJAL POUR LA COLO¬ 
RATION DES FIBRES A MYELINE 
Par le D r Marchand 

\? Les pieces doivent avoir 5 millimetres d’^paisseur ; 

2* Elies sont fixees et durcies dans de l’alcool b 96 ft pendant 24 
heures ou plus si Ton veut; 

3* Reduction des pieces b la moitie de leur epaisseur ; 

4° Lavage des pieces & l'eau distillee ; 

5* Immersion dans une solution aqueuse de nitrate d’argent & 
1,5 0/0. 

6° Sejour des flacons dans une 6tuve regime entre 30° et 35° pen¬ 
dant trois b cinq jours suivant la grosseur des pieces ; 

7° Lavage des pieces b l’eau ; 

8° Immersion des pieces dans le liquide reducteur suivant pen¬ 


dant 24 heures: 

Acide pyrogallique ou hydroquinone. 1 b 2 gr. 

Eau distillee. 100 c. cub. 

Formol... 5 c. cub. 

Sulfate de soude pur. 1 gr. 

9° Lavage des pieces b l’eau ; 


10' Deshydratation graduelle et inclusion b la celloi'dine ; 

IP Faire des coupes tres fines (6 a). 

12° Eclaircir les coupes apres deshydratation dans le xylol phd- 
niqud de Weigert. 

Remarque. — Si les coupes sont colordes en rouge clair, il faut 
les faire virer quelques minutes dans: 


Sulfocyanure d’ammoniaque. 3 gr. 

Hyposulfite de soude.*.... 3 gr. 

Eau distillee. 100 gr. 


Chlorure d’or, quelques goultes d’une solution aqueuse b 1 0/0. 


SOCIETES 


SOCIETE MfiDICO-PSTCHOLOaiQUE 

(Seance (In HO janeier 1905) 

I. MM. J. Philippe et G. Paul-Boncour : La qenc.se du mensonqe 
die; quelques enjants mentalemcnt anormaux. — Discussion : MM. 
Dupre, Vallon. — II. Dicers . 

I 

MM. 4. Philippe et G. Paul-Boncour communiquent un travail sur 
la qenese du mensonqe chez quelques enjants mentalemcnt anormaux . 


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128 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Leurs observations ont portd specialeinent sur des enfanls d’ecole 
maternelle et d’ecole primaire et sur de jeunes indisciplines ou des 
delinquents. 

L’habitude de mentir, chez les enfants nientalement anormaux, peut 
etre considdr6e comine la persistance d'un caract6re infantile normal 
appartenant a la premiere enfance. Coni rai re merit a une these que de 
nombreux moralistes ont soutenue, les auteurs pensent que 1’enfant 
est, au debut de sa vie mentale, aussi incapable de distinguer le vrai 
du faux que de distinguer les nuances deseouleurs : c’est leddveloppe- 
inont de ses facultes mentales qui le rend capable de ce discernemfent. 
Si ce developpement se fait mal ou ne se fait pas, non seulement I’en- 
fant anormal discerne mal le vrai du faux, mais encore il mele les 
elements du reve ou les produits de l’imaginotion aux donndes de 
l’experience : de la l allure de ses niensonges. 

M. Dupr£. — Je crois qu’il y aurait interet a designer par une deno¬ 
mination partieuliere ce syndrome que Ton observe chez l’enfant et qui 
comprend le mensonge, la simulation et la fubulation morbides. Je 
pense qu’on le forait clairement en employant le mot de mi/thonianie. 
En elTet le terme de mensonge designe des choses tres dissemblables. 
Le mensonge de l’enfant anormal, com me le montre 1’analyse de MM. 
Philippa et Paul-Boncour, dilTere notablement du mensonge volontaire 
de l’adulte. Chez le tout jeune enfant, le mensonge, ou plutdtla mytho- 
manie, est un caract&re de rinfantilisme normal. Ce caractere persiste 
chez lanormal. Les monies mobiles morbides qui d6terminent l’usage 
du mensonge chez l’adulte, la vanite, la malignite, la perversite, 
entrainent chez l’enfant anormal, la mise en jeu de la mythomonie. 
Et si le petit vaniteux, le petit uialin, le petit pervers mentent, simu- 
lent ou creent des tabulations avec une facilite remarquable c’est 
que lour mecanisme mental, imparfaitement developpe, est incapable 
de faire la distinction du vrai et du faux. II est important de metlre a 
part les fails qui relevent de la mythornanie, de ne pas les confondre 
avec ceux qui appartiennent 6 l’hystth-ie. Beaucoup d’hysteriques sont 
mythomanes, c’est vrai; inais quelques-uns ne le sont pas, et un grand 
nombre de mythomanes ne sont pas des hysteriques. 

\1. Vallon. — Le mot mensonge est evidemment impropre & desi¬ 
gner les fails dont il est question. II serait bon de le reserver a l’acte 
conscient et volontaire d’alterer la verite. Je suis heureux que M. Dupre 
ait cree le mot de mythornanie. L’etude des faits auxquels il attribue 
cette denomination est ties interessante. Elle devrait rester a l'ordre 
du jour de notre sociele. 


II 

M. le D r Sizaret de Rennes est 61u membre correspondent. 

La Sociele decide de prendre part ofTiciellement a la reception qui 
doit etre ofTerte prochainement aux medecins anglais par un comite de 
ni6decins frangais. 

G. Collet. 


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NOTES ET INFORMATIONS 


129 


ANALYSE DES L1VRES 


Du rdle social du Mddecin (H. Paulin Ed.), par M. P. Rabier. 

Le role du mydecin dans lu society moderno va sans cesse grandis- 
sant. Vis-a-vis de l’individu, son r61e commence d6s la conception de 
i'enfant. Le niedecin assiste a l’accouchement, surveille l’allaitement; a 
l’ycole, l’enfant est encore sous la protection du niedecin qui doit d6- 
pister les maladies contagieuses, reconnaitre les enfants anormaux, faire 
des conferences sur I'hygiene ; il devrait, in6me d’aprfcs l’auteur, decider 
des luarioges en delivrant un certiflcat de santd M 
Vis-a-vis de la collectivity, son r61e n’est pas moins grand ; il y a dea 
mydecins inspecteurs des enfants du premier &ge et des enfants assistys; 
ce sont les mydecins qui sont les plus nombreux dans les comitys d’liy- 
gi£ne; il devrait y avoir des mydecins parmi les juges qui reprysente- 
raient le droit humain & coty du droit de la society. Les mydecins doi- 
vent supplanter les missionnaires, car la oil l homme de priere ne peut 
se faire entendre, le guyrisseur sera dcoute. 

Mais, si le r61e du mydecin va en croissant, la sociyty tend y l’honorer 
de moins en moins nurnyrairementaussi bien que moralement; de plus, 
le mydecin doit presenter une somme croissante de qualitys morales. 
Il y a la une rupture d’equilibre au dytriinent de celui-ci. 

L’auteur conclut que le medecin devra acquyrir, pour faire face aux 
nouvelles exigences de la socidte, de nouvelles forces morales et les 
demander au spiritualisme, a un ideal, a une croyance. Heureusement, 
que l’auteur reconnait que l'esprit matyrialiste a pu suffice a de bons 
mydecins dyvouys! 

L. Marchand. 


NOTES & INFORMATIONS 


La salive des ypileptiques. — A/. Giulio Bellini a fait toute une syrie 
d’etudes sur la salive des ypileptiques, aspect, reaction, density, sulfo- 
cyonures, etc., cornparee a la salive d’individus sains. 

11 a trouvy que la salive des ypileptiques recueillie a distance des 
repas,dans une pyriode sans acces,ne sediflerenciait en aucune manure 
de la salive buccale inixte norinale, avec rare pry valence de la secretion 
d’un groupe glandulaire. Cependant le pouvoir amylolytique de la 
salive des ypileptiques est beaucoup plus grand que pour les gens nor- 
inaux. 

Ces resultats ne peuvent conduire a aucun signe pratique de diagnos¬ 
tic ou de thyrapeutique, mais contribuent a expliquer pourquoi le 3 
ypileptiques pourraient, d’apres la constatation del’auteur, digereravec 
une Ires grande facility le pain, les farineux, etc., toutes les substances 
a forte proportion de substances amylacees. 

[Annuli rfi Freniatria , dycembre 1904, p. 289). 

Pathologie et rayon N. — Les rayons N ont yty a l’ordre du jour en 
19GL Et certes les experiences de M. Charpentier avaient paru tellement 
concluantes qu’il semblait bien qu’il n’y aurait plus qu’a mettre un 
ecron au sulfure de calcium devant des cranes pour connaitre la 
nature des delires. 

Malheureusement on s’est apercu depuis lors, que les rayons N d’ori- 
gine physiologique dtaient y releguer dans le domaine de la legende et 
ne valuient gu5re plus au point du vue scientiflque que toutes les elu- 


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130 


HEVUE DE PSYCI1IATR1E 


cubrations desspirites qui disputerent a M. Charpentier la priority de la 
decouverte. On peut aujourd’hui les renvoyer dos a dos. 

Et les rayons N, d’origne physique, paraissent eux-mdmes infiniment 
douteux '. 

Aussi faut-il renoncer, pour le moment a ces rayons qui remplissaient 
si heureusement une case vide dans le tableau des radiations classdes 
par longueur d’onde, et surtout a ces manifestations objectives des vibra¬ 
tions (?) nerveuses. 

A l’etranger, aucun phvsicien n’ayant pu reussir les experiences de 
M. Blondlot, qui fut mis en ddfaut dans son laboratoire m^ine, les 
rayons N etaient depuis longtemps dej& en suspicion legitime. 

II n’y eut que les spirites etrangers qui, malgre quelque peu de ja¬ 
lousie, s’enthousiasmerent pour la decouverte de M. Charpentier. 

C'est ainsi qu’il nous revient l’echo d’un travail russe sur la divina¬ 
tion de la pensde, qui naturellement etablissait que la communication 
se faisait par une transmission inter-cerdbrale de rayons N 
Sans disculer le fait, I nterpretation tout au moins peut-dtre consi- 
derde comme non avenue. 

II est temps de ddbarasser la science du poids d erreur qui y a dte 
pendant un an lourdement jetd. 

P. 

V r Congrds International de Psyohologie (Rome, 26-30 avril 
1905). — Nous avons regu de M. Giuseppe Sergi, President du Co- 
mite d’organisation la lettre suivante : 

Monsieur et trds honord Confrere, 

J’ai l’honneur de vous prevenir, qu’a cause de ses nombreuses occu¬ 
pations, notre illustre confrere le professeur L. Luciani m’a remis la 
Prdsidence du Comite d’organisation du V e Congres international de 
Psychologic, dont il a consenti a etre le President honoraire. 

L’organisation du Congres est ainsi confide a ines soins et a ceux de 
mes Collegues M. le Professeur A. Tamburini, directeur de l’lnstitut 
psychiatrique de Keggio Emilia et le Docteur Sante De Sanctis 
charge du cours de Psychologie physiologique a la Facultd de Mdde- 
cine de Rome, en qualite de secretaires generaux. 

Le Congres aura lieu du 26 au 30 avril 1905 ; les details du programme 
vous seront communiques par une circulaire. 

Le temps qui nous separe de la reunion du Congres dtant assez 
restreint, je vons serai trds oblige, M. et honore Confrere, de vouloir 
bien reunir le plus grand nombre d’adhesions possible panni les Con¬ 
freres de votre pays. Je vous serai egalement oblige de me faire con- 
naitre le plus tot possible le titre des communications scientifiques que 
vos Confreres fran^ais et vous-meme desirez faire au Congres. 

C’est avec la plus grande confiance, M. et honore Confrere, que je 
fais appel a votre concours intelligent et devoue et je suis sur que la 
France sera largement representee a notre prochain Congr6s. 

Le President du Comite d'organisation. 

Prof. Giuseppe Sergi. 

Pour toutes informations au sujet de l’organisation et des travaux du 
Congres, s’adresser au D r Sante de Sanctis, Via Depretis, 92, Roma. 
Adresse du President ; Professeur Giuseppe Sergi, Via Collegio 
Romano, 26. 

1 Voir l’enquele ties coucluonle de lu Revue Scientifiquc en Novembre-De- 
cembre 1904. 

- N. G. Kotik. La lecture de la pcns6o et les ravons N. Obozireniepsichiatrie. 
IX: 1904. Archives de Xeurologie. Fevrier 1905, p. 135. 


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NOTES ET INFORMATIONS 


131 


La cotisation est de 20 francs pour les membres et de 10 francs pour 
les membres de leur famille. On annonce des reductions des chemins 
de fer, et des fdtes. L’argent doit dtre envoyd au tresorier, M. Giovani 
Luccio, ministere de lTnstruction Publique, a Home. 

Le Congrds est divise en quatre sections : 

i. Psychologie expdrimentale, President : Professeur Giulio Fano 
(Florence) 

II. Psychologie introspective, President: Prof. Roberto Adrigo 
(Padoue); v.-p.: Professeurs Sarlo (Forence) et Dandolo (Messine). 

III. Psychologie pathologique, P l : Prof. Enrico Morselli (Gdnesi. 

IV. Psychologie criminelle, pddagogique et sociale, President: Prof. 
Cesare Lombkoso (Turin). 

La Psychologie introspective aurait pu prendre le nom, beaucoup 
mieux adapte, de psychologie d’observation. 

La Psychologie pddagogique eut pu dgalement faire I'objet tout au 
moins d’une subdivision autonome. 

Enfin, si Ton constate avec plaisir la disparition d’une section dite 
supranorinale, on ne peut s’empecher de regretter la section de psy¬ 
chologie comparde. 

Peut-dtre est-il temps encore, bien que l’annonce du Congres se soit 
faite bien tard, pour qu’il soit permis de modifier un peu les sections 
dans le sens de ces desiderata de la plupart des psychologues frangais 
et certainement de beaucoup de psychologues des autres pays. 

M6decins adjolnts chefs de Clinique. — Un arretd da ministre de 
Tlnterieur vient de regulariser et d’amdliorer la situation des mddecins- 
adjoints noinmes chefs de Clinique des maladies mentales de la Faculty 
de mddecine de Paris. Jusqu’d ces derniers temps les mddecins-adjoints 
qui etaient nommds chefs de Clinique sortaient du cadre des medecins 
des asiles et perdaient le rang qu’ils occupaient sur la liste. Aux termes 
de 1‘arrete du 12 janvier 1905, « les mddecins-adjoints regus au concours 
qui occuperont effectivement des postes de chefs de Clinique des mala¬ 
dies mentales & la Faculte de mddecine de Paris, seront considdres com- 
me exergant leurs fonctions dans un asile public d’alienes. » Toutefois 
le temps du clinicat ne pourra pas ddpasser trois ans. Ajoutons que ref¬ 
let de cet arrdtd est relroactif et remonte au l or septembre 1904, ce dont 
bdneficieront les Chefs de Clinique actuels, medecins-adjoints des asiles, 
MM. Hoy et Juquelier. 

Cet arretd a ete pris sur la deinande de M. Joftroy, Professeur de 
Clinique des maladies mentales. 

Poisque nous parlons du Clinicat de Paris, indiquons aussi que cha- 
cun des deux chefs de Clinique de Ste-Anne, regoit de la Facultd une 
indemnitd fixe de 1200 fr. et une indemnite proportionnelle au nombre 
des eleves pour sa participation ii l’enseignement de 1’Institut medico¬ 
legal psychiatrique. II touche en outre, depuis cette annee et sur la 
proposition de M. Henri Rousselle, Conseiller gendral du Ddpartement 
de la Seine, une indemnitd de 1300 fr. s’il est inddecin-adjoint et de 600 
fr. dans le cas contraire, pour le service mddical qu il assure a la Clini¬ 
que. De la sorte les medecins-adjoints qui deviennent chefs de Clinique 
ne perdent pas leurs litres a l’avancement et conservent en fait leur 
traiteinent. 11 faut feliciter M. Henri Monod, Directeur de I’Hvgidne et 
de l’Assistance publique et M. Henri Rousselle, Conseiller general de la 
Seine, d’avoir ainsi, a la demande de M. JofTroy, modifle une situation 
precaire et indquitable, sans que les autres medecins-adjoints aient a en 
soutTrir d’une manidre quelconque. 


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132 


REVUE DE PSYCHIATBIE 


Les internes des asiles et la Faculty de Paris. — Le conseil de 
l’Universite, dans sa stance du 30 janvier, a decide que les internes des 
asiles d’alienes non docteurs, seraient dispenses des frais d'iinmatricu- 
lation ix la Faculty de Medecine et pourraient frequenter librement 
la Bibliotheque de la Faculty. On ne peut qu’applaudir a cette mesure, 
toute de justice qui est due a l’heureuse intervention de M. JofTroy. 

Ecole russe des Hautes Etudes sociales. — A l’Ecole russe des 
Hautes Etudes sociales, on peut signaler queiques cours : 

Psychologic experimental, par V. Henri , avec exercices et travaux 
pratiques. 

Anthropologie eiementaire, par 77*. Voiko? 9 avec exercices et travaux 
pratiques. 

Etude des races humaines en Europe, par ./. Deniker. 

Etudes anthropologiques sur les Indes, par L. Lapicquc. 

Exposition de St-Louis. — Void la liste des recompenses les plus 
importantes accordees a la France par I’Exposition de StLouis pour le 
groupe 139 (Assistance) : 

Grands prix . Collectivite des Societes de prevention de 1’enfance 
malheureuse et coupable. — Ministere de l’lnterieur (Administration 
penitentiaire; Direction de l'assistance et de l'hygifene publiques). — 
Societe de9 creches. — Union des femmes de France. — Comite de 
defense des enfants traduits en justice. — Patronage de l’enfance et de 
l’adolescence. — Patronage familial. — Societe gen6rale des prisons. 
— Societe de la protection des engages volontairos eievessous la tutelle 
administrative. — Union framjaise pour le sauvetage de l’enfance. — 
Union des Societes de patronage de France. — Societe internationale 
pour retude des questions dassistance. 

Internat des asiies de la Seine. — Le concours d’internat en phar- 
macie des asiles de la Seine s’est.terming par la nomination de MM. 
Guillevic, Mauferon et Allemagny. 

Distinctions honorifiques. — Officiers de l’Instruction Publique : 

Le docteur Biaute (Jean-Baptiste-Auguste-Paul-Alcee), medecin en 
chef de l’osile d’alien6s de la Loire-Inferieure a Nantes. 

Bonnefond (Jean-Marie-Louis-Joseph), secretaire de la direction A 
l’asile national des convalescents fc Saint-Maurice (Seine). 

Capdepont (Bernard-Marie-Charles-Maurice), chirurgien dentiste des 
asiles d’alienes de la Seine. 

Le docteur Dupain (Jean-Marie), medecin en chef des asiles d'alienes 
de la Seine & l’asile de Vaucluse. 

Le docteur Paries (Charles), directeur de l’asile d'alienes 4 Mon- 
tauban. 

Le docteur Ramadier (Josep-Charles), directeur de 1’asile d'alienes a 
Rodez. 

Officiers d'Academie: 

Le docteur Boiteux (Marie-Georges), medecin en chef de l’asile 
d’alienes de Clermont (Oise). 

Depay (Charles), econome de l’asile de la Maison-Blanche h Neuilly- 
sur Marne (Seine-et-Oise). 

Le docteur Hauser (Fernand), ancien interne de la Snlpetriere. 

Le docteur Thivet (Leon), medecin en chef de 1’asile d’alienes de 
Clermont (Oise). 

Le docteur Santenoire, medecin adjont de l'asile d’alienes de Dijon 
(C6te d’Or). 

_ Le Q^rant ; A. Cqueslan t. 

CAIIOKS, IMPRIMERIE A. COUESLANT (111-25-05) 


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REVUE CRITIQUE 


LA FOLIE DANS LES PRISONS 

CREATION D UN SERVICE DE MEDECINE MENTALE 

Par le D r Pactet 

Medecin en Chef de Caaile de Villejuif 

Le but queje me propose, en 4crivant cet article,nest pas de 
rechercher les rapports qui peuvent exister entre la criminality 
et la folie, probleme d'un haul intei-yt social, mais qui ne semble 
pas, jusqu'& maintenant, avoir regu de solution definitive. Pour 
ne pas prater k des considerations d'ordre doctrinal et ne pas 
sortir des limites du domaine des faits, le sujet que j’aborde 
n’en mdrite pas moins de retenir Tattention de tous ceux qui 
s’intyressent aux questions philanthropiques. 

Je veux dtablir que les prisons renferment un nombre assez 
considerable d*ali4nes et que ceux-ci y sejournent souvent un 
temps assez long, parfois jusqu’4 Texpiration de leur peine, 
parce que leur etat d’aliynation mentale demeure myconnu. 

Je ferai voir ensuite qu’un tel etat de choses a eveiliy en Bel¬ 
gique de lygitimes preoccupations et que leffort de ceux qui 
signalaient ce mal a abouti k la creation, dans ce pays, d’un 
service spdcial, le service de mydecine mentale des prisons, 
dont le but est d’eliminer des etab’lissements penitentiaires 
les dytenus qui ont leur veritable place marquee k l'asile 
d'alienys. 

Je terminerai en montrant qu’en France, ou cependant l’at- 
tention a dte attiree sur Texistence d’une situation identique, 
soit dans les congres de mydecine mentale, soit dans les congres 
penitentiaires, ou dans des travaux particulars, il n'a encore 
ete fait jusqu’a maintenant qu’une modeste tentative pour 
suivre Tinitiative de la Belgique qui, elle, n‘a pas hesity k s’en- 
gager, il y aura bientot quinze ans, dans la voie du progres. 

* 

* * 

Dire qu'il se trouve des alidn6s dans les prisons, c’est enoncer 
une proposition qui a la valeur d‘un axiome. Pour s’en convain- 
cre, il sufflt de se reporter aux travaux des auteurs qui ont 
ecrit sur ce sujet, mddecins de prisons ou medecins d’asiles, de 
consulter les documents officiels de l’administration peniten- 
tiaire et le mouvement des entrees k I’etablissement special de 
Gaillon. Cet asile, on le sait, est destind a recevoir les ddtenus 

01 


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134 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


condamn6s a plus d’un an de prison, qui deviennent alienes au 
cours de l’accomplissement de leur peine dans les maisons 
centrales. 

Ce nest pas d’aujourd’hui que datent les premiers travaux 
signalant la presence d’alidnds dans les prisons. II y a plus de 
cinquante ans, Vingtrinier 4 , medecin en chef des piisons de 
Rouen, avait deja dte frappd du nombre d’individus atteints 
d’altenation mentale qui se trouvaient parmi les inculpes ou les 
condamnes soumis k son observation. En 1853, il publia une 
statistique portant sur une pdriode de 37 annees et sur 43.000 
prisonniers: cliez 263 d’entre eux, il avait constate des troubles 
mentaux. 

Ferrus 1 2 , dans un travail sur Temprisonnement et les prisons, 
rapporte que dans les maisons de detention de France, pendant 
l’annde 1842, sur 18.141 ddtenus (14.284 liommes et 3.885 
femmes), Ton comptait 143 alienes (50 hommes et 93 femmes) et 
que pendant l’annee 1847, sur 18.91G ddtenus de Tun et l'autre 
sexe,le nombre des alienes s’61evait a 214, soit une proportion 
de 10.73 pour mille. 

Parchappe 3 4 5 nousapprend qu’en 1851, une population de 18.375 
prisonniers, dans 21 maisons centrales (14.891 liommes et 3.484 
femmes) avait fourni h l’asile, pour cause de folie, 104 sujets 
(63 liommes et 41 femmes) ce qui donne une proportion d en¬ 
viron 6 pour mille. L’annee precedente, dans sa visite aux 
monies dtablissements, en qualite d'inspecteur, il n’avait pas 
d&xmvert, fait qui peut sembler etrange, plus d’une douzaine 
d’aliends. 

Plus tard, dans un rapport * au ministre de I’int^rieur, il in- 
diquait pour les annees 1853 et 1854 une proportion de cas 
d’altenation mentale de 0,73 pour 100 cliez les hommes et de 
1,59 chez les femmes. 

Sauze\ medecin de l’asile d’alienes de Marseille et de la 
prison cellulaire de la n^rne ville, dans ses recherches sur la 
folie p6nitentiaire, a relate un certain nombre d’observations de 
detenus atteints d’alienation mentale et dit qu’il a notd un total 
de 44 individus ayant presente des signes divers de ddsordre 
intellectuel sur une population de detenus qui, dans le cours 


1 Vingtrinier. Des alienes dans les piisons et devnnt la justice. Ann. dhyg. 
et de tried. Leg. 1852 et 1853. 

• Ferrus. Des prisonniers , dc Vemprisonnemcnt et despt isons. Paris, 1850. 

15 Parchappe. Des principes a suivre dans la fondation et la construction des 
asiles d'alienes . Paris, 1853. 

4 Parchappe. Statistique medicate des etablisscments penitentiaires, — maisons 
centrales de force et de correction pour la periode de 18oG h I860. — Paris, 1805. 

5 Sauze. Recherches sur la folie pcnitentiairc. Annates med. psych. 1857, 
page 28. 


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LA F0L1E DANS LES PRISONS 


135 


de deux annees a atteint le chiffre de 2.400 environ. II atlribue 
les divergences d'opinion relatives k la proportion des ddtenus 
alienes, aux causes d’erreurs dont on est latalement entourd lors- 
qu’onrecueilledesrenseignementsde cette nature. Quelques-unes 
des conclusions de son m6moire sont int6ressantes k retenir. 

« II exisle, dit-il, les plus grandes analogies enlre les alienes 
et une certaine classe de detenus composee d’hommes a orga¬ 
nisation incomplete. 

> Une partie de la population des prisons serait mieux plao6e 
dans les asiles d'ali£nes. 

> Le nombre des condaranations d alienes est considerable. > 

Les travaux auxquels a donn6 naissance la question des alie¬ 
ns meconnus et-condamnes, fournit aussi une ample moisson 
de fails qui d6montrent l’existence d’alien^s dans les prisons. 

Au Congrfes de mddecine mentale tenu a Rouen en 1890, M. 
Bailleul *, alors directeur de la quatrieme circonscription p6ni- 
tentiaire, communiqua une note sur la folie dans les maisons 
centrales, oil il etablissait que, de 1853 a 1860, il avait constate, 
d’apres des tableaux comprenant l’ensemble du service mddical 
des prisons, 226 cas d’alienation mentale preexistante k Tem- 
prisonnement. 11 importe de remarquer qu’il ne s’agit pas Ik de 
la totality des cas d’alienation relev6s cliez les detenus en Tes- 
pace de sept ans, mais seulement de ceux oil la maladie avait 
echapp6 k la perspicacite des magistrats. 

L’annde suivante, dans ma these de doctoral 1 2 , je rapportais 
un certain nombre d’observations d'alienes condamn^s et 
rendus, au bout d’un temps variable, par la prison k Tasile. 

Le docteur Paul Gamier 3 , au Congres danthropologie cri- 
minelle de Bruxelles, en 1892, donne connaissance d’une sta- 
tislique portant sur la p^riode quinquennale de 1886 k 1890, 
dont il a recueilli les elements dans son service de Tinfirmerie 
speciale du Ddp6t et qui se rapporte aux alienes condamn^s 
sortant de prison. Pendant ces cinq ans, 255 alienes ont 4te 
diriges des maisons de detention sur Tinfirmerie speciale. 

M. Magnan 4 relate tousles ans, dans son rapport sur le fonc- 
tionnement de son service, le nombre des alienes meconnus et 


1 Henri Bailleul. — Note sur la folie dans les maisons centrales ou de lou- 
gues peines. Actes du Congres de medecine mentale tenu ti Rouen en 1890. 
Page 313. 

2 F. Pactet. — Alienes meconnus et condamnes par les tribunaux. Paris 1891. 

3 Paul Gamier. — De la n^cessile de consideroi* l’.exninen psyclio-innrni de 
certains pnSvcnus ou accuses coniine un devoir de 1 instruction. Actes du troi- 
sieme Congres international d’anthropologie criminelle tenu a Bruxelles en 
aout 1899. Poge 163. 

4 Rapport sur le service des alienes du departement de la Seine. 


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136 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


condamnes qu’ il a eu l’occasion d’observer au Bureau d admis¬ 
sion. 11s se r6partissent pendant les dix-huit dernieres annees 
de la facon suivante : 


De 1885 k 1890. 281 

De 1891 k 1895 . 107 

189G. 23 

1897 . 16 

1898 . 25 

1899 . 20 

1900 . 25 

1901 . 19 

1902 . 17 

1903 . 21 


M. Henri Monod, directeur de l'Assistance et de 1’Hygiene 
publiques au Ministere de l’lnterieur, a fait aupres des medecins 
d’asiles une enqu£te relative aux ali6n6s recueillis apres con- 
damnation dans les asiles publics de 1886 k 1899. Les r^sultats 
en sont consign^ dans deux notes communiquees, V une au 
Congrfes de m^decine mentale de Clermont-Ferrand en 1894 et 
l'autre, en 1900, au Conseil superieurde l’Assistance Publique. 
La premiere note est accompagn^e d’un tableau comprenant 
271 observations faites sur des malades entr4s dans les asiles, 
apres condamnation, de 1886 k 1890. « L’enqutHe est tres in¬ 
complete, declare M. Monod, le nombre des alienes m£connus 
et condamnes est beaucoup plus considerable que celui des cas 
releves dans notre travail. » II enumere les raisons de cette 
insuffisance : sa circulaire n’a ete adress^e qu’aux directeurs 
des asiles publics qui tous n’ont pas repondu d’une maniere 
utile, plusieurs n’ont m&me fait aucune rgponse, et il en conclut 
qu’il n est pas tdm&aire de supposer que, si les recherclies faites 
dans cerlains asiles l’eussent ete dans tous, le nombre des cas 
repondant aux conditions envisagees, pour la p6riode de 1886 
a 1890, au lieu d’etre de 271 eut 6td de 600 environ. 

« Encore serions-nous loin de connaitre, ajoute-t-il, le nom¬ 
bre vrai des alienes condamnes. Quelle est en effet la categorie 
de ceux qui nous sont reveles? Ce ne sont guere que ceux qui, 
peu de temps apres leur condamnation, sont transfdres directe- 
ment de la prison k lasile. Mais il arrive, comme l’ecrit un 
de nos directeurs, que des prisonniers alienes, s’ils ne sont ni 
dangereux, ni difficiles k vivre, soient gardes a la prison jus- 
quk l’expiration de leur peine. » 

La deuxieme note, relative k la periode de 1890 k 1899, s’ap- 
puie sur 479 observations. 


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LA FOLIE DANS LES PRISON8 


137 


Eafin, le nombre de detenus diriges sur l’asile special de 
Gaillon pendant les dix dernieres annees a dte de 260, se de- 
composant ainsi: 


Annees 

Ali6n£s 

Epilcptique. 

Hy.teriques 

Simulateurs 

presumes 

Totaux 

1893 

20 

7 

1 

28 

1894 

13 

7 

1 

21 

1895 

19 

11 

» 

30 

1896 

21 

1 

» 

22 

1897 

20 

6 

> 

26 

1898 

15 

9 

» 

24 

1899 

25 

4 

» 

29 

1900 

25 

o 

1 

28 

1901 

17 

'7 


24 

1902 

24 

4 

» 

28 


— — 

— 

— 

— 


199 

58 

3 

260 


J’ai etabli, k laide des documents qui precedent, la r^alite de 
Pexistence d’alienes dans les prisons, puisquetous les malades 
dont il est question out passe un certain temps dans les eta- 
blissements penitentiaires avant d’etre diriges sur lasile. Mais 
ce serait une grave erreur de croire que ces chiffres repondent 
au nombre r^el des alidnds de tous genres qui s’y rencontrent; 
ils represented simplement les cas qui ont 6te constates. A 
c6te de ceux-ci, il en est une foule d’autres qui passent ina- 
per^us. 

« Les cas d alienation mentale observes dans les prisons 
seront toujours beaucoup plus nombreux que les cas de cette 
maladie developpes dans la population libre. Les observations 
recueillies pendant plusieurs annees par le D r Lelut, dans une 
des prisons les plus importantes de Paris, le ddpot des con- 
damnes, Pont amene k conclure que le chiffre des alienes dans 
une prison d&erminee est 7 ou 8 fois plus dleve que dans la 
population libre » L 

Baillarger considerait ce resultat comme desormais hors de 
discussion. 

Aujourd’hui les statistiques des differents pays s'accordent 
pour evaluer a 5 ou 6 0/0 le nombre des alienes que renfer- 
ment les prisons. Et une opinion qui m’a beaucoup frappd 
est celle que j’ai entendu emettre par plusieurs directeurs de 
prisons avec qui j’ai eu Toccasion de m’entretenir et qui eva- 
Iuaient k environ 15 0/0 le nombre des detenus qui pourraient 
£tre utilement soumis k Pexamen de m^decins alienistes. Ce 
n'est pas k dire que 15 0/0 des detenus soient des alienes veri- 
tables, mais dans cette proportion figurent les individus attirant 

1 H. Bailleul. — Op. cit. 


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138 


HE VUE DE PSYCHIATRIE 


l'altention sureux par quelques bizarreries ou anomaliesqui les 
diffdrencient des autres sujets. Cette concordance d’opinions 
chez des personnes qui connaissent bien les prisonniers, qui 
sont mieux que tous autres en situati n d’observer les manifes¬ 
tations de leur activite, n’acquiert-elle pas de ce fait, une 
valeur significative ? 

Le D r Ilenri Colin, qui fut pendant plusieurs annees medecin 
de Tasile de Gaillon, declare, lui aussi, que le chiflre des ma- 
lades internes dans cet etablissement est loin de reprdsenler le 
nombre exact des abends qui se trouvent dans les prisons et il 
en donne la preuve. 

« Nous 1 avons fait dresser le mouvement de la population de 
l'asile special de Gaillon, depuis le l cr janvier 1894 jusqu'au 
31 decembre 1900. II y avail, au l« r janvier 1894, 83 malades a 
l’asile. Depuis celte epoque, jusqu au 31 decembre 1900, il est 
entrd 172 malades. Sur ce total de 255 malades, 113, soit pres 
de la moitid, out dtd fournis par trois Maisons Centrales : Beau¬ 
lieu, Melun et Gaillon. Le reste, soit 142, proviennent de vingt- 
liuit Maisons Centrales ou prisons. 

Certaines Maisons Centrales, Clairvaux par exemple, qui, au 
l er janvier 1894, contenait 1182 detenus et qui a eu, dans la 
mdme annde, 7(38 entrees, a fourni a l’asile de Gaillon 10 mala¬ 
des en sept ans. 

La Maison Centrale de Loos avait, 5 la mdme epoque, 816 de¬ 
tenus et 430 entries dans l’annee. En sept ans, elle a envoye 
8 malades a Gaillon. 

La Maison Centrale de Poissy, ou I on trouve 1028 detenus et 
792 entrees, a envoye en sept ans 0 malades a Gaillon. 

Comment expliquer de pareils chiflfres et quelle peut dire la 
cause de cet dtat de clioses 1 Pour nous, elle est tout entiere dans 
ce fait qu’a Beaulieu, a Melun et k Gaillon, elablissements d’ou 
proviennent la plupart des malades de l’asile special de Gaillon, 
le service medical est dirige par des medecins familiarises avec 
l etude et les symptdmes des maladies mentales... Partout ail- 
leurs le service medical est confie a des medecins de la localite 
dont nous sommes loin de meconnaitre la science et le ddvoue- 
ment, mais que leurs etudes anterieures n’ont pas prepares a 
Texamen et au diagnostic des cas d’alidnation mentale. > 

Il cite un second fait qui, en l’espece, est assez caracteris- 
tique. Au mois de juillet 1899, la Maison Centrale de Gaillon, 
recevait les detenus de celle de Landernau qui se trouvait sup- 
primee. Ceux-ci etaient au nombre de 250 sur lequels 9, abends 
averds, durent dire presque immediatement translerdsau quar- 

1 E. Pactet el II. Colin. Les Alienes dans les prisons , Paris HM. 


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LA FOLIE DANS LES PR ISONS 


139 


tier special d’alienes ; 7 autres,qui donnaient des signes de folie, 
furent mis en observation. Voite done 16 individus dont Tetat 
de maladie n'avait pas 6t6 soupconnd a la prison. 

Je crois inutile d’insister davantage pour demontrer que les 
prisons renferment une assez forte proportion d'ali&tes. II peut 
paraitre extraordinaire, au premier abord, que ceuxci y soient 
parfois maintenus pendant des mois et nteme des annees, expo¬ 
ses a toutes les sdverites du reglement, avant de recevoirenfin 
les soins auxquels ils ont droit. Et cependant, le faitest rdel, il 
s’ecoule souvent un temps assez long avant que les troubles 
mentaux dont ils sont atteints, fassent nailre des doules sur 
Uintegrite de leurs facultes. 

Les deux notes de M. Henri Monod, dont jai deja parle, sont, 
a cet egard particulierement interessantesa consulter. Uncertain 
nombre d’observations indiquant la date de la condamnation et 
celle du transfert k Tasile, permettent de calculer la duree du 
sejour de 1’aliene en prison. 

J*ai fait ce calcul pour plusieurs paralytiques generaux et suis 
arrive aux resultats suivants : 


Duree du sejour en 
prison 

De 1 & 30 jours. 

De 1 mois k 2 mois . 
De 2 mois k 3 mois . 
De 3 mois k 4 mois.. 
De 4 mois k 5 mois. 
De 5 mois k 6 mois.. 
De 6 mois a 12 mois. 
De 1 an a 3 ans.... 


Nombre des 
alienes 

14 

27 

13 

7 

6 

3 

3 

1 


Ce dernier malade, qui figure dans le travail de M. Monod sous 
le numero282, est reste en prison du 6 mail896 au 12mai 1898, 
e’est-i-dire 2 ans et G jours, et la reflexion du medecin qui lui 
donna ensuite des soins a Tasile merite d’etre notee : « Paraly- 
sie generate & la derniere periode. C’etait un aliene au moment 
de sa condamnation. II est regrettable qu’on Fait retenu en pri¬ 
son jusqu’a ce qu’il ne tint plus debout. » 

A signaler egalement Fobservation du medecin k propos des 
malades inscrits sous les numeros 248 dans la deuxieme note, et 
180 et 201 dans la premiere. Nous lisons k propos du n° 248 : 
€ Paralysie g6n6rale arrivee k une periode d6ja accentuee au mo¬ 
ment de la condamnation. > Le malade n’en reste pas moins plus 
de cinq mois en prison, avant d'etre envoye <k l'asile. 

N° 180 : cc Paralysie generate. Entrea TAsile dans le troisieme 
degre de la maladie, marasme paralytique, gatisme. La duree 


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140 


REVUE DE PSYCHIATUIE 


raoyenne de la maladie 6tantclassiquement de trois ans environ, 
cet liomme etait certainement Ires gravement alteint lorsde sa 
condamnation >. Duree du sejour en prison : un mois. 

N° 201 : « Paralysie generale. Entre a l’Asile en etat de de- 
mence incurable. Etait certainement atleint lors de sa condam¬ 
nation*. Condamn6 pour vol a 6 mois de prison, il v passa 4 
mois 17 jours. 

II convient de remarquer aussi que plusieurs de ces malades 
out accompli la totalite de leur peine sans 6tre reconnus ali6n6s 
et que c’est seulement apres leur sortie de prison qu’iis ont et6 
internes. 

Si j’ai choisi des exemples surtout parmi les malades atteints 
de paralysie generale, c’est que cette maladie ne se traduit pas 
exclusivement par des symptdmes psychiques, qu’elle presente 
des signes somatiques d’une constatation aussi lacile que ceux 
d’une pneumonie ou d’une fievre typhoide, pour un observateur 
exerc6. II est permis de manifester quelque surprise en voyant 
que la d6cheance des facultes intellectuelles, les troubles de la 
parole n’ont pas ete remarqu^s chez des sujets qui se trou- 
vaient a une pdriode avancee de la maladie. 

Je pourrais m’en tenir aux cas qui precedent, mais je ne crois 
pas inutile de multiplier les fails afin de bien mettre en lumiere 
les inconvenients d’un etat de choses auquel Ton n'a pas jusqu’a 
maintenant pr£t6 I’attention qu’il incite. 

Dans mon memoire sur les ali6n£s meconnus et condamnes \ 
j'airapporte l’observation d’un aliene atteint de ddlire de perse¬ 
cution avec hallucinations qui fut condamne k cinq ans de 
reclusion pour une tentative d’homicide, reconnaissant pour 
cause ses idees delirantes. II accomplit integralement sa peine a 
la maison centrale de Clairvaux sans qu’a aucun moment 
J’alienation mentale fut reconnue. 

L’ouvrage que nous avons public, le D r Colin et moi, sur les 
alienes dans les prisons 2 est des plus instructifs k consulter, a 
ce point de vue special. L’on y peut voir la duree du sejour en 
prison d’un grand nombre d’alien^s auxquels un examen pr6a- 
lable eut evit6 une condamnation avant leur envoi k l’Asile 
special de Gaillon. Je ne ferai que quelques citations que je 
resume dans le tableau suivant : 


Initiales 

Temps passe cn prison 

Nature de la maludie 

c. 

7 mois 

Paralysie generate. 

E. 

1 an 

Paralysie g6n6rale. 

P. 

2 ans 

Paralysie generate. 


1 F. Pactct. — Op. cit. 

2 F. Pactet et H. Coliu. — Op. cit. 


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LA FOLIE DANS LES PRISONS 141 


V. 

2 ans 

Paralysie gendrale. 

X. 

3 ans 

Delire de persecution. 

u. 

18 mois 

Ddraence sdnile. 

E. 

23 mois 

Ddraence 

P. 

2 ans et 6 mois 

Ddraence precoce. 

E. 

4 ans 

Delire de persecution. 

D. 

2 ans 

Ddlire de persecution. 

N. 

3 ans 

Paralysie gendrale. 

S. 

6 ans 

Mdlancolie, 

F. 

16 mois 

Ddlire de persecution. 

B. 

6 ans 

Imbdcilitd. Incendiaire. 

T. 

2 ans 

Imbdcilitd. Incendiaire. 

V. 

3 ans 

Demence prdcoce. 

D. 

4 ans 

Ddmence. 

C. 

4 ans 

Ddmence. 


Les attends se plient difllcilement aux exigences (Tune disci¬ 
pline dtroite comme celle qui doit fatalement regir les 
dtablissements pdnitentiaires ; aussi ne faut-il pas s’etonner que 
plusieurs des malades qui figurent dans le tableau qu’on vient 
de lire, aient encouru de graves punitions. Quelques-uns ont eld 
considdrds pendant quelque temps comme des simulateurs; 
Pidde de simulation germe promptement dans 1’esprit de ceux qui 
n’arrivent pas a rattacher k une cause connue les phdnomdnes 
morbides qu’ils ne peuvent se dispenser de constater; declarer 
quelqu’un simulateur est parfois un moven commode de dissi- 
muler son ignorance. 

Enfin, je rapporterai encore le cas de quatre malades qui se 
trouvent actuellement dans mon service de Tasile de Villejuif 
et qui, tous, ont dtd internes quelques jours apres £tre sortis de 
prison. Trois d’entre eux sont des dements prdcoces, le qua- 
trieme presente un affaiblissement intellectuel tres considerable, 
conseputit a des accidents cerebraux d’origine syphilitique qui 
se sont accompagnes k deux reprises d’hdmipldgie et ont 
entraind pour lui la rdforme, alors qu’il accomplissait son ser¬ 
vice militaire. 

L’un d’eux, jeune isradlite de Jerusalem, qui avait ete deja 
interne deux fois a Constantinople, dtait amend, sur le conseil 
des mddecins, a Paris par sa mere pour y recevoir des soins. 
Avant d'arriver k Marseille oil ils devaient debarquer, k une 
escale que fait le bateau, il ecliappe a la surveillance de sa mere 
et disparatt. Le mdme jour on le trouve couchd sur lebord 
d’une riviere, etcomme il donne des signes d’alienation mentale, 
on le place k Thdpital d’Arles. La mere le reclame, mais on refu¬ 
se de le lui rendre et on lui dit qu'il sera dirige sur l’asiled’Aix. 


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142 


REVUE DE PSYCHJATRIE 


Au lieu de fair© ce qui avait dtd convenu, on le laisse sortir 
de Fhdpital et sa mere perd sa trace pendant huit mois. Elle 
fait des recherches, par Tintermediaire du minister© de Tinte- 
rieur, pour le retrouver et finit par apprendre qu’il dtait h 
la prison d’U., ou il purgeait une condamnation 4 quinze jours 
de prison pour vagabondage. Elle dcrit a la prison pour dire que 
son fils 4tait aliene et voici la reponse qui lui fut faite : « Votre 
fils ne souffre d'aucun derangement d’esprit et il doit continuer 
a purger sa peine. » 

Quelques jours plus tard, il entre a l’hdpital Rothschild d’ou 
il est dirige sur Tasiie Sainte-Anne et de la dans mon service ou 
je Tobserve depuis deux ans. C est un dement prdcoce. 

Un autre, dgalement atteint de cette maladie, est interne le 
4 avril 1904, deux jours apres sa 'sortie de prison, ou il venait 
de passer 5 mois. 

Le troisieme, dement prdcoce comme les deux precedents, 
entre le 7 mai 1904 dans mon service. 11 avait quittd une quin- 
zaine de jours auparavant la maison centrale de T.. Condamne, 
a TSge de 17 ans, a cinq ans de travaux forces pour vol quabfie, 
sa peine fut commuee en cinq ans de reclusion. Il l’accomplit 
intdgralement et encourut, dans cet intervalle, d’assez nom- 
breuses punitions. 

Nul doute que ces deux abends ne fussent ddjii malades depuis 
longtemps avant leur sortie de prison. 

Tous les faitsque je viens de rapporter mettent bien en lumiere 
rinsuffisance, au point de vue du diagnostic des maladies 
mentales, du service ordinaire des prisons. 

€ Il y a moins de fous qu’on ne pense en prison », m’dcrivait 
un mddecin de maison centrale. G’est fort possible, mais encore 
conviendrait-il, avant de l’affirmer, de reconnaitre tous ceux 
qui s’y trouvent. 

* 

¥ * 

La situation que je viens de decrire n’est pas speciale a la 
France; il nest mdme pas tdmdraiie de dire qu’elle existe dans 
tous les pays; elle nous est revelee dans plusieurs par les ecrils 
des medecins competents qui la signalent et proposent les 
moyens propres a la modifier. Leurs efforts out did parfois 
couronnds de succes, ainsi que je le ferai voir dans un instant. 

J. Raker 1 , dans un article sur Talienation mentale dans les 
prisons d’Angleterre, nous fait connaitre la proportion des 
abends qui s*y rencontrent. En un an, le nombre total des cas 
de folie y a ete de 389, la moyenne des prevenus dtant 
de 14,299. Sur les 389 prisonniers alidnds, 53 seulement 

1 The Journal of mental Science. Avril 18%. 


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LA FOLIE DANS LES PRISONS 


143 


etaient sains d esprit au moment de leur incarceration. 

Le D r Hamilton D. Wey 1 , parlant du service medical des 
prisons, declare que le medecin d’uue prison doit &tre capable 
de rdpondreaux besoins de la medecine ordinaire, mais encore 
avoir des connaissances en neurologie et en m6decine mentale. 
A larrivee dans la prison, il devrait pouvoir determiner l’dtat 
mental de cheque individu, chercher les tares nerveuses qu'il 
peut avoir et signaler ceux qui doivent £tre consideres plutdt 
comme des malades que comme des delinquants. En procedant 
ainsi, on arriverait k emp£cher bien des condamnations injus- 
tifiees. 

Les D 1 * Geo. Villeneuve et E. P. Chagron 2 , de Montreal, se 
sont prdoccupes, eux aussi, des alienes que renferment les 
prisons du Canada et nous ont appris que, de 1891 & 1897 inclu- 
sivement, 1,197 alienes avaient ete recus dans les prisons de la 
province de Quebec et qu’un grand nombre de ceux-ci avaient 
subi toute leur peine. Une des conclusions de leur travail est 
que les mddecins des prisons devraient examiner tous les 
prevenus et adresser un rapport aux magistrats sur ceux dont 
l'int^grite de Tdtat mental fait naitre des doutes. 

Dans un autre travail sur « les erreurs judiciaires en aliena¬ 
tion mentale 3 », ils rapportent que dans la province de Quebec, 
sur 65,699 individus incarcdrds en dix-sept ans, il se trouvait 
699 attends qui avaient subi une condamnation sans qu’on eut 
recounu leur etat et, parmi eux, plusieurs n’ont pas dte 
reconnus attends mdme dans les prisons ou ils ont du subir une 
incarceration plus ou moins longue. 

Le regrettd D r Allisson, medecin directeur de l’asile de 
Matteawan, oixTEtat de New-York place ses alienes criminels, 
etait frappd de voir que des six etablissements, prisons ou 
penitenciers, qui devaient lui envoyer leurs alienes, la seule 
maison de rdforme d'Elmira, ou a ete inaugurd un systeme de 
redressement moral des criminels, fournissait a elle seule 
presque les deux tiers de la population masculine de son asile. 
« La frequence des internements, disait-il & ce propos, loin 
d’etre une mauvaise note pour la direction, peut dtre consi¬ 
der^ comme l’indice d’efforts croissants faits pour reconnaitre 
la folie ddveloppee en prison ou existante au moment de 
l’admission. Par contre, le fait que les etablissements peni- 
tentiaires envoient tres rarement des malades a Tasile, loin 
d'etre la consequence de la superiority desmetliodes employdes, 
semble indiquer une indifference absolue k regard de Tetat 

1 The American Journal of Insanity. Avril 1898. 

- Union medicate du Canada. Juin 1899. 

3 The American Journal of Insanity. Oclobrc 1899. 


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144 


REVUE DE PSYCIIIATRIE 


mental du prisonnier... Si dans les etabbssements pdnitentiaires 
de TEtat, les detenus dtaient examines de plus pres, et en tant 
qu’individus, il n’est pas douteux qu’on decouvrirait un chiffre 
beaucoup plus considerable de condamnes abends et que notre 
asile recevrait un nombre beaucoup plus grand de ces 
malades f . >► 

Des recherches de mdme ordre out ete faites en Allemagne et 
k la prison de Waldheim, Ton a trouve 27 abends condamnes 
pour 100. Le D r Kuhn 2 , qui a fait des travaux sur la mdme 
question a vu 144 abends condamnes pour debts divers. 

Dans certains pays, les pouvoirs publics justement emus de 
Texistence d’une situation aussi contraire aux idees humani- 
taires, qui tendent aujourd’hui a dtablir partout leur predomi¬ 
nance, se sont enforces de prendre des mesures destinees k 
conjurer le mal qui leur dtait signale. 

C’est ainsi qu’au Royaume-Uni, comme nous Tapprend M. J. 
Pitcairn 3 dans un memoire sur « la decouverte de la folie dans 
les prisons, »il existe maintenant une organisation penitentiaire 
qui permet de ddcouvrir de bonne heure les cas d’abena- 
tion mentalechez les prisonniers. 

Londres possede quatre prisons, mais tous les prevenus qui 
attendent leur proces sont consignes d’abord k Holloway, et 
c’est lii que se fait la selection des abends. 

Le magistrat qui a signe Tordre d’ecrou et qui a concu des 
doutes sur rintdgritd mentale du criminel, annote son ordre 
pour appeler sur celui-ci Tattention du medecin de la prison. 
Aussitdt le detenu est mis en observation et renvovd, s’il y a 
lieu, apres une semaine, devant le magistrat avec un rapport 
sur son etat mental. 

Les pensionnaires suspects de troubles mentaux sont placds 
dans un quartier special oil des gardiens, instruits comme de 
veritables infirmiers d’asile, les etudient sans relache. Toutin- 
dividu accuse d’un crime enorme est considerd, de ce fait, 
comme un sujet devant dtre soumis a Tobservation. Dans la 
pdriode de 1890 a 1896, le nombre des detenus ainsi traitds a dtd 
de 3.061 (1.784 homines et 1.227 femmes). 

Quand il ne s agit pas de crimes graves, la procddure est tres 
simple & regard des individus signalds comme abends. 11s sont 
placds par le magistrat, dans un workhouse, oil ils sont traitds 
comme abends pauvres, en attendant leur transfert k l’asile du 


1 Forty first Annual Report, of the medical superintcndanl of the Ma tie wan 
State hospital far the year ending September 30. 1900, p. 9. 

- The Journal of Mental Science. Janvier 1897. 

^ Archie fiir Psychiatric und Nervenkranhheiten. Bd. XXII, Ueft 2 und 3. 


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LA FOLIE DANS LES PRISONS 


145 


district. EnGans, 1.432 auteurs de debts ontdtereconnus abends 
a Holloway et hospitalises paries soins des tribunaux de police. 

Cette organisation spdciale realise dej& un progres et doit 
contribuer dans une certaine mesure a diminuer le nombre des 
alidnds dans les prisons. 

En Allemagne, des connaissances de pathologic raentale sont 
exigees du mddecin de prison et Ton voit en diverses regions 
des quartiers d’alienes criminels : k Breslau, a Cologne, k Halle- 
sur-Saale, k Graudenz, a Diiren. 

A Berlin, le quartier annexe k la prison de Moabit est destine 
k remplir les trois indications suivantes : 1° observation des 
cas douteux et des prevenus ; 2° traitement des abends curables; 
3° reunion dans un local particular des detenus qui, sans £tre 
des abends, se plient difflcilement k la discipline de la prison et 
sont une cause de ddsordres et de dangers *. 

Maisc’esten Belgique qu’il convient d’aller cherclier l’exemple 
a imiter. 

Le 24 mars 1891, le Mmistre de la Justice, Jules Le Jeune, 
adressait au Roi le rapport suivant : 

« Sire, le nombre des detenus qui, au cours de leur incarce¬ 
ration, donnent des signes, vrais ou simules, d’alldralion des 
facultes intellectuelles est relalivement dlevd. 

« La discipline exige que les detenus qui simulent la folie soient 
soumis k des mesures de correction ; il est done indispensable 
que Tadministration soit renseignde surement et promptement 
sur l’etat mental des detenus dont la conduite, contraire k I’ordre 
intdrieur de la prison, offre les apparences de la ddmence. 
L’humanitd commande, d'ailleurs, de soustraire, sans ddlai. au 
sdjour de la prison, ceux dont l’etat mental rdclame des soins 
qu’ilsne peuvent recevoir que dans un asiie d’alidnds. 

« Les instructions en vigueur prescrivent de mettre immddia- 
ment en observation les detenus chez lesquels des svmptomes 
d’alidnation mentale se sont manifestes ; mais Tapprecition de 
ces symptdmes et la constatation rapide et sure de la simulation 
ou de la maladie exigent gdndralement une connaissance appro- 
fondie de la raddecine mentale. Aussi le concours des mddecins 
dont la spdcialitd consiste dans le traitement des affections 
psychiques est-il frdquemment rdclamd. 

«Je penseque, dans rintdrdt d’une bonne organisation du ser¬ 
vice mddical des prisons, il convient que des medecins alidnistes 
soient adjoints, d’une facon permanente, au personnel de ce 
service. » 


1 Karl Bonhiifler. Irrenabtheilungen in Gefdngnissen. 

Sezioni per Alicnati in Carceri. Monntschrift fur Psychialrie und Xeurologir, 
Sept. 1899, p. 231. 


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146 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Le 30 mars, le Roi, conformement aux propositions du Mi- 
nistre, prenait un arr£te qui confiait les verifications m6dicales 
relatives a l'etat mental des detenus, k des m^decins ali&iistes k 
nommer au nombre de trois pour rensemble des 6tablissements 
penitentiaires. 

Le service de medecine mentale des prisons beiges 6tait cre6. 

Les limites de cet article ne me permettent pas de reproduire 
integralement le reglement de ce service L Je tiens cependant 
k rappeler Tarticle Ill. 

« D£s que la conduite du detenu pr^sente quelque anomalie 
qui donne lieu de suspecterson etat mental, le directeur deTeta* 
blissement eii avise le m6decin alienisie de la circonscription. 

« Le directeur donne cet avertissement, soit que lui-m6me ait 
constables symptdmes dalienation, soit qu'ils aient 6t6 signa- 
les par le medecin ordinaire de la prison ou par un autre raem- 
bre du personnel. Mais il ne doit pas subordonner le recours au 
medecin alieniste a l’avis du medecin ordinaire de la prison, ou 
k un examen pbalable, par celui-ci, du detenu suspect. » 

Le premier reglement rentermait un article qui a 6te abrog6 
le 4 decembre 1896 et qui 6tait ainsi congu : 

« Une lois par trimestre, les medecins alienisles procederont, 
dans les prisons de leurs circonscriptions respectives, k une ins¬ 
pection g6nerale des condamnes k plus de six mois qui auront 
encouru des punitions disciplinaires reibrees. Ils examineront 
en outre, les condamnes du chef d’assassinat, meurtre. viol, 
incendie ou empoisonnement, enlres depuis leur derniere ins¬ 
pection. 

« Les directeurs devront, k cet efiet, leur donner toutes les 
indications utiles et notamment leur presenter le registre des 
punitions inflig6es aux detenus. Ils leur signaleront egalement 
les condamnes qui sout sujets& des acces de delirium tremens 
ou dbpilepsie et, en general, tous ceux dont Tdtat mental 
parait anormal. » 

Cette abrogation fut une faute, Ton revenait sur un progres 
realise; neanmoins Torganisalion actuelle de ce service constitue 
encore un veritable modele. 

* 

* * 

En France qu’a-t-il ete fait ? Une tentative a 6b 6bauch6e 
pour suivre Tinitialive quavait prise la Belgique, sous la forme 
d'une autorisation qui nous fut accordee par le Ministre de l’ln- 
terieur, au docteur Colin et k moi, pour examiner dans un but 
d etudes les detenus qui nous seraient signales par Tadministra- 
tion penitentiaire, comme paraissant presenter des troubles 

1 Voir Pactet ct Colin. — Les Alienes Jans les Prisons , p. 127. 


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LA FOLIE DANS LES PRISONS 


147 


mentaux. Et encore cette automation ne vint-elle qu’apres 
s'&tre heurtee a bien des resistances. II est equitable de recon- 
naltrequel’appui du Directeur de rAdministration pdnitentiaire 
nous a die acquis des que nous lui avons eu expose le but que 
nous poursuivions. Nous ne pouvions moins attendre de M. 
Griraanelli pour qui la sociologie est un sujet de constante 
preoccupation. 

« II ne faut decourager aucune experience au nom d'une 
» llieorie m£me scientiflque Tout progres a pour ori- 
» gine une initiative particuliere qui sedifferencie de la pratique 
» generate. Cette initiative ne va pas le plus souvent sans lutte 
» contrela loule. C’est la lutte necessaire d’une minority avan- 
» cee contre une majority attardee.quelquefoisd’uncontretous.* 
Une conception aussi precise de la genese du progres cr4e une 
mentalite eminemment propre k soutenir tout effort tendant k en 
favoriser le developpement, malgre les difllcultes sans nombre 
que rencontre dans un pays aussi fortement centralist que le 
notre, au point de vue administratif, la mise en pratique de 
toute idee nouvelle. 

Le 25 juin 1903 nous recevions la lettre suivante : 

€ Vous ttesautorises k visiter dans un but deludes, les dd- 
tenus qui vous seront signales par r Administration centrale 
comme paraissant accuser des troubles mentaux legers ou pas- 
sagers, n’dtant pas de nature a provoquer leur internement im- 
mddiat, ainsi que les individus atteints ou serieusement sus¬ 
pects d epilepsie, d’hysttrie ou de monomanie. 

« Les directeurs des maisons centrales et des circonscriptions 
pdnitentiaires out ete avertis et ont informe le personnel place 
sous leurs ordres que la lettre d avis qui vous sera adressde par 
mes soins et que vous remettrez au gardien-clief, vous servira 
d’introduction dans l’dtablissement. 

« Recevez, etc. 

Le Directeur de V Administration penitential re. 

Grimanelli. 

« II demeure entendu que les ddplacementseffectues par vous, 
ne comporteront aucune indemnity sur le budget des services 
penitentiaires. » 

Une circulaire ministerielle du 30 mai 1903, adressee aux di¬ 
recteurs des etablissements pdnitentiaires, delimitait les condi¬ 
tions dans lesquelles nous pouvions proceder k nos investiga¬ 
tions. Je n’ai pas eu communication de cette circulaire, et 


^ Grimanelli, La Crise morale et le positivisme. Revue occidental?, miners 
1901 et suivantes. 


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148 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


j’ignore, par suite, dans quelles conditions a 6te effectud le 
choix, soit par le directeur, soit par le raddecin, des individus 
qu’il nous serait perrais d’examiner. 

Quoi qu’il en soit, quelques directeurs signalerent k Fadminis- 
tration centrale, la prdsence d’individus anormaux parrni leurs 
pensionnaires. Ce sont ceux de Montpellier, de Riom,de Caen,de 
Thouars et il importe de taire reraarquer k ce sujet que les pri¬ 
sons tres voisines de Paris, telles quo Melun, Poissy, Fresne, 
Rouen, nous sont deraeure fermees. 

A la suite des rapports adresses par les directeurs au Minis- 
tere, l’administration penitentiaire a fait imprimer k notre inten¬ 
tion, la lettre d’introduction que je reproduis ici : 


MINISTERS 

DE L’lNTfcRIEUR 

==== ^ =========== Par/#, le 30 mai I90b. 

DIRECTION 

DE 

rAdmiiistr&tion penitentiaire 

Messieurs, 


3' Bureau 

MAISON CENTRALE 

de Riom 

Au sujet du nomine X. 


J'ai ihonneur de vous donner avis que le Direc¬ 
teur de la maison centrale de Riom ma signale la 
presence , dans V etablissement qu’il dirige, du 
nomme X. dont Velat mentalparait anormal . 

Je vous autorise d visiter le susnomme. 

A toutes fins utiles , je vous adresse , ci joint , les 
pieces ci-aptes concernant le nomme X. savoir : 


Rapport du Directeur de la maison centrale ; 
Certificat medical; 

Copie d’extrait judiciaire; 

Copie de la notice individuelle i 
Copie du bulletin de statistique morale: 
Bulletin d’infirmerie. 


La presente lettre d’avis , que vous aurez h 
remetlrc au Gardien-chef de la maison centrale de 
Riom , vous servira d’introduction dans Vetablisse¬ 
ment. 

Veuillez agreer, Messieurs, I’assurance de ma 
consideration distinguee. 


Le President du Conseil, Ministre de l lnle-ieur 
et des Cultes 

Par delegation : 

Le Directeur de VAdministration Penitentiaire , 

Grimanelli. 

Monsieur le D r Pactet, medecin en chef de l'asile d’aliSnes de Villejuif, 
Monsieur le D r H. Colin, medecin en chef des asiles d’altenGs de la 
Seine, 26, rue Vauquelin, Paris. 


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LA FOLIE DAKS LES PRISONS 


149 


Nous avons pu examiner ainsi certains detenus dans les mai- 
sons centrales de Riom, de Montpellier et de Caen. Mais les 
deplacements s’effectuant k nos frais, on comprendra sans peine 
que la durde de notresejour se trouvait lorcdment abr6g6e, con¬ 
dition plutot ftcheuse pour l’4tude de 1'6tat mental des indivi- 
dus qui nous etaient presents. 

Cependant, quelque imparfaite que soit l'6bauche du nouveau 
service, il nous a etd possible de constater qu’il present© une 
incontestable utility, et nous avons yte confirm4s dans cette opi¬ 
nion par les entretiens que nous avons eus avec les medecins 
et surtout avec les directeurs 6clair6s des etablissements que 
nous avons visit6s. J’insiste encore une fois tout particuliere- 
ment sur lavis de ces derniers qui, se trouvant cliaque jour aux 
prises avec les difficult^ sans nombre ci 46es par la presence de 
malades, de sujets anormaux, ont yte spontanement amends k 
porter sur ces derniers un jugement que les medecins ali4nistes 
ne peuvent que confirmer. 

Malgr6 cela, il y a loin du chiffre des detenus qui nous a 4t6 
signale k celui qui est soumis chaque annee k fexamen des me¬ 
decins alienistes des prisons beiges, ainsi qu’on peut s’en con- 
vaincre par la lecture du tableau que je reproduis plus bas et 
qui nfa 6te envoye par les soins du Ministere de la Justice de 
Belgique. Je saisis cette occasion pour remercier l’Administra- 
tion de ce pays, de fempressement qu'elle a mis toujours k me 
faire parvenir les documents qui pouvaient m’intdresser. 


Annees 

Population moyenne 
des detenus 

1896 

3.770 

1897 

3.959 

1898 

3.881 

1899 

3.645 

1900 

3.563 


Nombre des condamnes 
sig-nales aux mede¬ 
cins ulicnistes 

112 

127 

147 

137 

133 


Une particularity k retenir k propos de ce tableau, c’est que 
sur un nombre de 4.000 detenus environ, 130, en moyenne ont 
ete, annuellement, fobjet d’un examen mental. En France, au 
contraire, sur une population de plus de 22.000 prisonniers, un 
nombre infirae de detenus nous a 6te signale et dans 4 maisons 
centrales seulement. 

Neanmoins fimportance du probleme ne peut 6tre nide etpe- 
n£tres de cette verity, nous nous sommes adressys, le D r Colin 
et moi, a l’Academie de medecine pour lui demander, en l’absen- 
ce de subvention otflcielle, de vouloir bien nous aider dans notre 
tache. 


11 


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150 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


L'Acad&nie nous a accorde au mois de decembre dernier, le 
prix Monbinne, k la suite d'un rapport presents par M. Benja¬ 
min, au nom d’une commission composde avec lui, de MM. Joi- 
froy et Monod. 

Void en quels termes M. Benjamin a bien voulu apprecier 
PefFort que nous avonsfait, et nous Pen remercions bien vive- 
ment: 

« MM. Paclet et Colin, tous deux medecins en chef de lasile 
de Yillejuif, ont pose leur candidature dans le but de poursuivre 
la misson toute gratuite dont les a charges M. le President du 
Conseil, Ministre de Plnterieur. Laureats du prix Baillarger en 
1902, ils ont pris pour tache de rechercher dans les maisons 
centrales, les prisons et les maisons de correction, les alienes 
dont letat mental a 6td raeconnu au moment de leur proces et 
qui ont 4td condamnds, ainsi que ceux que la raison a abandon- 
nds au cours de Paccomplissement de leur peine... II y a done la 
une question de la plus haute portee sociale, car, soit quedesin- 
dividus aient etd incarcerds ne jouissant pas de Piut^grite de 
leur etat mental, soit que normaux, au moment de leur mise en 
prison, ils soient devenus malades depuis, il peut s ecouler un 
long temps avant que leur etat soit reconnu, et alors, ils sont 
exposes k subir des peines disciplinaires pour des actes dont ils 
ne sont pas responsables. 

« MM. Pactet et Colin se sont donne la tache de montrer qu’un 
tel 6tat de choses demandait une reforme : elle est du reste la 
mise en pratique des idees exposees dans les deux volumes qui 
leur ont valu, de la part de PAcademie, la flatteuse recompense 
que nous mentionnions plus liaut : Les alienes devant la justi¬ 
ce; — Les alienes dans les prisons L » 

Le rapport de M. Benjamin tut adopte par PAcademie et sou- 
tenu vivement par M. Magnan, dont on connait la sollicitude 
pour les aliends. 2 

Je tiens aussi k faire connaitre sur cette question, Pavis de 
M. Motet, secretaire annuel de PAcademie, qui dans son rapport 
general annuel sur les prix de PAcademie, apres avoir expose 
le but de notre mission, s’est exprime ainsi : 

« Cette question preoccupe depuis quelques annees surtout 
les philanthropes, les administrateurs, les medecins; elle a ete 


1 Bulletin de iAcademic de Medecine. Seance du It oetobre 1904, p. 229. 

- Dans son rapport sur le fonctionnement d® son service pendant I'annee 
1894, M. Mtignan eerivait . « En Belgique des medecins alienistes sont char¬ 
ges de 1 inspection d un certain nomhre de detenus aiin de designer ceux d ou¬ 
tre eux dont 1 etat mental reclumerait l asile et non une prison. Mais cette 
institution qui marque deja un progres n est pas suirisante, il serait souhai- 
table que les prevenus, au moindre smipam de troubles intellectuels, fu 9 »ent 
1 objet d tin oxamen medical. . o 


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ARRACHEMENT DE LARCADE ALVEOLA IRE SUPERIEURE 151 

traitee dans les congres penitentiaires, de mddecine mentale, 
et il dtait ndcessaire qu’elle fut reprise en France avec toul le 
soin qu’elle merite. Nous qui marchons si volontiers dans la 
voie du progres, nous nous sommes laisses devancer cette fois, 
et la Belgique a crdd chez elle un service special d’inspeclion 
medicale dans ses prisons, charge de rechercher les alidnes 
mdconnus et de les enlever a la prison pour les rendre a I’asile. 
MM. Pactet et Colin se sont devoues a cette tache dont la haute 
portee morale et sociale, humanitaire aussi, ne saurait echapper 
a personne. Us ont visitd, a leurs frais, les inaisons centrales de 
Riom, Montpellier, Caen, et il leur en reste Lien d’autres k 
explorer. Us demandent a l’Academie de les aider; la Commis¬ 
sion a dte unanime k vous proposer de leur accorder le prix 
Monbinne qui ne saurait vraiment rencontrer une attribution 
plus justiflde '. » 

Le haut interdt que 1 Academie a bien voulu porter k notre 
mission, constitue une preuve nouvelle de son utilitd. C’est lk 
un fait sur lequel je crois inutile d’insister, mais je tiens k faire 
observer quo c’est grdce au concours effectif qui nous est ainsi 
donnd, que nous pourrons continuer, cette annee, l’ceuvre 
commencee. 


OBSERVATIONS 


A ^r,^v H i E x M r EXT DE L AHCADK ALVEOLAtRE superfeure 

DS E MASmA™ A N YTIQUE G1 ' :NEHALE ’ LAN’s UN EFFORT 

par le Docteur Henri Damaye 

Interne dea Aailea de la Seine 

L’observation suivante nous a paru digned’interet en ce qu’elle 
est un oxemple des auto-mutilations que peuvent s’infliger les dd- 
ments par le fait de l’absurdite de leurs actes et de l’amoindrisse- 
ment chez eux de l instinct de conservation, aides peut-etre par la 
fragility particulidre de leurs tissus. 

La nialade B***, actuellement Agee de 44 ans, est depuis un an 
et dem. en traitement A 1’Asile de Villejuif dans le service de M 
Toulouse. Lescertificats rediges lors de son internement. mention’ 
naient, outre les symptomes ordinaires de la paralvsie generate 
un etat d’excitation maniaque; ils nous apprennent q"ue cette ma- 
ade a etd arretde parce qu'elle ne pouvait payer une voiture 
qu’elle avail occupee et se disait la cantinifere des dragons de la 
Garde. 

1 Bulletin de l Academie de medecine. Seance du 13 deeembre 1004, p. 548. 


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152 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


La famille, interrogde, nous donna quelques renseignements sur 
son passd. M Me B*** a ete elevee au sein par sa m&re ; dans sa 
premiere enfance, elle eut la rougeole et plus tard, k quatorze ans, 
la fiAvre typho'ide. A vingt-quatre ans survinrent des « douleurs 
dans les genoux » qui persisterent un mois et disparurent ensuite, 
mais sans que la malade ait ete contrainte de s’aliter. Regime k 
treize ans et demi, ellelefut toujours assez reguli&rement par la 
suite. M" f B*** est celibataire, mais eut nAanmoins une petite fille 
k l’Age de dix-sept ans; la famille ajoute que notre malade 6tait, 
danssu jeunesse, « de moeurs l^geres ». Jamais elle ne fut en butte 
au surmenage. A l’6cole, elle apprenait trAs facilement, mais n’y 
resta que peu de temps et entra bientot comme ouvri&re dans une 
fabrique de boutons. LA elle se montra aussi intelligente. Son ca- 
ractAre Atait facile et sa reputation fut celle d’une travailleuse. Elle 
dormait en moyenne huit A neuf heures par nuit en temps habi- 
tuel. Ses parents ne connaissent rien d’anormai dans son herAditA, 
au point de vue nerveux ou mental. 

M ,lf B*** ne fit jamais dexcAs alcooliques mais elle endura nous 
dit-on, « beaucoup de miseres » pendant les trois ou quatre ans qui 
precAdArent l'eclosion de la maladie : elle avait souvent peur et 
son amant la battait frAquemment. 

C’est en juillet 1903 que les premiers symptomes anormaux fu- 
rent constates par la famille de notre malade, un jour 0(1 cetle 
derniAre se mit tout A coup k chanter et k dire que Napoleon avait 
fait nourrir ses soldat en Russie et que les Frangais l’avaient tuA, 
qu’il Atait mort A Sainte-HAlene. Un mois plus tard M ,,e B*** en- 
trait k l’Asile de Villejuif. 

La dAmence paralytique Avolua peu k peu et la malade eut de 
frequents moments dagitation au point qu’on dut la maintenir 
dans un quartier d’isolement. La parole, dAjA assez embarrassAe 
lors de son entree, devint de plus en plus difficile et incomprehen¬ 
sible ; actuellement, elle se rAduit k des grognements et ides sons 
inarticules. Le gAtisme s installa lui aussi et fut complet au 
bout de quelques mois. La malade devint crAintive et ne voulut 
plus quitter son lit, se delournant des qu’on l'approchait ou mAme 
restant une grande partie de la journee blottie sous ses couvertu- 
res. Son poids etait au debut de 52 kilos, il baissa legArement puis 
alteignit 5(5 kilos 500 en fevrier 1904; mais k cette epoque, M ,,r 
B*** commenra k s’alimenter irregulierement et se mit ensuite k 
refuser toute nourriture de sorte qu‘il fallut de temps en temps 
Tali men ter k la sonde ; en septembre son poids Atait de 45 kgs 200. 
On adjoignit alors k sa ration une dose quotidienne de 100 gram¬ 
mes de sucre que Ton porta k 200 grammes le mois suivant : la nu¬ 
trition ne tarda pas k s’ameliorer et en decembre 1904, le poids 
avait atteint, aprAs quelques variations, le chifTre de 50 kilos dans 
dans les environs duquel il se maintient actuellement. Notre 
malade s'alimente mieuxdepuis, mais avec quelquedifficultA, Atant 
donne le mauvais Atatde sa dentition; elle se nourrit de bouillies, 
de puree, d’oeufs et d’aliments liquides. 

L’embonpoint est conserve, mais le facies est atone et traduit la 


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ARHACHEMENT DE l'ARCADE ALVEOLAIHE SUPERIEURE 


153 


profonde dech^ance intellectuelle. L’examen physique est malais£ 
car la malade y oppose toute la resistance dont elle est capable 
et sa comprehension est rudimentaire. 

M ,le B*** marche encore relativement bien, mais en frottant le- 
g£rement la plante du pied sur le sol; elle n’aime pas k quitter son 
lit et la proposition de l’y reconduiresi elle s'alimente bien l’incite 
k manger seule et k peu pr&s suffisamment. 

La langue, tir£e hors de la bouche, est animee d’un mouvement 
de trombone et k Toccasion de leurs mouvements, il y a un trem- 
blement ataxique des membres assez prononce. 

Lorsque la malade pousse des grognements il y a un tremble- 
ment fibrillaire des muscles de la face. 

Les pupilles ne reagissent plus & la lumiere; la gauche est un 
peu plus dilatee que la droite. 

Le reflexe buccal et les reflexes tendineux des membres sup6- 
rieurs sont perceptibles. Le reflexe patellaire est fort ^galement 
des deux cotes. 

On ne peut provoquer de clonus des pieds ni des rotules. 

Le reflexe plantaire est aboli des deux cotes. 

On ne constate pas de dermographisme cutane et la percussion 
des muscles pectoraux donne lieu k une reaction gen6ralisee du 
muscle avec leg&re voussure locale mais sans formation de nodo- 
site. 

Pas de stigmates physiques de d6gen6rescence. 

La pression des z6nes ovariennes et des mamelons semble etre 
quelque peu douloureuse. La sensibility k la piqilre semble conser¬ 
ve sur toute la surface cutan^e. 

La malade n'a rien d’anormal aux poumons, mais au coeur on 
constate un souffle du premier temps ayant son maximum k la 
pointe. Le pouls radial est petit mais regulier; les arteres p£ri- 
pheriques ne sont pas sensiblement induces. 

De temps en temps la malade se masturbe et parfois au point de 
se faire saigner la vulve. 

Lors de ses moments d'excitation, cette malade se tire automati- 
quement les cheveux et s’en est ainsi arrache un tr£s grand nom- 
bre. Habituellement calme depuis plusieurs mois, elle s'irrite con- 
tre les personnesqui la touchent, les frappe et les repousse avec 
l’inconsciente brutalite des dements, et si on la decouvre, elle ra- 
m£ne immediatement k elle draps et couvertures. 

Parmi les actes automatiques constates chez notre malade, il en 
est un auquel elle se livre depuis pres d un an et qui consiste k 
mordre avec force les couvertures de son lit : elle s'est ainsi de- 
chausse successivement toutes les ineisives et les deux canines de 
la mAchoire sup6rieure. Malgrg la perte de ces dents, M l,c B*** 
n’en continue pas moins k repeter irks frequemment ce mymeacte 
dementiel. Le 21 janvier dernier, on lui avait donn£ une pomme 
au moment d’un repas; comme elle s'efforcait de la m&cher, on 
s’apergut que de sa bouche sortait du sang mele k de la salive. Lui 
ayant alors ecart£ les l£vres, on trouva, pret k etre crache, un frag¬ 
ment osseux denude et sanglant. Ce fragment quin’est pas visible- 


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154 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


ment altere, mesure2 cm. en largeur etl cm. environ en hauteur, il 
appartenait b la moitie posterieure de l’arcadedes incisives supe- 
rieures. stfparee ainsi par une section suivant la partie moyenne 
des cavit&s alveoiaires. L'arcade dentaire inf^rieure est encore 
complete, mais la gencive y saigne faeilement b Tendroit des inci¬ 
sives ; quant b la machoire superieure, e!le presente une longue 
cicatrice sanglante b la region du traumatisme. Tel est le fait qui 
nous a incite & faire connaitre cetle observation. 

Dans le m6me ordre d’idees, M. Vallon a signale un cas de gan¬ 
grene de la levre par suecion chez un dement paralytique'. Des 
observations de fractures spontaneesou deperiostosesonteterap- 
portees dans la paralysie generate (Christian et Ritti, Lalanne, 
R£gis, Marie et Viollet 2 ). Beaucoup d'auteurs sont partisans de 
l’existcnce d’un etat de friabilite anormale du tissu osseux chez ces 
malades; par contre. les recherches de Christian et Mabille ne 
leur ont revele aucune alteration du syst&me osseux chez de nom- 
breux paralytiques morts b l’Asile de Mareville. 

Chez notre sujet, l'accidcnt a ete evidennnent prepare et memo 
provoqu^par l’acte absurde de la morsure des couvertures quo Ton 
peut rapprocher de celui du m&chonnement si frequent chez les 
dements paralytiques et nussi, quoique b un moindre degre, dans 
lesafTeclion subaigues ou aigues des meninges. 

Le dement, quelquefois dangereux pour autrui. se monire, dans 
notre cas, dangereux pour lui meine par le fait de sa decheance 
intellectuelle et physique. 


LETTRES ETRANGERES’ 


LETT RE DES ETATS-LNIS 
Par le D r C. B. Burr 

Sec/ elaii e tie la Sod etc Medieo-Psychologiijite Amcncamc 
(Truduit |>ar 1c D r L. Makciiamj}. 

La reunion au mois de mai 1903 de la Societe Americaine Medico 
Psychologique fut le principal evenement survenu l'an dernier dans 
le corps psychiatrique americain. Cette societe, la plus ancienne 
des societes medicales de l’Amerique, prit part pour la premiere fois 
au Congres Americain de Medecine et de chirurgie qui se com¬ 
pose de la reunion ft Washington, et tousles trois ans. des diverses 
societes medicales. Cette occasion, oflerte ainsi aux membres des 
diverses societes de se reunir et de prendre part aux travaux du 

1 Vallon Arc fliers de .Xeutologie, 181)8, page 

- Regis at Lai.mm*. .Imoi'. f‘ran {•. /mur l noancentent tics Sciences, Paris l'JOU. 

Regis. Manuel de Medecine mentale. 

Lalanne, Conjures de Paris, 11)00. 

Marie et Viollel, Sac. Med-co-psyeholog ., Avril 1‘JO'j. 

•* Par suite de eirconslances independantes de la vidonte de 1 auteur, cet 
article a subi un ties long’ retard dans sa publication. 


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LETTRE RES ETATS-t’NlS 


155 


Congres pr^senlant un interet particulier, fut tres appr&nee. Les 
sessions g^n^rales furent tr&s suivies. On ne releve cependant 
aucun fait d'un interet special dans la Neurologie et la Psychiatrie; 
lattention du Congr&s se porta surtout sur les maladies du pan¬ 
creas, de la vdsicule et des voies biliaires. Plusieurs invites Gran¬ 
gers, notamment les professeurs von Mikulicz Radecki, de 
Breslau, Ewald, de Berlin, Hans-Kehr, de Halberstadt, prirent 
part aux discussions. 

Le programme de la Societe Americaine Medico-Psychologique 
remplit entterement quatre jours, et fut d’un interet remarquable. 
Le discours du president, le D r G. Alder-Blumer, rapport savant 
qui a paru dans le American Journal of Insanity et qui dut 
parailre avec les autres communications dans les compte- 
rendus de la Societe, trails de l'avenir de la psychiatrie, des nte- 
faitsdela centralisation (une allusion sp^ciale Gant faite & la r6- 
cente reorganisation des etablissements de New-York), des ma¬ 
nages consanguins, de la frequence croissante et de la prophy- 
laxie de la folie, de l’expulsion des immigrants tart§s. II y out 1& 
plusieurscommunicationsd’un interet,general principalementcelle 
du D r Stephen Smith, de New-York, intitule: « How Dr. Brigham 
met the Challenge to Diagnose Insanity at Sight », et celle du D r 
Drew sur un cas douteux de paranoia. A proposde la premiere de 
ces communications, disons qu’il est quelque peu rare pour une 
note presentee devant une societe savante de presenter un carac- 
tere populaire tel qu’elle merite d’etre insGee dans une revue 
generate: « The Outlook » (New-York), en publiant l’excellent nte- 
moiredu D r Smith edifia ses abonnes. 

L’interG de la question « sur les traumatismes et leurs rapports 
avec la folie » ajouta encore & la valeur scientifiquede l’assemblee. 
La discussion « des fails anatomiques et varietes chroniques de la 
folie traumatique » par le D r Adolf Meyer, directeur du Patholo¬ 
gical Institute of the New-York State Hospitals, apporte une con 
tribution importante A cet obscur sujet. L’auteur distingue les 
effets suivants du traumatisme sur le systeme nerveux. 

P La destruction localisee ou le plus souvent diffuse du tissu 
nerveux ou d'une de ces parties ; la reaction des tissus. 

a) Effets immediats — oedeme. 

h) La formation d’une cicatrice. 

2° Le choc gGteralise qui provoque surtout une reaction generate 
et des troubles psychiques, v compris les resultats Goignes coni- 
prenant des troubles vaso-moteurs et emotionnels. 

Les principaux types de folie d origine traumatique sont ainsi 
classes. 

P Le delire direct post-traumatique avec ses subdivisions sui- 
vantes : 

a) Reactions principalement febriles. 

b) DGire nerveux de Dupuytren qui ne differe en rien des de- 
lires qui suivent les operations, les blessures, etc. 

c) LedGire du coma quand celui-ci survient lentement, avec ou 
sans appoint alcoolique. 

d) Les delires tardifs, avec leurs nombreuses fabrications, etc., 
avec ou sans base alcoolique ou senile). 

2° Le temperament post-traumatique. 


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156 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


a) Avec simple predisposition b reagir b falcool, b la grippe, etc. 

b) Avec reactions nerveuses vaso-motrices. 

c) Avec tendance b l’excitation. 

d) Avec Episodes hysteriques ou epileptiques, avec ou sans con¬ 
vulsions (exemple : psychoses reflexes). 

e) Forme paranoide. 

3* Les troubles dus aux lesions traumatiques. 

a) Troubles associes b l'aphasie. 

b) Troubles secondaires en rapport avec 1 epilepsie. 

c) Troubles terminaux dus b l alteration progressive des parties 
primitivement touchees avec ou sans arterio-sclerose. 

4* Psychose dans lesquclles le trauma nest quune cause con- 
tribuante. 

a) Paralysie generate avec ou sans trace de blessure. 

b) Manie depressive ou autres psychoses intermittentes, symp- 
tomes catatoniques, paranoia, avecou sans trace de blessure. 

5. Psychoses traumatiques survenant b la suite de blessures 
n’intdressant pas directement la tete. 

Le D r A.B. Richardson,anciendirecteur du Governement Hospital 
for the Insane b Washington, complete la question en traitant de 
« la symptomatology et du traitement de la folie traumatique ». 
Les rdsultats de la chirurgie cdrebrale dons fdpilepsie et les ma¬ 
ladies congdnitales furent l’objet dun mdmoire interessant du 
D r W. P. Spatling, directeur de la Craig Colony for Epiletics at 
Sonyea, New-York. II trouva que cetle methode de traitement est 
peu encourageante et conclut ainsi : « Si fdpilepsie est gdndralisee 
etdatede plusieurs annees, nous ne pouvons attendre une gud- 
rison quoique dans quelques cas bien choisis l'operation deter- 
mina une amelioration incontestable mais plus souvent tempo- 
raire que permanente. 

« Si I epilepsie n est pas essentielle, si elle est rdflexe, non gend- 
ralisde etdedate recente, etque foperation en supprimelacauseim 
mddiatement, on peut obtenir fabolition des convulsions dans bien 
des cas ; mais il faut que le malade nait pas de tares herdditaires, 
carle scalpel ne pent rien sur celles-ci. 

« Nous n’avons obtenu aucun bdnefice de l intervention chirur- 
gicale dans les troubles mentaux congdnitaux. Nous avons releve 
beaucoup de cas oil les rdsultats auraient etc satisfaisants. mais 
commc le degre d’amdlioration n’y est pas indique, il est trd.s dif¬ 
ficile de juger des bienfuits de fintervention. 

a Le fait que de telles operations sont rares. compard b ce 
qu’elles dtaient il y a dix ans, est le meilleur argument contre leur 
utilitd dans la grande majorite des cas. Ifintervention chirurgicale 
peut dtre utile dans certains casd’idiotie, mais il est evident qu elle 
ne prend place parmi les methodes de traitement rationnel qu avec 
beaucoup plus de lenteur qu’elle ne le iaissait prdvoir b son 
debut. » 

Une seconde discussion sur les criminals et les alidnes criminels 
eut lieu entre le regrette D r Allison, directeur du Matteawan State 
Hospitable D r Robertson, directeur du New-York State Reformatory 
at Elmira, et le D r Lamb, directeur du Dannemora State Hospital. 

Le nombre toujours croissant des memoires sur la psychologic, 
la pathoiogie et fexperimentation ajouta encore b Tinteret et aux 



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LETTRE DES ETATS-UN1S 


157 


efforts continus faits dans cette voie pendant ces demises annees. 
Les notes telles que celle du I) r Tomlinson, direcleur du St Peter 
State Hospital sur « la pathologie du delire aigu » et celle du D r 
Diefendorf de Middletown sur les modifications du sang dans la 
demence paralytique doivent 6tre signalees. 

Les stances dd la Societe Neurologique americaine furent au 
m^me Congr&s des plus intdressantes par le grand nombre et la 
valeur scientifique des communications. 

Quelques jours apr&s la reunion de la Societe medico psycholo- 
gique americaine, les membres de cette Societe furent surpris et 
tr&s affectes par la mort subite de son President, le D r Richardson. 
Celui-ci etait depuis de nombreuses annees un psychiatre eminent 
et etait au moment de sa mort Directeur du Government Hospital 
for the Insane & Washington. Avant d’accepter ce poste en 1899, il 
avait ete directeur des Columbus and Massillon State Hospitals 
(Ohio). Les plans de ce dernier hopital furent dresses ou approu- 
ves par lui; l’etablissement est le type le plus beau des h6pitaux 
appeies « Cottage plan ». En perdant le I) r Richardson, la psychic- 
trie americaine perd un de ses illustres representants. Le D r A. E. 
Macdonald, directeur du Manhattan State Hospital, East, Ward’s 
Island New-York, et vice-president de la Societe succkde au I) r 
Richardson ; sous sa presidence la Societe a tenu ses seances C 
Saint-Louis du 30 mai au 3 juin 1904. La division de l’economie 
sociale C 1’Exposition de St-Louis sous la direction de M. Alvin 
E. Pope, directeur de la section de Bienfaisance et de correction, a 
fait une exposition des plus interessantes relative aux differents 
etablissements pouralienCs ou faiblesd’esprit en AmCrique. 

Le D r Wm. A. White, ancien pathologiste de Binghamton State 
Hospital, New York, qui succeda au D r Richardson comme direc¬ 
teur du Government Hospital C Washington a public dans le nu- 
mero de mai du Journal « of Nervous and Mental Disease)) un ar¬ 
ticle sur la distribution geographique de la folie dans les Etats- 
Unis. II trouve que la plus grande proportion se rencontre dans 
les pays du Nord-Est, et du Centre ; comme moyenneon trouve un 
aliene pour 400 habitants. Si, de ce centre dans lequel la folie est la 
plus frequente on tire une ligne dans les directions Ouest, Sud ou 
Sud-Ouest on trouve une diminution reguliCre de la folie jusqu’6 
1'OcCan Pacifique. Etudiant ensuite la repartition des modifications 
dans les elements atmospheriques, modifications qui out une 
grande influence sur les conditions du climat, l auteur ne trouve 
aucune relation dCfinie entre elles et la frequence de la folie. La 
latitude et Paltitude n’ont aucune influence et il en est de meme de 
la temperature, la pression barometrique, rhygrometrie ou autres 
venations atmospheriques. Le D r White explique Csa facon ces con 
siderations et cherche une cause « aussi constante que ses effets. )> 
« Cette cause ou plutot ces causes sont les memes que ceiles qui 
contribuent b la civilisation, au maintien et a rorganisation des 
institutions sociales, & 1’agglomeration de la population dans les 
grandes villes, en un mot que les causes qui contribuent au pro- 
gr&s dans son plus large sens. » Ces causes, ajoute l auteur, sont 
psychiques et non physiques. Il rejette l’influence du milieu phy¬ 
sique comme cause efficionte et considere que la folie est le resultat 
des efforts vers une civilisation toujours plus avancee. Quant 


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158 


REVUE nE PSYCHIATR1E 


l’agglomeratton de la population dans certains quarliers, son in¬ 
fluence est rdelle et il y a 1 h une cause de folie qui s’applique ega- 
lement & la misfcre : « Au lieu de chercher les causes de la folie, 
dit-il, dans les conditions de l’altitude, de la temperature ou des 
autros elements du milieu atmosphdrique, nous devons considdrer 
ces derniers comme ne jouant un role que parce qu’ils favorisent 
l’accroissement et l'agglomeration de la population. I nvolution de 
Torganisme social. M6me 1&, leur influence est souvent secondaire 
ou accidentelle. Toutes mes recherches, conclut l’auteur, aboutis- 
sent aux memes conclusions. Elies prouvent toutes que la folie est 
plus frequente in oil la population est plus dense et consdquemment 
la lutte pour la vie plus active. » L’auteur signale enfin les dangers 
de Timmigration etrang^re, et attire I’attention sur ce fait que 
50 % des 25.000 alidnes de l’Etat de New-York sont des etrangers. 

LeD r I. W. Blackburn a public un intbressant rapport d’anatomie 
pathologique sur les tumeurs intracraniennes chez les altenes. Ce 
memoire compost au Government Hospital for the Insane, Washing¬ 
ton est tr£s precis et ecrit avec beaucoup de soin. II renferme 29 
observations de tumeurs intracraniennes trouvdes dans 1.650 au¬ 
topsies d’aiidnds. Des lesions specifiques bien nettes sont rarement 
observes dans les cerveaux des malades et l’auteur fait remarquer 
avec beaucoup de justesse que « sur 1.700 autopsies, il n’a jamais 
trouvnde neoplasmes syphilitiques du cerveau qu’on puisse desi¬ 
gner du nom de tumeur ou de gomme. » 

Le travail du Prof. Lewellys, E. Barker, de l’Lniversity of 
Chicago sur la Pathologic gendrale du Neurone, publie dans 
Woods Reference Handbook of the Medical Sciences, est d’un in¬ 
ter^ peu commnn. L’auteur divise ainsi son (Hude : Changements 
du h l’activite fonctionnelle du neurone ; necrose et necrobiose du 
neurone, atrophie du neurone, ddgenerescence du neurone, r6g£ne- 
rescencedu neurone, intoxications du neurone. Dans son dernier 
chapitre l’auteur laisse espurer qu’il « est vraisemblable que nos 
connaissances sur la pathologie generate du neurone augmenteront 
avec l’extension des recherches experimentales sur I’action des 
medicaments et de celles qui tendent h expliquer les phenom&nes 
de l’iinmunit^ ». « De toutes les voies indiquees ci-dessus, la patho¬ 
logie et la therapeutique experimenlale peuvent etre considdrdes 
comme les plus fecondes; mais un grand nombre de travaux pa- 
raitront encore avant qu’on puisse faire l’application pratique de 
ces idees h la clinique. » 

A propos de ce mernoire, la discussion du D r F. W. Langdom, 
president de la Neurologic section of the American Medical Asso¬ 
ciation de Cincinnati donne un resume interessant des progr^s fu- 
turs de la Neurologie : « Nous devons esperer beaucoup, ajoute 
l’auteur des progres de la neurologie, des recherches sur les sc¬ 
rums et la therapeutique antitoxique, du cytodiagnostic et des 
precedes hematologiques, de la chimie organique et electrique, de 
Hiygiene prophylactique et des regimes, de la deduction de la fonc- 
tion d’apres la structure, des etablissements speciaux etdes moyens 
plus perfectionnes d enseignement de la neurologie en y adjoignant 
la psychologic, la psychiatric et la psycho therapeutique. L’avenir 
de la medecine neurologique en suivant ces voies sera dune impor¬ 
tance considerable pour le bienfait de riiunumite. Ce sont 1& les 


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LETTRE DES ETATS-UNIS 


159 


routes de l’avenir et celui qui veut les utiliser doit agir.» 

Dans une note interessante publieedans le « Interstate » (medi¬ 
cal Journal), le D T Chas. G. Chaddock de Saint-Louis, traite de « la 
signification de quelques signes et symptomes nerveux. » En voici 
les conclusions : « Les reflexes et les mouvements associes de 1’iris 
sont d’une importance capitale. L’abolition du rdflexe b la lumiere 
est un signe certain de maladie organique (Faction des poisons ex- 
ceptee); l’inegalitd marquee des pupilles a la meme signification 
en y exceptant ^galemenl les actions toxiques ou mecaniques (cica¬ 
trices). Le myosis indique gen^ralement une maladie organique 
tandis que la mydriase seule n’a pas la meme signification. Le si¬ 
gne d’Argyll Robertson est un bon signe de maladie organique; 
c’est un signe de syphilis anterieure presque aussi precis que le 
chancre indure est un symptome de cette maladie. « Les conclu¬ 
sions des remarques prec^dentes peuvent etre ainsi r6sum£es : 1° 
Lalteration (exageration ou diminution) des reflexes profonds indi¬ 
que loujours une maladie nerveuse organique; 2“ le signe de Ba 
binski (en en exceptant les cas physiologiques oil on le rencontre 
normalement) et le clonus du pied sont toujours des signes de ma¬ 
ladie nerveuse organique ; 3° les anomalies dans les reactions de 
la pupille b la lumiere ont la m6me signification. 

Les conclusions du D r Chaddock sont claires et precises ; elles 
refletent en quelque sorte les vues des maitres francais en Neuro¬ 
logic ; dailleurs, l’auteur a eu la bonne fortune de suivre pendant 
plusieurs arin^es leur enseignement soit b la Salpetri&re, soit dans 
les cliniques de Paris. 

Quant b la therapeutique des maladies mentales, elle n’a pas 
fait ici des progr^s considerables sur Fannie derniere ; cheque 
hOpital cependant, tout en s’attachant suivant l’esprit americain b 
ce qui est le plus pratique, s’occupe activement de la solution du 
probl&me qui consiste b rechercher la meilleure fa con de soigner 
les malades et d’obtenir des traitements les resultats les plus 
satisfaisants. De plus en plus rattention est attiree vers I’hydro- 
therapie. L'appareil Baruch est le plus en vogue et son usage a 
donn6 des resultats excellents dans plusieurs hopitaux du pays. 
Le D T Dent, directeur du Manhattan State Hospital. West, Ward's 
Island, New York, pr&senta & la Societe. l'annee derniere. une note 
interessante sur l'hydroth^rapie. Les bains permanents, tels qu’on 
lespratique& l'etranger, nesont pas ici, autantque je puis l’aflir- 
mer, en grande faveur et leur usage est tr&s limite; aussi il est 
difficile de tirer de leur emploi quelques conclusions precises. Le 
traitement « sous la tente » des alienes, des dements et desgateux- 
tuberculeuxa rendu beaucoup de services: et des rapports intdres- 
sants concernant cette methode de traitement ont ete presentes 
par les officiers du Manhattan, State Hospital, East, b la Soeiele 
americaine Medico-Psychologique, b la derniere reunion de 
1903. 

Nous nous plaignons de 1'encombrement des hopitaux ameri- 
cains et le probldme de l’assistance des alienes devient de plus en 
plus pressant et important. Les etablissements ont prisdes dimen¬ 
sions trop etendues et quelques uns sont immenses. Dans ces dor 
nieres anndes, desconstructionsnouvellesont eteelevees en dehors 
des plans primitifs. 


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160 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Un hopital destine au traitement des maladies mentales aigues 
est en construction dans le dApartement medical de l’Universite de 
Michigan k Ann Arbor et seru bientot organise. Le D r Auguste 
Hoch qui fit de nombreux travaux alors qu’il Atait anatomo-patho- 
logiste k Me. Lean Hospital, Waderley, Mass, et qui donna des 
mAmoires importants k la psychiatrie amAricaine a 6t6 nommee 
directeur de cet Atablissement. 

La demission du D T Edward Cowles, directeur de Me Lean Hos¬ 
pital, Waverley, Mass, cause de profonds regrets. Ce confrere 
avaitdignement rempli sa carri&re pendant de nombreuses ann6es 
et la psychiatrie amAricaine doit beaucoup & son z&le et k son 
enthousiasme. II fut un pionnier dans l’organisation des dcoles des 
infirmiers pour ali£n£s; et Instruction etendue obtenue dans les 
ecoles americaines est due en grande partie aux larges plans qu'il 
traca et developpa. 


TECHNIQUE 


I X NOUVEAU CYLINDRE EXREGISTREUR 
Par Henri Pieron 


Le cylindre enregistreur classique de Marey, qui etait le plus 
pratique et le plus prdcis.Atant donne surtout son prix, avail quel- 
ques inconv^nients qui n’avaient pas et 6 corrigAs jusqu’ici, par 
suite dela routine regrettable qui ne permit jusqu'ici auxconstruc- 
teurs aucune modification. 

Mais. tout dernifcrement, M. Tainturier, un constructeur pari- 
sien, tAcha de perfectionner pour ces principaux points le meca- 
nisme du cylindre; nous lui indiquAmes quelques-uns des deside¬ 
rata essentiels des experimentateurs. Et avec beaucoup d’ingenio- 
sitd, par des procedes simples, il put rAaliser un cylindre beaucoup 
plus satisfaisant dont le laboratoire de psychologie experimental© 
de TEcole des Hautes Etudes (asile de Villejuif) a acquis le premier 
exemplaire ex^cutd. 

Les principaux inconvenients du cylindre classique Ataient 
ceux-ci : 

1°) Toutd’abord les trois vitesses auxquelles pouvait marcher le 
cylindre etaient choisies de fac;on tout k fait arbitraire et sans 
commune mesure. 

2 6 ) Pour changer de vitesse, il fallaitoter le cylindre de son axe, 
et le tixer sur un axe different, les trois vitesses £tant obtenues 
par troix axes distincts. 

3°) Deux des axes marchaient bien dans le meme sens; mais 
Tun des trois axes, Tune des trois vitesses exigeait une rotation en 
sens eontraire, en sorte que, non seulemenl il fallait souvent, au 


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UN NOUVEAU CYLINDRE ENREGISTREUR 


161 


cours d'une experience, proceder & la manipulation delicate et 
assez longue du changement d'axe, mais encore il fallait souvent 
retourner le cylindre (a cause du sens du collage de la feuille de 
papier) pour le mettre k un nouvel axe, cequi est assez difficile, et 
ne peut gu&re se faire seul, avec encore beaucoup plus de temps et 
de risques; et en plus de cela, afin que le cylindre ne marche plus 
k rebrousse plumes, il fallait encore retourner le b&ti meine du 
cylindre. 

4°) Enfin le cylindre de cuivre, etant assez lourd, avait une sur 
face relativement minime. 

Voici alors les perfectionnements apportes : 

1°) Les vitesses ont ete choisies rationnellement en prenant deux 
multiples de la vitesse initial© : on a 1 tour k la minute, 12 tours & 
la minute (ou 1 tour en 5 secondes), et 60 tours 6 la minute (ou 
1 tour & la seconde). Sur la surface laterale du cylindre sont mar¬ 
quees 60 divisions, ce qui permet avec la plume de faire sur le 
cylindre une s6rie de lignes ^quidistantes pour la mesure du temps, 
ehaque division donnant une seconde pour la vitesse de 1 tour& la 
minute (on pourrait faire marquer sur l’autre surface laterale 
100 divisions pour avoir des divisions cent&simales, et le centime 
de seconde pour la vitesse de 1 lour k la seconded) 

Un volant adaptable k la partie superieure du moteur permet 
d'obtenir des ralentissements considerables de ces vitesses. On 
peut avoir une serie de volants d une grandeur convenable per- 
mettant d’avoir toutes les echelles de vitesses. 

Le grand volant donne, avec la vitesse normale de 1 tour k la 
minute, la vitesse d'un tour k l’heure. Cela, joint an m^canisme, 
connu d6j&, du chariot mobile, permet une inscription continue 
d’un phenom^ne lent pendant une heure, sans avoir k se preoc- 
cuper de Linscription. 

2 # ) Au lieu de faire aller le cylindre vers les axes, pour les chan- 
gements de vitesse, ce sont cette fois les axes qui vont vers le 
cylindre, En efTet le cylindre est place sur un axe mobile, ind6- 
pendant du moteur, ce qui permet de le faire rouler& la main sans 
resistance. Sur la tige axiale du cylindre se trouve une roue d’en- 
grenage, et chacun des trois axes moteurs porte egalement une 
roue d'engrenage. Un levier permet d’avancer et de reculer chacun 
de ces engrenages axiaux, en sorte qu’en l’avan^ant, i’engrenage 
mord la roue du cylindre, qui se trouve ainsi en rapport avec le 
moteur. 

Pour changer de vitesse, il suffit done de reculer un levier d’en- 
grenage et d’en avancer un autre. 11 suflit de cinq secondes pour 
arrSter le cylindre en marche et le faire repartir k une nouvelle 
vitesse. 

1 La vitesse, malgre le regulateur, n arrive nntureliement jamais, a etre 
absolument uniforme. En euregistrant 1c temps avec un diapason qui donne 
100 vibrutions a la seconde, j ai constate que, pour la vitesse de 1 tour a lu 
seconde, il pourrait y avoir des differences dans des regions determiners du 
cylindre de 1 dixieme en plus ou en nioiris, soit 1 millieme de seconde pour 
un centime de seconde. fl est done prudent, pour des mesures Ires dedicates, 
de loujours enregistrer le temps, bienque les variations soient minimes. 


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162 


REVUE DE PSYCH1ATIUE 


3°) Enfin. par un dispositif special, le constructeur a assure la 
marche des trois axes dans le meme sens, en sorte qu'il n’est ja¬ 
mais besoin de retourner l’appareil. 

4 ") Le cylindre creuxdecuivre a 6te all£g<^ par un emploi prudent 
d’aluminium, ear il faut que la surface soit assez resistante pour 
eviter les deformations et bossellements de surface. Etant plus le- 
ger, pour des ressorts de meme force et pour un mecanisrne mo- 
teur de m6me taille, le cylindre peut avoir un plus grand volume 
et une surface plus vaste. Seulement, comme le cylindre descend 
tres has, il faut pour le noircir, le placer sur un support, et le re- 
mettre apres noircissement. 

Ainsi le cylindre construit par M. Tainturier 1 presente d’incon- 
testables avantages, et est beaucoupplus pratique et plus maniable 
que l'ancien dispositif. Ajoutons que le bruit produit par la mar¬ 
che a ete sensiblement diminue, sans qu'il ait pu etre enti&rement 
supprime. 

Le deplacement du cylindre peut se faire par lexperimentateur 
seul, moyennant une petite precaution pour eviter de se heurter 
dans lesengrenages des trois axes qui sans cela generaient un peu. 
On pose la main gauche & plat sur la face du cylindre qui regarde 
le moteur en prenant l’axe entre l’indexet le meklius.et Ton appuie 
sur la droite, vers le cote oppose e’est-&-dire vers la vis d’axe, que 
Ton dthisse peu & peu de la main droite, jusqu’& ce que Ton ait 
degag6 le cylindre des roues d’engrenage ; on pose alors la main 
droite de la m&me fagon que la gauche sur la face lat^rale de ce 
c6te et Ton enl&ve le cylindre. 

Pour le replacer, on le prend de la meme fagon que pour lenle- 
ver, on l’appuiede fagon continue sur la vis d’axe, pendant qu a- 
pres avoir ldche la main droite on revisse, en plagant le cylindre 
en position parall&le jusqu‘&ce qu’on ait fixe l’axedu cylindre du 
cote du mecanisrne moteur. 


LES SERVICES 


EONCTIONNEMEXT D I N HOPITAL PSYCIIIATRIQl’E 
Ol’VEHT 

Par le D‘ A. MARIE 

Dans ma derniere revue critique sur les hopitaux psychiatriques 
ouverts pour le traitement des alienes, j’ai cmisdeciter le service 
de l'hopital Saint Jean, de Bruxelles, que dirige aveo tant de dis¬ 
tinction notre confrere De Boeek, professeur de psychialrie & 
lTniversite de Bruxelles. Ce service, cree depuis 1860. comprend 
40 lits par moitie pour les deux sexes. 

1 7 Hue Blnifivillc, P;iria. 


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FONCTIONNEMENT D UN HOPITAL PSYCHIATRIQUE OUVERT 163 

L'admission des malades au service des alienes de l'h6pital 
Saint-Jean se fait sur cettifieat medical et requisitoire d’un com- 
missairede police de Bruxelles. 

Ce requisitoire doit etre regularise par le Bourgmestre et dans 
les vingt-qualre heures. 

Dans un delai de trois jours, le rnedecin du depot fait parvenir a . 
rAdministration communale son avis sur le point de savoir s’il y 
a lieu ou non de maintenir la collocation du malade; en d’autres 
termes, s’il v a lieu ou non de faire prendre un arr6te de colloca¬ 
tion par le College des bourgmestres et echevins danssa premiere 
stance. (Suivant la loi beige, cet arrets correspondent k l’arrete 
prefeetoral d’internement chez nous). 

Au bout de quelques jours, pour obeir au r&glement communal 
de la ville de Bruxelles, dont [’administration reclame lecertificat 
de deux medecins pour ordonner une collocation, le Bourgmestre 
envoie au depot un rnedecin du bureau d’hygiene qui visile le 
malade et decide si la collocation doit etre ou non maintenue, ou 
pour mieux dire ratifiee ou non par le College, comme l’exige la 
loi sur les alienes. 

Les malades ne peuvent faire, en principe. dans un service pro- 
visoire de I’hopital, qu’un sejour strictement limite au temps ne- 
cessaire pour preparer lour transfert dans un asile proprement 
dit. Mais dans les grandes villes comme Bruxelles, ce sejour se 
prolonge forcement par suite du nombre de malades recus k cet 
asile provisoire. 

La situation de cas services hospitaliers particuliers des grandes 
villes est done toute differente de celle des depots provisoires des 
petites localites de province. II faut les transformer et autoriser 
les malades k y faire un sejour prolong^. 

« II semble inutile et dispendieux, en efTet, dit M. le professeur 
de Boeck, de transferer souvent k grands frais et avec grande 
dilliculfii dans des asiles parfois eloignes, des malades atteinls 
de folie transitoire, de quelque nature qu’elle soit, dont le 
sejour dans un hopital ordinaire est impossible et qui, sous Lin- 
fluenced’un traitement approprie, doivent guerir en quelques 
jours dans un service ouvert tel que celui de 1 hopital Saint-Jean. 

J’attire l’attention sur deux points : 

1° Cet 6tablissement est non-seulement destine au traitement 
des ali6n6s, mais aussi k l’enseignement clinique: il eta it neces- 
saire de le specifier pour dviter que l’entree des etudiants k ce 
petit asile ne devint la source de difticultes. 

2* II existe ainsi un lien etroit entre l’asile provisoire et l’hopi- 
tal proprement dit; a) les Aleves de garde & l'h6pital (ce sont des 
sieves qui font leur derni&re annde de doctorat et qui sont nom- 
mes au concours), donnent k 1’aliend entrant les soins speeiaux, 
s il y a lieu ; ils ont seuls qualite, en l’absence du rnedecin, pour 
auto riser l’emploi de movens de contrainte ou d’isolement; b) en 
cas de maladie grave, les alienes sont tra ns feres et traites tempo- 
rairement dans les sailes de l’hopital, apres un temps sullisant 
d’observation et de mise en traitement, s’ils sont reconnus liors 
d'etat de sortir, ils sont evacues sur un service d’asile ferine et 
colloques officiellement. 


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164 


REVUE DE PS YCI1IATRIE 


Depuis lannde 1897, M. le professeur de Boeck a etd autoris^, 
par le Conseil des hospices de Bruxelles, & traiter deux fois par 
semaine dans les loeaux du d£pot des malades venant de l’exte- 
rieur. Ainsi a dte fonde & l’hopital Saint-Jean une policlinique 
externe pour affections mentales. 

On a donne, chaque annee, de 2 & 300 consultations et plus, le 
nombre en sera plus eleve encore cette annde. 

Nous avons eu l’occasion d'y observer notamment des cas de 
demence precoce et avons ete frappes du grand nombre de consul¬ 
tations donnees pour enfants arrives et debiles desprit (la plu- 
part etaient adenoidiens et se sont bien trouves d’une intervention 
ehirurgicale faite h la polyclinique). 

C’est ainsi qu'on a combine & Bruxelles ce qui existe chez nous 
sous le nom d’admission et sous le nom de D6pot. Ce dernier a 6te 
ainsi degage des conditions morales et mat^rielles d^plorables qui 
le condamnent chez nous, et on a pa ainsi rdaliser ce que je r6cla 
mais & la Commission mixte du Conseil general de la Seine, en 
1898. 


societes 

SOCIEtE mEdico-pstcholoqique 


Seancn du 'J7 Mats 1905 

I. — Mort de M. P.Gamier. — II. — M. Dagonet: L’etatdcs nouvofl - 
bn lies dans la paraltfsie generate. — III. — MM. Anthealme et Par¬ 
rot : Un eas d’incersion se.vuelle. — Disrussion : MM. Him, Brian n, 
VigoUroux, Boissier, Christian. — IY r . — Elections. 

I 

Au commencement de la seance, M. Vallon, president, rappelle, dans 
une allocution la perte que la Society vient de faire en la personne de 
M. Paul Gamier, ancien president de la Socidte mddico-psyehologique. 
M.Hittilit lediscours qu'il aprononce aux obsequos de M.PauIGarnier. 
La seance est ensuite levee en signe de deuil. 

II 

Lorsque la stance est reprise, M. le Secretaire general donne lecture 
d une lettre de M. Dagonet, se rapportant a une communication de 
MM. Gilbert Ballet et Laignel-Lavastine sur Vetat i/cs ncurojlbrillcs dans 
la parahjsie gencrale (30 janvier 1905). M. Dagonet maintient la conclu¬ 
sion a laquelle il est arrive apres oxatnen de trois cerveaux de paralvti- 
ques g6n6raux, conclusion affirmant 1’integrite des neurollbrilles dans 
la paralysie generate. 

Ill 

MM. Antheacme et Parrot comimmiquent l’observation d’un cas 
d’inversion sexuelle. 

Un adolescent de 18 ans, place on pension chez un professeur d’une 
ville d’Allemagne, fail une tentative de suicide : il se tire une balle de 
revolver dans la region de la lempe et se blesse legerement. On trouve 


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SOCIETES 


165 


alors une lettre adressee k ses parents et destinde a leur expliquer sa 
determination. II y declare qu’il deleste les femmes, qu'il aime les 
jeunes et beaux gargons et que, mis dans Pimpossibilite de satisfaire 
une passion qu’il considers coinme legitime, par la crainte des opinions 
morales du monde, il s’est decide a chercher le repos dans la mort. 

Ce jeune homme n’avait, jusque la rien laiss6 remarquer dans sa 
conduite qui put faire soupgonner 6 sa famille son inversion sexuelle. 
Mais une auto-observation d6velopp6e qu’il a fournie, renseigne sur 
son cas et permet plusieurs remarques interessantes. 

Ce sujet, dans son enfance, jouait volontiers avec les petites filles, 
comme une fille; il soignait sa toilette; ses camarades 1’appelaient 
« la fille ». Plus tard, au college, il reeherchait la societd des grands 
plus que eelle des camarades de son age ; il dtait sensible a la beaute 
des adolescents ; il en aima quelques uns passionnement; ses r6ves 
lui repr^sentaient des jeunes gens qui lui manifestaient leur amour. 

Apres sa quinzteme annee, il s’6prit d’enfants plus jeunes que lui. Ce 
furent des gargons de 12 ans qui devinrent l’objet de ses ddsirs, qui 
occup&rent ses rfives. Avant la puberte, il aimait en femme, voulait 
£tre aimd, recherche, caress^. Apres la pubertd, qui lui donna un 
d^veloppement viril normal, il aima en homme, dprouva le besoin de 
devenir un protecteur pour les enfants qu’il chdrissait. 

Il recueillait dans l’histoire et le roman des renseignements sur les 
uranistes. Il avait empli un album de dessins figurant de jeunes 
homines. 

Jamais ce malade n’a cherche a satisfaire sa passion dans des rap¬ 
ports homosexuels, actifs ni passifs. 11 n a commis aucun acte de ped£- 
rastie. 

Il est d aspect un pea etfemin^, mais n a aucune malformation des 
organes genitaux. Il prdsente quelques stiginates physiques de ddge- 
nerescence. Il a depuis plusieurs annees des preoccupations genitales 
obs^dantes. L’examen de son systeme nerveux n a permis de d£cou- 
vrir qu’une hyperesthesie du scrotum et du perinee. On n’a rien rele- 
ve dans ses antecedents hereditaires, sauf l’arthritisme. 

Les auteurs de la communication font remarquer que les uranistes ne 
recherchent pas habituellement les petits gargons comme le font les 
libertins, et qu’ils sont le plus ordinairement passifs, pendant toute 
leur existence. Leur malade, qui presente, d’ailleurs, les earactfcres 
communs a tous les invertis : origine cong^nitale de l’anomalie, pen¬ 
chant homosexual avec repulsion pour l’autre sexe, conformation nor¬ 
mal© et fonctionnement normal des organes genitaux, conscience, 
existence de stigmates de degenerescence, se distingue done par plu¬ 
sieurs particula rites. 

M. Ritti lit une observation publiee par Esquirol k la suite de son 
travail sur la ddmonomanie et qui montre que 1’inversion sexuelle 
n avail pas 6chappd a cet auteur. 

M. Briand fait remarquer que, comine beaucoup d’obsedds, les in¬ 
vertis sexuels font fr6quemment des tentatives de suicide. Ces tenta- 
tives sont ordinairement executes par eux, alors qu’ils viennent de 
satisfaire leurs desirs et ont horreur de leur faiblesse. Il a eu Pocca- 
sion d’observer trois invertis, pour lesquels cette remarque s'est trou- 
vee exacte. L’un chercha deux fois a se tuer. Les deux autres dtaient 
des dpoux, chacun poss^de par une passion homosexuelle. 11s firent 
l’un et Pautre une tentative de suicide. 

M. Vigouroux. — C'est, en elTet, d’ordinaire apres une tentative de 
suicide, determine par un acces de mdlancolie, que les invertis 
entrent dans les asiles. J’ai observe un homme de 62 ans qui setrouvait 

12 


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166 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


dans ces conditions. Depuis i'age de 12 ans, ce sujet avail des pen¬ 
chants homo-sexuels. II n’avait jamais eu direction aupres des fem¬ 
mes. II salisfaisait ses besoins genitaux avec des individus de son 
sexe, mais seulement par la masturbation r^ciproque. II eut quatre 
condamnaiions pour outrage public a la pudeur, la premiere & 17 ans. 
II avouait 6tre monte plus de cent fois sur la colonne Venddrae avec la 
pensee de se precipiter. II finit par se jeter d’un bfiteau-inouche dans 
la Seine et fut ensuite interne. 

M. Boissier. — J’ai rdcemment observe deux invertis. L'un, &g6 
de 50 ans, fait un acces de melancolie. L’autre, inverti dds sa jeunesse, 
et, uiuigre cela, marid et devenu pere de plusieurs enfants, sans avoir 
jamais eprouve de satisfaction genitale, se trouve alternativement 
dans une periode de passion hoinosexuelle, puis dans une periode de 
degout. Quand il tombe ainsi dans un dtat de mdlancolie, il est sollicitd 
& la fois par des iddes obsddantes de suicide et par des impulsions a 
s'enfuir. Il se laisse alors entrainer a des fugues. Il va en Kussie, en 
Amdrique. 

M. Christian estime que, si Ton en juge par ses ecrits et par 
ses dessins, le malade de M. Antheaume est un ddbiledont l’education 
a dtd defectueuse. Il connait des cas ou l’inversion sexuelle s’est 
manifestee dans la periode d’excitution d’une folie a double forme. 

IV 

A pres lecture d’un rapport de M. Antheaume, M. Buvat est dlu 
membre correspondent. 

Apres lecture d’un rapport de M. Ritli, M. Ladislas Hascovec, 
ancien chef de clinique a la Faculty de mddecine tchdque de Prague, 
est dlu associe etranger. 

G. Collet. 


SOCIEtE DE PSYCH OLOGIE 


(JancierOctobre 1904) 

8 janvier. — M. Janet presente une note sur Yetat crdpusculairc des 
epileptiques et les crises de psycholepsic. — Observation d’une malade 
de 22 ans qui avait ete dejii soignee autrefois, comme hysterique, a la 
Salpetridre, et qui prdsente des crises nettes d’epilepsie ; on constate 
chez cette malade des accds pendant lesquels elle semble presenter une 
diminution nette de la conscience, et que M. Janet considdre comme 
un etat second representant une sorted’einbryon de crise (qui est 
rnarqude par une perte beaucoup plus complete de conscience). Discus¬ 
sion u ce sujet, MM. Ballet et Manouvrier etant d’avis que l’etat 
second dpileptique se diffdrencierait toujours nettement de l’dtat second 
hysterique et qu’on ne pourrait les confondre. 

5 f^vrier. — M. Boissier expose un cas de rfice d’inondation. — Ce 
rdve apparait comme un rdve d’habitude sous la dependance des sensa¬ 
tions ccenesthesiques. capables de provoquer dans le sommeil des ima¬ 
ges complexes visuelles. M. M^linand considere comme douteux que 
la sensation du contact interne du liquide de la vessie puisse provoquer 
une image visuelle d’une dtendue d'eau. 

M. Nayrac communique les resultats d’un travail sur Yetat mental 
el le caractdrc de la Fontaine 1 . 

1 Voir Revue de Psychiatrie , ii 8 11 de 1904 p. 479. 


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S0C1ETES 


167 


6 mai. — M ,,e Pelletier fait une communication sur Yecho dela pensee 
ct la parole interieure. L’echo de la pensee, la rumination seraient les 
seuls produits de la concentration morbide qui« n’enfanteque l’absurditd 
et le d^lire »sans produire de syntheses nouvelles, parce que dans ce cas 
l’gmotion provocatrice viendrait d’en has, des modifications vasomotri- 
ces peripheriques, tandis que l'emotion susceptible de provoquer la 
reflexion seraitcerebrate, viendraitd’en haut. M. Malapert, M. SEGLAset 
M.Sollier contestent a i’auteur le droit d’appeler echo de la pensee des 
phenom&nes complexes oil le sujet ii’entend pas sa pensee rdpercutde 
du dehors, auditiveinent,et sous une forme qui cesse d’etre personnelle; 
M. Janet, revenant sur ce point, montre qu'il est dangereux de consi- 
derer tous les phenom&nes morbides comine tres siinptes. Dans ces 
ruminations des doutes, il est tres probable qu’il s'agit de manies men- 
tates, des scrupules. 

M. D.tOMARU parle ensuite sur la ycncsc de la formule molricc dans 
la stcreotijpie. Communication etayee de trois observations. II y aurait 
une pseudo stereotypie relative aux manifestations motrices r6pondant 
a un contenu ideD-atlectif actual. Les stereotypies propretnent dites 
coinprendraient deux groupes qu'on devrait distinguer comme on 
separe les spasrnes des tics. Les premiers coinprendraient attitudes et 
mouvenients sous la dependance directe d un agent modificateur de 
la cellule nerveuse (automatisme primitif). Le deuxteme comprendrait 
des ph6nom6nes r^siduels dus a une desegregation ne permeltant plus 
le m^canisme inhibiteur normal, phenomenes anciennement adaptes k 
une idee delirante. une habitude professionnelle ou une circonstance 
fortuite. 

3 juin. — M. Sollier ddcrit des experiences sur des phenomenes de 
perception a distance sur un homme de 36 ans atteint de grande hys- 
t£rie traumatique, et que a distance, derriere son dos, M. Sollier attirait 
a lui par un simple geste dont le malade avait conscience sans pouvoir 
expliquer comment.— M. D.iomard fait une communication sur la stereo • 
tijpie dans son rapport acre I'aciiciie mentale. La st6rtk)typie temoigne 
d’un affaiblisseinent intellectuel et le mesure en partie ; elle contribuea 
distraire I’attention, a g6ner le cours normal des associations et la con¬ 
servation et 1’evocation des souvenirs. Elle ne s’accompagne d’aucun 
phenomena emotionnel, dchappe a toute influence, a toute inhibition 
volitionnelle, et s’exag&re sous i’influence de 1’excitationet de la fatigue. 

M. S^glas fait une communication sur un cas d'hallucination specu¬ 
la ire. Observation d’un homme de 49 ans, atteint de delire systematise 
de persecution avec hallucination incessante et diverses, qui un jour 
aperQUt son double avec un autre personnage sous un aspect absolu- 
ment reel. L’hallucination resta exciusivement visuelle. M. Sollier 
declare que cette hallucination speculaire est toute difTerente des phe¬ 
nomenes d’autoscopie. 

M. Pierre Janet presente une etude preliminaire sur la duree des 
sensations eisuclles elementaires L 

11 a imagine dans ce but un appareil tres ing6nieux, malheureu- 
sement un peu complique, mais dont le principe est interessant : l'idee 
fondamentale de l’experience repose sur la fusion des couleurs avecun 
disque de Newton, cette fusion devant avoir lieu lorsque la roue tout 
entiere passe devant 1’oeil pendant la duree de la persislance d'une im¬ 
pression lumineuse. II suffit, en augmentant la vitesse de la roue, de 
chercher en coinbien de temps la rotation est effeetuee au moment de 

1 II derail y avoir une communication dc M. Dii*ont sur ce nieme sujet ; 
elle n'a malheureusement pas encore eu lieu. 


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168 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


la fusion pour connaitre approxirnativement la dur6e de l’impression. 

M. Janet analyse les phenomenes qui se produisent pour des vitesses 
croissantes (avec du blanc et du noir), l’image en mouvement, lepapillo- 
tement avec distinction des couleurs, le papillotement gris qui com¬ 
mence la fusion, et enfin la fusion complete et uniforme avec bientdt 
la sensation d’immobilite. Si l’on compte le nombre depressions a la 
seconde, le papillotement gris, chez une personne normale se produit 
pour 130 & 160, la fusion pour 210 a 250. Chez des psychasth£niques on 
constate que la fusion se produit plus tdt (entre 82 et 190 chiffres extr£- 
me>) Chez une malade, dans la periode de depression, la fusion est 
complete, vers 185-190; dans celle d’excitation, seulement vus 210-242. 
M. Janet montre d'ailleurs lui-m^me que ces chiffres ne sont peut&tre 
pas incontestables a cause du danger, permanent chez ces malades, qui 
est dO a leur suggestibilite. P. 


NOTES & INFORMATIONS 


L’6motion musicale et les id6es associ6es. — On a dit que la 

musique produisait des emotions sur lesquelles noire intellect brodait 
a sa guise. (Ribot). Deux psychologues, (Ferrari et Gilmann)ont essave 
de determiner comment l’intellect tirait des images de ces emotions. 

La critique des experiences de ces deux auteurs conduit M. Lafaj a 
les considerer comme insuffisantes. Mis en garde par les fautes de ses 
predecesseurs, Lahy fait executer, devant trois sujets, un rnorceau de 
musique inedit. II decrit le temperament de chaque sujet et met en 
paralieie les iddes ou emotions notees pendant l’execution du rnorceau, 
ainsi que lesidees que l’auteur a voulu exprimer. Ces id£es sont tout h 
fait disparates ; mais it l’analvse, on trouve une emotion identique it la 
base des associations d’idees. Les experiences de Ferrari et de Gilmann, 
qui semblaient contradictoires, interpreteespar 1‘auteur conduisent aux 
mOmes resultats. La nature sociale de l’art, le role des emotions 
collectives attachees a la musique des primitifs, montrent que cet exci¬ 
tant n’a d’aclion que sur les processus interieurs et que les idees qu’on 
veut lui faire exprimer ne sont qu associees & des etats emotionnels 
tres vagues. 

Des experiences identiques refaites sur un grand nombre de sujets 
ont conduit aux memes rdsultats : pas d’idees sans emotion-base. 
La musique a programme, merne a programme succinct, peut seule creer 
une communaute de perishes chez les divers auditeurs. (Ricista musicale 
italiana 1904 t. XI, F. I). A. 

Conference sur la personnaiite. — Le lundi 20 mars & 5 heures, 
M. Charles Richct, a fait a l’ancien local de l'Acaddmie de medecin'e, 
sous les auspices de l lnstitut general psychologique, une conference 
sur la personnalite et les ehangemenls de la personnalitd. 

II a cherche a definir les elements fondamentaux de la personnalite, 
au nombre de quatre selon lui: la memoire d'abord; les sensations in¬ 
ternes, la coenesthdsie ; les sensations externes, de relation avec le 
mondo exterieur ; et la conscience de l effort musculaire. II a ensuite 
resume les changements pathologiques de personnalite et les cas de 
dedoublement qui ont paru presenter des incarnations chez des sujets 
que d’un mot heureux il a qualifie de « comediens sinceres ». 


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NOTES ET INFORMATIONS 


169 


— Happelons a ce propos que, plusieurs seinaines auparavant, M. 
Richet a fait a Londres une conference pour la Society for psychical 
Research dont, premier fran^ais, il a 6td elu president. 

11 y a propose un mot pour designer les phdnom6nes spiritiques et 
qui semble faire fortune, celui de « m^tapsychique ». Si c’est bien l’equi- 
valent de la nuHaphysique le mot ne plaira peut-6tre pas beaucoup 
aux spirites, bien que spirituel. 

Les petitions des alldnds. — On peut trouver des manifestations 
interessantes d'alienation mentale dans bien des actes de la vie publi- 
que, en particulier les brevets d'invention, et les petitions emandes de 
persecutes ddlirants. En voici une de ce dernier genre qui a 4t6 rele¬ 
vee dans YOfflciel du 23 decembre 1904 : 

Petition n* 71 (du 6 juin 1904). M. L., cominis des ponts et chaussees 
au Havre, pretend Otre constamment sous l’influence de Thypnotisme 
et s’adresse au S£nat pour faire cesser cet etat de choses. 

M. Diancourt, rapporteur: M. L., commis des ponts et chaussees 
au Havre, se plaint d’insomnies agiteesdont il soulTre depuis plusieurs 
anndes et qu’il attribue a l’hypnotisme. Apr6s avoir adresse 6 la 
Chambre des deputes diverses petitions restdes sans effet, il sollicite 
^intervention du Senat pour faire cesser cet etat de choses qui n’est 
qu’un etat morbide, lequel est uniquement du ressort de la mddecine. 
La commission propose l’ordre du jour. 

L’lnterventlon chlrurgicale chez les alidnds. — Notre collaborates 
M. Picque , au nom d’une commission nominee par la Societe de m6- 
decine legale et composee de MM. Lefuel, Roche, Constant, Briand, 
Dupr6 et Picque, a prdsentd, sur I’intervention chirurgicale chez les 
aliened, un rapport dont les conclusions visent a : distinguer les aliends 
lucides et reconnus tels par le medecin, et qui pourront accepter ou 
refuser l’opSration (la loi de 1838 leur permettant de disposer de leurs 
biens, et les altenes inconscients dont la loi nouvelle devrait procla- 
mer le droit, pour la societe, de le proteger dans sa sante, sous garan- 
tiesdu pouvoir judiciaire, la Chambre du Conseil du tribunal civil devant 
en cas de conflit avec les families ou en leur absence, sur rapport d’ex- 
pert, resoudre toutes questions relatives au iraitement m^dico-chirurgi- 
cal des alidnes (stance du 9 janvier). A la seance suivantede la Socidte 
(Fevrier) la discussion de ces conclusions a eu lieu. 

Les dlfflcultes relatives & I’internement non judiciaire des atte¬ 
nds. — Les proems relatifs a des internements sont presents a toutes 
les memoires. Il vient d’y en avoir un nouveau, celui que le D T F. inten- 
tait en paiement de 250.000 francs de dommages interets et insertions 
contre les trois mddecins qui ont signe un certificat d’inearedration a 
son dgard, devant le tribunal du Havre. 

Ajoutons que, sous le titre de : NcuJ mois chez les foils , M. F. 
racontedans un volume publie au Havre sa vie au milieu des ddtenus, 
a Saint-Pons pr&s Nice, ses luttes pour etre mis en liberte a l'asile de 
Quatre-Mares et ses comparutions devant le tribunal dont il obtint un 
elargissement. Le tribunal a declare que M. F. etait bien alidnd, 
mais il a chargd une nouvelle commission de declarer si rinternement 
etait justifid. 

Responsabilltd civile et irresponsabflitd pdnale. — Par un jugement 
fondant une jurisprudence assez curieuse, la premiere Chambre du 
tribunal suppldmentaire a condamne, le 20 janvier, a 400 francs de 
dommages-int6r<Hs pour prejudice moral, un satyre qui, apres avoir 
fait une tentative de viol, non suivie d’effet, sur une petite fille de 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


treize ans (aout 1902), avait et6 l’objet d’une ordonnance de non lieu sur 
rapport de M. Dubuisson, concluant a l’irresponsabilit6 penale du sujet. 

II faut dire d’ailleurs que ce dernier, au lendemain de sa liberation, 
avait repris ses fonctions de brigadier a la Compagnie P. L. M. 

Paralysle g6n6rale et Syphilis d l’Acad6mle de M6decine. — A 

la suite de la communication de M. Fournier sur la paralysie generate 
de la syphilis, un grand nombre de membres de l’Acad^mie de Mede- 
cine sont intervenus, en particulier MM. Joffroy , Raymond, Hallopean 
etc.y pour restreindre la generality des rapports de causalite presentes 
par M. Fournier entre cos deux maladies. 

Acad6mie de M6declne de Belgique. — A la stance du 28 mars, 
M. A tasoin, secretaire perpetuel de l’Academie de Medecine de Belgique, 
a adresse un travail sur les prelendues sequestrations arbitraires et le 
service medical dans les asiles d alienes. 

XV r Congr^s des M6decins altenistes et neurologistes. — Le XV r 

CongrOs des Medecins altenistes et neurologistes de France etdes pays 
de langue franchise se tiendra celte annee a Rennes, du l rr au 7 aout, 
sous la presidency de M. le Docteur A. (iiraud, direcleur medecin de 
I’asile d alienees de Saint-Yon (Seine-Inferieure). 

Les questions suivantes out ete choisies par le congrtes de Pau pour 
faire l'objet de Rapy orts et de Discussions. 

1* Psychiatrie. — De I'hypochondrio. Rapporteur : M. le D r ROY, de 
Paris. 

2 # Neukologie. — Des nevrites ascendantes. Rapporteur : M. le D r 
SICARD, de Paris. 

3* assistance. — Balneation et hvdrotheraphie dans le truilement 
des maladies mentules. Rapporteur : M. le D r PAILHAS, d’Albi. 

Une place importante est reservee aux Communications originates 
sur des sujets de Psychiatrie et de Neurologic, et aux presentations de 
malades, de pieces anatomiques et microscopiques. Une stance publi- 
que d’ouverture sera suivie des seances consaer6es aux travaux scien- 
tifiques. 

L'Fcole de medecine et la Faculte des Sciences de Rennes mettront 
& la disposition du Congres un materiel et des locaux. 

Les adherents qui auront des communications a faire sont instam- 
inent pries d’en faire parvenir les titres et les resumes au Secretaire 
general avant le l rr juillet. 

Les organisateurs du Congres preparent des excursions a travers la 
foret de Paimpont (l’antique Broceliande, sejour de l’enchanteur Merlin), 
a travers la for<H de Fougeres, jusqu'au Mont Saint-Michel, avec la 
visite de l'asile d’alienes de Pontorson. Enfln une excursion sera 
dirig^e sur Dinan, avec la visite de l’asile de Lehon. De la les Congres- 
sistes suivront les rives de la Ranee en bateau a vapeur et gagneront 
SaintMalo. 11 sera possible de visiter les environs de cette cit£ (Para- 
me, Rotheneuf, loncole, Dinard, Saint-Lunaire, etc.!. Enfin, apres le 
Congres, une excursion pourra etre organisee pour gagner en bateau 
a vapeur et visiter les iles anglo-normandes (Jersey, Guernesey). 

Dans le but de faciliter aux organisateurs leur tache aupr£s des 
Compagnies de cheniin* de fer, MM. les membres adherents seront 
invites a faire connaitre a l’avance I’itindraire qu’ils comptent suivre 
pour se rendre a Rennes. 

Un programme detaille des travaux et des excursions sera public 
des qu’il sera possible et adresse a tons les memb.ies du Congres. 

Le Congres comprend: 1° des membres adherents (20 francs): 2* des 
(Voir la suite apres le Bulletin bibtioyraphiyue mensuelj. 


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NOTES ET INFORMATIONS 


171 


membres associes, dames, membres de la famille ou etudiants en 
medecine, presentes par un membre adherent (10 francs). 

Les asiles qui s'inscriront pour le Congres figureront parmi les 
membres adherents. 

Les membres adherents recevront, avant l’ouverture du Congres, les 
trois rapports et apr&s le Congres le volume des comptes-rendus. 

Priere d’adresser le plus tot possible les adhesions, avec le montant 
des colisations, a M. le D r J. Sizaret, secretaire general du Congres, 
Medecin en chef de l’asile public des alienes de Rennes. 

Congrds d’hygidne scoiaire. — Le second Congres frangais d’hv- 
giene scoiaire, organise par la Ligue des Medecins et des Families 
s’ouvrira le dimanche de la Pentecote, 11 juin, 1905 a 2 heures, dans le 
Grand Amphitheatre de I’Ecole de Medecine. 

11 y sera lu et discute les rapports suivants : 

1* Inspection mddicale des ecoles primaires; 

2* Education des families en hygiene scoiaire ; 

3* Vacances et congas; 

4* La tuberculose et le personnel enseignant; 

5* La surchage des programmes et les concours d’entree dans les 
grandes ecoles. 

MM. Debove, Grancher, Landouzy et Pinard, Professeurs a la Faculte 
de Medecine, ont accepts la presidence d’honneur du Congres. 

Le prix de la cotisation est de 5 francs. 

Pour tous les renseignements, s’adresser au D r J.-Ch. Roux, 46, rue 
de Grenelle. 

— Dans trois ans, un Congres international aura lieu a Londres. 

IV* Congres international de mddecine. — Nous relevons dans le 
Bulletin n« 5 du Congres de Lisbonne les noins des rapporteurs suivants 
pour la section VII (neurologie, psychiatric, etc.). 

MM. Oar id Farrier, de Londres (Th. 1), Dupre de Paris (Th. 5), F. YV. 
Mott de Londres (Th. 6) et J. F. Sutherland, d’Edimbourg (Th. 10). 

La Societe ; m6dico-psychologique a accepte l’invitation principe 
mais n’a pas encore design^ ses delegues. 

M. Brissaud a prornis une conference en assemble generate sur 1’in- 
fantilisme. 

Les ali6n6s au Congrds colonial. — Au Congres colonial de 1935, 
M. Margain,designe comme rapporteur, devra exposer la question des 
aiidnds en Indo-Chine. 

Exposition Internationale de Ligge. — M. H. Manor/, president dela 
class© 112 (Bienfaisance et assistance), du groupe XVI, envoie un appel 
en faveur dune collaboration active des Frangais a Pexposition, par 
des documents ecrits, imprimes, ou figures (la place reservee etant tites 
restreinte). 

La 4* section concerne Vassistance aux alienes : asiles publics el pri- 
vds ; quartiers d’hospices ; maisons de sante — assistance dans les co¬ 
lonies agricoles — institutions speciales pour les enfants idiots et les 
£pileptiques ; moyens dteducation. 

Ajournement de Congrds. — L.e l ,r Congres international de psy¬ 
chiatric, neurologic et assistance des alienes, qui devait se tenir en sep- 
tembre 1906, a 6te ajourn6 & la date de septembie 1907. 

On sait que ce Congres se reunira a Amsterdam. 


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172 


REVUE DE PSYCIIIATRIE 


Conseil supgrieur de (’assistance publique. — La session ordi- 
naire annuelle du Conseil superieur de l'assistance publique a ete 
ouverte par le ministre de t'Interieur, M. Etienne, le 21 mars. M. Paul 
Strauss , senateur, a £t£ elu president en remplacement du regrette 
Theophile Roussel. MM. Sabran, president du Conseil g^ndral des 
hospices de Lyon et D r Thulie , ancien president du Conseil municipal, 
onfc ete 61us vice-presidents. Trois questions devaient £tre examinees 
dans la session: 

Organisation de l’assistance medicale aux attends (M. Briand , rap¬ 
porteur) ; 

Fixation du nombre des medecins dans les asiles publics d’alien£s 
(M. Bournccitlc, rapporteur); 

Reglementation du personnel de 1’inspection de l’assistance publique 
(M. Brucyre , rapporteur). 

On a du renoncer, d’apres un arret du Conseil d'Etat, a proposer, 
dans la legislation actuelle, aucune modification sur le premier point. 

Bureau del’Association m6dico-psychologlque anglaise. — Presi¬ 
dent : L. Percy Smith. President elu : Sir John Sibbald. Le secre¬ 
taire general : Robert Jones. Meinbres du Conseil : R. C. Stewart ; 
O'C Finegner ; G. Brainc ; Hartnell; Maurice Craig ; Dacid Yellow- 
lees ; R. J. Lcfjtjc ; H. C. Mac Bryan : F. R. G. Taylor ; Robert B. 
Campbell ; M. J. Nolan : David Bower ; T. Outtrrson Wood ; D. G. 
Thomsen : H. W Lewis ; C. K. Hitchcooh ; J. Carlyle ; Johnstone ; A. 
W. Campbell ; A. Turan. 

Elections k la Soci6t6 de mddecine Idgaie. — Trois places de 
membre tituluire ayant ete declares dans la section mGdicale, une 
commission, composee de MM. les D r * Christian et Thoinet, et d un 
magistral M. Jaco, my , a ete nominee. Elle a eu b examiner les candi¬ 
datures de MM. Blin, inedecin en chef a Vaucluse; Courtois-Suffif, 
inedecin des hopitaux : Antheaume , inedecin en chef a Charenton; 
Balt hazard, agreg£ de medecine legale; Mauclaire, ugrege, et Leca-s- 
sort, delegud du Syndicat de la Seine. 

MM. Courtois-Suffif , Mauclaire et Antheaume ont ete elus. 

Prix de la Soci6t6 m6dico-psychologique. — Void les prix pour 
1906, de la Society medico-psychologique : 

Phix A u ban el (1000 francs). — Question : Valeur drag nos tig ue des 
symptomes oeulaires aux diff'erentes periodes dc la paralysic generate, 
appuyee surtout sur des observations personnelles. 

Prix Esquirol (200 francs). — Au meilleur manuscrit sur un point de 
pathologie mentale. 

Prix Semelaigne (500 francs). — Question : Des sorties, a litre d'essai 
au point de rue cliniyue , ad ministrati/ et legislatif. 

— Les memoires devront 6tre deposes chez M. Ritti medecin a la 
maison de Charenton, secretaire general, avant le 31 deceinbre 1905. 

Les memoires manuscrits, devront etre inedits et pourront 6tre 
signes; coux qui ne sont pas signes devront 6tre accompagn^s d un pli 
cachete avec devise. 

University de Munich. — M. le D r Robert Gaupp, a etd nomme 
privat docent de psvchiatrie a la Facutte de Medecine de l’Universite 
de Munich. 

Nouvelies revues psychoiogiques. — Le nombre des nouvelles 

revues consacrees depuis un an, d’tine manure ou de 1'autre, k la 
psychologie, est excessiveinent considerable a l’etranger. L’Autriche, 


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NOTES ET INFORMATIONS 173 

la Hongrie, lTtalie, l’Allemagne, l’Angleterre, l'Amerique, rivalisent 
dans ces creations. 

Nous pouvons signaler le British Journal o r Psychology, organe de 
la « Psychological Society ». (Prof. Ward et D r Rivers. — Londres, Clug 
et fils. 450 pages par an. 15 sell.); le Jnui nal of comparative neurology 
and psychology , qui continue le Journal of neiwology (Prof. Herrick et 
Strong, D r Yerkes. — Judon Herrick, Grandville, Ohio : 4 dollars) : 
le Journal of philosophy. psychology and scientific methods (Science 
Press. Harrison, N. Y. and Lancaste) ; V American Journal of religious 
psychology and education (Prof. Stanley Hall. Worcester, Mass. Clark 
University Press, 3 dollars 50); la Revista di psicologia applicata alia 
[>edagogia ed alia psicopathologia (8 lire); le Journal fur psychologic 
und neurologic (Prof. Forei et Vogt. D r Brodmann. — Ed. J. Ainbrosius 
Barth, Leizpig) ; la Recue de la neurologic , de la psychiatric et de la 
Therapie physicale et dietedigue (Ladislas Haskovcc ii Prague) en tche- 
que, avec resum6 fran^ais. 

L ’Eos, Viertcljahrschrift Jar die Enthentniss and Behandlung 
jugendlcher Abnormer (D ,g Brunner, Krenberger, Mell et Schlois. — 
A. Picblers Witwe et Ills Vienne et Leipzig. 10 mark). 

Nous pouvons ygalement rappeler que les Archie fur die gesammte 
Psychologic (Prof. Schumann. Wilh. Engelmann, Leipzig. 20 marks) 
avaient succede aux Philosophische Studien de Wandt, et que la 
Psychological Review publie en outre un Psychological Bulletin d’ana- 
lyses et d’informations. 

Enfin signalons l’apparition en Allemagne de Psychologische Stu¬ 
dien puhliees comme travaux de laboratoire par Wundt lui-m6me 
et Schumann. Si on ajoute a cela les anciennes revues : Mind, Brain, 
Revue philosophique, Archives de psychologic, Revue de psvehiatrie 
et de psychologie experimental, Journal de Psvchologie, American 
journal of psychology. Psychological Review, Rivista di Freniatria, 
Bulletin de 1’institut psvchologique international, de la Society pour 
I’ytude psychologique de I'enfant, etc., etc., on voit que la psychologie 
ne manque pas d’organes. 

Donation d des University®. — II doit Sire fonde a TUniversite de 
Columbia (Etats-Unis) une conference de recherches psychiques gr&ce 
a undon de 50.000 dollars faitfc cette University en memoire de son fils 
par M. Edward D. Adams. 

Prlx de la Faculty de Mydeclne de Paris. — Le prix Saintour a el6 
decern^ 6 NM. Sicard et Ravaut. 

II y a eu 18 theses rycompensees d’une medaille d’argent, et 21 d’une 
medaille de bronze, parmi lesquelles celles — interessant les alienistes 
— de M. Juquelier et de M ,,e Pelletier. Les mentions honorables ont 
yte au nombre de 24. 

Cours de clinique des maladies mentaies et des maladies de 
I’encyphale. — M. Joffroy a commence le cours de clinique des ma¬ 
ladies mentaies le mercredi l ,r mars 1905, a 10 heures, h 1'amphi- 
- theatre de l’Asile Sainte-Anne, et le continue, les samedis et m'er- 
credis a la m6me heure. 

Ordre des lemons de la semaine : Mardi, MM. Roy et Juquelier : 
Examen clinique des malades, 9 heures et quart ; M. Dupre : Medecine 
lygale psychiatrique, 10 heures et quart. — Mercredi, M. Joffroy : 
Clinique mentale, 10 heures. — Jeudi, MM. Roy et Juquelier : Examen 
clinique des malades, 9 heures et quart ; M. Dupre : Medecine lygale 
psychiatrique, 10 heures et quart. — Samedi, M. Joffroy : Clinique 


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174 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


mentale, lOheures. — Dimanche, M. Dumas : Travaux pratiques de 
psychologies 10 heures. 

La syphilis nerveuse latente et les stigmates nerveux de la sy¬ 
philis par le D r Ch. Mantoux. These de Paris, 190i(Rousset dditeur). 

Dans cet interessant travail, 1’auteur met en Evidence la frequence 
extreme avec laquelle le virus syphilitique retentit sur le systeme ner¬ 
veux et adopte la theorie de Fournier, d’apr&s laquelle la paralysie gdne- 
rale et surtout le tabes seraient dans la majorite des cas, des affections 
parasyphilitiques. 

Les symptomes de la syphilis nerveuse latente peuvent 6tre classes 
et rdparlis en deux p^riodes : periode des reactions passag&res et pGriode 
des lesions Fixes. 

Les premieres : lymphocytose secondaire, troubles lagers et fugaces 
des reflexes pupillaires, exageration temporaire des reflexes tendineux 
ont comme triple earacteres d’etre freyuentes, precuces et passayeres. 

Survenant au moment ou l’infection est la plus virulente, on peut les 
comparer au point de vue pathogenique, d’une part aux reactions g£ne- 
rales qui se produisent dans la syphilis, a une epoque h peu pr&s conteni- 
poraine ; d'aulre part aux reactions nerveuses qu’on observe au cours 
d'autres infections. Leur signification pronostique est nulle, et elles ne 
comportent aucune indication therapeutique particuliere. 

Les secondes, lesions yLres, sont : le signe d’Argyll-Robertson avec 
la lymphocytose qui l’accompagne, et 1’abolition des reflexes tendineux. 
Ce groupe s’oppose, point par point, au precedent: les symptomes qui 
le constituent sont, en effets, rares , tarrfifs et permanents. 

Ces symptdmes sont les indices d’une localisation fixe sur le syslOme 
nerveux et font craindre le tabes ou la paralysie generate. Leur pro 
nostic serait done trOs reserve, sauf dans les cas oil l’infection est ex- 
trOmement ancienne. 

Pour M. Mantoux, ces symptOmes necessiteraient un traitement speci- 
flque intense et prolonge et l’observation d'une hygtene convenable. 

Ce traitement serait ainsi un veritable essai de prophylaxie du tab&s 
et de la paralysie generate. Sa valeur n’est pas encore bien fixde, mais f 
d’apres I’auteur, il serait h souhaiter que le mddecin qui soigne un sy¬ 
philitique fasse de loin en loin l’examen de ses reflexes, afin de pou- 
voir, le cas Ocheant, le soumetlre a cette medication. 

H. Damaye. 

Concours de I’internat en mddeclne des asiies. — A la suite do 
ce concours ont ele nommOs internes tit a l ai res, par arrOtd du 28 Janvier 
1905 : MM. Charpentier (R.). L^melaud, Delmas, Benon. — Par arrOte 
du meme jour, ont ete nonimes internes procisoires : MM. Courbon, 
Froissart, Mile Grunspan, M Bourilhkt. 

Les questions qui ont fait I’objet des epreuves du concours ont ete 
les suivantes : Question ecrite : Symptomes et diagnostic de la cirrhose 
atrophique, Symptomes, diagnostic et traitement de la coxalgie. — 
Qmotions orates : l Tt seance. Plancher du 4' ventricule. — 2* seance. 
Region sylvienne. — 3 f seance. Racines anterieures et posterieures de 
la moelle. — Epreurc de yanle : V* seance. Indications et manuel opd- 
ratoire de la Thoracentese. — 2* seance. Diagnostic et traitement des 
Itemorrhagies uterines. 

Personnel des asiies d’aii6n€s. — Moucements de fierier 1903 et 
ite mars 1903. — M. le D r Maupate, directeur-medecin 6 l'asile de La 
Charite (Nievrc), promu a la 2* classe du cadre. 

M. le D r Capgras, medecin-adjoint a la colonie familiale de Dun- 
sur-Auron (Clier), promu a la l rr classe du cadre. 


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BULLETIN 


175 


M. le D r Kodiet, medecin-adjoint a Montdevergues (Vaucluse), pro- 
mu a laclasse exceptionnelle du cadre. 

M. le D r Bonnet, mddecin en chef a la colonie familiale d’Ainay- 
le-Chateau (Allier), promu a la l ro classe du cadre. 


BULLETIN 


L’INUTILITti DU MEDECIN-ADJOINT 

L’institution de l’adjuvat, dans les asiles d’alidnes, constitue au- 
jourd hui un veritable anachronisme. Si elle pouvait s’expliquer & 
une dpoque oil le recrutement des mddecins d’asiles n’dtait soumis 
k aueune rdgle fixe, elle ne se comprend plus maintenant que le 
concours existe k l’entrde de la carridre. Le mddecin qui en a subi 
avec succds les epreuves a ainsi ddmontre qu’il possedait les apti¬ 
tudes necessaires pour remplir les fonctions auxquelles il se des 
tine; eton a le droit de inanifester quelque dtonnement de lui voir 
imposer, en quality de medecin-adjoint, unst8ge duquel personne, 
k aucun point de vue, ne pourra retirer quelque benefice. 

Cette opinion sur i’inutilite du role du medecin-adjoint n’est pas 
de date recente. A la sdance du 18 mars 1863, de la Commission 
institute par le sdnateur prefet de la Seine Ilaussmann, pour 
l’dtude des reformes k operer dans le service desalidnes, le docteur 
Ldlut declarait deja « qu’il n'y avait pas lieu de nommer des mdde- 
cins-adjoints, parce que les medecins doivent etre les chefs de leur 
service, que la subordination medicale n’est pas possible et que la 
responsabilitd doit dtre complete ». C est le langage de la pure 
logique. 

Est-ce k dire que, depuis lors, l’adjuvat ait conquis un prestige 
qui mit hors de discussion la legitimite de son existence? Pour 
dtre edifid & cet egard, il sufiit de se reporter aux ddliberations du 
Conseil gdndral de la Seine, au projet de loi de M. Dubief, aux 
discussions de la Commission mixte, nominee en 1898, k l’instiga* 
tion du docteur PaulBrousse, pour etudier les questions relatives 
k l’hospitalisation des attends et aux articles des quelques mddecins 
qui ont ecrit sur la question. 

Dans son rapport general sur le service des attends pour 1897, le 
docteur Dubois appelait l’attention du Conseil sur les services 
dalidnds k population excessive oil 800 malades etaient confids aux 
soins d’un seul mddecin et sur rimpossibilitd absolue ou se trou- 
vait celui-ci desuflired sa tdche. Etpour attdnuer les inconvdnients 
de cette situation, il proposait de diviser les grand services et d’uti- 
liser les mddecins adjoints. 

« Grdce k cette division facilement realisable, en donnant aux 
medecins-ad joints actuellement inoccupds, inutilises, un certain 
nombre de quartiers sous leur responsabilitd, on peut transformer 
dds maintenant la physionomie de nos deux asiles de Ville-Evrard 
et de Villejuif. » Le Conseil partagea cette manidre de voir et vota 
le dddoublement des services de Villejuif et de Ville-Evrard et 


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176 


REVUE DE PSYCH1ATRIE 


l’attribution d un service autonomeaux m6decins-adjoin(s existant 
alors dans les asiles de la Seine. C‘6tait la disparition, dans ces 
asiles, pour le plus grand avantage de tous, du medecin-adjoint, 
simple doublure du medecin en chef. 

En 1898, M. le docteur Dubief deposait sur le bureau de la 
Chambre, son rapport au nom de la commission chargee d’exa- 
miner la proposition de loi dont il etait l’auteur. 

Nous lisons dans ce rapport : « l’article 7 etablit le concours b 
l’entree de la carriere des asiles eomme il existe pour les hdpitaux 
et supprime ladjuvat qui fait au jeune medecin, quelle que soit sa 
valeur, une situation inacceptable, dans un r61e presque toujours 
humilie et ridicule ». Ce jugement est marque au coin de l’obser 
vation rigoureuse. 

Enfln la Commission mixte qui tint ses stances en 1899 se pro- 
nonga pour la suppression de l adjuvat et le remplacement du 
medecin-adjoint actuel, « z£ro nuisible, comme le disait le docteur 
Henri Colin, dans son rapport, par un medecin traitant ayant une 
tache delimits, une responsabilite precise et des droits bien deter¬ 
mines ». 

11 serait injuste, quand il est question de linutilite du medecin- 
adjoint, de ne pas citer les articles des docteurs Marandon deMon 
tyel et S^rieux qui, plus que tous autres, se sont 61ev6s avec vehe¬ 
mence contre ladjuvat. « L’adjoint, dit M. Marandon de Montyel, 
sort de cette periode d’epreuve aigri, car il a soufTert tout le temps 
du role niais qu’il b joue, et, goutte b goutte, son time s’est imbibee 
de fiel ». 

Et M. serieux ecrit : « La suppression de l adjuvat, voilfc le 
tlelenda Carthago des alienistes soucieux de la dignite profession 
nelle, voil& ce que ne cesseront de reclamer ceux .qui ont quelque 
pitie du sort lamentable des alienes dans nos asiles et qui pensent 
que le budget d^partemental nest pas fait pour ofTrir aux chefs de 
service le luxe d’un (Hat-major medical inutile ». 

Que prouve cette unanimite dans l’appreciation du r61e du mede¬ 
cin-adjoint, sinon l inutilite de a ce rouage qui se meut dans le 
vide ? » 

« Il importe de bien etablir, disais-je & la Commission mixte, 
quelemedecin-adjoint, r&luit au role ridiculedesuivant du medecin 
en chef, est definitivement mort dans les asiles de la Seine — en at¬ 
tendant qu il le soit ailleurs — et que sousaucun pretexte il nesau- 
rait £tre question de le faire renaitre. » Mon opinion depuis lors, ne 
s’est en rien modifiee. Si les services sont trop populeux, il faut les 
diviser et le but b poursuivre, si Ton veut ne pas sortir de la voie 
du progres, c’est la suppression,dans les asiles, d une hterarchisa- 
tion que rien ne justifie pour aboutir b la constitution d’un corps 
medical, ou chaque medecin, issu du concours, se verrait attribuer, 
d&s son entree en fonctions, un service autonome dont il aurait la 
responsabilite. 

D r F. Pactet. 


Le f/era/u : A. Coukslant. 
CAHORS, IMPUIMKIUK A. COUESLANT (IV-20-05; 


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REVUE CRITIQUE 


DU ROLE ETIOLOGIQUE DE LA SYPHILIS 
DANS LES PSYCHOSES 


Par le D r L. Marchand 

Me dec in-adjo int de lasile dc Bloia 


Toute toxine introduite ou 61abor6e dans Uorganisme peut 
produire des lesions cellulaires capables de determiner l’alidna- 
tion mentale. La toxine syphilitique par son action t la lois 
lente et tres active devait £tre considdree comme capable de 
donner naissance k des troubles mentaux. Les travaux sur cette 
question sont cependant modernes et pendant longtemps on 
ignora les rapports qui pouvaient exister entre Tinfection sy¬ 
philitique et certaines psychoses. 

Nicolas Massa 1 en 1532, Sanchez en 1777 et Benjamin Bell en 
1802 avaient bien ddcrit des cas de manie syphilitique; Lagneau 2 
en 1820 avaient bien avancd que la syphilis peut produire cer¬ 
tains troubles mentaux, mais c’est a Ricord 3 que revient la 
priorite d’avoirgudri les troubles mentaux survenus cliez un 
syphilitique par le traitement spdcifique. Esquirol rapporte 
quelques cas de folie syphilitique. Read *, Griesinger 5 , Dun¬ 
can 6 , Esmarch et Jessen 7 dtudient le r61e de la syphilis dans 
les maladies mentales. Dagonet reconnait que certaines psycho¬ 
ses sont produites par la syphilis ; Gibert, Trousseau et Pidoux 
ddcrivent des ndvroses syphilitiques. Marce 8 , Wille 9 , en 1871, 
Linstow <0 , en 1873, Batty Tuke H , Hayes Newington rJ , Erlen- 
mayer <3 en 1877 et Pirrochi rJ en 1878 publient des observa¬ 
tions de psychoses en rapport avec Tinfection syphilitique. 
C’est alors que parut le travail de M. Fournier 13 sur la syphilis 


I Nicolas Massa. — De morbo gallico, 1532. 

3 Lagneau. — Traits pratique des maladies vcnericnncs, t II. 

3 Ricord. — Clinique iconogrnphique 1851. 

* Head. — The Dublin quateriy journal 1852. 

6 Griesinger. — Archiv der Heikunde, 1863. 

o Duncun. — Cases of syphilitic insanity and epilepsy. The Dublin quut. 
journal, 1863. 

7 Esmarch et Jessen. — Svphilis und Geislestorungen. Allg. Zeit. f. Ps., 
Bd. XIV, 1857. 

8 Murce. — De la Folie. 

9 WiUe. — Societe des alien. Suisses, 25 aoilt 1871. 

10 Linstow. — Arch. fur. Psych. 1873. 

II Batty Tuke. — The journ. of Mental. Science. Vol. XIX. 

l* Bayes Newington. —The journ. of Meat. Science. Vol. XX. 

13 Erlenmayer. — Die luetischen Psychosen, 1877. 
i* Pirrochi. — Giornale italiano del. mal. nervose, 1878. 

13 Fournier. — Syphilis du cerveau, Paris, 187'J. 

13 


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178 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


du cerveau. On etait encore si pea prepare k accepter le terme 
de folie syphilitique que l’auteurfait remarquerque son opinion 

n'est admise « qu’au titre d’une hypothese possible. forte- 

ment entachde d'heresie ». Les iddes de M. Fournier furent 
d’ailleurs combattues par Mauriac 4 , Ripping de Diireii 2 , La- 
gardelle 3 , Luys \ Schule 3 , Savage Brush 6 . Lancereaux et 
Cbauvet 7 sont peu disposes k admettre l'influence de la syphi¬ 
lis sur les ndvroses tout en reconnaissant qu’il y a un rapport 
evident entre certaines manifestations bystdriques, epileptiques, 
chor&ques ou vesaniques et les lesions syphilitiques. De iiom- 
breux auteurs, Kienian 8 , Voisin 9 , Parant 40 , Spillman, Sollier 4 4 
Pierret et ses sieves Belous 42 , Devay 43 et Jacquin 4i , decrivent 
les syphilopsychoses. La these d'Hagelstein 13 est particuliere- 
ment interessante parcequ’elle renl'erme les opinions de plusieurs 
neurologistes et ali^nistes, l’auteur les ayant demandees par 
lettre. Pour le professeur Joflfroy il n’y a pas de folie syphiliti¬ 
que; la syphilis peut jouer un role dans l’etiologie de certaines 
maladies men tales, mais celles-ci ne sont pas de nature specifique. 
Pour le professeur Raymond, on trouvedes ldsions denies dans 
le cerveau des syphilitiques qui delirent d'une facon chronique. 
M. P. Marie n’accorde k la syphilis qu'un r61e identiquea celui 
produit par les secousses morales et physiques. PourM. Seglas 
la syphilis aurait un role important mais indirect dans 1’appari- 
tion des troubles mentaux, elle agirait en produisant une auto¬ 
intoxication par lesion du foie, du rein. M. Parant admet que 
le cerveau peut subir l'influence soit de l’infection k la p^riode 
du chancre et de la roseole soit de la flevre et des troubles nu- 
tritifs. Pour Dana, MM. Cullene, Toulouse, Delaporte, Barth6- 
lemy, Regis et Weill, Kowalevsky et Mickle, la syphilis agit 
sur le cerveau par ses toxines. M. Maguan 46 n'admet pas qu’on 


I Mauriac. — Affections syphilitiques pr^coces des centres nerveux. Ann. de 
dermut. et de syphil. 1879-1880. 

3 Ripping de DUren. — Allg. Zeits ch. f. Psych. 1880. 

3 Lagardelle. — Gaz. Hebd. des sc. ined. de Bordeaux, 1880, n* 3. 

4 Luys. — Maladies mentules. 1881, p. 257. 

6 Schule. — Traite des maladies mentales. Trad. Dagonct. 18S3. 

G Suvuge-Brusli. — Congres de Washington, 1887. 

7 Ch. Chauvet. — Intluence de la syphilis sur les muladies du syst^me 
nerveux central. Tli. Paris, 1880. 

8 Kiernan. —Journ. of nerv. and mental, diseases, juillet 1880. 

Voisin. — Lemons cliniqucs sur les maladies mentales, 1883. 

10 Parant. — Syphilis et folie. Ann. med. psych., 1888, t. II, p. 411. 

II Sollier. — Manuel de medecine mentulc, 1892. 

13 Belous. —- Maladies infecticuses des centres nerveux. Thdsc de Lyon, 1888. 

13 Devay. — Congres de Bordeaux, 1895. 

14 Jaequin. — Contribution a l'etude de quelques manifestations mentales de 
la syphilis secondoire. These de Lyon. 1899. 

13 Hngelslein. — De la folie purasyphilitique. Thdse de Nancy. 1894. 

16 Magnan. — Des delire systematises dans les diverses psychoses. Arch, 
de Neurol, vol. XXY1II, n* 92, oct. 1894. 


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DU HOLE ETIOLOGI0UE DE LA SYPHILIS 


179 


puissedecrire une folie svphilitique : « Ces descriptions qirune 
saine clinique repousse, sont s^duisantes par leur simplicity et 
font si bien leur chemin, que des esprits fort intelligents, n’en- 
visageant qu’un cote de la question, n’ayant pds toujours l’occa- 
sion de contrdler par Tetude comparative des fails toutes ces 
donnees tbeoriques, flnissent par croire que le tubercule,lagout- 
te, le rhumatisme, la syphilis, etc. peuvent de toutes pieces en- 
gendrer la folie, qui, par elle-m^me, a pourtant des caracteres 
si 6minemment personnels. Ils ont bien sous les yeux un tuber- 
culeux, un syphilitique, un canc4reax qui delire, mais ils negli¬ 
gent de se demander pourquoi ce tuberculeux au milieu de mil- 
le autres tuberculeux, ce syphilitique au milieu d'une infinite de 
syphilitiques, ce cancereux delirent, et pourquoi tous les autres 
syphilitiques, tuberculeux, cancereux ne d4lirent pas. 11 y a k 
cela line raison majeure, c'est que ces sujets diathdsiques ont a 
delirer des titres qu’ils puisent ailleurs que dans leurdiathese. 
Ils sont canc6reux c’est vrai, mais ils sont aussi predisposes k 
la folie et Ton retrouve dans cette predisposition, dans les 
antecedents herdditaires, la veritable cause du delire. Ils ont la 
tolie en puissance et les manifestations cancdreuses, rhumatis- 
males, syphilitiques, etc... peuvent agir comme cause determi- 
nante, ainsi qu ontdroitde le faire le froid, lechaud, les fatigues, 
les emotions normales, etc., mais c’est tout; aller au-deli c’est 
consacrerune erreur. » 


Ce rapide expose bibliographique montre comment les 
alienistes furent amenes k grouper certains deiires paraissant 
en rapport avec Tinfection syphilitique. Depuis les travaux de 
M. Bouchard sur les intoxications, il est demontre que toute 
toxine ou tout poison introduit dans l’organisme peut determi¬ 
ner suivant la predisposition de Tindividu la lesion d’un organe 
quelconque. Le cerveau loin d’echapper & l’influencedes poisons 
est peut-etre de tous les organes celui qui est le plus sensible. 

Sur ce point tous les rnddecins sont d’accord ; le role etiolo- 
gique joud par la syphilis dans la production de certaines psy¬ 
choses est evident, mais peut on dire cependant qu’il y a une 
folie syphilitique ? Une classification des maladies mentales qui 
voudrait tenir compte uniquement de l’etiologie des maladies 
serait une simple enumeration et encore faut-il avouer que nous 
ignorons retiologie de bien des maladies mentales. Toute divi¬ 
sion etiologique ne peut servir a classer les maladies mentales, 
car il estreconnu qu'un poison ou une toxique peut determiner 
Tapparition de syndrdmes mentaux divers (confusion mentale, 
manie, meiancolie, deiire de persecution, demence, etc.), par 


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180 


KEVUE de psychiatdie 


contre, des poisons differents peuvent determiner le m£me syn- 
drdme mental. Le disaccord qui regne encore maintenant sur la 
folie syphilitique s'explique par ce fait que les uns admeltent 
une classification etiologique et que les autres ne Tadmettent 
pas. Si on considere le fond de la question, on remarque que les 
auteurs sont d’accord pour admettre que la toxine syphilitique 
agissant sur le cerveau peut determiner la folie; les formes 
mentales en rapport avec les intoxications syphilitiques peuvent 
avoir quelques traits de similitude, mais ceux-ci sont insuffi- 
sants pour en faire des formes morbides et elles rentrent dans 
le cadre plus general des maladies mentales toxiques (Regis \ 
Angiolella 2 ). 

Dans le tableau ci-contre nous avons groupd les cas publies 
de ndvrose paraissant determines par l’infection syphilitique. 
Ces cas sont peu nombreux. Nous avons dlimine tous ceux oil 
une autre cause determinate se retrouvait dans les antecedents 
des malades. Ceci explique le nombre relativement petit des cas 
ou la syphilis seule semble avoir joud un role dans Lappa- 
rition de la folie. 

D’apres nos recherches, les femmes sembleraient fournir un 
nombre plus considerable de cas (14 femmes pour 9 hommes), 
mais nous ferons remarquer immediaternent qu’il est difficile de 
se prononcer sur ce sujet. Dans les observations des auteurs 
que nous avons compulsees, nous avons rencontre souvent Tal- 
coolisme et la syphilis associes et celte coincidence existait 
principalement dans les observations d’hommes. Or, d’apres ce 
que nous avons dit plus haut, ces cas elaient & exclure puisque 
la syphilis ne pouvait £tre mise seule en cause. En resume, on 
peut dire que le sexe n’a aucune influence sur la predisposition 
aux ndvroses produites par la toxine syphilitique. 


1 H^gis. Congres de Limoges, 1901, p. 357. 

2 Angiolella. Sur quelques problemes relatifs A la paralysic g^nerale. II 
manicomioy fasc. 3, 4. 1894. 


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DU HOLE ETIOLOGIQUE DE LA SYPHILIS 181 



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182 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


L’heredite joue un role plus Evident. C'est ainsi que, sur les 
23 cas resumes dans le tableau, on trouve dans 7 cas une h&*6- 
dite chargee et dans 7 auti es cas une heredity douteuse. Ceci 
montre que la predisposition her6ditaire joue un Ires grand role 
dans la raaladieet qu’un cerveau tare d&irera sous Tinfluence 
de Tinfection syphilitique plus facilement qu’un cerveau nor¬ 
mal. L’heredite joue ici le m£me rdle que dans les autres intoxi¬ 
cations et en particular l’intoxication alcoolique. 

L’&ge auquel est apparue la nevrose par rapport k Vkge au- 
quel fut contractee la syphilis est une des rneilleures raisons que 
Ton puisse invoquer pour montrer la relation r6elle qui existe 
entre la syphilis et la nevrose. Ainsi, sur 12casdanslesquelsl'age 
auquel tut contractee la syphilis est netteinent connu, on trouve 
que la nevrose est apparue cinq fois dans la m&me annee, souvent 
quelques mois seulement apres le chancre syphilitique, cinq 
fois dans Fannie suivante, une fois deux ans apres et une fois 
seulement trois ans apres. Aussi,comme Ton contracte ordinai- 
rement la syphilis entre 20 et 30 ans, les malades atteints de 
psychoses d’origine syphilitique doivent 6tre dges de 20 k 30 
ans. C’est ce que montre notre statistique oil la moyenne d’dge 
trouvde est de 27 ans. 

Un autre argument en faveurde l’opinion qui admet un rap¬ 
port entre la syphilis et l’apparition de la nevrose, c'est la fre¬ 
quence surprenante des troubles syphilitiques cutanes concom- 
mitants des troubles mentaux. Des 23 sujets dont nous avons 
resume l’observation dans le tableau ci-contre, 19 pr6sentaient 
des accidents cutanes syphilitiques au moment m&me de l’appa- 
rition du delire. Ces troubles cutanes ne different en rieu de 
ceux de la syphilis secondaire; les syphilides erythemateuses et 
papuleuses sont les plus frequentes; les syphilides ulcereuses sont 
plus rares ce qui s'explique par ce fait que cette lesion appartient 
surtout k la syphilis secondaire tardive et qu'ordinairement les 
troubles mentaux apparaissent dans la premiere annee et plus 
souvent dans les premiers mois qui suivent l’infection. 

Quant aux rapports entre les troubles mentaux et l’inten- 
site de rinfection syphilitique on peut l'exprimer ainsi : toute 
syphilis, qu'elle soit benigne ou grave, peut s’accompagner 
de manifestations mentales, et ces dernieres paraissent £tre d’au- 
tant plus frequentes que la syphilis n'est pas trait4e. 

Les principaux troubles mentaux determines par la syphilis 
sont la manie, la melanoolie, la stupeur, le delire hallucinatoire. 
Ces syndromes s’accompagnent de sympt6mes physiques parti¬ 
culars qui montrent leur origine toxique. Aussi dans la plupart 
des observations on note une cephalalgie tenace, du tremble- 
ment, des troubles gastro-intestinaux; ces caracteres ne sont pas 


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DU ROLE ETIOLOOIQUE DE LA SYPHILIS 


183 


particuliers aux nevroses d’origine syphilitique mais k toutes 
les nevroses dorigine toxique. Quant aux symptdmes psychi- 
ques, ils ne presentent rien de particular : la mdlancolie (8 cas 
sur 23) et la manie (7 fois sur 23 cas) sont surtout les plus fre- 
quentes ; viennent ensuite le ddlire hallucinatoire (5 fois sur 23) 
et la stupeur 13 fois sur 23). 

Pour CEbeke\ la syphilis pourrait determiner la folie systd- 
matique. 

Dans deux cas de syphilis cerdbrale, Mouratow 2 a observe de 
l’amndsie pour les faits rdcents avec conservation de la memoire 
pour les faits antdrieurs a la maladie et une tendance aux pa- 
ramnesies. Ces symptomes particuliers rappellent le syndrdme 
polyndvritique de Korsakow et montrent que les troubles rele¬ 
vant de l’infection syphilitique n’ont que des caracteres com- 
muns avec les delires toxiques. Sur 8 observations de syndrome 
de Korsakow, Meyer et Bcecke 3 donnent aussi la syphilis comme 
etiologie dans un cas. 

La durde des troubles raentaux causds par la syphilis esl or- 
dinairement courte et Taffection a une grande tendance k la 
gudrison. Sur 23 cas, 17 ont gudri apres un laps de temps va¬ 
riant de quelques jours k deux ans. Comme moyenne gendi ale 
l’affection a une durde do 8 mois. La terminaison par la demen- 
ce est rare (3 fois sur 23 cas) et par la mort encore plus rare (2 
fois sur 23 cas). 

Le traitement spdcifique, d’apres les auteurs des observations 
precitees, aurait une grande influence sur la marche de la ma¬ 
ladie. Cependant il y a lieu de se demandersi le traitement est 
aussi efficaoe quand on remarque que la durde moyenne des 
cas traites est de 8 mois, durde qui se rapproche beaucoup de 
celle des psychoses d’origine non syphilitique. 

Les observations de gudrison rapide sous Tinfluence du traite¬ 
ment spdcifique chez des sujets presentant des troubles mentaux 
depuis plusieurs mois plaident cependant enfaveur deTefficacite 
du traitement spdcifique. 

L’apparition rapide des troubles mentaux apres Tinfection, la 
concomitance de ces troubles psychiques avec les lesions cu- 
tanees syphilitiques, 1‘influence du traitement spdcifique ne sont 
pas des arguments suffisants d’apres M. Magnan '• pour donner 
k la syphilis une valeur etiologique dans les psychoses : * 11 y a 
quelques annees entrait dans mon service une jeune maniaque 

1 CEbeke. Contribution h 1 etude de la syphilis du systeme nerveux central 
et des psychopathies. Allg. Zeitsch. f. Psych. XLYIII, 1-2. 

2 Mouratow. Meditz. Oboz, decembre l‘J02. 

3 Mever et Bcecke. Sur le syndrome de Korsakow. Arch. f. Psvch. t. 37, f. 1, 
1903. 

4 Magnan. — Loc. cit. 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


de 22 ans, atteinte d’une syphilis papuleuse. Des le lendemain un 
de mes amis, syphiligraphe tres experiment©, accourt pour me 
parler de cette superbe manie syphilitique. L'exemple etait bien 
choisi'pour ddmontrer qu’il n’y avait rien de syphilitique dans 
cette manitestation de la folie, que les secousses morales endu- 
rdes par la jeune fille avaientcommecause determinant© une in¬ 
fluence tout aussi grande que la syphilis et que ses antecedents 
expliquaient la predisposition qui faisait le fonds raeme de l’etat 
maladif et en etait la veritable cause efficiente. 

« Cette malade presentait un acces maniaque simple, elle etait 
d’une volubilite extreme; loquace, liallucinee, elle criait, elle 
chantait, sautait, dansait, se roulait £ terreet, laissee libre com- 
me les autres malades du service, elle donnait large carriere k 
son besoin de mouvement. 

<c J’affirmais k mon distingue confrere qu’il n’y avait ciiez 
cette malade que les caracteres habituels de la manie vulgaire, 
que rien chez elle ne pouvait faiie supposer une maladie 
diffdrente. J’ajoutais que tres probablement dans six semaines 
k deux mois, l’acces maniaque toucherait k sa fin, que, s’il n’y 
voyait pas d’inconvenients, on ne ferait pas immediatement le 
traitement spdcifique, demaniere & bien dtablir la gu6rison de 
1’acces sans iodure et sans mercure. Or, si l’acces venait a 
gu6rir, la syphilis res taut la mdme, il faudrait bien admettre 
l’absence de correlation entre Tune et l’autre.... 

« D’un commun accord, nous institudmes le traitement : des 
toniques et du fer, la malade dtant chloro-anemique, du bi o- 
mure, des bains et du chloral a trois ou quatre reprises. 

€ Au bout de quinze jours, cette jeune maniaque commenca a 
dormir la nuit, mais elle restait fort agitde le jour ; deux se¬ 
maines apres se produisirent dans la journee des mouvements 
de repos, d’abord tres courts, puis de plus en plus longs, et 
finalement au bout du second mois, la malade etait gu4rie de 
son acces maniaque. Elle s’occupait d’une facon rdguliere, se 
tenait convenablement, dormait bien mais pr6sentait encore les 
m^mes accidents syphilitiques, peut-£tre un peu plus accuses, 
pour lesquels je priai mon confrere de vouloir bien instituer un 
traitement. 

« Eh bien ! ne* croyez-vous pas qu’envisagd par un esprit 
pievenu, ce cas devenait la pierre angulaire d’une nouvelle 
manie, la manie syphilitique? La manie eut gudri malgid le 
traitement spdcifique, peut-dtre apres une durde un peu plus 
longue, mais enfin eut gudri, et la specificite du traitement eut 
entraind la spdcificite de la maladie. » 

II existe evidemraent des cas ou les accidents syphilitiques 
cutanes et les troubles mentaux sont simplement coexistants, 


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DU ROLE ETIOLOGIQUE DE LA SYPHILIS 


185 


sans qu’on puisse etablir entre la syphilis et la psvchose un 
rapport de causality; raais il ne faut pas nier que la syphilis 
peut dtre une cause dtiologique importante ; ce serait aller 
contre tout progres scientifique que de refuser aux toxines, 
qu’elles soient d’origine interne ou externe, une action sur les 
cellules cerebrates predisposees. Les psychoses syphilitiques, 
d’apres de nombreux auteurs, sont justiciables du traitement 
spdcifique. Nous ajoutons que ce traitement mdme n’est pas 
necessaire a leur guerison et nous pensons que toute psychose 
d’origine syphilitique peut gudrir sans traitement spdcifique. 
Bien des accidents syphilitiques cutands gudrissent sans traite¬ 
ment et peuvent passer inapergus des malades, tels le chancre 
et surtout la roseole, par exemple. La malade qui fait l’obser- 
vation de M. Magnan guerit sans le traitement spdcifique, mais 
ce fait n’implique pas que la maladie n’dtait pas d’origine 
syphilitique. De mdme que les accidents syphilitiques cutands 
et muqueux, surtout ceux de la pdriode secondaire, peuvent 
disparaitre rapideraent, sans traitement spdcifique et sous 
rinfluence d'une medication tonique, de mdme les psychoses 
d’origine syphilitique peuvent disparaitre sous rinfluence d’un 
regime relevant l’dtat gdndral. Dans un de nos cas personnels, 
traite par le mercure, nous avons vu les accidents cutands per- 
sister apres les troubles mentaux; accidents psychiques et 
accidents syphilitiques cutands, quoique coexistants, peuvent 
done dtre influeneds difleremment par le traitement spdcifique. 

D’autres theories, & cotd de la thdorie toxique, ont etd for- 
muldes pour expliquer le mecanisme des troubles cerebraux. 
Quelques auteurs font jouer un i*61e important h l’andmie, 
d autres i la fievre secondaire syphilitique; pour les uns, les 
nevroses et les psychoses sont dues h des lesions organiques du 
cerveau. Enfin, la syphilis peut ddterminer des troubles de 
nutrition qui prdparent le terrain a la folie. (Gaucher et 
Crouzon *). 

La premiere thdorie soutenue par Ricord, Dagonet, Hilden- 
brand, est aujourd’hui abandonnee. Des syphilitiques peuvent 
ddlirersans presenter une andmie manifeste. 

La seconde thdorie n’a guere que son auteur comme adepte. 
D’apres Kiernan, la fidvre syphilitique serait la cause des 
troubles cerebraux. Non seulement la fievre syphilitique n’est 
pas un symptdme constant de l’infection, mais elle n‘est jamais 
assez dlevde pour ddterminer de tels accidents, 

D’apres les auteurs qui admettent la troisieme these, tous 


1 Gaucher et Crouzon, Z.e\< troubles de la nutrition dans la syphilis. Soc. 
medic, des Hop. 31 janvier 1902. 


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REVUE DE PSYCH1ATRIE 


troubles mentaux d origine syphilitique seraient produits par 
une lesion organique du cerveau. Mickle L dans deux de ses 
observations, l’attribue k la radningite appartenant k la pdriode 
secondaire de la syphilis. Moravcsik 2 , pour soutenir cette 
theorie, s'appuie sur une observation personnelle dans Iaquelle 
des symptdmes d’hystdrie dtaient apparus chez un malade k 
l’autopsie duquel il trouva une encdphalite du cerveau et du 
cervelet. D’apres M. Kdraval 3 , c’est toujours Partdrite oblitd- 
rante qui semble dtre la cause immddiate des accidents cdre- 
braux. 

La derniere thdorie, la thdorie toxique, semble admise 
aujourd’hui par la plupart des auteurs. La syphilis par sa 
toxine altere le chimisrae des cellules cdrebrales prddisposdes. 
Cette thdorie est surtout ddfendue par Mickle, Rdgis, Parant, 
Kowalevsky, Sdglas, Halgestein et Jacquin. Pour Mickle, la 
syphilis n'agit que concurremment avec les autres Idsions 
viscerales pour produire les troubles intellectuels. Le mauvais 
fonctionnement d’organes tels que les reins, le foie, en ne de- 
truisant pas les poisons charrids par le sang, contribue pour 
une large part k Taltdration du chimisme des cellules cdrebrales. 
Pour les autres auteurs, les troubles cdrebraux sont provoquds 
par la toxine de la syphilis, maladie qui ne differe en rien des 
autres maladies infectieuses. 

Ce chapitre serait incomplet si nous ne parlions du rdle que 
peut jouer la syphilis par l’idde hypochondriaque que son appa¬ 
rition fait naltre dans l’dtat mental de l’avarid. A l’dtat 
normal nous dprouvons un sentiment continu de bien-dtre. 
L’homme bien portant ne se prdoccupe nullement de son etat 
physique et l’organisme ne ddtermine en sa conscience aucune 
sensation qui puisse attirer et fixer son attention sur son fonc- 
tionnement. 11 y a entre cesdeux facteurs une sorte d’dquilibre 
d’oii rdsulte 1'etat normal. Que Tun des deux augmente ou di- 
minue et l’dquilibre est rompu. Nous entrons immddiatement 
dans l’dtat pathologique. Notre pensde est-elle dirigee sur la 
lesion de nos organes et principalement sur les consdquences 
redoutables que cette lesion entraine, nousdevenonshypochon- 
driaques. Cependant ne devient pas hypochondriaque qui veut 
et de mdme qu’il y a des melancoliques legitimes (Lasegue), de 
mdme il faut distinguer les hypocliondriaques legitimes et les 


1 Mickle, I, alienation mentale dans ses rapports avec la syphilis . Jottrn. of. 
merit. sc. janvier 1880. 

- Moravcsik, Des symptomes hysteriformes dans les affections syphilitiques dc 
I'encephale. Centralh. f. Nervenheilk, 1888. 

Keraval, La folie syphilitique. Le Caducee, 20 lev. 1003, p. 't3. 


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DU ROLE ETIOLOGIQUE DE LA SYPHILIS 


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hypocliondriaques proprement dits *. Les malades qui rentrent 
dansle premier groupe sont ceux qui deviennent hypochondria- 
ques k la suite d'un 4tat pathologique d’un deleurs organes. C’est 
le cas du syphilise qui, redoutant les terribles suites de la raa- 
ladie, devient meiancolique et en arrive au suicide. 11 est vrai 
qu’ii faut tenir compte du terrain sur lequel les id6es 6voluent 
Beaucoup de syphilitiques traitent leur maladie par le m6pris. 
L'idte hypochondriaque ne peut germer que dans un cerveau 
predispose, pr4par6. Ainsi, k c6t6 des malades dont la psychos© 
ou la nevroseest cre6e par la syphilis, il faut placer les malades 
qui sont devenus ali6n6s par le choc moral qu’a produit cliez 
eux la contamination (Yvaren). Dans un m4moire recent, M. 
Fournier 2 etudiant les causes des suicides chez les syphilitiques, 
distingue plusieurscas : 

1° Cas oil le suicide est le r6sultat d’un trouble mental d6ri- 
vant de la syphilis (gomme, psychose, paralysie generate]. 

2° Cas oil il est le r6sultat du desespoir du malade se connais- 
sant atteint d’un accident syphilitique grave. 

3° Cas relatifi la nodification premiere dela syphilis. Le sui¬ 
cide est improvise, reilexe pour ainsi dire. 

4° Cas relatif aux situations sociales que cr6e la syphilis par 
rapport au mariage. M. Christian se base surtout sur ces cas 
pour faire rentrer dans Tdtiologie de la folie syphilitique le cha* 
grin d’etre syphilise. 

M. Fournier croit pouvoir conclure que le suicide ne consti- 
lue a coup sur dans la syphilis qu'un rare exceplion eu egard au 
nombre considerable el toujours croissant des syphilitiques dans 
la societe. Cependant cette exception ne conslitue pas une qunn- 
tite negligeable puisque l’auteur a pu reunir 18 cas personnels. 
Beaucoup de cas restent neanmoins inconnus, les families gar- 
dant volontairement le silence sur ce sujet ,* les cas connus 
sont done bien interieurs k la rdalite. 

Le petit nombre de cas releves par M. Fournier montre bien 
que la syphilis avec ses consequences n’est pas sudlsante pour 
determiner un homme au suicide ; une certaine predisposition 
est necessaire et surtout une certaine culture intellectuelle. 

Chez les personnes instruites, chez les medecins principale- 
ment, les consequences individuellesfamiliales etm^me sociales 
de la syphilisation devront apparailre avec une plus grande net- 
tete et la crainte des consequences lointaines de la maladie n’est 
pasetrangere4 la determination au suicide. Nous avonsconnu un 
jeune homme, k tare nerveuve chargee, qui contracta la syphi- 

1 D r Marc hand. — Del’idec hypochondriaque. Revue dc psychiatric, mai 190'*. 

- A. Fournier. — Le suicide dans la syphilis. Presse medicale, *J0 mai 190?. 


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REVUE DE PSYCHIATR1E 


lis a 21 ans et qui prit la resolution de se suicider des qu'il sut 
de quelle maladie il etaitatteint. 11 fallut uue surveillance conti¬ 
nue pour Pemp&cher de mettre son projet a execution. 

Conclusion : La syphilis par sa toxine peut determiner l’ap- 
parition de psychoses chez les sujets predisposes. 

Cette etiologie des psychoses est rare. 

La maladie mentale apparait presque toujours dans les mois 
qui suivent l'infection. 

Des lesions cutanees specifiques coexistent frequemment avec 
les troubles mentaux. 

Toute syphilis, qu’elle soit benigne ou grave, peut s’accom- 
pagner de troubles mentaux. 

Les troubles mentaux les plus frequents sont la melancolie, 
la manie, le delire hallucinatoire, la stupeur. 

Ces psychoses se terminent presque toujours par la guerison. 

Le traitement spdcifique, d’apres de nombreux cliniciens, 
abregerait la duree de la maladie. 

La syphilis peut encore determiner des troubles mentaux 
(mdlancolie, suicide) par Pidee hypochondriaque qu’elle fait nai- 
tredans Petal menial du syphilise. 


FA ITS ET OPINIONS 


PSYCHOLOGY 


LA COURBE DU TRAVAIL INTELLECTUEL 
D’APRfiS KRAEPELIN ET SON ECOLE 
Par N. Vaschide 

Chef des Travaux an Laboratoire tie Psychologic expcrimentalc 
de CEcole. des Ilatiles Etudes 


On connait lr£s peu les donnees exp^rimentales de la psycho¬ 
logy moderne ; et il est banal de rappeler le conflit perpetuel qui 
existe entre les philosophies et les psychologues sur la valeur des 
resultats et partieulterement sur celle des methodes employees. A 
notre avis, la cause est Pignorance inutuelle des faits acquis. 

Les travaux de Kraepelin sont de nature b jeter une vive lu 
miere sur la portee de la psychologie moderne et& fortifier la con¬ 
viction de certains psychologues, exp^rimentaux dans leur jeu - 
nesse, mais metaphysiciens plus tard, fatigues de la besogne du 
laboratoire etse plaisant & faire de la philosophic de cabinet. 

Le professeur de Munich poursuit depuis des annees un sys- 
-tome de recherehes ; il a tente d’explorer avec son ecole Pintelli- 


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La COURSE DU TRAVAIL INTELLECTUEL 


189 


gence humaine avec des m^thodes precises, d^sirant degager des 
lois, si r^ellement il peutexister des lois de la mentalite humaine 
normale ou modiftee par des phenom&nes physiologiques et des 
perturbations notoires, comme les intoxications par exemple. 

On poursuit depuis des ann^es la question du travail intellectuel 
au Laboratoire de psychologic de Heidelberg; Kraepelin et ses 
el&ves ont rapporte des contributions nombreuses, dont quelques- 
unes sont devenues classiques. 

M. Kraepelin vient de r^sumer lui-m6me les donn^es principals 
et les plus generates de ses recherches dans un travail, public dans 
les num6ros festivaux des « Philosophische Studien » de Wundt et 
reproduit en brochure 4 . 

C’est ce travail que nous resumerons, pensant que nul autre 
r6sum6 ne peut 6tre mieux congu que celui de l’auteur et du mai- 
tre de l’Scole. II y a en outre une partie interessanle et person¬ 
nels dans ce travail : la construction de la courbe d’apr&s les 
donnees disparates des recherches de Kraepelin et de ses 616ves 2 . 

I 

La courbe du travail intellectuel 

II s'agit selon Kraepelin de determiner quels sont les change- 
ments que subit le travail intellectuel, sous l’influence des causes 
internes, sans changement des conditions exterieures. 

1 Emil Kraepelin. Die Arbeitscurve , i vol., Leipzig, 1902. W. Engelmnnn. 
52 pp. Publie in Wundt’s Festschrift-F ) hilosophisc/ie Studien, Bd XIX. 

- Voici la lisle des travaux que nous avons consulted : 

Oebrn. Ex peri men telle Studien fUr Individualpsychologie. Psychologische 
Arbeiten , 1.1896, p. 92-152. 

6. Aschaffenburg. Experimentelle Studien Uber Associalionnen. II. Theil. 
Die Associationen in der Erscbdpfnung. Psychologische Arbeiten , II, I, 1897, 
p. 1-84. 

Eduard MicbeUon. Untersuchungen Uber die Tiefe der Schlafes Psycholo¬ 
gische Arbeiten, II, I, 1897, p. 84-118 (avec 5 fig.). 

W. Weygandt. Ueber den Einfluss des Arbeitswechsels auf fortluufende 
geistige Arbeit. Psychologische Arbeiten , II, I, 1897, p. 118-202, 

Lad. Cron und Emil Kraepelin. Ueber die Messung der AufTassungs 
fahigkeit. II, 2, 1897, p. 203-326. 

Georg von You. Ueber dies Scbwankungen der geistigen Arbeitsleistung. 
Psychologische Arbeiten , II, 3, 1898, p. 399-450 (avec 1 fig.). 

Ragnar Yogt. Ueber Ablenkarbeit und GewUhnungslahigkeit. Psychologische 
Arbeiten , III, 1, 1899, p. 62-202. 

Lindley H. Ernest. Ueber Arbeit und Ruhe. Psychologische Arbeiten , III, 3, 
1900, p. 482-535. 

Alexis Oseretzkowsky und Emil Kraepelin. Ueber die Bceinfiussung der 
Muakelleistung durch verschiedene Arbeitsbcd ngungen. Psychologische 
Arbeiten , III, 4, 1901, p. 587-691 (avec 35 fig.). 

Xiesemer Karl. Ueber psycbische Wirkungen Kdrperlichen und geistiger 
Arbeit. Psychologische Arbeiten , IV, 3, 1902, p. 371-435 (avec une tabic). 

John P. Hylan und Emil Kraepelin. Ueber die Wirkung kurzer Arbeits- 
xeiten. Psychologische Arbeiten , IV, 3, 1902, p. 454-495. 

W. Weygandt. Ueber die Beeinflussung geistiger Leistungen durch Hungern, 
Psychologische Arbeiten , 1901, IV, 1, p. 45-174 (avec une figure). 


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190 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Pour mesurer le travail intellectuel, on s’est servi de probl&mes 
tr&s simples dont il fallait r^soudre le plus grand nombre possible, 
dans le m£me temps, qui 6taitg6n6ralement de cinq minutes. On a 
employ^ le plus souvent l’addition des nombres composes d'un seul 
chiffre. L’hypothfcse que les valeurs du travail, apr&s quelques 
oscillations, montreraient ensuite une certaine Constance, ne s’est 
pas v^rifiee. Abstraction faite des oscillations irregulifcres, la 
courbe ne conserve la m&me valeur que pendant trfes peu de 
temps ; on la trouve plut6t dans ses grands traits, ascendante ou 
descendante, avec changement de direction apr&s un travail 
prolong^. 

En comparant un certain nombre de courbes plus longues, on 
voit que g£n6ralement, vers la fin, la courbe descend, meme si 
ant6rieurementsadirection6tait descendante. La plus grande valeur 
se trouve presque toujours au commencement; cela s’explique 
par l’apparition de la fatigue, dont l’influence est d’autant plus 
grande que le travail est plus long. Mais comme toutes les courbes 
ne descendent pas vers la fin, ildoity avoir une cause qui agit dans 
un sens oppose & la fatigue : c’est lexercice. Les courbes qui pr6- 
sentent une marche ascendante continue sont le r^sultat d’un 
travail facile, pour lequel l’habitude est bientdt acquise, tel que 
compter des lettres par trois, apprendre des chiffros ou des syl- 
labes. En general, tant quel’exercice domine, les courbes montent, 
elles descendent quand la fatigue est plus forte que lexercice. 

L’influence respective de ces deux facteurs est modifiee par 
certaines circonstances qui dependent en partie de la personne du 
sujet et en partie des conditions de l’exp6rience. Ainsi pour re- 
soudre le m6me probl&me, I’effort est different selon le sujet. D’un 
autre c6t6, apprendre des syllabes est plus difficile que des chif- 
fres : dans le premier cas la courbe descendra, tandis qu elle 
montera dans ledeuxi&me, quoique ces deux probl&mes soient tout 
& fait analogues. II est certain qu’en poursuivant l’exp^rience 
assez longtemps, toute courbe doit descendre, parce que la fatigue 
finira par dominer : & partir d’un certain point le progrfcs de l’in- 
fluence de la fatigue se fera plus vite sentir que celle de l’exer- 
cice. La position de ce point dependra d’ailleurs, ind^pendamment 
de la fatigue et de l'exercice pendant le travail, de la valeur de 
la fatigue et de l’exercice au debut de l'exp^rience et la preponde¬ 
rance de la fatigue sur l exercice se fera d'autant plus vite valoir, 
que la fatigue etait plus grande, au commencement du travail. 
Les experiences faites le matin donneront un autre resultat que le 
soir et on peut dire en general que la courbe descendra lesoir plus 
t6t que le matin. Meme lorsqu’il n’y a pas de fatigue au debut de 
l’experience ou si aucun travail n’a precede l’experience, la fatigue 
augmente jusqu’au moment oil le sommeil retablit l’equilibre. 
Mais meme & ce point de vue, il y a encore des differences indivi- 
duelles; ainsi Lindley trouva que la grande fatigue de son sujet 
etait due en partie au fait que cette personne. ayant l’habitudede 
travailler le soir, etait le matin plus sujette & se fatiguer que le 
soir. Tous ceux qui travaillent le soir, ressentent le matin une cer¬ 
taine fatigue, malgre le sommeil reparateur, fatigue qui disparait 
peu & peu jusqu’au soir, quand ils sont frais et dispos au travail. 


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LA COURBE DU TRAVAIL INTELLECTUEL 


m 


II n est pourtant pas stir que cette fatigue est la mtime que celle 
ressentie le soir par les personnes habitudes ti travailler le matin ; 
il s’agit plultit d une diminution de la capacity de travailler. En 
general on est fond6 ti considtirer cet abaissement de la capacity 
de travailler, comme un sympttime de fatigue seulement quand 
elle progresse par le travail, mais non pas quand elle d^croit par 
un travail prolonge. Dansce dernier cas, les causes de la difliculle 
du travail sont d une autre nature. 

Les experiences de Michelson ontmontre que la courbedu som- 
meil acquiert beaucoup plus vite son point culminant chez ceux 
qui travaillent le matin, que chez ceux qui travaillent le soir. 11 
faut aussi admettre que le remplacement des forces perdues 
s’accomplit pendant le sommeil profond ; les forces ainsi gagn£es 
ne peuvent titre mises ti profit immediatement aprtis le sommeil 
profond. Cette reparation des forces, pour ceux qui travaillent le 
matin, est d^jti finie 2/3 aprtis qu'on s’est endormi; ti partir de ce 
moment, commence un sommeil plutdt superficiel; par contre 
cette acquisition de nouvelles forces s’accomplit chez les travail- 
leurs du soir tr&s lestement et ne finit que peu de temps avant le 
reveil. On peut done admettre que dans ce dernier cas la cause de 
la difficult^ du travail, le matin, reside dans la resistance inte- 
rieureque les tissus opposent, ti l’introduction des nouveaux ele¬ 
ments reparateurs. 

Une autre cause, independante de la fatigue, qui diminue la 
capacitedu travail, e’est l etat aprtis l’introduction des aliments. 
Apr&s avoir mange, la capacite du travail est diminuee, mais ne 
decroit pas, par la continuite du travail. La fatigue aprtis le diner, 
difficile & deiinir, n’est pas de la fatigue proprement dite. La di¬ 
gestion et la distribution du sang, jouent ici un r61e capital. 

En dehors de ces causes, il y en a d’autres qui, en apparence 
semblables ti la fatigue, modifient la marche de la courbe, mais 
tout fait d’une autre fagon. Telles sont la tristesse, la distraction, 
un etat maladif accompagne d’une entrave psychique. Dans ces 
cas la courbe ne tombe pas, mais monte. 11 en est de mtime dans 
les cas d'empoisonnement passager. Aussitdt que l’influence para- 
lysante du poison a cessd (ether, alcool), la courbe du travail 
monte et continue ti monter mtime en continuant de travailler. 

Dun autre ctitti, l’influence de la fatigue peut titre compensee, 
tout ti fait ou en partie, par des causes diverses. Ainsi, par un 
effort de volont6, on peut, ne ftit ce que pendant peu de temps, 
combattre faction de la fatigue. De mtime une excitation physique 
(promenade prolong^e) ou psychique, produit un effet oppose ti 
celui de la fatigue, mais avec la disparition de l excitation, l in- 
fluence de la fatigue se fait sentir davantage. Les recherches sur 
ces derniers cas sont malheureusement peu nombreuses. 

On peut done dire d’une fagon generate qu’on ne peut consid^rer 
la courbe du travail comme l’expression du rapport entre l’exer- 
cice et la fatigue, que tout autant que les autres conditions de 
l’exp^rience restent les mtimes. Pratiquement ce n’est pas tout 

fait possible; nous sommes en effet maitres des circonstances 
ext6rieures mais non pas des evenement interieurs. Mais meme 
si on peut obtenir des experiences dans les meines conditions, voir 


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REVUE DE PSYCRIATRIE 


m6me au point de vue de l’etat psychique, les rapports entre la 
fatigue et l’exercice ne sont pas les mSmes : Texercice laisse des 
traces durables dans notre vie psychique, tandis que la fatigue est 
toujours ecart^e, par le sommeil et la nourriture. La capacite du 
travail estchaque fois plus grande et se maintient & cette hauteur, 
jusqu'fc ce que la fatigue se faisant sentir petit & petit, la faitde 
nouveau diminuer. 

Neanmoins, le progr&s acquis par Texercice, atteint b un mo¬ 
ment donne une valeur, qu’on ne peut depasser; les changements 
involontaires (parfois suprenants) qui se produisent, proviennent 
de la mantere de travailler, mais r6guli6rement, on voit que 
lorsque Texercice est assez grand, il ne se produit plus un accrois- 
sement de la capacity du travail et les changements des valeurs 
de la courbe proviennent des oscillations accidentelles, journa¬ 
lises. Abstraction faite de la maniSe de travailler, le progr&s dh 
b Texercice diminue d’abord rapidement, ensuite moins. 

Ainsi Lindley constata, que la valeur moyenne du progr&s journa- 
lier de son sujet B., qui faisait reguliSement des additions pen¬ 
dant une heure, de 12.2 0/0 dans les dix premiers jours, tomba b 
2.6 0/0 dans les dix jours suivants et b 1.9 0/0 dans le 6 derniers. 
La diminution de linfluence de Texercice se fait aussi sentir dans 
chaque courbe. Plus l exercice est grand, moins la courbe tend b 
monter et plus les influences de la fatigue se font vite sentir. On 
arrive ainsi au rSultat surprenant, qu’& un degr6 d’exercice de 
plus en plus avance, correspond une courbe qui commence b des¬ 
cends de plus en plus tot et ceci n’est pas dCi b une fatigue plus 
grande, mais b une moindre influence de l'exercice L 

On peut dire d’une manure gen^rale, qu’& un exercice grandis- 
sant, correspond non seulement une diminution de la capacite 
d'acquerir de l’exercice mais encore une diminution de la fatigue. 
Mais cette diminution de l’exercice se maintient dans certaines li- 
mites. Ainsi m&me pour le travail le plus facile et le plus exerce, 
on remarque les influences de la fatigue, si ce travail est pour- 
suivi sans interruption ; mais la descente de la courbe s'op&re plus 
lentement et peut etre plus facilement evit^e par des causes acci¬ 
dentelles agissant en sens contraire. 

Si on prolonge un travail fatigant pendant longtemps, on voit 
que la descente de la courbe se faitde plus en plus rapidement. Ce 
faitprouve que le rapport entre Taction et la fatigue et celle de Texer- 
cice devientde plus en plus d6favorable. Un tel effet, pourrait 6tre 
produit, dans certaines limites, par la decroissance du progrfcs de 
l’exercice, mais cette decroissance etant, pour des degr^s d’exer¬ 
cice avanc^s, tr&s lente, n'explique pas la descente subite de la 
courbe. Ici se pose la question de savoir si le degre de la fatigue 
n’augmente pas plus vite que le travail produit. Cette mani&re de 
voir semble confirmee par ce fait, que si la fatigue augmente, les 


1 Exemple : les 2 courbesde l’uuteur, resultals d’addition pendunt 2 heures, a 
1'intervalle d une semaine. Les vuleurs sont prises toutes les 15 minutes. La 
courbe II obtenue en dernier lieu, descend plus t6t que la courbe I. On voit 
aussi que lorsque rexereicc est plus grand la courbe descend beaucoup plus 
lentement, que dans les cas oil la diminution de la capacite du travail, pro- 
vient de l influence accentuee de lu fatigue. 


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LA COURSE DU TRAVAIL iNTELLECTUEL 


193 


resistances interieures au travail, augmentent 6galement et par 
consequent pour accomplir le m6me travail, on doit depenser 
une force de plus en plus grande. Pourtant d’apr&s les experiences 
de Oseretzkowsky et de Kraepelin, il parait improbable, que me 
me pour un travail prolonge, il y ait accroissement de la dis¬ 
proportion entre la grandeur de la fatigue et le travail accompli. 
Les experiences de Rivers et Kraepelin faites avecdes travaux de 
dur6e variable, k des epoques differentes, ont contribuy accrediter 
l’opinion, qu’£ un travail de fatigue, correspond unevaleur d’exer- 
cice moindre Rivers et Kraepelin trouverent que la perte de l’effet 
attendudel’exercice pourchaque demi heure de travail, 6tait lelen- 
demain, deux fois plus grande pour un travail de 2heures, que pour 
celui d’une demi heure. Cette d^croissance de leffet de l'exercice, 
par la fatigue, serait suffisante pour expliquer la forte descente 
des courbes plus longues, vers leur fin. Il semble que la capacite 
de l’exercice et la fatigue sont l’expression commune de certaines 
quality fondamentales de la personnalite psychique. 

Si on observe la marche des courbes, pour des temps rapprochy, 
on voit que le travail n’est pas du tout r^gulier ; on voit plut6t des 
oscillations dont certaines sont dues k des causes fortuites, et 
n’ont qu’une influence passagfcre sur la marche de la courbe. 
D’autres, par contre qui apparaissent toujours aux m6mes en- 
droits de la courbe semblent avoir une origine bien d^terminy. 
Ainsi l’abaissement bien visible, au commencement des courbes 
dans ce cas, la fatigue 6tant presque nulle, on devrait s’attendre, 
comme resultat de l’influence de l’exercice, k une montee de la 
courbe. Il s’agit ici d’un ph6nom£ne frequent (surtout pour cer¬ 
taines personnes) qui correspond k l’effort de volontequi se mani- 
feste quand on commence un travail.il aete appeleparces auteurs 
« impulsion » pour montrer qu’elle derive de la volonte. Mais 
comme cet effet au commencement du travail ne peut 6tre main- 
tenue longtemps, la courbe descend k ce moment, pour monter de 
nouveau sous l’influence de l’exercice. 

On voit que la plus grande vitesse dans le calcul, ne peut 6tre 
maintenue que pendant une minute. Ces particularity ne sont 
plus perceptibles quand on ne prend que des valeurs moyennes, 
un peu plus grandes. 

Une impulsion existe pourtant toujours. Elle est difficile k de¬ 
terminer, surtout dans les courbes, qui k cause d une grande fa¬ 
tigue, descendant continuellement, des le commencement. Une 
autre manifestation de l’impulsion est k constater vers la fin de 
Inexperience, quand le sujet sait que la fin de l'experience est 
proche. On voit que I’effort avec lequel on accomplit un tra¬ 
vail n’est point uniforme; au contraire, il se prete k de nom- 
breuses variations. Il est done tout naturel de trouver souvent, 
surtout pour un travail difficile, des ecarts tres importants, qui 
s’61oignent de la regularity de la lutte entre l’exercice et la 
fatigue. 

Il faut remarquer que les efforts de volonte n’ont qu’une try 
courtedur6e. lien ryulte, que chaque impulsion, est suiviede try 
pr6s par une descente de la courbe. Dans les travaux try exercy, 
qui se font pour ainsi dire automatiquement, ces variations dues 

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m 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


h l’effort disparaissent de plus en plus sous l’influence constante 
de I’exercice et de la fatigue. 

Cette apparition de l'effort n’a certainement pas de r&gle fixe. 
N6anmoins on pent dire qu’il y a deux causes principales qui le 
d^terminent. La premiere c’est la perception du ralentissement du 
travail, produit par la fatigue; il se produit alors un nouvel effort. 

Une autre cause qui produit un effort de volonte, c’est une inter¬ 
ruption ou un derangement pendant le travail. Voss a trouve 
qu’au ralentissement de Taddition necessity par le passage & une 
nouvelle colonne, suivait toujours, une acceleration br&ve du tra¬ 
vail, produile probablement, par l’effort de gagner le temps perdu. 
Le meme effet se produit par des derangements d’un genre quel- 
conque. 


II 

Lies Pauses de la Courbe du Travail intellectuel 

Si on repete un travail peu exerce, apr&s certain temps, on voit 
que les valeurs obtenues (commencement, fin et point le plus eieve) 
sont de beaucoup superieures aux premieres. Cela prouve que les 
phenomenes de la fatigue disparaissent assez vite, tandis que 
l’exercice laisse des traces durables. La persistence de ces traces 
peut etre de tres longue duree. Apres deux exercices d’addition de 
2 heures chaque, Kraepelin constata chez lui des restesd’exercice, 
trois mois plus tard ; 17 essais r£pet£s dissociation laisserent des 
traces, meme apres 20 mois. Une par tie de l’exercice se perd tres 
vite, tandis qu’un reste persiste longuement. Cela s accomplit plus 
ou moins vite, selon les individus. — Lindley trouve pour deux 
sujets apres des pauses plus ou moins longues des resultats pres* 
que identiques. 

L'exemple que Ton fait de I’intervalle entre deux experiences est 
d’une grande importance pour la valeur de la perte de l’exercice. 
Ainsi Amberg ( Psychol . Arbeiten I. p. 327) a montre que cette 
perte est plus grande apres quelques heures dela journ^e, qu’apr&s 
une nuit entire de sommeil. Si on r6p6te un travail avant que 
l’effet de l’exercice soit perdu, ce reste augmente par le nouvel 
exercice. Ce gain de lexercice est d’autant plusgrand que les repe¬ 
titions sont plus nombreuses et que les intervalles de repos sont 
plus courts. II sera d’ailleurs aussi d'autantplusgrand que le degre 
d’exercice existant etait plus petit. Les deux sujets de Lindley, en 
travaillant une heure par jour &des additions, avaientgagne, dans 
la premiere derni-heure du second jour, par rapport au premier 
jour, 545 et 299 chiffres, tandis que laccroissement moyen journa- 
lier de l exercice pendant les 10 premiers jours et pour la pre¬ 
miere demi-heure etait de 145 chiffres pour A. et 150 pour B, ces 
deux sujets. Ce phenomene se produit non seulement au com¬ 
mencement de l exercice, mais meme apres une pause plus lon¬ 
gue. Ce resultat etant different de la marchehabituelle dela cour¬ 
be, est du & une nouvelle cause qui facilite le travail c’est I'habitude. 

La compensation de la fatigue acquise par le travail ne peut se 
faire que par le repos. Si la fatigue n est pas grande, une simple 
interruption sufflt. Mais comrae il n’y a pas de repos complet & 


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LA COURBE DU TRAVAIL INTELLECTUEL 


195 


letat de veille, la fatigue inlellectuelle g6n6rale augment© jusqu’au 
soir, quoique par des pauses successives on balance les fatigues 
partielles produites par les difiterents travaux. Ainsi une fraicheur 
intellectuelle complete ne peut &tre acquise que par le sommeil. 
On voit que l’appareil intellecluel ne se comporle pas comme le 
syst&me musculaire; on sait que les muscles se reposent comple¬ 
ment, si le mouvement a cesse. Ainsi la fatigue produite par le 
travail intellectuel, semble 6tre g£n6rale. D'apr&s les recherches 
de Weygandt, on eprouve tou jours la necessity de prendre du 
repos et de dormir, apr&s un certain temps, indifferemment, si on 
a accompli le m6me travail intellectuel ou des travaux difiterents. 
Ledegre de fatigue est provoque par la difficult^ du travail, mais 
non par son genre. On peut tirer la conclusion, qu’abstraction faite 
del’appoint de l’exercice, aprfcs un travail intellectuel fatigant, on 
ne peut acquerir le m6me degr6 de production que si le sommeil a 
r6par6 non*seulement la fatigue provoquee par l exp^rience, mais 
aussi la fatigue journali&re. 

Une pause apr&s un travail fatigant a pour r^sultat d’augmenter 
la capacite du travail. Apr&s un certain temps, cette capacity 
acquiert la valeur la plus elev^e, qui souvent & cause du reste de 
l’exercice est sup6rieure aux valeurs anterieures. Cette valeur 
determine le moment oil le surplus du reste de l’exercice sur le 
reste de la fatigue est le plus grand. Apr&s cela, l’augmentation de 
la perte de l’exercice est accompagn^e d’un d^croissement de la 
capacity du travail. II exisle done une pause favorable , que I on 
peut determiner approximativement par l’exp^rience. 

Elle depend d’abord de la duree etde la nature du travail prece¬ 
dent. qui determine le rapport entre l'exercice et la fatigue,ensuite 
des qualites personnelles du sujet (capacite pour l’exercice, tena- 
cite de l’exercice, fatigue et peut-6tre aussi du degre de l'exercice 
du sujet). — Lindley trouva comme duree de la pause favorable, 
pour ses 3 sujets, de 15 jusqu’a 60 minutes. 

Avant la pause favorable, il y a un moment oil le reste del’exer- 
cice et celui de la fatigue se font equilibre. Si Ton interrompt le 
travail h ce moment, il doit avoir la meme valeur quand il sera 
repris aprfcs cette pause ; on l’appelle pause dequilibre. D’apr&s 
les essais de Hylan et de Krauss, apr&s un travail d’addition de 5’, 
la dur6e de cette pause est d’environ 20’ ; Am berg a trouve que, 
contre toute attente, apr&s un travail d’addition d’une demi-heure, 
& la reprise, les valeurs du travail 6taient sup^rieures apr6s un 
repos de 5’ qu’aprbs 15’. On attribue ce r^sultat & une sorte d’im- 
pulsion, analogue h l’inertie de la mati&re, impulsion qui existe 
encore apr6s un repos de 5’, mais qui a disparu apr&s 15'. 

En faisant des experiences d'une duree de 5’, separ£es par des 
repos plus ou moins longs, Hylan et Kraepelin trouv&rent, qu'avant 
la pause dequilibre, il y en a une autre « defavorable » oil la capacite 
du travail descend vite et tres sensiblement. Il la trouva chez ses 
trois sujets entre 10’ et 20’ ; Krauss la trouva d une duree de 15‘. 

On voit que pour une duree variant entre 10 et 20’, l’influenee 
favorable au travail, qui est ici sans doute « l’impulsion » de Am* 
berg, avait d6j& cess6. 

Les experiences d’Amberg, ontmontrg que 1’efTet du repos varie 


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REVUE DE PSYCH1ATRIE 


selon la duree et la nature du travail. Ainsi un repos de 15’ aprfcs 
un travail d’addition d’une heure, augments la capacity du travail, 
tandis qu’un repos de m6me dur6e aprtis un travail d'une demi- 
heure, eut un etTec defavorable. Pour des travaux de m&moire (ap 
prendre quelque chose) le m6me repos de 15’ 6tait favorable d£j& 
apres unedemi-heure. 

L’etat de fatigue a une grande influence sur Taction du repos. 
Ainsi Heimann fit des experiences oil le repos etait toujoursde 1' 
apr&s des additions d une duree variant de T k 60’. On voit 
que plus la fatigue est grande, plus Tinfluence du repos est 
appreciable. Les valeurs dans ce tableau IV sont donnees en 
en pour cents du travail moyen du sujet. On constate avec^tonne- 
ment que Tinfluence du repos d’une minute peutaller jusqu’A unpro- 
gr&sde 25 OjO, selon que la dur£e du travail etait de i’ ou de 60’. On 
peutadmettre que Tinfluence du repos ne consiste pas dans un re- 
nouvellement de la substance consommee, parce que de cetle ma¬ 
nured est impossible d’obtenir uneffetaussi rapide ; on peutcroire 
plus tot, qu’ici se placent les m6mesph6nom&nes que pour les mus¬ 
cles, ou Ton peutfacilement distinguerla fatigue qui disparait vite, 
produite par une ou plusieurs tractions, de la fatigue durable, pro- 
duite par un travail prolong^ et qui ne disparait qu’apr&s avoir 
pris de la nourriture. On peut dire que, pareillement k la fatigue 
musculaire, il se produit aussi pour la fatigue intellectuelle une 
sorte de regulateur automatique de maniere que Tinfluence para 
lysante des substances consommees, en faisant decroitre la capacity 
de travail emp^che un epuisement complet de forces qui sont en 
reserve, en evitant ainsi des suites dangereuses pour l’existence 
des tissus. 


Ill 

Construction de la Courbe du Travail intellectual 

La construction de la courbe, en se servant de ses parties cons- 
tituantes, est fort difficile; les ph^nomenes qui jouent ici un rdle 
sont si intimement lies, qu’il semble impossible de les mesurer 
s^parement. Pour cela, a nous nous sommes servis, dcrit E. 
Kraepelin, des efTets produits par les pauses, depuis les plus courtes 
jusqu’aux plus longues. Cette method© a pourtant le d&savantage, 
qu’apres le commencement d’un ph6nom6ne, les autres ne restent 
pas stables; le repos a une influence sur tous les ph6uom£nes qui 
accompagnent le travail, mais k des degr&s diflferents. II faut 
aussi considerer Tinsuflisance des observations recueillies. Nean 
moins, j’ai ose faire l’essai premature de la decomposition num6- 
rique de la courbe, dans ses parties constituantes. Je suis parti 
d’une courbe rnoyenue, tout en admettant qu’il s’agissait d’un 
premier jour de travail, afin de pouvoir monter avec le develop- 
pement du phenomene de Thabitude. Je me suis servi des re 
cherches de Lindley. Voulant montrer aussi ce qui se passait 
pendant la pause, j'ai ehoisi Texperience avec A. et un repos de 
3o’. Les valeurs de Texperience de Lindley, sont pour des periodes 
de 5', les suivanles. II s'agit de trouver ici une mesure pour le 
progres accompli par Texercice. Pour cela, nous preoons du 


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LA COURBE DU TRAVAIL 1NTELLECTUEL 


197 


tableau V de Lindley les valeurs moyennes journalises du 
progr&s de l’exercice, pour 3 groupes d’essais similaires, 
d’une duree de 10, 10 et 6 jours. Le progr&s fut de 10 pour 
le premier groupe, de 0,7 pour le second et 1,1 % pour le 
troisteme, Ces chiffres representent le gain moyen journa- 
lier d’un travail d’une demi heure, exprjme en pour cent 
du travail de la premiere demi-heure du premier jour pour 
cheque groupe. En admettant un coefficient initial de l’exercice 
de 19 •/., le gain de l’exercice pour notre cas, consid^re comme 
rdsultat du premier jour jusqu’au suivant, et pour la premiere 
demi-heure, doit etre de 276 chiffres, tandis que le progrfcs moyen 
par demi-heure, d’un jour k l’autre, pour tous les groupes de 
Lindley, est de 136. Ces resultats sont pourtant entaches de 
l’erreur de la perte de I’exercice d’un jour k l’autre. II vaut mieux 
prendre le progr&s de l’exercice qui resulte du repos le plus 
favorable, qui est de 135 chiffres au 4,8 % pour une demi heure ». 

Pour appr&ner la pertede l'exercice, on peut se servir done de ce 
fait que apr&s une pause de 60’, le gain a ete de 1,1 0/ „ par rapport 
& la pause de 30'. La diminution est k considerer comme perte de 
l’exercice si apr&s 30\ toute trace de fatigue etait dej& disparue. 
L'auteur trouve enfin comme progrfcs de l’exercice, pour le pre¬ 
mier jour du premier groupe et pour une demi-heure de travail, 
336 chiffres, c’est-&dire 56 chiffres pour chaque 5’. 

Pour mesurer l’influence de la fatigue on consid&re la sui¬ 
te des essais sans pause. Ici, le travail dans le dernier quart 
d’heure, doit etre de la valeur du progr&s de l’exercice pendant 
une demi-heure, sup^rieur au travail du second quart d’heure et 
de la valeur du progr^s pendant un quart d’heure, supdrieur au 
travail du troisi&me quart d’heure : «Nous avions trouve pour le 
premier jour, comme progr&s de l’exercice pour une demi-heure 
336 chiffres. Mais cette valeur, valable pour le commencement de 
1’experience, doit diminuer par la suite, et de deux chiffres par 5’; 
on aura done 256 pour la derni6re demi-heure et 147 pour le 
troisi&me quart d’heure. Le travail ayant ete dans la deuxteme 
demi-heure de 1311 chiffres, on aura, en considerant le progres de 
l'exercice trouve plus haut : 1,458 pour le troisi&me quart d'heure 
et 1,596 pour le dernier, sans tenir compte de la fatigue. En 
realite, comme on a fait des additions de 1,327 et 1,340 chiffres, on 
obtient par soustraction; comme valeur de la fatigue par quart 
d’heure 131, par demi-heure 256 et par 5’ dans le premier cas 44 et 
dans le dernier 43 chiffres. 

Pour le calcul de l’impulsion, nous conseillerons encore la serie 
des resultats sans pause, que nous comparons k ceux obtenus par 
un repos de 5’ et on arrive fceonstater une difference de 32 chiffres ; 
ce serait done la valeur de la perte de l’influence de l’impulsion 
dans la serie avec un repos de 5’. Des erreurs inevitables accom- 
pagnent ce resultat; pour ce motif, j'ai pris comme valeur arbi- 
traire 45 chiffres, en admettant qu’apres 5’, 2 3 jusqu'k 3 4 de 
l’impulsion ont dej& disparu. Prolablement que cette valeur est 
inferieure& la realite ». 

Pour trouver une valeur numeriquede/VmM^/e, il faut retourner 
aux precedentes contradictions : un accroissementde l’exercice du 


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REVUE DE PSYCHIATR1E 


premier au second jour, repr^sentant approximativement 276 
ohifTres. On peutdire que Ce resultat r^ellement obtenu de 545 
additions, est dCi non seulement b Texercice, mais aussi b Thabi- 
lude. L’habitude a du faire naitre un progr&s ,de 269 chiffres dans 
la.premiere demi heure du second jour. Dans l’hypothese que 
l habitude a ]ou6 un certain role, m6me le second jour, il faudrait 
repartir Tinfiuence de Thabitude sur les p^riodes de 5’ du premier 
jour, pour obtenir la valeur calcul^e. On arrive b ce resultat, si 
Ton admet que I’accroissemenl du travail par Thabitude a 6te de 
45 b la fin de la premiere demi-heure, de 65 b la fin de la seconde 
pour chaque 5* et que le lendemain elle a d6termin6 encore un 
accroissement de 20-25 chiffres pendant une heure. (Consideration 
sans doute arbitraire). 

Pour determiner enfin la valeur de Tinfiuence de la volonte, 
il faut considerer la valeur des secondes (5’), parce qu’& ce 
moment Teffort de volonte du commencement est dej& presque 
disparu. Mais cette valeur est dejfc le resultat de Taction combinee 
de Teffort initial, de Texercice et de la fatigue. Pour trouver 
Tinfiuence dela volonte seule, il faudra diminuer le resultat de la 
deuxieme periode de la valeur de Texercice, de Tim pulsion pre¬ 
miere et de Thabitude pour les premieres 5' et Taugmenter de la 
fatigue. Si Ton admet . que Tinfiuence de Texercice a ete de 36, 
celle de Timpulsion de 35, de Thabitude de 30 et celle de la fatigue 
de 41, on arrive par le calcul au resultat d’une difference de 
80 chiffres, ce qui correspond b 393 chiffres. Mais comme en reality 
cette valeur a ete trouvee de 10 chiffres superieure & la seconde, 
il en resulte un resultat de 90 chiffres obtenus par Tinfiuence 
seule de la volonte. Cette valeur est celle de Timpulsion au com¬ 
mencement du travail. 

« Ilnousestmaintenantpossible,ecritKraepelin,de fixerla valeur 
et la marche des differents facteurs. A l'aide de ces chiffres, on 
peut, en partant de la valeur 393, construire toutes les courbes 
partielles qui, par leur composition, nous donnent la vraie courbe 
du travail. Ces courbes montrent quelle serait la marche du 
travail sous Tinfiuence d’un seul de ces facteurs. Les valeurs de 
Texercice, de Texcitation et de Thabitude sont bien entendu posi 
tives, tandis que celles de la fatigue sont negatives. La courbe 
m6me du travail a une marche b peu pres horizontal avec des 
variations does aux effets de la volonte. L 'exercice (courbe B) 
et la fatigue (courbe F) se font & peu pr&s 6quilibre. 

La courbe meme du travail sous Tinfiuence de T impul¬ 
sion (excitation) (courbe D) et de Thabitude (courbe C) se 
maintient apres quelque temps au-dessus des valeurs pr6ce- 
dentes et plus que cela naurait pu etre obtenu par la volonte 
seule. Au commencement quand ces deux facteurs n’ont pas 
encore d’influence, il faut considerer celle de Teffort de volonte 
(courbe E). Son role est tres grand b ce moment, parceque 
elle doit vaincre toutes les resistances, qui plus tard sont vaincues 
par Texcitation de Thabitude ». 

Pour se faire une idee de ce qui s’est passd pendant le repos 
d une demi-heure, il faut admettre, que la plus grande partie de 
la fatigue a disparu, qu’une partie de Texercice a 6t6 perdue, que 


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LA COURBE DIJ TRAVAIL INTELLECTUEL 


199 



A. Courbe normale D. Excitation 

B . Excrcice E. Volonte 

C. Habitude F. Fatigue intellectuellc 

rexcitation a disparu compl&tement, tandisque l’habitude n’a subi 

qu’une tr&s petite perte. Les donnSes manquent pour les valeurs 
numeriques de cesdiflferentes influences. « Apr&s beaucoup d’essais 
je suis arrive S un r&sultat, en partant de la donnSe arbitraire, que 
le reste de la fatigue & la fin du repos de 30’ a une valeur de 8 
chiffres par 5’: en admettant encore que la perte subie par l’habi- 
tude est de 5 chiffres, ce qui correspond S peu pres & la reality, on 
trouve en prenant comme point de depart 393 chiffres, que ce qui 
reste de l'exercice aprSs le repos doit avoir une valeur de 50 chif¬ 
fres et une influence du repos de 197 chiffres, correspond done, 
une perte de l’exercice de 119, dans Tintervalle de la pause de 30’. 
Ces valeurs, quoique 4 fois superieures aux precedentes, qui 
£taient obtenues avec des repos plus prolongs, sont pourtant plus 
veridiques puisque l’influence du repos et la perte de l’exercice, 
marchent beaucoup plus vite dans les premieres 10—15’, que plus 
tard.Les courbes qui correspondents cesvaleurssontfigurees sur la 
planche, pendant le temps du repos. Ou voit que l’habitude ne 
subit presque pas de changement par le repos, tandis que l’exei- 
tation disparait beaucoup aprSs 10’ et completement apr&s 15’. 
L’exercice et la fatigue decroissent d’abord tr6s vite, ensuite plus 
lentement. La courbe de l’exercice devient de plus en plus droite 
vers la fin ; e'est une preuve que ce qui reste de l’exercice tend S 
se maintenir longtemps ». 


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REVUE DE PSYGHIATRIE 


L’influence de tous les facteurs qui agissent encore pendant le 
repos, a donne pour la courbe du travail la partie pointill^e. Elle 
montre quel travail on pourrait obtenir, sous Tinfluence d’un 
effort de volont6 moyen, en reprenant le travail, apr&s des pau¬ 
ses de durees difiterentes. 

Dans la seconde demi-heure de travail, on voit les m6mes phe- 
nom^nes que dans la premiere. On croit pourtant que le progr&s 
del’exercice commence b diminuer ; la fatigue d^croit aussi un 
peu, b cause de l’exeroice acquis, se maintient pourtant au dessus 
de l’exercice, tantque l'influence de l’exercice n’est augmentde par 
le reste (de l’exer.) et par I’excitation qui se developpe tr&s vite ; 
c’est b cela, que correspond dans la courbe, un 16ger abaissement 
vers la fin, apr&s 61 re montes au commencement. 

On voit dans cette partie de la courbe que la 4' valeur est tr6s 
basse et fait descendre la courbe brusquemenl; la cause de cet 
abaissement est inconnue. On a admis pourtant, avec Kraepelin, 
que cela a 616 produit par un derangement quelconque de l’atten- 
tion. « Pour marquer cela et pour monlrer qu’ici, je n’ai pas pu 
ecarter, ajoute-t il, toute influence £trang£re, j’ai imprint une \6- 
g&re descente b la courbe de l’habitude. Apr&s cette influence pas 
sagere (distraction), on voit immediatement, un rel&vement de la 
volonte, pour balancer cette diminution du travail, et qui dure jus 
qu’& la fin de l’exp^rience ». 

Telle est l’argumentation et la synth&se des recherches de M. 
Kraepelin et son £cole. Nous nous sommes contents de l’exposer, 
car ces travaux constituent une des plus belles applications de la 
psychologic exp^rimentale, une des stapes dont la p&Iagogie pro- 
fitera largement. Nous n’avons voulu que fournir une simple expo¬ 
sition documentaire, car la moindre critique demanderait des re¬ 
cherches, des nouveaux faits, et c’est aux jeunes psychologues b 
les fournir. 


OBSERVATIONS 


TENTATIVE HOMICIDE COMMISE PAR UNE PARALYTIQUE 
gEnErale AVEC TENDANCES mElancoliques 

Par le D T Henri Damaye 

Interne ties Asiles de la Seine 
(SERVICE DE M. TOULOUSE) 


Nous rapportons ici une observation dans laquelle est manifeste 
le danger que peuvent presenter pour leur entourage certains 
paralytiques gen^raux. 

La malade en cause, M"* D*** bgee de trente-cinq ans, est entree 
b l’Asile de Villejuif, dans le service de M. Toulouse, en mars 


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TENTATIVE HOMICIDE 


201 


dernier, avec un certiflcat attestant la paralysie generate. Quel- 
ques jours plus tard, nous recevions une lettre d’un ami de sa 
famille dans laquelle on lisait: « Elle a ete internee b la suite de 
crises de folie furieuse pendant lesquelles elle commettrait un 
crime sans s’en apercevoir, et aussil6t la crise terming, elle 
relombe dans un an^antissement general. » 

A son entree et pendant les jours qui suivirent, cette malade 
presen tait un facies hagard reftetant l’obnubilation intellectuelle. 
D£s qu’oh lui causait, un plissement du front venait modifier un 
peu son air stupide et temoigner de l’effort n^cessite en son esprit 
par les moindres operations intellectuelles. Lorsqu’on l’interro- 
geait, elle portait d'un air anxieux la main & sa tete comme pour 
se rememorer ce qui lui etait demande. 

La parole est hesitante et trfcs penible ; les mots longs ou diffi- 
ciles sont articutes avec effort et repetitions de syllabes. Lui ayant 
demande oh elle se trouvait, elle repondit aprhs reflexion et hesi¬ 
tations : « Pas savoir ». Elle r^pond frequemment ainsi par des 
phrases courtes ou incomptetes. Nous ne parvenons b lui faire 
dire ni son age, ni la date de sa naissance, ni d’oh elle vient. Aprhs 
effort visible de memoire, la reponse est toujours qu’elle ne sait 
pas ou qu’elle ne se souvient plus. L’epreuve du calcul mental 
donne, chez cette malade, des resultats negatifs : ses reponses 
sont presque toujours inexactes sur ces matures. 

M— £)*** na p as conversation spontanee ; si on ne l’interroge 
pas, elle reste muette et d’apparence indifferente. Sa langue est 
animee d’un leger mouvement de trombone lorsqu’elle la tire hors 
de la bouche. 

Les mains, etendues, presenlent un tremblement fin et rapide ; 
les doigts tremblent aussi individuellement. 

Reflexe buccal exagere et se propageant aux autres muscles de 
la face. Ces derniers ne tremblent pas b l’occasion de la parole. 

Les membres presentent un etat spastique. On ne peut provo- 
quer de clonus des pieds ni des rotules. Les reflexes tendineux 
sont exag6r6s aux quatre membres. 

Le chatouillement de la plante des pieds determine une trhs vive 
retraction du membre avec flexion brusque pour tous les orteils. 

Cette malade nest pas g&teuse. La marche s'ex£cute assez bien 
mais avec un teger frottement de la semelle sur le sol. 

On ne constate pas de reflexes idio musculaires, mais le dermo 
graphisme cutane est manifestement exagere et persistant. 

Le reflexe lumineux est extremement diminue et par moments 
on note de l’inegalite pupillaire. Pas de stigmates physiques de 
degen6rescence. Du c6te droit seulement, les zones ovarienne et 
mammaire sont trhs sensibles b la pression. La piqure des tegu¬ 
ments, en quelque endroit du corps qu’on la pratique, ne suscite 
qu’une leghre plainte, mais sans reaction defensive. 

Tel est l'etat de notre malade. Ajoutons que, lors des interroga- 
toires que nous lui avons fait subir, nous n’avons releve chez elle 
aucune idee d61irante. Cependant, il n’en fut pas toujours ainsi, 
car un certiflcat qui lui a ete deiivre dans le ceurant de fevrier 


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202 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


dernier mentionne, outre la probability de la paralysie gen^rale, 
des idyes de satisfaction et, par intervalles, des tendances myian- 
coliques avec idyes de suicide. 

Depuis son entrye dans le service, M"' D*** a dCi ytre isolee, car 
plusieurs fois, sans aucun motif apparent, elle se mit tout-&-coup 
h frapper les autres malades qui s’approchaient d’elle. Sa physio- 
nomie prenl assez souvent un air effraye, comme si elle redoutait 
un danger imminent. La nuit, elle est ordinairement tranquille ; 
cependant quelquefois elle persist© k rester hors de son lit et k 
errer sans but dans sa chambre, tout cela sans prononcer sponta- 
nyment une parole. 

Le 25 mars, pendant la nuit, M"* D***, qui depuis plusieurs heu- 
res ytait yveiliye et cherchait k se lever, profits d’un moment 
oh la veiileuse ytait k lautre ytage du quartier pour sortir de sa 
chambre. Elle emporlait avec elle un petit matelas et, s’approchanl 
du lit d’une autre malade dans le dortoir, elle lui appliqua le 
matelas sur la tyte, appuyant avec force de fagon k l’etouffer. Fort 
heureusement,rinfirmiyre ytait de retour et elle surpritla malade 
dans son acte criminel. Cette sc£ne s’ytait dyroulee en quelques 
instants et dans le silence ; la malade attaquye avait yte surprise 
dans son sommeii et eCit certainement yty asphyxiee sans l’inter- 
vention opportune de rinfirmifere. 

Le lendemain matin, lorsque nous la vimes, M" r D*** ytait dans 
un etat de dypression stupide et de mutisms absolu : elle se tenait 
la tete baissye et il ytait impossible de lui faire prononcer aucune 
parole. Le surlendemain, la dypression diminua quelque peu et on 
obtint de la malade quelques reponses aux questions posyes. Inter- 
rogye sur sa tentative de meurtre, elle ne sembla pas du tout com- 
prendre ce dont il s’agissait et rypondit qu’elle n’avait jamais tente 
d’ytouffer quelqu’un. Son ytat actuel varie peu. Cette malade passe 
d un etat stupide k un etat dypressif moins prononcy sans traver¬ 
ser de phase d’excitation ni de pyriode normale. On doit exercer 
sur elle une surveillance constante, tant pour prevenir des tenta- 
tives criminelles, que pour emp6cher ses impulsions k frapper qui 
surviennent lorsqu’elle se trouve au milieu des autres malades. 

Les idyes de suicide constatees il y a quelque mois chez 
M“ e D*** pouvaient ytreattribuyes k I’ytat melancolique simultane; 
mais actuellement rien n’explique sa tentative homicide, si ce 
n’est la dymence paralytique au debut de laquelle la malade se 
trouve. 

Les actes homicides commis par des paralytiqu^s gyneraux, 
pour etre bien plus rares chez ces malades, que les vols et les 
attentats aux moeurs, n’en sont pas moins de temps en temps 
signals dans la science. Depuis que la maladie de Bayle a yty 
suffisamment caracterisye en clinique, des faits analogues au 
notre ont yty consignes dans la littyralure mydicale. 

En 1865, Daviers et Billot 1 rapportent le cas d’un homme de 46 

i Annate* med. psyehol., septembre 18<i5. Uupport medicolegal sur 1 olut 
mental du nomine Charles. 


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TENTATIVE HOMICIDE 


203 


8ns, alcoolique, qui assassina sa femme par strangulation. Cet 
homme, habituellement violent, presentait des id£es de grandeur, 
de puissance, de persecution, de mysticisme et des hallucinations 
de TouTe. II fut reconnu par les auteurs comme un paralytique 
general au debut. En 1881, k l’Asile d’Alengon, un dement paraly¬ 
tique qui imputait son maintien dans I’Asile au surveillant en chef, 
lui assena sur la tele plusieurs coups d’une arme fabriquee avec 
une tige de fer L 

A. Giraud 2 cite le cas d’un paralytique general de 38 ans qui, au 
debut de sa maladie, frappa mortellement au cou sa femme qui 
etait couchee pres de lui avec un couteau de relieur, puis se fit 
lui-meme au cou trois blessures dont une assez profonde. Ce 
malade etait, au moment du crime, sous le coup d une intoxica¬ 
tion alcoolique qui provoquait chez lui des hallucinations de la vue 
et de Tome. 

Le D T F. Villard 3 a egalement public cet autre cas d’un dement 
paralytique au debut 6ge de 45 ans, de temperament violent, qui 
un jour, sans raison ni provocation, se jela brusquement sur deux 
individus presque inconnus de lui et les blessa tr&s gri&vement k 
coups de couteau. 

Christian et Ritti dans leur article du Dictionhaire encyclope- 
(lir/ue, mentionnent, eux aussi, quelques homicides commis par 
des paralytiques sous l’influence de leurs idees deiirantes. 

Pactet et Colin 5 ont rapporte le cas d’un paralytique general k 
la periode d’etat, m&ancoliqueet mystique, qui tua son enfant &g£ 
de deux ans, d’un coup de tranchet parcequ’il lui demandait k 
manger. 

En 1888, Camuset 6 exposait k la Societe medico-psychologique 
l'histoire d’un autre paralytique qui, dans une col&re subite, tua 
sa mere d'un coup de chenet. 

Dans leur etude sur la criminalite chez les alienes de l’Aveyron. 
Ramadier et Fenayrou 7 citent un paralytique general essavant 
d’ouvrir le ventre de sa femme pour voir c? qu’il renfcrmait. 

Enfin, M. Pasturel 8 a publie des observations de paralytiques 
dangereux par leurs idees de persecution accompagnees de 
reactions violentes. 

A cote de ces faits concernant des paralytiques generaux bien 
caracterises, on en a cite egalement chez d’autres dements orga- 
niques plus ou moins voisins anatomiquement et cliniquement des 
dements paralytiques. Tel est ce rapport publie par H. Dagonet 9 
et ayant trait k un malade de 50 ans avec idees meiancoliques qui 

1 Hospital. — Martyrologe de lu psychiatric. Annalcs rned. psycho! ., Novem- 
brc 1887. 

2 Revue de m£decinc legale. Annates med. psycho!., Mai 188'i. 

3 Parulysie generate et assassinat. Annalcs a hygiene publiaue et de ntedc- 
cine legate, Mai 1889. 

4 Article Paralysie gtntrale. 

3 Les alienes dans les prisons. Paris, Encvcl. Leaute, page 72. 

f ' Stance du 24 Decemore 1888. 

7 Annates rned. psycho!. 1898. 

s Archives de Neurol. 1904, Tome I, page 456. 

9 Rapport medico-legal sur le nomine Liutz. Annalcs mcd. psycho!. 1803. 


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204 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


assassina sa femmeet sa filled coups de maillet, sans aucun motif 
apparent. II donna ensuite comme excuse quesa femme et sa fille 
avaient voulu Tassassiner lui-m^me. 

Nous pouvons juger, d’aprfts ces exemples, que les meurtres ou 
les tentatives de meurtre ayant pour auteurs des paralytiques 
generaux, sans fttre frequents, ne sont pas d’une rarete absolue. 
M. Pactet 1 , relatant le meurtre commis Ian dernier ft Villejuif 
sur un infirmier par un malade, montre que celui-ci fttait vrai- 
semblablement encore un paralytique general ft la premiftre 
p^riode. M. Pactet considftre les paralytiques ft cette pdriode 
comme les plus dangereux peut fttre des ali6n6s, fttant donnftes 
leurs reactions illogiques inattendues et par consequent des plus 
difficiles ft prftvoir. 

La malade dont nous avons expose l’histoire et qui se trouve, 
suivant l’expression de Legrand du Saulle, dans cette phase 
mftdico-legale de 1’affection dementielle, est un nouvel exemple 
des actes dangereux imputables aux paralytiques gftnftraux vis-ft- 
vis desquels doit s’exercer une surveillance qui nftcessite un per¬ 
sonnel nombreux. 


TECHNIQUE 


NOUVELI.E MfiTIIODE DE RAMON Y CAJAL POUR LES TER- 
MINAISONS DES FIBRES NERVEUSES 

Par le D r L. Marchand 

Cette methode rftussit surtout sur le systftme nerveux des 
animaux. 

1* Les piftces doivent avoir 3 ft 4 millimetres d epaisseur ; 

2° Elies sont fixees et durcies pendant 24 heures dans : 

Formol. 5 c. cub. 

Eau. 100 c. cub. 

Ammoniaque. quelques gout' 4 

3* Lavage ft l’eau ; 

4° Immersion des pieces dans une solution de nitrate d’argent 
de 1 0/0 ft 3 0/0 ; 

5° Sejour des flacons ft l’etuve reglde entre30 et 35° pendant trois 
ft cinq jours: 

6 # Lavage des pieces ft l'eau ; 

7° Immersion des pieces dans le liquide reducteur suivant 


pendant 24 heures. 

Formol.. .. 5 c. cub. 

Acide pyrogallique. 2 gr. 

Eaudistillee. 100 c. cub. 


8* Lavage des pieces ft l’eau ; 

9° Deshydratation et inclusion ft la celloi'dine ; 

10° Faire des coupes tres minces (6 a. 

11° Deshydrater et eclaircir les coupes dans le xylol phenique de 
Weigert. 

1 Sue. mcdUo-psychol, 28 murs 19<J'i. 


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NOUVELLE METHODE VAN GIESON 


205 


NOUVELLE METHODE DE VAN GIESEN 
(pour les pieces fixees\au formal , a Valcool ou au bichromate 


de potasse) 

Preparer les solutions suivantes . 

a ) Perchlorure de fer. 4 gr. 

Acide chlorhydrique. 1 gr. 

Eau distillde. 95 gr. 

b) Aleool h 96°. 100 c. cub. 

H^matoxyline. 1 gr. 

c) Solution aqueuse d ecide picrique saturee— 150 c. cub. 

Fuchsine acide. 1 gr. 50. 


COLORATION : 

1“ Au moment de colorer les coupes on melange les solutions A 
et B & parties dgales. Les coupes sont ddposdes dans ce melange 
pendant trois minutes; 

2* Lavage des coupes h l'eau pendant cinq minutes ; 

3 # Ddposer les coupes dans quelques centimetres cubes de la 
solution a pendant quelques secondes. Les coupes doivent prendre 
une coloration jaun&tre tr&s p&le: 

4° Lavage & l’eau pendant cinq minutes; 

5“ Melanger une partie de la solution C avec 10 parties d’une 
solution aqueuse saturee d'acide picrique. Cette nouvelle solution 
peut etre faite longtemps d’avance. 

Deposer les coupes dans ce melange pendant quelques secondes. 

6* Lavage & l’eau rapide ; 

7* Deshydratation par l’alcool h 90% l’alcool absolu et enfin 
montage de la preparation. 


SOClEfES 


society de neurologie 

Seance du 2 feeder 1905 

Monrcments associes chez une ortjanopathique , sans hemiplegic, pnr 
MM. Brissauo et Sicard. — L'existence d’une syncinesie tvpique, 
paraissant ind^pendante de tout reliquat de paralysie ou de lesions des 
centres nerveux est exceptionnelle. Brissaud et Sicard presentent une 
femme, &gee de 49 ans, qui depuis son tout jeune age prdsente, a un 
degre tres marque, le phgnombne des mouvements associes. Cetle 
syncinesie, surlout prononeee au niveau des doigts de la main et des 
orteils, est pour la malade une veritable iidirmite qui la rend mala- 
droite et presque incapable de gagner sa vie, taut elle eprouve de 
peine 6 accomplir correctemenl les divers metiers manuels qu elle a 
tour a tour essaves tcoupeuse de drops, enfileuse de perles, femme do 
m^nuge, etc.). La face est indemne de toute perversion motrice, 


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206 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Cette femme est de taille normale, instruite, intelligenle et sans 
aucun trouble psychique. 

Tous les reflexes tendineux sont chez elle exagdrds, surtout & gau¬ 
che. La syncindsie est d'ailleurs, elle aussi, plus accusde a gauche 
qu'4 droite. L’dcriture en miroir de la main gauche est des plus nettes 
et toute sponlande. Les auteurs pensent quune encdphalite legere a 
dti survenir dans les premiers mois de la naissance, avec predomi¬ 
nance de la Idsion au niveau de l'ecorce droite. 

Hemickoree ckronique par Us ion cerebrate infantile acec reaction 
anormalc des muscles pour le courant faradiquc , par M. Lewandowsky. 
— Le malade en question est unhomme de 27 ans. Le courant galva- 
nique ne ddcele rien d’une reaction de ddgendrescence : l’excitabilitd 
est seulement dirninuee quantitativement. Avec le courant faradique, 
le muscle se met en contractions cloniques avec un rythme plus ou 
moins rdgulier d’une frequence de 120-200 4 la minute. Cette reaction, 
chez ce malade, ne se constate pas dans tous les muscles atteints par 
la choree et d’autre part se constate dans d’autres muscles non atteints 
par la chorde. 11 faut done conclure qu'il s'agit d’une anomalie muscu- 
laire particuliere coexistant avec une chorde. 

H&mipleyie cerebrate itifantile. Spasme mobile, mouoc/nents athetosr 
tonnes et kypertrophie musculaire du cote kemiplegique , par MM. 
Faure-Beaulieu et Lewandowsky. — Presentation d un malade age 
de 26 ans, d’un ddveloppement organique general et psychique normal. 
C’est un cas d'hypertrophie musculaire par Idsion cdrebrale. Dans le 
membre superieur, qu’elle prend d'ailleurs tout entier, l’hyperlrophie 
parait predominer sur le biceps brachial. Les veines sous-cutandes des 
merabres hdmipldgiques sont anormalement ddveloppdes, peut-etre 
secondairement a la contraction exagerde des muscles sous-jacents. 

Meninyite scl&ro gommeuse du lobe frontal droit. Syndrome de con¬ 
fusion mentalc , par MM. Gilbert Ballet et Hose. — Prdsentation 
de pidees anatomiques provenant de l’autopsie d une malade de 29 ans 
qui entra 4 I’Hdtel-Dieu dans un dial de confusion mentale avec ddlire 
4 caractdre nettement onirique. Aprds disparition de la confusion men¬ 
tale, la malade prdsentait de l amndsie, surtout pour les faits les plus 
rdeents. Elle accusa une vive cephalde frontale droite surtout noc¬ 
turne, puis des hallucinations visuelles. Deux mois apres son entree a 
l’hdpital, apparurent des crises dpileptiformes qui se succdddrent toutes 
les sept ou huit minutes et la malade mourut ainsi brusquement, sans 
avoir repris connaissance. On ne constata jamais d’albuminurie. 

L’autopsie lit conclure 4 l’existence d un processus syphilitique sclero- 
goimneux en activite au niveau de la face externe du lobe frontal 
droit. 

II s’agit, en souiine, d’une attaque brusque de ddlire onirique avec le 
syndrome de la confusion mentale chez une jeune femme suspecte 
dethylisme. La confusion mentale retroceda au bout d’une huitaine de 
jours, mais il persists de la cephalde frontale droite etun certain degre 
d’amnesie. 

MM. Ballet et Rose ne pensent pas que la confusion mentale de cetle 
malade doive etre uttribuee 4 l intoxication dthylique : le foie etait nor¬ 
mal et les cellules corticales merae celles sous jacentes 4 la Idsion ne 
prdsentaient aucune trace de chromatolvso. La confusion semble 
devoir dire ruttachee a la pachymeningite elle-mdme. 


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SOCIETES 


20? 


Seance ilu 2 mars 1905 


Affection bulbo-spinale spasmodajue J'amiliale, par' MM. Gilbert 
Ballet et Rose. 

Observation d’un Ire re et deux soeurs attaints de la m6me affection 
Chez le pfere et la tante paternelle, tremblement generalise avec diffi- 
culte de la marche. 

11 sagit, chez les trois malades en question, d’une forme intermd- 
diaire it la paraplegie spastique pure et a la sclerose en plaques. Les 
auteurs font remarquer que dans les affections fatniliales, on ne saurait 
decrire de types bien limits et qu'il ne sau.ait y avoir de systematisa¬ 
tion absolue. " - • 

M. Joffroy insiste sur l'alternance des troubles psychiques et des 
troubles moteurs chez les malades de MM. Ballet et Rose et aussi sur 
la coexistence de troubles psychiques et de troubles moteurs chez les 
autres membres de la fainille. Les fails de ee genre sont beaucouD 
plus nombreux qu’on ne le pense ; M. Joffroy les a design6s sous le 
norn de mt/opstjehies. 

Obsercation Wane famille atteintc de dtjsoslose clcido cranienne 
hereditaire, par MM. Maurice Villaret et Louis Pranencz. 

Les malades en question sont au nombre de quatre : la m6re et les 
trois eufants. Le p6re ne presente rien de particular. Les enfants pre- 
sentent une vodte palatine ogivale. Syphilis non certuine. Peu de tares 
nerveuses dans la famille. L’alcoolisme peut it peine etre incrimine 
Dans tous ces cas la clavicule presentait deux fragments : un externe 
un interne reunis, soil par une pseudarthrose, soil par un trousseau 
fibreux plus ou moins apparent. Chez la m6re l'aplexie claviculaire est 
umlaterale : ce fait est signale comme une rarete. Cette anomalie 
determine la production de mouvements bizarres et anormaux mais la 
deformation apparente est peu marquee. Les deformations et’ anoma¬ 
lies craniennes sont surtout Ires marquees chez le dernier-ne de la 
famille qui, chose curieuse, ne presente rien de particulier du cdte de' 
clavicules, mais chez lequel le retard tres net dans l’ossification des 
fontanelles et le caractbre familial de l'affection font penser a une 
forme fruste de la maladie. A signaler aussi la saillie exagdrde du 
tubercule du trapeze situe sur l epine de l omoplate qui semble en 
rapport avec 1 absence de la clavicule, puisque chez la femme elle est 
plus marquee du cote de lapoplexie claviculaire et qu’elle n'exisle Das 
chez l'enfant aux clavicules normales. ^ 


Choree famitiale , par MM. Brissaud, Rathery et B \uer 
Presentation de deux somrs faisant partie d une famille composde de 
quatre enfanls qui tous ont, ou ont eu, la choree. Les auteurs pensent 
que l'affection dont sont atteints ces enfants ne semble devoir etre 
considerde ni comme une chorde de Huntington ni comme de la vraie 
choree hystdrique. De par ses symptomes elle rentre dans le cadre de 
la choree de Sydenham, qui se presente parfois sous la forme dDidd 
mi que. F 


Sur un cas do perithelionxe infiUra de la substance blanche des deux 
hcnus/dieres cvrebraux , par MM. Pierre Marie et G. Catola. 

Homme de 67 ans qui presente h plusieurs reprises des troubles trail- 
sitoires de la parole et en dernier lieu de ragitation. Pas de coma 
comprenait bien ce qui se passe autour de lui, pouvait se lever et 
marcher un peu seul, buvuit seul, ineine de la main gauche. Tete et 
yeux tournes vers la droite. Hemianopsie gauche. Un certain dem'e 
d’hemiplegie gauche. Reflexe plantaire en extension a gaucho °en 
flexion a droite. Aphasie complete. Comprend bien et execute les ordres 
simples. * 


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208 


REVUE DE PSYCH1ATRIE 


A l’autopsie, au niveau des deux circonvolutions parietales ascen- 
dantes, dans la substance blanche, taches de la grosseur d une lentille 
se fusionnant ensemble suivant des contours trbs irrgguliers. Ces laches 
sont plus fortement chromges par le liquide de Muller que les autres 
parties de la substance blanche. En outre, sur les deux hemispheres, 
la substance blanche est parcourue par de nombreuses trainees moins 
foncees que les taches sus-mentionnges, mais qui semblent de meme 
nature. Ces trainees sont peut etre plus prononcdes dans le lobe occi¬ 
pital; la troisieme frontale en est presque entierement indemne. A 
l’examen histologique, on reconnut qu'il s’agissait d’un endotheiiorae 
(peritheiiome). 

Anuric hysteric]ue ou anurie chez unc hgsteriquc , par MM. Cestan et 
Nogues. 

Observation d’une malade &gge de 19 ans, qui au cours de manifesta¬ 
tions franchement hysteriques, a presente de I’anurie, voire meme de 
1‘urgmie, dont on n’a pu trouver d’autre origine apparente que la grande 
nevrose. Cette malade fut prise d'oligurie, puis d’anurie a peu pres 
absolue au cours d'une retention vesicale : le taux des matures extrac¬ 
tives de Purine diminua alors considerablement. Survint un etat 
comateux en meme temps que le taux des matures extractives s’eleva. 
Le coma disparut, la retention d’urine persista, puis fut brusquement 
supprimee par une suggestion en meme temps que survint une hema- 
turie. En quelques jours, la sante redevint normale. 

Les auteurs pensent qu’a I’heure actuelle, toute conclusion ferme est 
impossible. La malade devra etre suivie pendant plusieurs annees et 
peut-etre alors, si une maladie organique fruste leve le masque ou si 
les accidents se renouvellent avec les caracteres particuliers qu’ils ont 
ollerts, on pourra choisir entre ces deux titres, « anurie hystgriquew ou 
« anurie chez une hysterique ». 

Hemiplegie honxolaterule gauche chez un gaucher debile , ancien he mi - 
plegique droit , par MM. Dupr£ et Paul Camus. 

L’interet de cette observation reside dans la succession, chez un 
meme sujet, de deux hgmiplegies, rune infantile precoce, I’autre 
acquise recente. L'hgrniplggie gauche terminale a ete determinee par 
le ramollissement consecutif & une embolie de la sylvienne du lobe 
frontal gauche. L’hemipiegie droite ancienne avait ete determinee par 
une encephalopathie infantile pr6coce qui, quoique diffuse, predominait 
sur le cerveau droit, et avait determine une agengsie relative des 
voies pyramidales droites. De plus, la decussation pyramidaje est 
incomplete et asymetrique. 

La debilite mentale du sujet s’explique par les lesions diffuses de la 
mgningo-encgphalite infantile precoce. La gaucherie apparait ici comme 
la consequence de l'insuffisance du cerveau droit et de ses voies de 
projection. L'aphasie est en rapport avec les lesions operculofrontales 
etinsulaires gauches. 

Escarre sacree chez une tabetique non alitec , par M. Pierre Roy. 

Cette observation montre que l'escarre n’est pas toujours un accident 
de decubitus ou de malpropretg et peut avoir une origine exclusivement 
nevrotrophique. 

11 s’agit d une femme agee de cinquante ans, tabetique depuis une 
dizaine d’annees avec sclerose combinge. En moins«de deux jours s’est 
dgveloppee chez eile, alors qiCcllc etait debout et circutait comme d 
l J ordinaire , une escarre sacree qui augmenta trgs rapidement en 
surface comme en profondeur mais put etre enraybe par des pulveri¬ 
sations phgniquees faibles et des pansements soigneux a l’eau oxyggnge. 


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SOCJKTES 


209 

Cette m&me tabdlique avail presents, il y a deux ans, quatre ou cinq 
petites escarres, seches, noiratres et qui mirent pres de deux mois a 
s’eliminer. Ces petites escarres siegeaiont a la fesse et &la face externe 
des cuisses: elles avaient dtd provoqu^es par des injections sous-cuta. 
nees quotidiennes d'un, puis de deux centimetres cubes de cyanure de 
mercure, faites pourtant avec toutes les precautions antiseptiques.. 

H. Damaye. 

SOCI£t£ DE PSTCHOLiOGIE 

(Ddcembre 1904 — Fecrier 1905) 

9 Decembre. — MM. Marie et Viollet rapportent an ras de folio 
spiritcacec aulomatismc yraphiquc. — Observation d’un alidnd etudid 
a l’asile de Villejuif, qui, apr&sstHre adonne au spiritisme, a la suite de 
depression physique et morale, prdsenla de l’automatisme graphique 
qui s’accompagna d’un developpement de la crddulite spirite, donnunt 
au delire dont il fut nettement atleint aprfcsdes attaques de congestion 
cerdbrale, une tonalite speciale. M. Janet doute qu’il puisse s'ogir d’un 
medium veritable, etant donne l’absence d'anesthesie de la main pen¬ 
dant recriture dite automatique. M. Boissier croit que l’automatisnie 
de la mediumnite peut se presenter independamment de I hysterie. 

M. Kevault d’ALLONNES relate un cas de folic d trois. — Il s’agit 
d’une famille composee du pere, de la mere, et de la fllle, qui pour- 
suivirent de concert un ddlire de persecution relatif a la traite des 
blanches. La fllle finit par se sequestrer volontairement, lu mere sur 
enquete de la police, se suicide, plutdt que douvrir sa porte. Le pere et 
la fllle sont internes. Le pere a eu la premiere idee, mais resta passif, 
sans intervention rdelle dans revolution du delire. La fllle n’est pas une 
alidnee, mais une hystdrique qui a ete compietement suggestionnee 
jusqu’a l’hallucination. La mere a surtout contribue aux interpretations 
deiirantes. 

13 jancier. — M. Nayrac expose une theorie physiologique de Fatten - 
tion. — Physiologiquement, effort psychique, attention et volontd sont 
une m6ine chose dont le mdcanisme est inhibito-actif. La definition 
proposee de l’attention en fait un sentiment de tension psychique qui 
nait de la contraction tonique generate, volontaire ou involontaire, des 
muscles. 

10 fecrier. — MM. Dromard et Levassort font une communication 
sur une forme atypique de depersonnalisation dies une delirantc chro- 
niquc. — Le phenomena de depersonnalisation repond a la fois chez 
la femme en question a une dissociation des personnalites psycho-affec¬ 
tive et psychomotrice et k la possession de la personnalite psychomo* 
trice par une force parasite qui la domine, cette forme atypique de 
depersonnalisation paraissant se rattacher a une lenteur toute parti- 
culiere du processus hallucinatoire. 

H. P. 


SOGlfiTfi DE PSTCHOLOGIB ZOOL.OGIQUE 

(Noccmbre 1904 — Fecrier 1905) 

28 nocenxbre . — M ,,e Goldsmith fait l’exposd de ses rccherchos sur la 
psychologic de quelques poissons littoraux. — L’auteur a etudie deux 
poissons de moeurs curieuses, le Gobius minutus et le Lcpadoyaster. 
Elle a pu 6tablir que ni Tun ni 1’autre ne connaissent leurs tcufs ni 

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210 


REVUE DE PSYCHIATIUE 


ne peuvent se rendre compte de leur presence ou de leur absence; ils 
connaissent plus ou moins bien leur denieure, qu'ils retrouvent grace 
& la memoire des lieux et a l’aide de la vue, sans preferer d'ailleurs 
toujours ceite deineure a d’autres ; la connaissance est d’aulant plus 
parfaite que le poisson est depuis plus longtemps en possession de la 
coquille qai lui sert d'habitalion. Le male defend sa deineure, et ce 
n’est qu’aceessoirement que la ponte qui se trouve dans cette deineure 
se Irouve par la mdme protegee. Le Gobiiis semble distinguer les 
couleurs maisassez mal les formes, surtout quand elles restent immo* 
biles. La distance maxima de vision d'un objet d un centimetre (mysis) 
est de 12 a 15 centimetres en face, et 3 a 5 en haut. 

16 jancier. — M. Manouvrier relate tin rapt de progenitures mire 
feme Lies do rat bin nr. — Deux femelles ay ant mis bas a peu d’intervalle 
une portae de petits, l’une d’elles alia enlever successivement tous les 
petits de l’autre qui accepla trds bien cet enlevement; elle ne parais- 
sait d’ailleurs pas se soucier de nourrir sa portee. 

2?feerier. — M. Bohn fait une communication sur les receptions 
occulaires. — La lumiere regue par les yeux a une influence manifest© 
sur les mouvementsondulatoiresdecertains annelides,les Hediste direr- 
sicolor. La suppression de l’dclairernent de la totalile des yeux entraine 
celles des ondes laterales et I’exageration des ondes sagittales. La 
diminution de cet eclairement total entraine l inhibition des ondula- 
tions laterales de la partie antdrieure du corps (marche) et I’exsgera- 
tion de celles de la partie posterieure (natation): Une Hediste qui rnar- 
che vers une paroi obscure, se met a nager en s’approchant et ne 
tarde pas d pdndtrer comme une fleche dans l’ombre. La suppression 
de reclairement des yeux d’un cote amene une inhibition musculaire 
de ce cold et un mouvement de manege. La diminution de ldclaire- 
ment provoque un mouvement de manege de plus grand rayon, en 
sorte que I’Hediste qui passe le long d’une paroi obscure, incurve son 
mouvement et rentre dans l’ombre et tout se passe comme si l ombre 
attirait l'annelide. L’auteur met en evidence l influence directe de la 
lumidre, ddclarant qu’il a cherchd a dviter egalement la tendance 
anthropomorphique et la tendance inverse a assirailer I’animal a une 
machine; ainsi qu’a s’abstenir des generalisations hdtives et d separer 
les interprdtations des fails. 

M. Pieron montre qu’en certains cas, M. Bohn, influence par M. 
Nuel, a did un peu loin dans les tentalives faites en vue d’eviter toute 
expression qui puisse paraitre appartenir au langage psychologique. 
M. Delagk proleste contre une tendance qui serait la ndgation de la 
psychologic zoologique. M. Bohn declare que sa tentative, limitee a 
certains mouvements des annelides ne se justifierait pas d’uno, fagon 
generale et ({ue les dtats de conscience, a son avis, ont une grande 
influence sur les animaux, car certains des mouvements qu'il a etudids 
ne se pourraient expliquer que par leur intermediaire, e’est-d-dire par 
l’intermediaire de processus nerveux complexes. M. Pi^ron cherche d 
montrer que les interpretations de M. Bohn sont entierement justifiees 
puisqu’elles lui permettent une prevision exacte, mais que les interpo¬ 
lations psychologiques pour des phenomenes plus complexes partici¬ 
pant dgalement au caractere strict de la science, dans la mesure oil 
elles permettent, elles aussi, la prdvision. M. Giahd en fdlicitant 
rauteur, signale Tabus du mot direct, la ou il faudrait subslituer: par 
rinterinediaire du sysLdme nerveux, en ce qui concerne les influences 
etudides. 

H. P. 


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ANALYSE des livres 


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ANALYSE DES LIVRES 


Etudes biologiques sur les grants, par P.-E. Launois et Pierre 
Roy, in-8 # , 462 p., Masson et C lf , Paris, 1904. 

Reprenant et synthdtisant une sdrie de travaax prdcddemment publics 
par eux, continuant aussi, mais pour en grandir la portde, les recher- 
ches de Brissaud et Meige sur le gigantisme, les auteurs apportent, en 
une riche monographie, la premiere dtude d’ensemble scientifique sur 
les geants. II convient d’ajouter que, s'ils ont su envisager les faits aux 
points de vue de la physiologie, de l’anthropologie, de la tdratologie, 
MM. Launois et Roy ont tenu avant tout & se placer rdsolument sur le 
terrain medical ; ils ont fait oeuvre de cliniciens, et le P r Brissaud, qui 
preface l’ouvrage, les en loue grandement. 

MM. Launois et Roy refusent celte dpithdte de geant aux individus de 
haute taille, mais bien proportionnds et par ailleurs normaux, et ils 
proposent la definition suivante : « Le gigantisme est une anomalie de 
la croissance du squelette se traduisant par une taille excessive du su- 
jet, par rapport aux dimensions moyennes des sujets de sa race, et en- 
trainant une dysharmonie morphologique et fonctionnelle, caractdris- 
tique de cet dtat morbide ». 

Partant de cette donnde, les auteurs envisagent et dtudient trois 
principales formes cliniques, suivant que le gigantisme est associd aux 
stigmates de l'infantilisme, de 1’acromdgalie, ou mdme & ceux rdunis 
de l’acromdgalie et de l'infantilisme. 

Le gigantisme infantile se caractdrise par la continuity de la crois¬ 
sance a l’dge adulte, par la modalitd tout a fait particulidre de sa crois- 
sance, par .ses anomalies (genu valgum), et aussi par une atrophie des 
glandes gdnitales et les stigmates de l'infantilisme. 

La deuxidme forme (gigantisme acromegalique) emprunte ses princi- 
paux caractdres & ceux de l’entitd morbide isolee par Pierre Marie en 
1886, l’acromdgalie continuant, pour ainsi dire, le gigantisme aprds la 
90udure, retardde ou non, des dpiphyses aux diaphyses. 

Lu dernidre varidtd unit les deux precedentes en montrant, associds 
au gigantisme, a la fois les caractdres de l’infantilisme et de l’acromd¬ 
galie. 

Le probldme pathogdnique, actuellement encore incompldtement rd- 
solu, fait l'objet, de la part de MM. Launois et Roy, d’une tres intdres- 
sante etude. Les auteurs montrent d’abord qu’il s’agit dune « hypercrois- 
sance par continuity d’un processus normal au dela de ses limites habi- 
tuelles ». Quant & la cause premidre, il convient de la rechercher sur- 
tout dans l’action des glandes a seerdtion interne : glandes gdnitales, 
thymus, corps thyrolde, hypophysc. L’hvpertrophie ou l’adultdration, 
sous une forme quelconque, du corps pituitaire, apparaissant coniine 
cons tan tes dans le gigantisme acromegalique, ainsi que de nombreuses 
observations en font foi. Envisageant les choses de haut. les auteurs 
montrent la synergie ou la suppleance fonctionnelles des glandes a se- 
erdtion interne, dirigeant, par l’intermediaire du systeme nerveux, la 
trophicitd de tout un ensemble de tissus, et plus particulidrement de 
ceux d’origine mesodermique. 

Riche de faits et de documents de toutes sortes, seme d’observations 
originates du plus haut interdt (telles celles du grand Charles et du 
tambour-major K.)> illustrd de nombreuses reproductions radiographi- 
ques et photographiques, l’ouvrage de MM. Launois et Roy est d une 


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*212 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


lecture facile et attachante. II s’adresse, au premier chef, au neurolo- 
giste, qui s'atlachera au role capital joue par les troubles nerveux dans 
la production des phdnomdnes si curieux du gigantisme. II sera lu aussi 
avec profit par le psychiatre k qui n'dchappera point le « cachet men¬ 
tal » du gdant, simple arret de developpement intellectuel, ou arriera- 
tion sous forme de pu6rilisme, sans compter les autres troubles psycho* 
pathiques qui convoitent toujours ces a leses » du systeme nerveux cen¬ 
tral. 

D* PerpArb. 

Grundllnien elner Psychologle der Hysteric par Willy Hellpach, 
de Karlsruhe. 1 Vol in-8* de 500pages. Leipzig. Engelmanu, 1904. Prix : 
9 mark. 

M. Hellpach, docteur en medecine et docteur en philosophie, m£de- 
cin des maladies nerveuses a Karlsruhe, s’est lance sur les traces des 
Briquet, Charcot, Janet, Sollier, Vogt, Freud, etc., dans le problems tres 
complexe de la psychologic de i’hysterie. 

Une premiere partife de l’ouvrage est consacree a la « probiematique ». 
Apres un chapitre traitant de revolution historique du probieme de 
l’hysterie, l’auteur etudie d’une mani6re generate le concept de mala- 
die, trouvant dans la pathologie d’aujourd’hui les concepts clairs d’ano- 
malies reactives et productives ; et pour la logique de la psychopatho- 
logie, la conception de la nature genetique de la maladie psychique, 
de la nature historique de l’anomalie de reaction, ltetude du paraite- 
lisme psychophysique, constituent comme un travail d'approche pour 
la solution des probtemes poses : mais il ne faut pas se poser de 
probieme ontologique mais seulement genetique. 

La deuxteme partie s’en prend a 1’analyse m6me de l’hyst6rie. 

II ne paraitpas possiblesl’auteur de tirer une determination eoncep- 
tuelle de la suggestion dans la distraction, la demotivation, ou le vide 
de la conscience. La suggestion est une consequence de regarement, de 
l’absurdite intellectuelle (Sinnlosigkeit) et de l’absence de toute mesure 
de toute moderation (Maslosigkeit). Le trouble hysterique moteur 
embrasse des complexus de mouvements. Quant aux hypoesth6sies 
ct anesthesies hyslteriques, ce sont des affaiblissements sensoriels d’a- 
perception. 

Pour les paresthesies et hyperesthesies elles sont en partie causees 
par un facteur physique, en partie dues a une interpretation suggestive 
qui n’est pas sans analogie dans la vie normale : il y a chez l’hyste- 
rique un probieme desuggestibilite renforcee. L'intellect hysterique doit 
son caractere specifique a l'aperception imaginative. La volonte hyste¬ 
rique est trouble par suite de la perturbation dtequilibrequi dispropor- 
tionne les phenomenes exterieurs aux reactions effectuees. 

La genese de I'hysterie est l'objet de la 3* partie. 

Les faeteurs essentiels apparaissent k l’auteur dans la docilite 
(Lenksamkeit) et dans l’influence du subconscient, a laquelle se rarafcne 
le concept einprunte a Freud, de « Verdrangung » maisl’auteur ne fait 
jamais appel au inot d’inconscient, ni m6me de subconscient, et le 
dedoublement de la conscience lui apparait comme le dernier terme, 
et non le fondement de revolution de l’hysterie, l’hysterisme (Hyste- 
riesierung). 

C est en combattant i'exageration de la docilite, au point de vae 
soclai qu’on peut combattre I’hysterie. 

— Ce livre, tout de theorie, de dialectique, ou il n’y a pas d’observa- 
tions, ou les citations ne s’appuient suraucune reference, est & coup sur 
un gros ouvrage, mais profondement sterile; les discussions nuageuses, 


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NOTES ET INFORMATIONS 


213 


en 1 air, y sont tr&s vaines, et rien de tecond n’enpeut sortir. Les idyes, 
mal et insuffisamment fondees, quand elles ne sont pas d£j& connues, 
n’ont gu£re d'int6r6t. 

Cela ne peut pas faire avancer d'un pas la question psychologique 
de l’hysterie : raais cela l’embrouille plutdt de 500 pages. 

H. PlgRON. 

Les auto-accusateurs alcooliques par le D r Reny Picard (th^sede 
Paris, 1904. Rousset yditeur). 

L’auteur montre dans son travail, les deux significations du terme 
d'auto-accusation. En psychiatrie Clinique, il s’applique non seulernent 
au sujet qui avoue avoir commis un crime dont il raconte les details, 
mais aussi au malade qui porte sur lui-meme un jugement defavorable, 
qui se d^precie et exprime des idees generales d’incapacity, d indignite 
de culpability et de remords. En psychiatrie mddico-iygale, le terme 
auto-accusateur a une signification bien plus ytroite : il designe seule- 
ment l’individu qui s’accuse dans un acte d auto-denonciation vis-a-vis 
des autoritys administratives et judiciaires. En medecine lygale, auto¬ 
accusation est done synonyme d aulo-dynonciation. 

L’auto-accusation est frequente chez les alcooliques. Elle s’observe 
presque toujours chez des hommes adultes, depuis longtemps intoxi- 
quys, sous l’influence d’un ynorme exeys de boisson ou d’un surrnenage 
rycent. 

L’auteur montre ensuite le peu de duree des syinptdmes de cette for¬ 
me delirante et l’influence bienfaisante dusoinmeil profond qui survient 
aprfcs 1’agitation. D£s lors, il ne faut point conclure & l'internement. 
sauf les cas ou l’ytat mental persistant serait de nature a rendre le sujet 
dangereux pourautrui. 

L’auto-dynonciation, verbale ou ecrite, est presque toujours faite di. 
rectement a la police. Quelques-uns de ces malades ont pu ytre mdconnus 
et condamnes et e’est ce qui ldgitime d’autant plus l’etude de cette va- 
riyte de delire. L’expert basera done son diagnostic sur les habitudes 
alcooliques de l'individu, les hallucinations de nature oniriques, I’idee 
fixe qui survit au ryve morbide, l’amnysie et la confusion mentale. 

Dans certain cas, il peut y avoir association de l’alcoolisme a la degy- 
ndrescence mentale. 

Ce travail est complete par vingt-trois observations cliniques. 

D T H. Damaye. 


NOTES & INFORMATIONS 


La question de la ddmence prdcoce. — M. Marandon de Montyel 
vient de consacrer une trfes intyressante et tres vive etude critique a la 
demence prycoce de Krecpelin, qui, dit-il, n’est ni demence, ni 
precoce. Elle n’est pas une demence puis qu’aprks une confusion 
mentale plus ou moins accentuye, on peut constater des guyrisons, ou 
tout au moins des remissions ties durables J , elle n est pas precoce 

* Sur ce point, je ne snis si M. Marandon de Montyel n’a pas ete dupe d un 
sophistne subconscient quand signnlunt la proportion de guerdons ou remis¬ 
sions de Kraepelin, 21 pour 100, et celle de Masselon, 44 pour 100, il en conclut 
que cela fait 65 pour 100. Cela ne peut faire, si on effectue la fusion que 
65 pour 2O0, soit 32.5 pour 100. 


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214 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


puisqu’elle survient souvent a la myme 6poque chez les femmes, et 
peut avoir une evolution de 10 & 15 ans. En effet l’appellation peut parai- 
tre fort mal choisie, d’autant qu'elle arn&ie & confondre les fameuses 
formes d6crites avec une demence pr6coce veritable, qui est d^mence 
et qui esl precoce. Mais il y a une question plus g^n^rale encore qui 
se pose,en dehors de celle du nom de a demence precoce ». Et c’est cell©- 
ci : Y a-t-il une unity morbide fondamentale qui permette de rappro- 
cher et de synthytiser tons les cas, toutes les formes dycrites sous 
une appellation unique, sous une entity morbide definie ? M. Marandon 
de Montyel insist© sur Th^tdrogdn6it6 des cas, l’inconstance de tous les 
syinptdmes dont aucun n est pathognomonique, la possibility de ramener 
chaque forme a des syndromes d6ja connus et classes et de reconnaitre 
commedouds de banalite tous les phynomynes morbides signales ; pour 
en conclure que le nom de ddmence prdcoce, non seulenient n’est pas 
heureux mais ne s’applique m6me pas 4 un etat morbide defini: il n'y 
a pas la de inaladie mentale nouvclle, car toutes ses formes en sont 
connues; il n'y a pas non plus la une synthfcse heureuse, car elle 

juxtapose sans leur donner d'unity des troubles absolument hetyro- 
gynes. 

Et certes la critique de Marandon de Montyel n’est pas sans justesse. 
On ne peut denier 4 la ddmence prdcoce le merite d'avoir provoquy 
des discussions et des recherches, comme autrefois le concept de dygd- 
nerescence, qui n est peut-ytre pas sans rapport avec elle; mais 
ces efforts de synthase gynyrale de categories de troubles mentaux est 
bien difficile a poursuivre avec succys, par suite du polymorphism© d'un 
grand nombre d’affections mentales ne correspondent pas, semble-t-il, 
a des lesions absolument definies; il faudrait, si les etudes macroscopi- 
ques et microscopiques des centres, si les ytudes physiologiquesne four- 
nissaient pas les indications sur le mycanisme reel des troubles, qui 
permettrait de les classer avec certitude, que Ton cherche alors par 
l’analyse expdrimentale des phynomynes intellectuels les « lysions 
psychiques » peut-on dire afin de baser sur les rdsultats obtenus dans 
cette voie les dynominations syndromiques. Mais autrement, en clas- 
sant sous un myme vocable des troubles reellement heterogynes et 
dont on ne dyfinit pas suffisamment l’unite, on risque d’entretenir une 
vyritable confusion, intellectuelle, sinon mentale. 

P. 

De la necessity d’annexes sp6ciaux pour ali6n6s dangereux et 
criminels, par M. le D r Naecke d’Hubertusburg, Psycltiatrisch-Ncuro- 
loy. Woc/ienscbri/t , 1904, N* 26. 

Expose d’ou Pauteur conclut a ce que les criminels aliynys et les 
alienes criminels qui peuvent constituer un danger ou une cause de 
depravation dans l’asile ordinaire en soient isoles. 

Aux prycydents il assimile ceux qui n’ayant jamais yty condamnys 
ou myme n’ayant encore commis aucune rdaction dangereuse, sont 
neanmoins reconnus difficiles et causes de trouble dans la vie normale 
d’un asile ordinaire. 

Pour tous ces individus, il rdclame Pouverture d'une annexe aux 
services penitentiaires et le transferement hors l’asile ordinaire. 

Plus tard quand on aura divisd les ytablissements d'aliynys en hdpi- 


( Voir la suite apres le Bulletin bibliograpkique mensuel.) 


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NOTES ET INFORMATIONS 


215 


t&nx de traitement et asiles de chroniques, il estime qu’il faudra ouvrir 
un asile de dangereux con tenant la m&me subdivision. 

II reclame enfln I’adjonction aux services penitentiaires des prisons, 
des m^decins competents en matifere psychiatrique avec intervention 
prealable de ces experts psychiatriques dans toute accusation en vue 
d'eviter les condamnations d’alienes meconnus. 

Ce sont on le voit les mSmes reformes que poursuivent chez nous les 
esprits avances. Ces tendances, le Congr&s de Pau vient de les corro- 
borer par des voeux significatifs et le ddpartement de la Seine, sur les 
rapports de M. le D r Colin, les a devancds dans ses provisions; la rea¬ 
lisation n’en est plus a Villejuif qu’une question de mois. 

D r Marie. 

line enqudte sur ia psychologle du Hive. — D’une enquOte entre- 
prise par M. James Ralph Jewel et basde sur un questionnaire compre- 
nant 14 questions', adresse principaiement h des dlOves d’Ocoles nor- 
males, en majority a des femmes, et auquel rOpondirent 800 personnes, 
qui donn&rent la relation de 2000 rOves, l’auteur degage une sdrie de 
conclusions, conclusions auxquelles il ne faudrait pas accorder une va- 
leur trop absolue, 0 cause, d'une part des difficulty inhdrentes au rem- 
plissement d’un questionnaire assez vague et touffu, et d’autre part du 
manque absolu de controle relatif 0 la sinedritd et a l’exactitude des 
rdponses. 

En tout cas nous allons rdsumer ces conclusions essentielles. 

1). Les rOves peuvent 6tre empOchespar suggestion et probablement 
disparaissent justeinent dans la mesure oil la suggestion est complete. 

2i. Ni la saison, ni le jour de la semaine, ni le mois n’ontd’effet ap¬ 
preciable sur les reves, sauf en ce que les scenes d’hiver sont plus 
communes un exemple pendant les mois d'hiver. 

3) . Il semble qu’il y ait un « age des r6ves » vers l'dpoque de la 
puberle, a l’aube de ladolescence. 

4) . L'activite raotrice durant le sommeilest nettementcaractdristique 
de l’enfance; elle persiste souvent dans l’adolescence, et parfois jusque 
dans la vie adulte. 


1 The American Journal of Psychology XVI 1. jnnvier 1905, p. 1-34. 

Voici le texte du questionnaire : 

r£vks. — Etat, sexe et dge. Ecrire sur un cot6 du papier seulement. 

I. — Demander aux enfants de chaque degre ou de quelques degres de faire 
un recit 4«rit du r£re oil des rdves les plus reraarquables quils ont fait, de 
tout raconter a son sujet, quand il est survenu, et quel effet il a eu. et tou- 
jours le sexe, l’dge h ce moment et quelle duree ii pen pr&s a eu le r6ve. 

II. — Le maitre ou 1 adulte veut-il fuire la mdme chose et ajoutcr une note 
complementuire concernant la frequence de ses rdves. (1) Quand dort-il le 
mieux ou le plus mol? A quel moyen donne-t-il la preference pour empiVber 
les r£ves et pourquoi ? (2) i en a-t-il qui se sont realises? (3) De leur effetsur 
l humeur et les sentiments le jour suivant. (4) Des rdves se sont-ils repetes ? 
(5) La saison, le jour de la semuine, le mois ou 1’tlge ont-ils quelque effet? (G) 
Y a-t-il un dge pour les r^ves ? et si oui quel e.*.t-il ? (7) Donner des experien¬ 
ces de cauchemnrs, de rAvesde voler, de planer, ou d etouffement? (8) Parlez- 
vous dansvotre sommeil ou 1’avez-vous observe ebez d aulres personnes, en 
quelles circonstances et qu’ont-ils dit ? Idem pour la marche ou toute autre 
manifestation motrice ? (9; Detaillez les cas oil les r£ves fun nt en connexion 
avec les 6v4nements anterieurs. (10) Ont-ils influence votre vie et comment? 
(11) Du cas ou un enfant a confondu la vie du reve et la vie reelle ? (12) Des 
r£ves -tendent-ils u r^peter plulAtle courunt souterrain dela vieemotionnelleque 
les faitsde l’exp6rience quotidienne ? Connaissez-vous des cas ou des personnes 
joyeuses avaient des rdves trislesou vice-versa ? (13)Pouvez-vous faire une diffe¬ 
rence enlre les causes psycbologiques et les causes physiques ? (14) Indiquel 
le temperament et le caractere physique. 


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216 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


5) . Les rAves different de facon marquee en rapport avec l’Age et le 
lieu et probablement en rapport avec la nationality aussi. 

6) . Les enfants rAvent des AvAnements qui leur ont cause une grande 
Amotion aussi tot aprAs son apparition; aprAs la premiAre adolescence, de 
tels rAves ne seprAsentent pas pendant quelque temps ;chez lesadultes, 
plus un AvAnement a d’importance, en rAgle gAnerale, plus long est 
l’intervalle entre sa production et leur apparition dans les reves. 

7) . Les rAves de voler et de planer semblent ne diffArer que par I’aper- 
ception. 

8) . Pour les rAves classAs comme prAmonitoires, de nombreuses ex¬ 
plications rationnelles s’offrent; il reste un faible rAsidu inexpliquA de 
cette fa$on. 

9) . Le jugement n’est ordinairement pas logique pendant le sommeil, 
mais peut l’Atre. 

10) . On peut, Atant profondAment endormi, connaitre qu’on rAve. 

11) . Les Amotions pendant le rAve sont dAterminAes par les sensations 
organiques actuelles. 

12) . Des terreurs morbides sont engendrAes facilement chez les en¬ 
fants par leur rAves ; il faut se dAfier des suggestions qui peuvent 
avoir de tels effets. 

13) . La confusion du rAve avec la rAalite est presque universelle chez 
les enfants et trAs commune chez les adolescents et les adultes. 

14) . L’influence des rAves sur la vie rAelle est beaucoup plus conside¬ 
rable qu’on ne le croit gAnAralement. 

15) . Il peut Atre subconsciemment introduit dans les rAves d'une per- 
sonne un el Ament de vAritA qui n’est pas recon nu comme subjeclif et 
qui peut paraitre d’origine surnalurelle. 

16) . 11 n’y a pas de mode de fonctionnement de I’esprit durant la ’ 
veille qui ne puisse trouver place durant le sommeil. 

— Toutes ces conclusions, dont la plupart ne sont pas nouvelles, prA* 
sentent un certain intArAt, etant donnA, toujours sous rAserves d’ail- 
leurs, grand nombre de documents recueillis et dont l'auteur s’est 
inspire sans faire de vAritables statistiques, de vAritables moyennes. 
Il y en a quelques unes qui, d’aprAs les observations et les expAriences 
qu’il nous a AtA possible de faire, nous paraissent devoir Atre conside- 
rAes comme profondAment iustes. 

H. P. 

Traltement de la folie en dehors des aslles. — M. Peeters a 
fait le 28 janvier dernier une lecture a VAcademic roi/alc de mhlccine 
de Belgique , sur le traitement de la folie en dehors des asiles. 

L’orateur signale I’utilitA des quartiers spAciaux annexAs dans cer¬ 
tains pays aux hdpitaux ordinaires pour y trailer pendant un certain 
temps les malades atteints de dAsordres mentaux, sans application des 
formalitAs lAgales relatives a I’internement (collocation) dans un asile, 
ce qui tendrait a prAserver des internements prAmaturAs et abusifs, et 
permet de soigner des inalades, qui, internAs trop tard, encombrent les 
asiles de cas chroniques et incurables. 

Pour certains asiles Acossais, il signale l’Atablissement de consulta¬ 
tions gratuites pour 1’aliAnntion mentale. 

Bien que, dAclare-t-il, on ne connaisse pas en Belgique de sAquestra- 
tion arbitraire sous le rAgime de la loi de 1850 1874, il y a ajoute-t-il, 
une sequestration inutile et injustifiable, celle qui consiste a retenir 
dans les asiles des alienAs susceptibles de jouir de l’assistance fami* 
liale. 

Le dAlirium tremens. — A la seance du 3 mai de la SociAtA de Chi- 


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NOTES ET INFORMATIONS 


217 


rurgie, M. L. Picque , a fait une importante communication sur le deli¬ 
rium tremens que, a I’inverse de Verneuil, il ne considere plus comma 
essentiellement alcoolique, mais comme essentiellement inf3ctieux, ce 
qui ouvre la voie a la th6rapeutique. La septic^mie precede toujours le 
delire qui emprunte sa forme a l'intoxication alcoolique, & laquelle est 
due egalement en partie la predisposition qui fait naitre le delire sous 
l'influence de l infection. M. Picque proteste contre l’internement de 
tels malades, qui devraient etre gardds dans des salles, specialernent 
amenagdes, des services de chirurgie hospitaliers. La seance suivante, 
du 10 mai, a ete remplie par un debat, ou se sont fait jour les opinions 
competentes les plus contradictoires sur la question de savoir s’il faut 
donner de l’alcool aux alcooliques atteints de delirium tremens, ce a 
quoi M. Mag nan est absolument oppose, alorsque MM. Monad, Tuff ter , 
Reynier sont favorables. M. Picque suit les indications de M. Magnan 
ct M. Berger est hesitant. 

La psychiatrie au Mexique. — L’Ecole nationale de M6decine de 
Mexico possede un enseigneinent clinique de la psychiatrie qui com- 
prend des observations de malades internes a l’Asile etdes etudes par¬ 
ticulates sur toutes les formes de manie et de rnelancolie, sur les 
folies & double forme (cireulaires), les folies intermittenles, les delires 
partiels, les delires systematises, les d6gdn6rescences (idiolie et iinbd- 
cillite}, et les d&nences, en particular la ddmence paralytique. 

C’est en sixieine ann6e que cet enseigneinent est obligatoire : on y 
donne une fois par semaine les notions de pathologie mentale indis- 
pensables k la pratique medicale, pour formuler un diagnostic et justifier 
un internement. L’enseignement, qui est hebdoinadaire, dure un an. 
Les etudiants sont tenus de frequenter 1 asile pour s habituer, par un 
contact repete, a connaitre les ali6nes. Une fois par mois a lieu une 
leQon de synthese sur l’etiologie, la classification, la symptomatologies 
le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies mentales. 

Etant donne que cet enseigneinent ne vise pas & former des alid- 
nistes, mais k completer l'enseignement mddical de la pratique cou- 
rante, on peut voir, d’aprGs ces renseignements que nous empruntons 
au Boletin de instruccion poblica de Mexico (d6cembre 1904), que la 
France ferait bien de regarder un peu plus ce qui se fait k l’etranger, 
mOrne au Mexique. 

N6crologie. — Le 15 novembre 1904, a New-York, est raort le surin- 
tendant medical de l’Hdpital d'Etat deEiskhill-sur-Hudson, qui occupait 
cette fonction depuis quinze ans, M. le D r Henry E. Allison. 

— Le 17 mars est decide subitement le D r Gamier , medecin en 
chef de l'lnfirmerie du Depdt. Les obs^ques ont eu lieu le 22 mars. 

— M. le D r Ligier est mort a Lyon, le 22 mars. II avait 6te norume il 
y a environ trois mois, directeur de l'asile d’aliends du Rhone. 

L’Association psyohologique am6ricalne. — 11 y a en Amerique 
une Association psychologique qui a tenu k Philadelphie du 28 au 30 
decembre 1904 sa 13' assemble annuelle. 

Le president de I’Association 61u pour 1905 est Mary Whitori Calkins . 

Voici les listesdes notes et communications : 

M. William James a lu une adresse pr^sidentielle sur Texperienre 
do Vacticite. 

A. H. Pierce. Etats inaperftis de la conscience . 

Dickinson S. Miller. Un champ pour Vetude du temperament . 

M. Keen Cattell. Grailes et credits. 


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218 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


W. S. Monroe. Perception des enfants. 

E. A. Kirkpatrick. Tests pour le d&celoppcmcnt de la mcntalite ches 
les enfants. 

Edward A. Huntington, EJfets mentaux et moraux suicant I'abla- 
tion des cdgdtations adenoides. 

Colin A. Scott. Emotion et sensation motrice cn art. 

Edwin B. Tmeyitwer. Reflcxe rotulien acec stimulation du tendon pa - 
tellairc. 

Charles H. Judd. L'analyse du moucement de reaction. 

Lightner Witmer. Quelques experiences sur le souldcemcnt des 
poids en rapport acec le probldmepsychophysique. 

Hugo Munsterberg. Uordre des sensations tonales. 

F. M. Urban. Combinaison des sons. 

Robert M. Yerkes. Le sens de Taudition chcj les yrenouillcs % 

R. S. Woodworth et Franc G. Bruner. Quelques differences sexual - 
les. 

R. S. Woodworth et A. D. Marsh. Cot'relations motrices. 

Margaret Fley Washburn. L f analyse du sentiment de Wundt , et la 
signification genetique de cc sentiment (feeling). 

Dickinson S. Miller. Uisolement des esprits. 

Frederick J. Woodbridge. La nature de la conscience. 

George Trumbull Ladd. Un cas cas suggest if d'anastomose des nerfs. 

Hugo Munsterberg. Le systdme des caleurs. 

Vivian A. C. Henman. Le temps de perception comme mesurc de diffe¬ 
rence dans les sensations. 

G. M. Stratton. Quelques experiences complementaires sur la photo - 
graphic des yeux. 

Edwin B. Holt, fntermittcnce do oision. 

Raymond Dodge. Ueffet de la stimulation risuelle cxcentriquc sur la 
fixation. 

Cloydn M.Mc Allister. La fixaction des points dans le champ cisuel. 

Walter F. Dearborn. Les pauses de fixation des yeux dans la lec¬ 
ture. 

Lillien J. Martin. Psychologic de Vesthetique. I. Experiences con- 
cernant le champ du comique. 

Thomas II. Haines. Lc facteur synthHiquedans la perception tactile 
de Tespace. 

Willard C Gore. L’interet d'intrigue (plot interest). 

I. Woodbridge Riley. Recentcs theories du genie. 

F. C. Doan. Les trois types de la conscience religicuse. 

Frere Chrysostome. Line note historique sur I'hypnotismc. 

Association psychiatrlque d’Allemagne. — L’Association germa- 
nique de psychiatrie a tenu son Congr&s annuel 6 Dresde les 28 et 29 
avril. Un rapport sur l’idiotie a prdsente par M. Weygandt , profes- 
seur & Wurzburg. 

Sujets de prix de i’Aoad6mle de m£decine de Belgique. — 

1* Determiner, par des recherches originales, la signification de la neu- 
ronophagie dans les diverses parties du syst&me nerveux (1.000 francs. 
Cloture le 15 decembre 1905). 

2*) De la simulation au point de vue medico-legal, en ce qui concerne 
les traumatismes et les nevroses, et des moyens de la deceler (1.000 
francs. Cloture le 1" juillet 1906). En 1904 un encouragement de 500 
francs a ete accorde 6 M. Rene Sand. 

3*) Prix d’Alvarenga de Piauhy. Au meilleur m6moire sur n'importe 


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NOTES ET INFORMATIONS 


219 


quelle branche de la medecine (800 francs. Cldture le 15 janvier 1906). 
En 1901 les laurdats ont dtd MM. Blumenthal et Paul Ma:sain, medecin 
de la colonie de Gheel. 

4*) Elucider par des fails cliniques et au besoin par des experiences, 
la pathogenie et la therapeuthique des maladies des centres nerveux 
et principalement de l’dpilepsie (10.000 francs. Cldture le 15 decembre 
1905). Des encouragements de 300 a 3.000 francs pourront dtre accor- 
dds. line somme de 5.000 francs et une de 25.000 francs pourront dtre 
{ionnees, en outre du prix de 10.000 francs, a l’auleur qui aurait realise 
un progres capital dans la therapeuthique des maladies des centres 
nerveux, tel que serait, par exemple, la decouverte d’un remede cura- 
tif de l’epilepsie. 

Les mdmoires doivent dtre ecrits en latin, frangais ou flamand, Tes¬ 
ter ononyines et aecompagnes du pli cachete contenant le nom, et dtre 
entidrement inddits. 

Sujets de prix de (’Institution lombarde. — Voici les sujets de prix 
proposes par I’institution lombarde. 

Prix de l’Lnstitution 1906. — La psychiatrie moderne. 

Prix Fossati (pour les Italiens) — 1905. Les connaissances actuelles 
en neurologie.—1906. Centres visuels des vert&bres superieurs. — 1907. 
Noyaux des nerfs craniens. — 1908. Systdme nerveux central. 

Conferences du Colldge royai de Londros. — Parmi les confe¬ 
rences de 1905 du College royal de Londres, nous pouvons signaler 
celles de M. Halliburton, sur la psychologic histologigne (l er trimes- 
tre), de M. Caldecott sur la psychologic generate (2 f triinestre) et de 
M. Myers sur la psychologic experimentalc avec experiences et tra- 
vaux de laboratoire (3* trimestre). 

Bureau de la Society de psychologic. — Le bureau de la Socidte 
de Psychologie, en 1905, est ainsi compost : 

Presidents d'honneur: MM. Breal et Giard. 

President: M. Seglas. 

Vice-presidents: MM. Paulhan et Sollier. 

Secretaire general: M. Dumas. 

L’dtat mental de la prlncesse Louise. — Le 14 mars dernier avait 
eu lieu la derniere visite des experts charges par le marechalat de la 
Cor.r d’Autriche, d'etudier l’dtat mental de la princesse de Cobourg, 
MM. Mag nan et Gamier. Mais la mort de M. Gamier a necessity la 
nomination d'un nouvel expert, ce qui retardera la remise du rapport. 
C’est M. Dubuissori qui a 6te nornmd, et qui a prdte serment. II sem- 
ble bien que les conclusions negatives sur la question posee d alie¬ 
nation. ne seront pas modifiees. 

Socidtd de mddecine et de chirurgie de Bordeaux. — Prix Bar- 
the, de Saint-Emilion. — Suivant le desir exprirne par ie fondateur, 
ce prix, d'une valeur de 500 francs, pourra dtre ddeerne tous lesquatre 
ans, h partir de 1905, « soit a un bon mdmoire manuscrit ou imprime, 
soit a un bon livre, soit a une oeuvre quelconque de medecine, de chi¬ 
rurgie ou de physiologie ». 

Le litre de docteur en medecine n’est pas exige des candidats, mais 
ils doivent dtre Krangais et avoir leur domicile hobituel dans un des 
ressorts academiques ressorlissant a la Faculte de medecine de Bor¬ 
deaux (academies de Bordeaux, Poitiers et Limoges). Les membres de 
la Societe de medecine et de chirurgie peuvent prendre part au 
concours. 


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220 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


La Societe, sur le rapport da jury charge d’examiner les travaux, 
pourra donner le prix en entier, ou le diviser, ou ne donner qu'un en¬ 
couragement, ou mOme ne pas le decerner. 

Ne sont admis 6 concourir que les mdmoires, livres ou oeuvres quel- 
conques de medecine, de chirurgie ou de physiologie parus dans les 
quatre ann6es qui pr6cedeut la clOture du registre des inscriptions 
pour cheque concours. 

Les travaux manuscrits ou imprimis remis pour le concours du prix 
Barthe, de Saint-Emilion, ne sont pas rendus et restent deposes a la 
bibliotheque de la Society. 

Pour le concours de 1906, les travaux, accompagnes d’une lettre de 
candidature, doivent etre adress6s, franco de port , h M. Fr^che, secre¬ 
taire general de la Societe, 42, cours de Tourny, avant le 31 mars 1906. 

Meurtres commis par les ali6n6s. — Le 8 avril, k Beuthen, en 
Allemagne, un medecin, M. Geisler, a etd tu6 d’un coup de revolver 
par un aliene du nom de Erzibek. 

XV* CongrAs international de Mddecine (Llsbonne, 49-26 Avril 
4906). — Nous avons reQU le numero 4 du Bulletin official du 
XV• Congres international de Medecine. Les rapports annonc6s attei- 
gnent le chiflre de 188. En mOme temps, beaucoup de communications 
personnelles sont dej& annoncees. — Ce sont les principales matures 
que contient le Bulletin qui vient de paraitre; on doit y ajouter la liste 
compiementaire des Comites nutionaux constitues, la liste des dengues 
dej& annonces et celle des adhesions revues. 

Voici les renseigneinents coinplementaires concernant la section Y'll 
(neurologie, psychialrie et anthropologie criminelle) : 

RAPPORTS OFFICIELS 

Theme 3 — Rapporteur: Dr. Ladisl. Haskovec (Prague). 

Theme 5 — Rapporteur : Dr. Afranio Peixoto (Rio de Janeiro). 

Theme 9 — Rapporteur : Dr. Bethencourt Ferreira (Lisbonne). 

NOUVEAUX THAMES 

Theme 2 a — Traitement du tabes. 

Theme 2b — Sur la myeiite aigue et chronique. 

NOUVEAUX SUJETS RECOMMAND^S 

29. L'asile d’alien^s d’aujourd’hui et l’asile d’il y a un demi-si&cle. 

30. Les causes des alterations du fonctionnement intellectuel dans 
Tidiotie morale (folie morale). 

31. La detention cellulaire predispose-t-elle a la folie ? 

32. Organisation du service medical et scientifique dans les asiles. 

33. Pour les abends criminals faut-il donner la preference a un asile 
special ou a un quartier d’asile annexe a une prison ? 

COMMUNICATIONS 

1. Dr. A. E. Macdonald (New-York City) : Tenttreatment for the 
tuberculous and other classes of the insane. 

2. Dr. Hermann con Schrotter (Wien) : L6sions medullaires des sca- 
phandriers. 

3. Dr. Robert Sommer (Giessen): Criminalpsychologie und strafrecht* 
liche Psychopathologie auf naturwissenschaftlicher Grunlage. 

4. Dr. LuU de Freitas Vieyas (Porto) : (Donnera le titre plus tard). 

5. Prof. Nina Rodrigues (Bahia) : De la coexistence chez un mOme 
individu de la folie et la criminalite, au point de vue de l’assistance aux 
alienes dits criminels. 

6. Dr. Ladisl. Haskovec (Prague) : Legislation contrele mariage des 
degeneres. 

Le g&rant: A. Coueslant. 
CAHORS, IMPRIMERIE A. COUESLANT (V-31-05) 


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REVUE CRITIQUE 


HISREDITfi ET EDUCATION DANS LA GENESE 
DES MALADIES MENTALES 

Par les D rs 

Toulouse et Dam aye 

Midecin en chef Interne 

De I'Asile de Villejuif 


Sous Timpulsion de Morel, les alienistes ont au si&cle dernier 
fait jouer k rii4r4dite le role principal dans la genese des mala¬ 
dies mentales. Suivant en cela le courant de tous les patholo- 
gistes, ils attribuaient k cette force le pouvoir de creer, presque 
de toutes pieces, les troubles psychopathiques. (Test ainsi que, 
dans le champ limitrophe, Thdredite expliquait la production du 
rhumatisme, du cancer, de la tuberculose. 

Plus r^cemment, les recherches de microbiologie et celles 
poursuivies sur les infections et les intoxications externes et 
internes ont restitue aux causes extei ieures et individuelles une 
part — preponderate d’abord, puis moins capitale — dans la 
genese des maladies. 

On a ainsi 6te conduit a examiner de plus pres la question du 
terrain, qui d’une part portait la trace des tares des ascendants 
et d’autre part presentait des caracleres propres a chaque in- 
dividu, predisposant ce dernier a un certain ordre de maladies. 
Mais cette organisation individuelle est modifiable. Par l’hy- 
giene physique on 6vite bien des maladies et on peut m£me 
changer le terrain organique. Par Thygiene morale, il est tout 
aussi possible d’agir sur les tendances morbides et de les dd- 
river. Le probleme 6tiologique devient done plus complexe k me- 
sure que l’analyse porte sur un plus grand nombre de faits et 
qu’elle devient plus serrde. 

Pour en revenir aux maladies mentales, voici un individu 
qui nait de parents psychopathes. II est possible qu’il ait 
heritede certaines modifications du systeme nerveux, de cer- 
taiues tendances physiologiques qui le predisposeront k avoir 
des troubles nevropathiques. Mais s’il reste dans sa famille — 
ce qui est le cas le plus ordinaire — quelle est la part de Tin- 
fluence directe de ses ascendants ? II partage leur regime, qui 
peut £tre defectueux au point de vue physiqueet moral; il est le 
temoin de leursactes, il est porte a s’assimiler leurs idees et 
leurs manieres vicieuses de reagir. 

En outre il agit sur lui-m£me par ses idees, ses reflexions ; 

16 


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222 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


et cet autodidactisme auquel nul n’echappe aurait pu, autre- 
ment dirige, le modifier dans tel ou tel sens. 

Nous designerons par le terme Education toules lesinfluen¬ 
ces d’ordre physique et moral qui, pouvant £tre modifiees par 
l’individu ou ceux qui le dirigent, faconnent son organisation 
physique et mentale et par 14 s’opposent aux tendances lidredi- 
taires. 

L’inter£t de cette distinction n’echappera 4 personne. Car si 
l’on ne peut pas supprimer dans son origine une tendance don- 
nee par Fheredite, il est au contraire possible et assez souvent 
aise de modifier Forganisalion de Findividu pour que cette 
direction vicieuse ne se manifeste pas. 

En somme l’individu est un produit complexede Fheredite 
etdu milieu etnotamment de Feducation. Jusqu’4 ces derniers 
temps on a 6tudie les elements hereditaires de sa formation et 
aussi les elements des influences physiques exterieures; maison 
a peu recherche ce qui etait du aux facteurs, plus ou moins sou- 
mis 4 notre voloute, qui faconnent F£tre et lui donnent son 
veritable temperament physique et moral. Comme par un 
parti-pris m&me, chaque fois que les deux dldments etaient en 
presence, dans les cas de suicides familiaux par exemple, cer¬ 
tains ne voyaient que l’influence hereditaire, sans recherclier 
avec assez de soin Finfluence tout aussi evidente de Feducation 
morale. 

C’est cette question que nous allonssimplement poser dans cet 
article. 


I 

Cette question de pathologic mentale est au fond la m£me 
qui preoccupe les biologistes : dans les caracteres de l’individu, 
quelle part revient 4 Finfluence directe du milieu et quelle part 
k riier6dit6 seule ? 

C’est aujourd’hui chose bien connue en biologie que dans 
toute la serie des £tres vivants se constatent des variations 
morphologiques et physiologiques imposdes par le milieu. Ex- 
perimenta'ement, des plantes transportees de la plaine au 
sommet des monlagnes s’y sont acclimatees et out rev£tu un 
aspect different; des vegetaux cullives 4 l'abri de la lumiere 
modifient leur feuillage et leurs fonctions. 11 en est de m£me 
dans le regne animal ou les especes evoluent et se transfor- 
ment vraisemblablement sous l’influence des exigences du mi¬ 
lieu : ainsi s’atrophieraient des organes inactifs alors que d’au- 
tres se developpei aient en raison de leur lonctionnement. 

Le milieu — et par consequent Fdducation qui n’est que la 
mise en action d elements choisis du milieu — a une influence 


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HEREDITE ET EDUCATION 


223 


tout aussi dvidente sur les caracteres physiologiques. « Le mon- 
tagnard et l'individu de la plaine d’un m&me pays sont dissera- 
blables. L’impaludisme des pays marecageux, le rhumatisme 
des milieux liumides et surtout le goitre endemique decertaines 
valldes sont des facteurs d’in6galiteimportante. * » 

Dans une m£me population, les ouvriers et les bourgeois sont 
differentsanthropologiquement. Et c’est le regime de vie, dissem- 
blable dans ces deux classes quiles differencie; car il ne peut y 
avoir de v6ritables races d’ouvriers et de bourgeois. Ainsi d’apres 
M. Elie Sachnine 2 , voici la taille moyenne correspondant aux 
differentes professions. 


Classe privilegide, professions liberates. 1" 75 

Negotiants, clercs, boutiquiers. 1 72 

Ouvriers de campagne. 1 71 

Artisans de ville... 1 69 

Ouvriers de fabriques et usines, tailleurs. 1 67 


II y a done une difference de 8 centimetres entre l’ouvrier 
d’usine et le sujet appartenant aux classes aisees. De m£me le 
poids du corps est, d&s la pubertd et durant toute la vie inferieur 
chez les ouvriers. A vingt ans, un ouvrier pese, par metre de 
taille, 32 kilos et un individu de la classe riche, 36 kilos. 

II ne semble pas douteux que ces caracteres anthropologiques 
soient acquis par l’individu. 

Les caracteres anatomiques hereditaires d’une race peuvent 
done aisement changer sous l’influence du milieu et de l’educa- 
tion. 

Les caracteres psychologies sont encore moins stables ,* et 
Ton peut dire que lh, ce qui est h£rite, ce sont des tendances 
vagues auxquelles l’education donne une plasticity une forme 
personnelle. 

C’est ainsi qu’il faut comprendre la plupart des cas d’h£r6dite 
psychologique. S’il existe des families de mathematicians, comme 
les Bernouilli.denaturalistes, comme les Dar\vin,et d’astronomes, 
comme lesllerschel, c’est que l’education joue un role important 
dans la formation des jeunes cerveaux... L’heredite ne va pas 
jusqu’& faire reparaitre chez le fils Thabiletd professionnelle. 

« C’est ainsi que de Candolle a releve que, sur 100 associes de 
l’Acad6raie dem£decine de Paris, il y avait 14 fils de pasteurs 
pour 5 fils de medecins ou de pharmaciens, et sur 48 associes de 
la Society royale de Pai*is, 8 fils de pasteurs pour 4 fils de mede¬ 
cins. * 

Au point de vue professionnel et social, il n’est pas douteux 


1 Toulouse. — La Science et les Revendications populuires. Revue Rleue , 1894. 
3 Elie Sachnine. La journ^c de huit heures au point de vue de t hygiene. 


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2*24 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


que ^education est la grande force qui fagonne, corrige et modi- 
fie les tendances hdrddilaires. 

Deux freres, dont Tun devient militaire et l’autre ecclesiasti- 
que, prennent, apres avoir dte plies k des disciplines diffdrentes, 
des attitudes et des mentalites dissemblables. 

Les Etats-Unis d’Amerique constituent a cet egard un veri¬ 
table champ d'experiences. VoiI& un peuple fait de toutes les 
races de l’Europe, et cependant bien homogene par Tesprit 
d'initiative, le serieux de l’ouvrage, lmddpendance de pensee, 
Tintensite des affaires. II n’est un que par une chose, l’education 
qui passe dans le meme moule les individualites venues de 
partout. 

Les Japonais ont montre recemment qu’un peuple pouvait se 
transformer dans sa vie et sa civilisation sans que l’hereditd ait 
eu k fixtir les acquisitions. 

De m£me, le crime, qui s’observe surtout chez differents indi- 
vidusd'unem^me famille, a des conditions sociales plutot qu’he- 
rdditaires. 

De quelque facon qu’on envisage le probleme general, on se 
rend compte que Theredild est— surtout pour les phgnomenes 
psychologiques dont les conditions sont si complexes et dont 
certains aspects peuvent 6tre realises avec un grand norabre 
de combinaisons — une forme vague que le milieu et Teducation 
faronnent aisement. 

En pathologic la question ne se prdsente pas autrement. Les 
enfants de tuberculeux, transplants hors de leur milieu d’ori- 
gine, ne se montrent pas sensiblement plussusceptiblesa l’dgard 
de la tuberculose que les autres individus. 

D’ailleurs, la comme en psychblogie, l’heredite est une force 
vague & laquelle il faut ajouter d’autres influences pour obtenir 
des formes d<§termindes. 

Les sourds-muets engendrent le plus souvent des sujets qui 
peuvent avoir d’autres tares mais qui entendent bien. Nous 
avons fait des recherches sur les ascendants desepileptiques.Et 
nous n’y avons releve que 3 fois sur 100 seulement la presence 
de convulsions L 

L’liereditd n’est pas fatale, et la transmission de maladies simi- 
laires est m£me un fait plut6t exceptionnel. Le plus souvent, ce 
qui est lierite par le descendant, cost unecertaine tendance, une 
direction physiologique, qui peut iHre plus ou moins modifiee 
par d’autres influences agissant a pres la naissance. 

Partout la force de l’heredite est singulierement aidee par 
l’educalion. Dans les accidents arthritiques, par exemple, une 
part etiologique certainement importante revient au regime 
auqnel sont soumis les enfants. 

l Toulouse et Damaye. Valeur de 1 lieredite collaterale similaireen pathologic. 
C. R. Soc. dc Biologic , 1904. 


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HEREDITE ET EDUCATION 


225 


n 

Si nous examinons raaintenant la pathologie mentale, nous 
trouverons la confirmation de ces idees generates. 

II y a d'abord lieu de faire la critique de la maniere habi- 
tuelle dont les auteurs groupent et interpretent les faits. La 
plupart sont trop comprehensifs et retiennent comrae antece¬ 
dents her&litaires des v<§saniques tous les accidents plus ou 
moins vaguement nevropathiques, irritabilite, nervosisme im- 
precis, ainsi que toutes les maladies proprement nerveuses et 
m&me diathesiques. A ce comple, on arrive k une proportion 
d’antdcedents dits hereditaires qui est reellerncnt imposante. 
Ce procedd est critiquable ; car on ne voit plus ties bien ce 
qu’il peut prouver, sinon qu’un etat morbide chez I’ascendant 
risque de causer un autre etat morbide chez le descendant. 

Avec ce systeme, fopinion du cbercheur peut aisement se 
confirmer. Et s’il est partisan — ce qui arrive le plus souvent — 
de 1‘importance de felement etiologique hcrdditaire, il sera 
entrain^ jkretenir comme preuvestous les casou quelquessignes 
d’une dmotivite plus ou moins anormale luiserontsignaleschez 
des ascendants. 

Et puis ou s’arretera-t-on dans l’examen des parents ? Aux 
ascendants, et de quel degre? Aux collat^raux, et de quels 
degres ? Qui ne voit que si la limite de l*enqu£te est plus ou 
moins eloignde, les cas sont plus ou moins nombreux et par- 
tant doivent donner plus ou moins de faits positifs. Toutes ces 
critiques out ete faites pai* fun de nous { qui a etabli les regies 
auxquelles devait satisfaire une statistique dtiologique pour 
avoir quelque signification. 

Mais il y a pis. II nous manque la famille normale pour lui 
comparer la famille du vesanique. Les recherclies de MM. Ball 
et Regis 2 ont essaye d’apporter quelque lumiere dans cette 
question ; mais on peut leur faire les m£mes critiques au sujet 
de fetablissement des recherclies. Alors, quand bien m^me on 
releverait un nombre 61ev6 d’antecedents morbides dans les 
families vesaniques, il ne serait pas pour cela possible de con- 
clure que cette proportion est reellement anormale etde quelle 
quantity elle Test. 

Mais admettons comme fondee fimpression qui parait se 
degager de fexamen des faits et dapres laquelle il v aurait un 
plus grand nombre de psvchopathes dans les families des vesani- 
ques.Ilresterait&demontrerquelle part r6elle revientA fher^dite 

1 Toulouse, Statistique du department de la Seine. 

- Ball et Regis, La famille des alienes au point de vue biologiquc. Enceohale 
1883, 431. 


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226 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


et quelle part revient k ^education, a rimitation. Or, cette dis¬ 
tinction n’a guere prdoccupe jusqu’i ce jour les obsenateurs. 
Pour la plupart, deux cas de troubles psychopathiques surve- 
nant chez un ascendant et un descendant sont dviderament unis 
par un lien herdditaire. Or, c’est prdcisdment ce qu’il faut dd- 
monlrer. 

Les faits les plus saisissants dans cet ordre d'iddes sont les 
folies gdmellaires. 

A lire les observations, on se rend compte qu’elles sont enjo- 
livdes par les auteurs et que l'dldment imitation a etd insuffi- 
samment mis en lumiere L On peut reproduire cette dernidre 
critique au sujet de la folie suicide. Ainsi, les quatre hommes 
observds par Maccabruni s’etaient tuds en se tirant un coup de 
pistolet et avec le mdme pislolet. De mdme un individu, dge de 
35 ans, se coupe la gorge avec un rasoir dans un bain; il laisse 
trois enfants: deux fils qui se tuent au mdme kge et de la 
mdme maniere; une fille qui, k 34 ans, se detruit aussi en se 
coupant la gorge dans unbain; cette derniere seule a un fils 
qui, aprds deux tentatues ddfectueuses, se tue k 31 ans par un 
procedd identique (Hammond) 2 . 

Les cas d’obsessions observds dans les mdmes families prd- 
tent k des remarques analogues. Telles celles rapportees par 
M. Magnan 3 . II a constate la recherche angoissante du mal 
dans toute une famille et il rappelle Fhistoire d’un perverti 
sexuel pousse k voler des rubans rouges. Dans un autre tra¬ 
vail, le mdme auteur dit avoir observd la manie du discours 
nocturne chez un pere et sa fille, la manie des achats dans trois 
gdndrations, des iddes de marche et des rires involontaires chez 
la mere et la fille. Toutes les observations que l’auteur presente 
pour prouver rhdreditd des « phdnomenes dpisodiques » des 
ddgenerds pourraient avec tout autant de vraisemblance servir 
k dtayerle role de Limitation mentale. 

La plupart des cas de ddlires de persecution donnds comine 
hereditaires rentrent dans le cadre des delires communiqufes; 
nous y reviendrons plus loin. 

Pour l’alcooiisme, les mdmes critiques sont fondees. <r M. 
Bouchereau se demandait avec raison si, dans les cas d’hdre- 
dite alcoolique similaire, les individus n’ont pas ete bien sou- 
vent habitues tout jeunes k boire, surtout dans le cas oil Ton 
rencontre chez eux le gout pour la mdme boisson que celle 


1 Toulouse, Les causes de la folie, 21. 

2 Toulouse, Les causes dc la folie , 20. 

5 Magnan, Ann. med. psychol. 1886, IV, p. 277. 


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HEREDITE ET EDUCATION 


227 


aimee par leurs parents, ce qui semblerait faire croire qu’il 
s’agit d’une Education spEciale 1 

Cette question doit se poser avec plus de force k propos des 
faits oil les auteurs ont signale FhErEditE du gout pour une 
boisson alcoolique determinee. 

Ces reflexiotis pourraient Etre justement rEpEtEes k propos 
de la plupart des cas de psychopathies donnes comme hErE- 
ditaires. 

Ce qui frappe encore dans l'examen de ces faits, c’est qu’ii 
semble que dans les troubles psychopathiques familiaux, ce 
sont les delires sans base anatomique qui sont le plus souvent 
observes 2 . Les.EmotivitEs morbides, les obsessions, les impul¬ 
sions, les delires plus ou moins systematises sont beaucoup plus 
frequents que la paralysie generale par exemple, qui, d’apres 
plusieurs d'alienistes, serait rarement hErEditaire. Cela n’est-il 
pas suggestif et ne donne-t-ii pas k supposer que les delires, 
qui se communiquent assez facilement chez les non-parents, ne 
sont frequents dans les families qu'k cause de leur facility de 
transmission parFexemple. De mEme dans les nevroses, l'Epi- 
lepsie est peu hErEditaire, ainsi que nous Favons Elabli. Au 
contraire FhystErie Test beaucoup plus, d’apres Briquet qui 
disait : «La moilie des meres hystEriques donnent naissance k 
des hystEriques 3 ». Or FhystErie se communique facilement 
d’un sujet k un autre, tandis qu’ii li’en est pas de meme de 
l'Epilepsie. 

* 

♦ * 

C’est la premiere education qui donne k Findividu ses idees 
et les modes de ses sentiments. La maniere de reagir aux Emo¬ 
tions se communique ainsi des ascendants aux descendants. 
Ainsi des habitudes vicieuses s'implantent chez le nouvel 
Etre, qui devient par imitation peureux et porte aux phobies. 
Dans la sphere du raisonnement, Finfluence Educative n’est pas 
moins grande. Et le fils sera souvent comme ses ascendants, 
raisonneur et paradoxal, poussE aux interprEtations dEli- 
rantes. 

L’Education rEsume doncen elle lout un ensemble d’influences 
qui ont pour but d’orienter les aptitudes d’unindividu de facon k 
imprimer peu k peu k celui-ci certains caracteres dEterminEs. 

Aussi la premiere Education est menlionnEe dans beaucoup 
d’auteurs comme agent causal de la folie. Morel lui assignait une 
place importante et mettait en relief quelques-uns des mEfaits 

* Toulouse. Lea Causes de fa folie. 27. 

9 Consulter Fer6. La famille nfvropathique. 

3 Briquet. Traite clinique et thcrapeutique dc lepilcpsie. 1859, 82. 


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228 


REVUE DE PSYCIIIATRIE 


qui lui sont impulables. Apres Morel, Dally 1 est, parmi les psy- 
chiatres, un de ceux qui ont le plus insistd sur son role etiologi- 
que. Cet auteur, s’appuyant sur un certain nombre de cas obser¬ 
ves par lui, attire [’attention sur l’influence de la premiere 
Education par rapport ii letat mental ulterieur; il.met en cause 
les premiers enseignements, les premiers raisonnements, les 
premieres lectures et la tendance k limitation si developpde 
chez l’enfant. II n’hdsite pas a placer cette influence de l’edu- 
cation premiere a cote des intoxications et des auto-intoxications. 

Toute Teducation concourt k former ce qu'on appelle le ca¬ 
ractere, qui est la maniere personnelle de rdagir a regard du 
milieu exterieur, de diriger ses idees et ses emotions. Le 
caractere vicieux est le plus souvent acquis et provient de mau- 
vaises tendances encourages ou insufflsamment refrendes par 
l’entourage. 

Ball 2 avait remarqud que, tout au moins dans les delires 
partiels, la folie du malade n’est que l’hypertrophie de son 
caractere normal. II y a, en eflet, tous les degres dans un ddlire 
et chacun sait s’il est parfois malaise d’etablir une demarcation 
entre la raison et la folie. « Les nombreuses formes de desor- 
dre mental que nous observons autour de nous, dit Dally 3 , dans 
la vie privee, dans la vie professionnelle, dans la vie publique, 
dans les asiles d'alidnes, se relient les unes aux autres par des 
transitions qu’il est parfois facile de constater. La tristesse 
devient mdlancolie et stupeur, la colere devient maniaque, la 
jalousie monomanie, l’ivresse alcoolique touche ^’hallucination 
et ci la demence, selon ses periodes ». Le delire nous apparait 
ainsi, dans nombre de cas, comme l’exageration de l’etat men¬ 
tal normal. I)es lors, on comprend que le milieu et l’education 
soient capables d’exalter certaines parties de la mentalite et de 
constituer par ce moyen le delire. 

L’education s’appuie en grande partie sur l’autorile ; et en 
general un sujet s*y soumet d’autant mieux qu’il reconnait une 
superiorite plus grande en ses educateurs. C’est ainsi que les de¬ 
lires k deux sont frequemment observes entre un enfant et Tun 
ou 1’autre de ses parents qui reussit dans nombre de cas a lui 
faire parlager ses interpretations erronees et mdme ses hallu¬ 
cinations. 

D’ordinaire c'est le plus intelligent qui insinue peu a peu son 
delire. Les iddes delirantes ont d’autant plus de force pour etre 
acceptdes qu’elles sont plus cohdrentes et plus plausibles : les 


1 Dally. Influence de la premiere education dans revolution des dtSsordres 
mentaux. Communic. a la Sue. medico-psyc/iol. 'JS juin 1818. 

- Ball. Lemons sur les maladies mentales. Paris, 18U0. 

3 Dally, op. cit. 


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HEREDITE ET EDUCATION 


229 


raisonnants sont ceux qui convertissent le plus facilement leur 
entourage; les propos insenses ou incoherents (Pun maniaqlie 
ou d’un dement de m&me que les inepties d’un paralylique ge¬ 
neral ont pen de chances de fa ire des adeptes, Nous citerons ici 
deux observations publiees par MM. Guiard et de Cl4ram- 
bault ' et concernant, la premiere une femme atteinte de psy- 
chose k base d’interprdtations delirantes communique k son 
flls qui etait son seul confident et qui avait constamment v6cu 
avec elle, la seconde ayant trait k trois soeurs desequilibrees 
mais dout les actes extravagants 6taient accomplis sous Pin- 
fluence de la plus intelligente. 

Voici une observation dans laquelle l'dtat mental et les habi¬ 
tudes des parents ont eu vraisemblablement une grande part 
dans la constitution des id4es delirantes de leur enfant : 

M ,ie L..., demoiselle de magasin, ag6e de 32 ans et demi, ost fille 
d'un pere intelligent et sobre, mais qui s'est suicide par pendaison a 
l'age de 69 ans. La mere, agde de 72 ans et deux soeurs, 45 et 36 ans, 
sont bien portantes physiquement. Deux freres, 38 et 45 ans, ce dernier 
atteint, nousdit-on, d’une «alTection paralylique d'origine medullaire ». 
Notre malade a frdquonte Pecole de six a quinze ans ; elle dtait rebelle au 
calcul, mais pour tout le reste apprenait tres facilement. Comine mala¬ 
dies anterieures, enterite a Page de huit ans qui laissa a sa suite, nous 
a-t-on dit, une « par^sie des membres infbrieurs, laquelle persista en¬ 
viron trois mois. » Reglee a quatorze ans; toujours bien reglee. A 
seize ans, elle doit renoncer au metier de modiste parce qu’elle a de 
Phyperhydrose palmaire. Dormaiten moyenne huit heures par nuit ; pas 
de surmenage. A eu ses premiers rapports sexuels dix-neuf ans, mais 
son excitation etait toute cerebrale et il y avait frigidite genitale abso- 
lue. Leplaisir dans les rapports sexuels ne coinriienga que vers Page de 
28 ans. La maladie mentale a d^bute par de la melancolie et de la 
misogynie. Mile L... pretendait que les femmes £taient cause de son 
malheur et se plaignait de vivre seule, sans amour, pr&s de sa m6re 
agee; elle ajoutait qu’on no la laissait pas libre de vivre normnlement 
conime les autres jeunes filles. La malade etait alors ag£e de 22 ans; 
elle venait d'etre tres contraries par Pabandon d'un amantqui lui avait 
fait toutes sortes de promesses. Les idees delirantes persisterent ainsi 
jusqu'a Page de 29 ans. A cette bpoque, Milo L... se r£veilla une nuit et 
crut voir son beau-fr&re, qui etait mort, appuraitre et lui causer; elle 
se mit en pri&res et pleura jusqu'au matin. Actuellement, cette malade 
se croit chargee d une mission par un esprit celeste, mission qui consiste 
a connailre a le caractere, la vie en general, la vie privee de l’homme, 
tout ce qui peut le concerner sous tous les rapports. » Elio nous raconte 
qu’il y a trois ans elle vit PEnfant-Jesus lui apparaitre, la tete entouree 
d’une aureole de luuiiere.Cette vision dura deux minutes et s’evanouit. 
Mile L... fut frappee de la nettete de cette apparition et pense que cest 
Pesprit celeste qui la charges desa mission qui s’est ainsi manifestoes 
elle. Elle craint d’avoir un jour oul’autre une envie irresistible de se sui- 
cideret dit avoir eudeja la tentation de tuer quelqu’un. Comme sympto- 
mes physiques anormaux, cette malade ne presente qu’une exageration 


1 Contribution l etudc dc la folie comuiuniquee ct siiuultanec. Archives de 
neurolog. Octobre et novembre 1902. 


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230 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


assez marquee des reflexes tendineux ; elle n’a aucune asymetrie, au- 
cune malformation. 

Nous avons caus6, & plusieurs reprises, avec la mere et une des 
sceurs de Mile L... qui habitent ensemble. Elies nous ont appris que 
notre rnalade a etd en classe autrefois uniquement dans des ecoles pro- 
testantes. Toutes deux pensent que leur parente est « dans les grilles 
du mauvais esprit ». « Vous devriez voir, nous disent-elles, que ce n’est 
pas une malade comme les autres et qu’il y a certainement quelque 
manvais sort jetd sur elle, quelque mauvais esprit qui s’est empare 
d’elle ». La soeur ojoute qu elle nous donne ce renseignement de la 
possession pour nous aider a cornprendre ce probleme qu’elle et sa 
mkre voudraient 6claircir. Toutes deux protestent vivement lorsqu’on 
leur demande si la malade n’a pas eu une education religieuse exage- 
ree: « Comme nous, repondeut-elles, pas plus que nous ! » Ces deux 
personnes revinrent nous voir de temps a autre, toujours persuadees 
que notre malade est possedee par un mauvais esprit et une preuve de 
cela, ajoutenl-elles, c’est qu’ello ne peut plus prier, cet esprit Ten em- 
p6che. Par l’interrogalion, on se rend compte que la m£re a toujours 
eu ce mysticisme et a £levd ses filles dans ces iddes. 

Une des derni&res visiles qu’elles nous firent avait pour objet de 
nous demander de d^livrer leur parente du mauvais esprit, car alors, 
« elle serait tout a fait comme une autre ». Elies parlent de la sou- 
mettre a un pretre catholique ou a un ministre protestant, a celui des 
deux qui aurait le plus d’autorite sur elle. La mere lious dit qu’elle et 
sa fille sont protestantes convaincues, mais que notre malade fr£quen- 
tait & la fois les eglises catholiques et protestantes; pendant qu’elle 
nous cause, sa physionomie et ses gestes deviennent parfois extatiques. 
La soeur approuve ce que dit sa mere, mais semble cependant moins 
persuadee qu’elle qu’une force surnaturelle est en jeu. 

Cette observation nous montre l’infiuence d’un milieu anor- 
mal. Cette influence familiale mystique, exercee par la mere, a 
insinue peu 4 peu et d’une facon continue dans 1’esprit des en- 
lants les idees absurdes et n'a certainement pas peu conlribue 
4 la constitution du d61ire de celle qui est notre malade. 

On peut rapprocher de notre observation celle de Kreuser 1 
cas ayant trait 4 une jeune fille de dix-liuit ans qui fut atteinte 
de melancolie religieuse avec obsessions et hallucinations : elle 
passait les jours et les nuits en prieres et decidait ses parents 
4 prier avec elle. Au bout de quelque temps, les parents, les fre- 
res et soeurs furent atteints du m£me d61ire, et on dut les con- 
duire dans un hdpital ou ils gu6rirent successivement. Les ob¬ 
servations de ce genre sont nombreuses et nous n’y insistons 
pas. 

Les cas, dans lesquels Tetat mental d’unaliene n’est que l’exa- 
g6ration de celui du milieu familial oil il vivait,sont nombreux; 
malheureusement, pour les 6tudier on doit presque toujours se 
contenter de I’interrogatoire des parents qui est ordinairement 
born6 par les reticences et le manque de sincerity de ces der- 


1 Med. Record, n # 1, page 188*1887. 


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HEREDITE ET EDUCATION 


231 


niers. Les documents que nous avons ainsi recueillis manquent, 
pour ces raisons, de precision et de details mais sont n^anmoins 
de nature^ nous fortifier dans Topinion que nous defendons ici; 
en voici encore un autre exemple : 

Mile F..., ag($e de 35 ans, couturiere, est trait^e & l’asile de Villejuif 
pour debilite mentale avec epilepsie convulsive. File a de frdquentes 
periodes d’excitation au point qu’on doit la laisser constamment dans 
un quartier d’isolement. Cette malade n’a ni hallucinations, ni interpre¬ 
tations deiirantes, mais elle ne cesse dans ses recriminations nelte- 
ment morbides. Grosstere et violente, elle s’emporte facilement et 
frappe alors le personnel et les autres malades ou casse les objets qui 
peuvent lui tomber sous la main. Lorsque ses parents viennent la vi¬ 
siter, c’est alors tr£s sou vent un concert d’accusations contre le per¬ 
sonnel et les r&glements. Nous avons ainsi, de temps a autre, la visite 
du pere et de la mere de Mile F..., qui viennent presenter leurs re¬ 
clamations. 

Ceux-ci ne considerent comme pathologique chez leur fille que les 
crises convulsives et les vertiges qu’elle a de temps en temps; sa men¬ 
tality leur semble absolument normale et ils ne peuvent comprendre 
inline qu’on la suspecte. Ils ajoutent entterement foi a tout ce que dit 
leur fllle et memo ils pensent qu’elle attenue et qu’elle ne leur raconte 
pas tout ce qu’on lui fait endurer de crainte qu’on ne se venge d’elle 
ensuile. Eux aussi formulent les accusations les plus absurdes contre 
le personnel. La mfcre s'exalte, pleure et menace; le pere est plus 
calme et apaise mGme un peu sa femme tout en approuvant ses recri¬ 
minations et sa manure de voir. Ces deux personnes n’avouent rien 
d’anormal dans leur heredite ni dans leurs antecedents respectifs. Le 
fait curieux ici est cette cominunaute d’idees fausses et soupQonneuses, 
ce fonds de r6volte, qui existent chez deux individus, mari et femme, 
issus de souches dilTdrentes : les memes iddes se sont implantees et 
developpees dans le cerveau de leur enfant. 

Jusqu'ici les conditions h^reditaires sont plus ou moins liees 
aux conditions de contagion, puisque nous considerions surtout 
des individus du m£me sang. Mais lorsque nous observons les 
memes faits chez deux epoux ou deux etrangers cohabitant, la 
question se simplifie et les deux autres cas en sont eclair^s. Le 
facteur des troubles mentaux est bien alors se fagonnage, cette 
Education, que la vie en commun exprime k tout individu. 
L’6preuve curative de Tisolement confirme cette explication. 
Entre cent exemples publiees, citons celui de Ball: un cas de 
d^lire de persecution avec hallucinations provoque chez un 
homme par la suggestion rdp6tee de sa femme primitivement at- 
teinte k l*4poque de la menopause. Entrd a Sainte-Anne, cet 
homme gudrit au bout de quelques jours ; une premiere visite de 
sa femme fit reapparaitre le delire. Chez la femme il y avait de 
l’h^reditd morbide ; la gdnealogie du mari etait absolument in- 
derane L 

1 Ball. Lee . sur les maladies mcntales, pages 535 et suiv. 


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232 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


La famille qui est le principal milieu responsable des ano¬ 
malies mentales d’un sujet, n’est done pas le seul. L'indivi- 
du le quitte pour frequenter le college ou lecole et sou vent les 
influences des deux milieux sont contemporaines et se combi- 
nent. L’ecole et le college influent en bien ou en nial par les 
exemples qui sont, la plupart du temps, ceux des condisciples ; 
quant & ceux des maitres et a leurs prdeeptes, ils out souvent 
une autorite £gale k ceux du pere et de la mere. 

L’internat est un foyer puissant de contagion mentale ; car 
l'enfant, isole d’avec le monde exterieur s'y trouve face k face 
avec ceux qui lui imposent des idees et ceux qui le conseillent : 
ce sont la des conditions merveilleuses pour la suggestion. 

L’expdrience nous montre la facilite avec Iaquelle les mau- 
vais instincts, notamment dans la sphere sexuelle, s'y transmet- 
tent et servent ainsi de base au devoiement mental : l’iuternat 
n’est generalement pas salutaire aux enfants tares ou nevro- 
pathes. 

Sur rinfluence du service militaire, nous n'avons que peu de 
choses k dire, car ceux qu’il enrole sont deji des liommes et sa 
duree n’est pas assez longue pour modifier d’une facon notable 
la rectitude de leur esprit. Toutefois, il peut £tre cause occa- 
sionnelle pour certains troubles mentaux jusqu’alors imprevus. 
La dipsomanie, par exemple, peut s’y reveler cliez un sujet k 
l’occasion d’entrainement a l’intemperance durant la vie regi- 
mentaire. Nous laissons de cote, bien entendu, Je surmenage et 
les autres actions physiques; mois nous ajouterons que tous les 
symptomes morbides de l'ordre mental s'y propagent facilement, 
comme en toute collectivite, chez certains individus. Tdmoins 
encore les epid&nies de suicide ; et Ton peut citer ici le fait de 
trois suicides par des moyens identiques survenus, il y a quel- 
ques annees, dans un regiment du Nord, en l’e space de neuf 
mois, et imputables k la severite excessive et irraisonn^e d’un 
officier supdrieur. 

On connait depuis longtemps l'influence exercee sur la forme 
des delires par le milieu social et professionne). 

Ainsi, le paysan ne d41ire pas comme l'homme du monde, 
l’illettre comme le savant. Celui qui lut elevd dans la croyance 
aux diabies et aux revenants leur donne une large part dans 
ses conceptions ddlirantes et ses hallucinations. L’homme, 
d’affaires se voit frustre, en butte k des vols et & des poursuites 
judiciaires. L’industriel parle d’entrepriscs et de marches 
Au Moyen-Age, dit Moreau de Tours, le delire rev£t la forme 
religieuse; k une autre epoque, alors que l’Europe etait en 
armes, les alienes ne sont plus qu’empereurs, rois, generaux ; 


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HEREDITE ET ^DUCATIOM 


233 


sous la Restauration, les ddlirants nevoientque soci6t6s se¬ 
cretes, police. 

Somme toute, Faliend delire avec les notions qu’il possede, 
mais si le monde exterieur intervient pour modeler ces iddes 
dyiirantes, ne serait-il point capable aussi de les engendrer, 
dans une certain© mesure ? 

Dans le milieu social, la contagion mentale s’exerce dans des 
conditions que MM. Yigouroux et Juquelier * ont bien etudides. 
Analysant la reproduction par un sujet des manifestations de 
l’activitd psychique d'un autre sujet, ils y font intervenir trois 
mecanismes principaux : la suggestion, l’imitation etla conta¬ 
gion Dans lagenese d’un delire, ces diffdrents facteursrautoritd, 
suggestion, imitation et contagion, au moyen desquels se 
constitue Peducation, se combinent generalement et se patent 
leur mutuel concours. II est le plus souvent malaisd de faire 
leurs parts respectives; mais, suivant les cas et suivantles indi- 
vidus, l analyse du trouble mental et letude de son dvolution 
pennettent dans beaucoup de faits cliniques de reconnaitre la 
predominance de l'un ou de l’autre. La lenteur, la continuity, la 
logique apparente sont les circonstances qui favorisent leur 
action et grace auxquelles l’infection psychique se repand et 
s’implante dans 1’esprit jusqu’alors considere comme normal. 

L’individu peut etre suggestionne par lui-myme ou par au- 
trui, et cela de bien des manieres. En pathologic nerveuse, il 
est un fait aujourd’hui constate, raggravation considerable des 
nevroses, en parliculier de I’hysterie, sousrinfluenced'examens 
medicaux trop souvent repetes et du coutact trop frequent des 
nevrosds entre eux. L’hysterie a pu, de cette la^on, £tre par- 
fois, on pourrait dire, presque creee de toutes pieces. Nous 
n’avons point a nous arreter ici sur les elats d’hypnose dans 
lesquels la suggestion revet un caractere trop aveugle, trop 
automatique pour £tre durable. 

La neurasthenic est le plus souvent, comme Lhysterie, ce 
que M. Toulouse appelle une maladie artijlcielle, oil les trou¬ 
bles nerveux sont en quelques sorte cultives par le sujet et par- 
fois par le medecin : 

a Toujours rhomme a eprouve, au cours de son activity la- 
borieuse et m£me dans la vie la plus oisive, — par suite du 
simple jeu physiologique de ses organes, — des sensations plus 
ou moins douloureuses en des points varies du corps, des lassi¬ 
tudes, desgynes, des anxietes. II arrived chacun par exemple 
d’etre brusquement saisi par de vifs elancements dans la t<He, 
dans la region du foie, dans une articulation. Parfois la dou- 

1 Yigouroux et Juquelier, La Contagion mentale, Bibliotliequc dc psychologic 
cxperimentule. 


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234 


REVUE DE PSYCHIATR1E 


leur gene les mouvements de la respiration et l’on ne peut di- 
later pleinement son thorax ; d’autres fois c’est au coeur que 
Ton ressent une impression de piqure, de brulure. L'individu en 
etat d’dquilibre ne s’est jamais autrement inquidtd de ces ma¬ 
laises, qu’il sait par experience devoir se dissiper aussi brus- 
quement qu’ils sont venus et sans plus de motifs. 

» Mais si ces sensations revenant un peu plus frdquemment, 
le sujet y prdte attention et qu'il connaisse plus ou moins va- 
guement des maladies dont les symptomes ont quelque analogie 
avec ce qu’il dprouve, oh ! alors, il est en danger de se fabriquer 
une rdelle affection. Le medecin y aidera d ailleurs inconsciem- 
ment. 

»II s’est trouvd que dans ces derniers temps quelques vdritables 
surmends ont p&ti d’un ensemble de troubles nerveux tenaces et 
rdellement en rapport avec l’usure nerveuse. Une sensation de 
fatigue excessive et continue, une inaptitude & Leffort, i'insom- 
nie, une vive irritabilite des sens, des douleurs fixes s’instal- 
laient & demeure cliez le patient. Les medecins quiles obser- 
verent les rdunirent en elements d’une maladiebien definie et — 
ceci fut gros de consequences — leur donnerent des denomi¬ 
nations precises. C’est l’histoire de la neurasthenie. 

> A ce moment, la construction estfaite; et Timage et les 
mots — les mots surtout — de la maladie nouvelle flottent 
dans tous les esprits. Les plus impressionnables sont & Taffut de 
leurs sensations. La g£ne cdphalique devient le « casque » neu- 
rasthenique, les points douloureux prennent une consistance 
plus grande quand ils sont traduits par l’expression de « to- 
poalgie », les parties dont les attoucliements provoquent une 
certaine irritabilite se transforment en « zones bystdrogenes >. 
Toutes ces sensations, qui sont en rapport avec les mille petits 
incidents de la vie de nos organes et dont on ne peut dire avec 
exactitude ce qu’elles signifient, — mouvements un peu plus 
brusques de la circulation, dynaraie plus intense de Tinnerva- 
tion, dchanges chimiques plus actifs dans Tintimite des tissus, 
— tout cela prend corps et subit Torganisation de notre pensde 
qui veut ajouter de l’ordre et du systeme partout, mdme dans 
les pli6nomenes oil il y ena le moins. C’est alors une maladie 
artificielle, fabriqude par le raisonnement plus ou moins cons- 
cient du sujet. Etcommedans celte matiere docile la sensation 
est presque tout, il ne faut pas longtemps pour que, chez cer¬ 
tains individus, le tableau des symptomes soit parachevd. Cha- 
que jour, quelque rumination du malade complete le dessin, 
ajoutant ici et 1& une hachure ; et bientot l’image de la maladie 
ressemble aux exemples des livres, plus ou moins ddfigurds par 
les elaborations populaires 


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HEREDITE ET EDUCATION 


235 


» Ce que je voudrais bien expliquer, c’est que toutes ces ma¬ 
ladies, oil les sensations et quelques reactions ddsordonnees 
constituent les plus clairs des symptdmes, sont le plus souvent 
des creations de notre esprit. Les medecins ont trop cede au 
desir d’arrdter quelques lignes flottantes de malaises 1 dels et 
d'en faire des constructions precises qui deyiennent, pour cer¬ 
tains esprits, des modeles attirants ». 

L’enfant, en particulier est imitateur et nous savons tous 
avec quelle facilite il s'inspire des exemples bons ou mauvais 
qu’on lui met sous les yeux. Le role de rimitation dans la for¬ 
mation du delire apparait quelquefois avecune grande nettetd: 
telle est cette observation rapportde par MM. Vurpas et Em. 
Duprat 1 etavant traits une maladequi fut atteinted’idees mys¬ 
tiques et de persecution apres lecture de la vie d'une Sainte 
qu’elle youlut alors imiter. 

La contagion est d'aprds la definition de Vigouroux et Juque- 
lier, la transmission inconsciente des dtats psychiques, ndvro- 
pathiques. Dans cet ordre d'iddes on a souvent cite les dpidd- 
mies choreiques ou convulsives ainsi que les guerisons de 
troubles nerveux ou mentaax dans les lieux reputes et frequen- 
tds h cet effet. Marandon de Montyel 2 a pu rdunir 55 cas dans 
lesquels, sans con teste, il y a eu communication de la folie d’un 
alidne a des sains desprit. Marandon pense que la contagion 
des folies generates serait beaucoup plus rapide que celle des 
delires partiels. Il y aurait, selon lui, deux conditions principa- 
les pour cet acte morbide : 1‘impressionnabilitd et le contact 
continu d’un delirant; la femme serait plus souvent que l’hom- 
me victime de la contagion mentale. Le mdme auteur insiste sur 
la ndcessitd de Tinfluence directe du ddlirant pour communiquer 
son ddlire et il cile un cas ddmonstratif, celui de la famille Lo- 
chin dans laquelle la contagion atteignit, & deux reprises, les 
membres qui vivaient ensemble en dpargnant celui qui dtait & 
l’armee, bien qu’il ait etd, ces deux fois, renseignd par lettres et 
journaux sur tous les symptdmes de la folie qui s’etait emparde 
de son pere, de sa mere, de ses deux freres et de sa sceur. 

Mais nous ne pouvons insister davantage sur cette question 
des delires communiques, de !a suggestion et de l’hypnose, dont 
riiistoire a etd souvent faite et qui ne touche que par un cdtd 
a notre sujet. 

* 

* * 

Nous avons yu que dans les faits de troubles psychopathiques 
familiaux, les influences du milieu et notarament Texemple, 
Teducation dtaient des elements etiologiques le plus souvent 
associds. 

1 Du r6le do l imitation dons lu formation d'un delire. Annales mM. psy - 
chologiques. Mai—Juin 1904. 

2 Des conditions de la contagion mentale morbide. Annales mtd. psychol 
1594 . 


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236 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Cette analyse des conditions etiologiques n'est d’ordinaire 
pas tent6e dans Texamen des observations si bien qu’on est 
port£ k attribuer a rher6dit6 seule ce qui ne lui appartient pas 
en propre. 

Nousavons indiqu6 d’autre part,que ces m^mes influences ex- 
t6rieures se font sentir dans des conditions autres que les cir- 
constances her6ditaires, dans le mariage et les autres milieux 
sociaux qui fa^onnent et Muquent les individus et que par con¬ 
sequent elles devaient avoir ici corame li un role etiologique 
certain. 

La th4rapeutique morale montre, par une autre voie, le bien 
londe de cette opinion. L’isolement des deiirants multiples les 
gu6rit souvent. 

De mauvaises directions de pensee et de reactions emotion- 
nelles sont combattues victorieusement par le raisonnement et 
la reeducation. Les travaux de Bernheim et de Dubois (de 
Berne), sont demonstrates k cet egard. 

L'education a d’ailleurs une prophylaxie plus 6tendue qu’il ne 
semble. C’est ainsi que Ball et Chainbard 1 avaient remarque que 
Intelligence r6sistait d’autant mieux k Taffaiblissement qu’elle 
est plus 6duqu6e, plus cultivee. N’est-ce pas aussi Teducation 
qui am61iore les intelligences congenitalement inf4rieures?M£me 
dans les maladies organiques il y a des exemplesqui t6moignent 
de la puissance de T4ducation. DansThemiplegie cer^braleinfan- 
tile, lorsque la lesion a interesse les centres du langage articule, 
il n‘est point rare de voir Tenfant r£cup6rer en un temps relati- 
vement court cette iraportante fonction, gr&ce aux suppleances 
qui s’elablissent alors en d’autres circonvolutions. Sous in¬ 
fluence de Texercice et de la reeducation on voit des paralysies 
et des contractures organiques, des ataxies s'att6nuer parfois 
d’une fa^on remarquable et cela d'autant mieux que le terrain 
est meilleur, c*est-&-dire que l’organisme est plus jeune et la 
lesion moins profonde. 

Nous n'insisterons pas sur ces faits pour ne pas allonger 
cette revue critique. 

En definitive nous n'avonseu que intention de poser ce pro- 
bleme qui doit solliciter l’attention des psychiatres, a cause de son 
importance theorique et pratique et qui peut se formuler ainsi : 
une education defectueuse est pourbeaucoup dans T4closion des 
troubles mentaux dits hereditaires ; une education mieux ap¬ 
propriate peut s'opposer a leur developpement. Quoi qu’il en 
soit, il nous a paru utile de montrer que dans letiologie des 
troubles mentaux, l’hdredite avait 6te presentee trop exclusive- 
ment comme le facteur principal et presque unique, alors que 
dans la complexity des faits il fallait faire une part, pr^ponde- 
rante dans beaucoup decas, a Teducation. C*est k faire l’analyse 
de ces faits que nous convions nos confreres. 

1 Dictiunnairc cncyclopediquc des Sciences medicates . — Art. D£mekce. 


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LB REGIME DB LA VIE NORMALE 


237 


FAITS ET OPINIONS 


PSYCHIATRIE 


LE REGIME DE LA VIE NORMALE A 
L’HOPITAL DES MALADIES MENTALES DU VAR 

D r Belletrud 

Mr dec in en chef, Direcieur de CAsilc de Pierre feu 

A l’heure oil, par la creation (Tune vaste infirmerie, Tasile, 
ou, pour mieux dire, l'hopital des maladies mentales du Var 
prend une extension nouvelle, k I'lieure oil, grdce a la gendro- 
site dclairde du Conseil gdneral, nous allons pouvoir lui donner, 
par la construction d’un nouveau pensionnat et d’une cite ou- 
vriere, un ddveloppement plus considerable encore, il ne nous 
semble pas inutile d’exposer par quelles mesures, pour la piu- 
part deji appliqudes, nous espdrons, pouvoir donner k nos 
malades le maximum de bien-dtre, compatible avec les exigen¬ 
ces de la suretd publique et du traitement proprement dit. 

La tendance actuelle est de laisser k Taliene toute la liberld 
compatible avec sa propre securite et celle d’autrui. Les termes 
de t( no restraint » et « open door » sont presque tombes dans 
le domaine public. Sous le nom « d'open door » on preconise 
en particulier tout un ensemble de mesures qui ont pour effet 
d’assurer une libertd k peu pres complete aux alidnds inoffen- 
sifs. Telles sont aussi les tendances qui nous ont inspire et que 
nous avons essaye de mettre en pratique irhopital des maladies 
mentales du Var ; mais nos efforts ne se sont pas bornes k cet 
objectif un peu liraite, et nous croyons pouvoir dire que le sys- 
tdme adoptd par nous est plus targe, plus dtendu que celui de la 
plupart des partisans de « Copen door ». Nous nous sommes en 
effet donne pour regie de « faire vivre, k tout moment, l’aliene 
d’une existence aussi semblable que possible k celle qu'il aurait 
eue au dehors *. Notre ideal n’est pas absolument le m^me que 
celui des cr^ateurs de a Copen door » ; aussi avons-nous cru 
devoir donner k Tensemble des mesures que nousexposons ici, 
un nom nouveau qui nous parait assez bien en synth^tiser 
Lesprit. Nous Tappelons 4 regime de la vie normale », vou- 
lant marquer par cette designation que nous n’avons pas seule- 
ment voulu donner k nos malades la plus grande somme possible 
de liberty, mais que nous avons voulu, a tout moment et dans 

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23g 


REVUE DE PSYCHIATRIC 


tous les details de leur existence, Pearler d’eux lout ce qui 
pourrait faiie naitre en leur esprit le sentiment penible de la 
sequestration. 

Se donner pour guide celte idee, qu’il faut faire suivre & 
raliend un regime sernblable k celui de la vie normale, e’est 
s'assurer qu’on poursuivra dans les moindres details l’applica- 
tion des principes modernes sur le regime des alienes, e'est 
m^me, comme nous le verrons chemin faisant, se donner des 
occasions de decouvrir quelques applications nouvelles de ces 
principes. 

Nous exposerons done ici les applications du regime de la vie 
normale, nous efforcant de montrer quelles modifications pro- 
fondes Implication d'un tel regime exige, tant dans le plan de 
l’asile et de ses constructions que dans les regies de sa vie 
elle-meme. 

C’est d’abord le plan de l’asile qui doit etremodifle. La plupart 
des asiles construitsjusqu’& ce jour, et les b&timents primitifs 
de Pierrefeu nechappent pas k cette critique, ont plus ou moins 
ressembl6 par leur disposition k de veritables prisons. Pour 
rapplication du regime de la vie normale, il faudrait donner k 
l’asile l’aspect d’une petite ville. 

Malgre tous nos efforts nous n’esperons pas arriver k reaiiser 
completement cet iddal, car la disposition des Mtiments d«y& 
construits s’y oppose, mais nous ne cessons de faire notre pos¬ 
sible pour nous en rapprocher de plus en plus. 

II existe malheureusement un mur d’enceinte dont Tutilite est 
absolument nulle. Un simple fil de fer courant sur des poteaux 
et indiquant qu’il y a \k une propriety privee sufflrait largement. 

’ C’est le seul mode de cloture que possede l’asile de Gartloch, 
le plus r<§cemmcnt ouvert des asiles 6cossais. 

Ileureusement qu’a Pierrefeu la riviere forme la limite de 
l’asile sur une grande partie de son pourtour, ce qui perraet de 
ce cotd a la vue de s’dtendre librement. Mais il serait bieni 
souhaiter que nous puissions remplacer le mur, au moins en 
grande pai tie, par une grille ldgere et peu elevee. En effet, il 
n’est pas bon quo les nombreux malades admis au benefice 
d’une libre circulation dans Tasile, n’iprouvenl pas d’autre sen¬ 
timent que celui d'avoir echangd la cour de leur quartiercontre 
une cour plus vasle mais egalement close. Il faut au contrail e 
que les malades menes hors du quartier se sentent absolument 
libres. 

Ce sentiment de liberie complete est surtout utile k ceux de 
ces malades qui sont des convalescents et qu’il s’agit de prepa¬ 
rer sans transition trop brusqued leur retour& la vie commune. 

D'ailleurs ce n’est pas seulement le mur d’enceinte qui doit 


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LE REGIME DB LA VIE NORMALS 


m 


6tre supprimS, c’est encore toute muraille dont la presence 
n’est pas indispensable. 

Par la suppression des murailles ou leur remplacement, s’il y 
a lieu, par une simple grille de jardin, on donne k l’asile un 
aspect plus riant, plus agrdable. Aussi avons-nous depuis long- 
temps remplac6 par des grilles les murs qui entouraient les 
cours des deux infirmeries. 11 vient d'en £tre lait de m£me aux 
pensionnats. 

Mais la suppression des cldtures ne sufflrait pas k elle seule k 
assurer aux nombreux malades qui circulent hors des quartiers 
Tillusion de vie normale qui leur est due. II importe grandement 
de songer aux impressions que retireront des objets pr6sent6s 
k leurs yeux ces tr&s nombreux malades qui se promenent libre- 
ment entre les divers Mtiments ou dans le pare de l’asile. 

II nous a sembl6 que, pour £tre fidele k noire programme, 
nous devions nous efforcer de rdveiller cliez Tali6n6 qui circule 
entre les Mtiments de l’asile des impressions analogues k celles 
qu’il recevrait des objets ext6rieurs s’il se promenait dans les 
avenues ou le jardin de quelque petite ville. C’est dans ce sens 
que nous avons essaye de modifier les jardins de l’asile et que 
nous avons congu les modifications qui devraient £tre effectuees 
plus tard. 

Pour rompre la monotonie des grands espaces sables, nous 
avons plant6 des arbres nombreux, nous avons multiplid les 
corbeilles de fleurs. 

Pour 6gayer les murs, nous les ornons d’affiches avec sujets 
colori6s, renouveldes de temps en temps. Rien de plus int6res- 
sant que de voir comme certains alienes, qu’on croirait indiffd- 
rents aux choses exterieures,s arr^tent devant ces a inches pour 
les regarder,et que d’entendre les commentaires dont elles sont 
Tobjet. 

D6j k des kiosques oil le malade trouve des journaux et quel- 
ques friandises, donnent k un coin de l'asile l’aspect d’un petit 
jardin public. 

Nous voulons faire mieux et nous comptons ouvrir k proxi- 
mite des pavilions une salle de reunion ou les malades trouve- 
ront toutes les distractions que les cafes peuvent offrir a leur 
clientele. Tout en ddgustant une tasse de cafe, du sirop, de la 
limonade, ils pourront s’y livrer k leur jeu favori. Nous comp¬ 
tons disposer ce local de fagon k permeltre aux malades d’y 
organiser entre eux de petites stances littdraires et musicales 
avec recitation de monologues, de pieces de poesie, chanson- 
nettes, etc , etc. Dans les avenues de notre asile nous voulons 
aussi installer un salon de coiffure. Nous en avons d6j& choisi 
l'emplacement k Textremite sud des deux anciennes infirmeries. 


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^7 


240 REVUE DE PSYCHIATRIE 

avec facade en rotonde sur la cour de l’administration. Ce sera 
pour les malades tranquilles un autre lieu de reunion oil ils 
pourront deviser entre eux ou lire leur journal. II leur sera 
facile d’oublier la, pour un moment, leur internement et de se 
croire dans la boutique du Figaro de leur village. 

Entrons mainlenant dans les quartiers. Chacun d’eux consti- 
tue le foyer d’un certain nombre de malades. Ce foyer, il faut 
s’efforccT de le rendre aussi semblable que possible au foyer 
familial. 

Nous ne pouvons malheureusement mettre 4 la disposition de 
nos malades que de vastes dortoirs. Du moins nous efforcons- 
nous d’orner ces dortoirs de notre mieux. Les peintures laites 
au ripolin soul lvequemment remises aneut et egaient lavue par 
leurs nuances claires. Toute une s6rie de gravures encadrdes 
par les menuisiers de l’asile .ornent les murs des dortoirs 
corame ceux des rdfectoires et des vestibules. Les vestibules et 
les escaliers sont, en outre, ddcords de nombreuses plantes 
vertes. Mais c’est surtout dans la salle de reunion du quartier 
qu’un peu de bien-dtre est ndcessaire. Cette salle de reunion 
doit £tre autre chose que le banal chaufloir. 11 taut que les ma¬ 
lades y trouvent des jeux, des journaux et mdme une petite 
bibliotheque. Sur ce point, notre installation ne rdpond d*ail- 
leurs pas encore a nos desirs, faute de locaux suffisamment 
grands. La construction des nouveaux pavilions nous donnera 
bientot l’espace ndcessaire. Le mdme esprit doit presider 4 
Tarrangement de la cour du quartier. II faut eviter la cour 
sablde et nue. De nombreuses corbeilles de fleurs, 4 lentretien 
desquelles les malades eux-mdmes s’occupent volontiers, per- 
mettront de Torner 4 peu de frais. 

Tel est Fesprit dans lequei on doit s’efforcer de modifier le 
milieu ou vivent les malades, mais cette modification ne serait 
rien et le malade perdrait tout le b6n6flce d’une bonne installa¬ 
tion de ce milieu, si son existence n’etait pas r6glee d’une 
maniere ralionuelle et conforme au principe du regime de la 
vie normale. C’est la direction imprim^e a Texistence des ma¬ 
lades qui nous parait m£me le point capital de notre regime. On 
pourra nous demander d’abord dans quelles mesures nos 
malades sont fibres. Nous repondrons qne nous pensons ^tre 
sous ce rapport aussi large que possible. Cependant, les n6ces- 
sites de la pratique nous obligent 4 diviser, 4 ce point de vue, 
les malades en plusieurs categories : 

1® 11 y a des malades qui ne pourraient sans inconvenient 
sortir des quartiers; 

2* D’autres en sorlent, soit pour la promenade, soit pour le 
travail sous la surveillance des gardiens; 


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LE REGIME DE LA VIE NORMALE 


241 


3° D’autres circulent libreraent dans l'hdpital; 

4° II en est enfin qui sortent seuls de l’asile et vont, sans au- 
cunesurveillance, jusqu’au village Tous les dimanches surlout, 
il en est qui vont se m£ler k la population du pays, qui les 
accueille avec une grande bienveillance et les admet k ses jeux. 

Nous n’avons jamais observe que le moindre inconvenient 
resultat de la tres grande liberality avec laquelle nous nous 
comportons. 

II est tel malade qui, laisse au quartier, chercherait sans cesse 
k s’evader, et qui, laisse libre d’aller et de venir, se contente de 
reclamer sa liberation sans jamais chercher k en avancer la date 
par une evasion bien facile. 

On sait qu’il existe dans les asiles ecossais un certain nombre 
de malades qu’on laisse libres d’aller et de venir apres avoir 
obtenu d’eux la promesse qu’ils ne songeront pas a s evader. 
C’est bien a tort, croyons-nous, qu’on a prdtendu que le benefice 
d’une telle mesure ne saurait £tre dtendu aux malades fran^ais. 

Pour nous, nous soutenons, d'apres une experience deja an- 
cienne, que m£me sans l’appareil solennel de la parole donnee, 
le fait de permettre k un malade de circuler librement cree 
entre lui et son medecin une sorte d’accord tacite que le malade 
rompra bien rarement. 

Mais, enfin, il faut l’avouer, les malades que nous pouvons 
laisser k peu pres libres ne sont qu’une minorite. Pour fail e 
profiter un plus grand nombre de malades d’un rdgime se rap- 
prochant autant que possible de la vie normale, nous multi- 
plions les promenades collectives dans la campagne, sous la 
surveillance d’infirmiers. Par ce moyen, nous donnons k nos 
malades I’illusion temporaire d’une liberte k peu pres complete. 

Nous comptons organiser plus lard des excursions vers des 
villages eloign^s, soit avec le secours des voitures de l'asile,soit 
m£me par chemin de fer. Nous 6tendrons ainsi k tous nos mala¬ 
des le bendfice d'un genre de promenade dont ne profitent encore 
que nos pensionnaires, grdce aux voitures que nous mettons a 
leur disposition. 

En somme, la liberty, ou au moins l’illusion de la liberte, doit 
etre donnde aux malades aussi largement que possible ; mais' le 
pouvoir d’aller et de venir n’est pas le seul bdn^fice moral que 
les malades doivent retirer de l’application du regime de la vie 
normale. C’est de toutes manieres qu’il faut s'eftbrcer de leur 
laisser le libre usage de leur initiative individuelle, et pour cela 
nous pensons m£me qu'il faut leur faire prendre une part 
active k leur propre direction. Il n’est que trop certain qu’une 
discipline 6troite et une regie uniforme, en imposant k chaque 
minute au malade sa maniere d'etre et d'agir, lui font perdre 


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242 


REVUE DE PSYCH1ATRIE 


l’habitude d’exercer sa volonte. Trop souvent dans nos asiles, 
Taliene perd toute spontaneity, si bien que, rendu A la liberty, 
il ne peut se suffire A lui-mdme et ni se passer de la tutelle A 
laquelle il etait accoutume. 

(Test un des grands avantages du rdgime de la vie normale 
que de s’opposer A cette atrophie de la volontd, gr£ce aux occa¬ 
sions qu’il donne & celie-ci de s’exercer. Nous n'essaierons pas 
de ddcrire ici toutes les applications de ce rygime A l’exislence 
quotidienne du malade, mais nous ferons entrevoir les princi- 
pales ryformes qu’il nous a inspires. 

Le fait suivant, dont lobservation est assez frdquente, nous 
servira de premier exemple. Un malade encore lucide arrive... 
On le dyshabille. On lui donne les vytements de la maison. Le 
lendemain, A la visite, jle premier mot du malade est pour se 
plaindre au mddecin de l'humiliation qu’on lui a imposde en lui 
faisant revdtir ce costume. Ou bien, ce qu’on voit plus frdquem- 
ment encore, ce sont des malades dejk anciens qui s'ingdnient k 
se procurer un costume different de celui que fournit l'dtablis- 
sement. 

Nous avons songd A donner, sur ce point, satisfaction aux 
malades,et nous avons imagind de leur faire choisir eux-mdmes 
leurs vdtements dans une sdrie d’dtoffes differentes, mais de 
mdme valeur. Une mesure analogue peut s'etendre aux chaus- 
sures et A tous les objets de toilette. 

Ayant pris ainsi une part active au choix des objets dont il est 
revdtu, Taliene s’en couvrira avec moins de repugnance. Bien 
mieux, il en aura souvent plus de soin, d'ou une economic pour 
l’administration. 

Dansle mdme esprit, il convient de laisser les malades dis¬ 
poser de leur pdcule et de Targent qu’ils re^oivent de leur 
famille. L’instinct de la propridtd, profonddment enracine par 
des habitudes seculaires, dtant un des derniers qui sur vivent 
dans la ruine de Tintelligence, on peut confier de Targent A la 
grande majority des malades sans trop craindre de le leur voir 
perdre. Cette possibility laissde tres largement aux malades 
d’acheler les journaux, le papier, le tabac, etc., leur donne des 
occasions rdpetdes de faire preuve de spontanditd. C’est une 
grande satisfaction surtout pour ceux, tres nombreux, qui peu- 
veut aller eux-radmes faire leurs petites emplettes dans les 
kiosques etablis A cet effel et dont nous avons signald l’exis- 
tence. Notons en passant que, pour dviter tout abus, les objets 
sont vendus selon un tarif fixd par Tadministration. Mdme ini¬ 
tiative est laissee aux malades en ce qui concerne la correspon- 
dance. Les lettres qu’ils recoivent leur sont remises sans que 
personne en ait viold le secret. Il nous a sembld d’ailleurs que 


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LE REGIME DE LA VIE NORMALE 


243 


cette maniere de faire ne doit rencontrer que des partisans. 
Mais nous ne nous en tenons pas 1^, car nous pensons qu’en 
dehors de cas tout k fait exceptionnels, la liberte complete doit 
6tre la rfegle en ce qui concerne les lettres envoy£es par lcs 
malades. Corame un des plus zel£s propagateurs de « Vopen 
door* nous dirons que Talidnd doit ecrire ce qu’il veut,quand 
il veut, k qui il veut. II est regrettable que sur ce point les avis 
soient si partag^s. Ne pourrait-on pas au moins admettre que, 
dans la grande majorite des cas, la libertd complete de la cor- 
respondance doit 6tre la regie. Que Ton fasse des restrictions k 
Toccasion de certains malades capables d ecrire des lettres dan- 
gereuses pour la security publique, passe encore; mais il ne 
faudrait pas gendraliser ces mesures de protection et imposer k 
tous les malades 1’humiliation de remettre leurs lettres decache- 
tees. Pourtant, les lettres des malades sont lues partout encore 
et m£me, nous osons k peine le dire, il existe des 6tablissemenls 
oil ce n’est pas le medecin, depositaire naturel des secrets de 
ses malades, qui litses lettres, mais bien un directeur adminis- 
tratif. C’est assimiler l'asile k une prison. 

Pour nous, nousenvoyons depuis longtempsauxdestinataires, 
sans les ouvrir, les lettres que les malades nous remettent ca- 
chetdes, Mais non contents de cela, nous venons de faire ins¬ 
taller dans l’asile mdme un bureau auxiliaire des postes. Ce bu¬ 
reau qui comporte le teldgraphe et un posto telephonique, fonc- 
tionne depuis quelques jours. C’est Ik une innovation interes- 
sante qu’il serait souhaitable de voir imiter par lous les asiles. 
D’apres notre experience, nous pensonsque l’administration des 
postes et tdldgraphes s’y prdterait volontiers. Nous avons ins- 
talld ce bureau dans le pavilion central de l’administration, de 
telle facon qu’il soit d’un acces facile pour tous les malades admis 
k circuler en dehors des quartiers. Quant aux autres, nous les 
faisons conduire au bureau pour qu’ils puissent y deposer eux- 
mdmes leur correspondance. 

Parmi les autres applications du regime de la vie normale 
nous mentionnerons encore une rdforme qui n’a ete rdalisee. 
nulle part ailleurs qu’& Pierrefeu. C’est celle qui consiste a ad- 
joindre des malades k la Commission des receltes de l’asile. Cette 
commission estchargde de verifier la bonne qualite des denrees, 
telles que viandes, vin, etoffes, vdtements confeclionnds. Elle 
est composde de l’Econome, du Secretaire de la Direction, de 
Tinterne de service et enfin de deux malades. Les deux mala¬ 
des sont traites dans cette commission sur un pied complet 
d’dgalitd et mdme il est tenu le plus grand compte de leur 
avis. 

Il ne manque pas dans les asiles de malades raisonnants par- 


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244 


REVUE DE PSYCHIATR1E 


faitement capables de remplirce rdle. Gr£ce a cette reforme les 
malades se trouvent veritablemeut associes k leur propre admi¬ 
nistration, ils sont eux-memes juges, par leurs representants, 
des denrees et des objets dont ils font usage. 

Ainsi le regime de la vie liormale, ici, corame ailleurs, evite 
aux alienes riiumiliation d’une tutelle trop etroite, et sauve- 
garde dans la mesure du possible leur spontaneity et leur indd- 
pendance. II y a 14 pour un grand nombre de malades un avan- 
tage moral appr4ciaole. Ajoutons, ce qui n’est pas k dedaigner, 
que cela nous permet d’opposer le tdmoignage de leurs propres 
camarades aux reclamations injustifl4es de certains alienes. 
Mais retablissement du regime de la vie normale est une oeuvre 
trop complexe pour que nous ayons pu lui donner des le debut 
tout le d6veloppement qu’il presentera un jour. 

C’est ainsi que nous avons 4t6 amenes par notre etude de ce 
regime k projeter toute une organisation que nous n’avons pas 
encore pu rdaliser, sinon partiellement. 

Ce projet dont nous ne pourrons poursuivre utilement la rea¬ 
lisation qu’apres rach&vement des travaux en cours, a traits la 
repartition des malades entre un certain nombre de groupe- 
ments jouissant d une large autonomie. 

Disons seulement ce que pourra etre un jour cette organi¬ 
sation, dont le groupement actuel des malades dans les refec- 
toires peut etre consider comme l’embryon. Ayant groupe nos 
malades par dix, dans les refectoires, nous avons ete frap- 
p6s des avantages qu’il y aurait it donner k cliacun de ces grou- 
pes une certaine homogeneity, et nous n’avons pas tardei recon- 
naitre que ce resultat etait relativement facile k atleindre. En 
tenant compte du caractere des malades, de leur niveau intel- 
lectuel, de leurs sympathies reciproques et aussi de leur region 
d’origine, on arrive k former de petites associations au sein 
dcsquelles le bon accord ne cesse pas de regner, et dont les 
membres sont aptes, par consequent, k prendre en commun un 
certain nombre de determinations. C’est k chacune de ces peti¬ 
tes associations que nous voulons donner la plus large autono¬ 
mie, en ce qui concerne au moins la satisfaction des besoins 
materiels, et en particular la direction des repas. Chacun de 
ces groupements doit avoir sa table et son materiel de table k 
lui. II doit prendre la responsabilite d’assurer, bienentendu sous 
le controle vigilant des infirmiers, une repartition equitable des 
aliments entre ses membres. 

Eufin, tousnos desirs de ce chef seraient realises si le grou¬ 
pement pouvait fixer lui-mOme son menu de chaque jour en 
faisant son choix entre un certain nombre de plats mis a sa dis¬ 
position. 


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LE REGIME DE LA VIE NORMALE 


245 


Jusqu’4 present nos efforts se sont born6s 5 etudier la possi¬ 
bility de former des groupes homogenes et oil Faccord des volon- 
t£s flit possible. 

A mesure que nous aurons plus d’espace et que nos ressour- 
ces augmenteront, nous accorderons 4 ces groupements plus 
d'autonomie et leur attribuerons le materiel necessaire. Nous 
trouverons dans cette maniere de faire de nouveaux moyens de 
rapprocher la vie de lasilc de celle du dehors, et surtout nous 
donnerons 4 nos malades la satisfaction de decider eux-m£mes 
d’une foule de details de leur existence. Mais encore une fois ce 
n’est 14 qu’un projet encore 4 F6tude et dont la pleine realisa¬ 
tion, 6minemment souhaitable, d^pendra des ressources futures 
de letablissement, car elle n’ira pas sans quelque augmentation 
de dSpense. 

Au reste le regime de la vie normale est susceptible de tant 
d applications, que nous no cessons d’en decouvrir de nouvelles. 
C’est ainsi qu’en ce moment m&menous faisons unessai interes- 
sant. II s’agit deiaisser 4 nos malades une grande latitude en ce 
qui concerne Fheuredu coucher. II est d’usage dans les asiles 
de faire coucher tous les malades 4 la m£me heure. Cette pra¬ 
tique facilite certainement le travail des infirmiers mais elle a 
un inconvenient capital; celui de violenter inutilement la vo- 
lonte des attends. Elle efet Fobjet des plaintes incessantes de cer¬ 
tains malades g£n4s dans leurs habitudes et froisses dans leur 
dignity. Nous voudrions faire cesser cette pratique. Nous ad- 
mettons que l heure du coucher soit annoncee. Presque tous les 
malades se coucheront sur ce simple avis. Que les autres soient 
libres de se coucher 4 Fheure qui leur conviendra. Ils seront 
toujours trop peu nombreux pour que leur surveillance soit bien 
difficile. 

C’est en somme par les modifications profondes qu’il apporte 
aux regies traditionnelles de la discipline des asiles, que le 
regime de la vie normale donne ses plus beaux resultats. 

C’est 14 surtout qu’il se montre fecond et novateur. Mais il est 
4 peine besoin de dire que le i*ygime de la vie normale comporle 
une organisation aussi large que possible du travail et des dis¬ 
tractions. Le travail et les distractions doivent jouer dans l’asi- 
le un rdle comparable 4 celui qu’ils jouent dans la societeet sont 
les complements indispensables d'un regime de vie vraiment nor¬ 
mal. Le travail d’ailleurs est universellement applique aujour- 
d’hui comme moyen de traitement. Nousne prytendons pasavoir 
rien innovc en cette matiere et nous dirons simplement quelle 
est notre pratique en profitant de l’occasion pour protester con- 
tre certaines tendances dontle triomphe aboutirait 4 une deplo¬ 
rable exploitation des malades. 


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246 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Nous faisons travailler tous nos convalescents, pensanl ainsi 
assurer leurguerison et leur faciliter la transition vers la vie 
exterieure. Le travail les habitue peu A peu a retrouver Tactivite 
du corps et de resprit qu'il est si utile de leur faii e recouvrer 
progressiveraent. II faut songer que presque tous nos malades 
sont obliges de reprendre, des la sortie de Tasile, le labeur quo- 
tidien. On risquerait fort, s’ils n’avaient subi un entrainement 
prealable,de les voir se surmener et subir de ce fait une rechute. 
Au contraire, nos malades bien entralnds au travail et places par 
Implication du regime de la vie normale dans les meilleures 
conditions pour recouvrer des Tasile la spontaneity de leur vo- 
lonte, peuvent Atre mis sans trop de crainte en liberty. 

II nous semble que dans un etablissement tel que celui de 
Pierrefeu on repond k tous les desiderata desspecialistesqui re- 
clament la creation de quartiers de convalescents. 

Avec la pleine lib3i*te que nous possAdons d’accorder des sor¬ 
ties d'essai aussi prolongees qu'il est nAcessaire, nous pouvons 
obtenir des k present tous les rAsultats qu’on attend de ces 
nouveaux quartiers, et nous y parvenons sans obliger le lAgis- 
lateur k intervenir. II est certain qu’A Paris cet organe nouveau 
que M. le protesseur Joffroy reclame avec de si fortes raisons, 
pourra rendre de grands services, mais il faut qu'on saclie bien, 
qu’en province oil lesasiles sont autrement administres, cette 
creation serait tout k fait inutile. 

Quoiqu'il en soit le travail doit etre applique tres largement, 
car c’est le meilleur moyen d’assurer le retour A la normale de 
1'activite physique et intellectuelle de nos malades. 

Autant que possible nos malades se livrent chez nous au mAme 
travail qui les faisait viyre au dehors. Dans un Asile, toutes les 
aptitudes peuvent etre utilisAes. 

Diriges par des praticiens habiles, nos malades peuvent ne 
rien perdre de leurs aptitudes professionnelles. Quant aux plus 
jeunes, nous les faisons entrer comme apprentis dans nos ate¬ 
liers et nous nous efforgons, k Tinstar de ce qui se pratique dans 
les grands services d'enfants de la Seine, de leur laire appren- 
dre un metier qui puisse leur servir de gagne pain une fois 
rendus A la liberty. Nous faisons done travailler beaucoup noj 
malades, mais le travail n’est pour nous qu’un agent thArapeu- 
tique, et nous voudrions voir cette notion se repandre hors des 
asiles. On a trop de tendance dans le public A voir dans le pro¬ 
duct du labeur de nos malades une source de revenus pour Tad- 
ministration. Pour nous, nous ne cesseronsde dire, a toute occa¬ 
sion, qu’il est deplorable d’associer Tidee du travail des malades 
a ceile d’un ben6fice quelconque. Nous ne cesserons de rdpeter 
que la nature et la duree du travail doit Aire dose comme un 


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LE REGIME DE LA VIE NORMALE 


247 


medicament, sans Tintervention d’aucune consideration budgd- 
taire. II serait aussi naturel, dirons-nous, de voir un asile d£- 
penser de l’argent pour faire travailler ses malades que de le 
voir acheter des produits pharmaceutiques. Ajoutons cependant 
que, m£me dirigd dans cet esprit, le travail fait par nos malades 
n’est pas sans contribuer grandement k la prospdritd de l’dta- 
blissement, et par suite au bien-dtre de tous ceux qui l’habitent. 

Enfin le rdgime de la vie normale comporle naturellement de 
nombreuses distractions offertes aux malades. Elies rendent 
moins pdnible le sdjour de 1’asile et pour certains malades elles 
constituent un tel plaisir qu’ils s’attachent veritablement k l’dta- 
blissement qui les leur offre. Nous nous effor^ons de les rendre 
aussi varies que possible. 

11 y a d’abord toute la sdrie des distractions journalieres — 
jeux de cartes, de dames, etc... — qui doivent dire mis k la dis¬ 
position des malades calraes. On veillera k ce que les malades 
ne jouent pas d’argent. 

Chaque jour, de nombreux journaux sont distribuds dans les 
quartiers, si bien que beaucoup d’ali£n6s continuent k s’intdres- 
ser aux choses du dehors. 

Souvent a la visite, nous constatons qu’ils sont mieuxau cou- 
rant que nous des faits divers. 

Notre bibliotheque fournit d’ailleurs des iivres k tous les ma¬ 
lades dont les journaux quotidiens ne suftisent pas k apaiser la 
soif de lecture. Ce sont les recits de voyage et les romans d’a- 
ventures qui sont le plus demandds. 

Mais les distractions journalieres ne sauraient sufflre. II en 
fautd'autres qui viennent rompre la monotonie de l'existence k 
l’asile par des impressions plus vives. Ces distractions, c’est k 
la musique et au thddtre qu'on les demandera. 

La musique de rdtablissement de Pierrefeu, recrutde surtout 
parmi les employes des services gdndraux, est capable de don- 
ner toute satisfaction k nos pensionnaires. Elle donne des 
concerts pdriodiques, soit au kiosque situe dans le pare, soit en 
cas de mauvais temps dans la salle du thddtre. 

Pius souvent encore nous offrons k nos malades des repre¬ 
sentations mixles oil la partie musicale s’accompagne d’une 
partie sednique. Par leur vari6td, ces representations retiennent 
mieux l attention des malades que des stances purement musi- 
cales ou dramatiques. 

Nous n’avons rien ndgligd d’ailleurs pour que ces representa¬ 
tions ne rappellent en rien le milieu oil elles sont donnees. 
Elles sont offertes aux malades dans un vrai thdatre sur une 
scene et avec des ddcors agences selon toutes les regies de Part 
tbd&tral. Nous ne ndgligeons en ces occasions, si puerils qu’ils 


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248 


REVUE i>E PSYCHIATRIE 

puissent paraltre, aucun des details necessaires pour donner 
aux malades le sentiment qu’ils assistent a une representation 
ordinaire. C'est ainsi que nous avons tenu a entendre resonner 
dans la salle durant les entractes le cri du vendeur de berlin- 
gots, qui trouve d’ailleurs dans Tassistance une nombreuse 
clientele. 

Voici, k titre d’exemple, le programme d’une de ces represen¬ 
tations. 

Concert du 5 Juillet 1903 

l re Partie 

Marche executes par l'orchestre 

F6te k la Marsa (danse orientale) par l’orchestre. 

Une noce de bequillards (chansonnette). 

Nous sommes d’accord (chansonnette). 

C’est drole la nature (chansonnette militaire). 

Caprice (solo de violon). 

Distraction de Belle-maman (chansonnette). 

Velocman (duo fantaisiste). 

Candida Mia (polka pour piston). 

Exercices k la barre fixe (sc&ne comique). 

2 e Partie 

Cendrillonnette (gavotte par l’orchestre). 

Noce de Fauvette (solo de flute). 

La Rose de St-Flour (Op^rette en 1 acte) d’OfTenbach. 
Terminus (galop final) par l'orchestre. 

En outre de ces representations, nous organisons cliaque 
annde a Toccasion du carnaval, de la fete Nationale, etc., quel- 
ques fetes qui font dpoque dans la vie de nos malheureux chro- 
niques. 

Le programme tres varie de ces fetes est affiche dans les 
habitations et les allees de Thdpital, en sorle que longtemps a 
Tavance les malades ont Tesprit occupe du plaisir qui leur est. 
promis. Le programme comprend toujours des concours de 
chants, de boule, de p6che k la ligne, etc., qui sont Tobjet de 
nombreux engagements. Nous avons k peine besoin de dire que 
ce sont les concurrents eux-nfemes qui choisissent les merabres 
du Jury qui distribuera les recompenses. 

Citons le programme de la bataille de fleurs du 2 mars 1902. 

BATA1LLE DE FLEURS 
DEFIL6 DES CHARS 

Char de la musique. Char des charlatans. 

Char de l’explorateur. Char des malades, etc... 

Defife des voitures fleuries et masques k pied. 

BATAILLE DE FLEURS, DE CONFETTI PARIS1ENS ET SERPENTINS 
MULT1CO LORES 

Parade du charlatan Escartandini . 

Les chanteurs ambulants. 

Parade de l'Explorateur Gelafroasse accompagn^ de l homme 
sauvage de la tribu des Bouf-ab-domen. 


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LE REGIME DE LA VIE NORMALE 


249 


KERMESSE ET RETRAITE EN MUSIQUE 

Eufin nous ne voulons pas quitter le chapitre des distractions 
offertes aux malades sans parler d’une innovation pour laquelle 
nous pensons n’avoir eu aucun modele. Nous voulons parler de 
la fondation d*un journal redige par les malades eux-mdmes. II 
est un certain nombre de malades calines qui depuis la fonda¬ 
tion de YE Upbore, c est le nom de notre feuille, occupent la 
plupart de leurs loisirs k la redaction d'articles souvent curieux 
par l’imprevu des iddes qu’ils renferment. Beaucoup plus nom- 
breux sont les malades auxquels la lecture de cette feuille 
procure un rdel plaisir. Ce qui les amuse surtout, c’est le recit 
des fails survenus dans l’etablissemcnt, le compte rendu des 
fetes auxquelles ils ont assiste. 

Les concours de devinettes inaugurds par ce journal, sont 
aussi l’objet d’une grande Emulation et la proclamation des lau- 
reats, souleve bieu des Emotions. 

C’est ainsi que YEltebore, k bien peu de frais, tient sa bonne 
place dans la vie de l’asile et contribue au bien-dtre de ses habi¬ 
tants. II dtait vraiment le complement indispensable du regime 
de la vie normale. 

Nous pensons que cet aper§u sufflrai montrer quel est l’esprit 
qui nous guide dans la direction que nous impi imons a la vie 
de nos malades. II sufllra aussi k montrer que c’est une t&che 
assez difficile que d’organiser le regime de la vie normale. 

Pour rdussir, de multiples conditions sont necessaires, il en 
est une sur laquelle nous voulons ici attirer Tattention. 

Cette condition c’est l’existence d*un personnel suffisamment 
norabi*eux et instruit dans sa profession. 

Avec les anciens errements de l’asile-prison, des gedliers 
pouvaient suffire. Avec l’application du regime de la vie nor¬ 
male, ce sont des infirmiers habituds au maniement des alidnds 
qu’il nous faut. 

Plus la libertd accordde aux malades est grande, plus le rdle 
des infirmiers devient ddlicat. C’est ce que Foville a bien 
ddmontrd dans ses etudes sur les asiles ecossais : « II ne faudrait 
pas croire cependant, dit-il, que les malades soient livres k eux- 
mdmes sans ordre et sans discipline». Loin deli ; nulle part 
l’ordre ne parait plus reel ; seulement les obstacles materiels 
ostensibles sont remplaces par la precision dans l’emploi du 
temps et dans l’enchainement des occupations, par la rdgularitd 
acquise des habitudes et surtout par la vigilance incessante du 
personnel de surveillance qui doit dinger les abends dans tous 
details de leur existence journaliere. 

« Chaque surveillant doit dtudier d’une maniere complete les 
malades qui lui sont conflds, puisqu’il n’a ni muraille, ni serrure 


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250 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


pour raider dans sa surveillance; son attention est toujours en 
6veil, il faut qu'il apporte tousles soinsi traiter les malades 
amicalement et & gagner leur confiance, puisque c’est seulement 
par la persuasion et les bons sentiments qu’il peut les maintenir 
dans le calme et dans robservation des regies prescrites pour le 
bon ordre de sa maison ». 

Ces lignes deja anciennes sont toujours vraies, mais les liber- 
tes accordees s’etendant dans le regime de la vie normale, le 
r61e des surveillanls grandit encore avec Implication de ce 
regime. 

Sans un personnel d’elite, pas duplication possible du regime 
de la vie normale. 


INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 


(CET INDEX CONTIENT VINDICATION DES PR1NCIPAUX 
TRAVAUX PARUS DEPUIS 1890 SUR LES LIBERTIES 
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SENS ESTHISTIQUE DES FEMELLES 


253 


OBSERVATIONS 


SENS ESTH£nQUE DES FEMELLES 
Par Henri Pieron 

II est certain que, si l’homme parait g^ndralement plus sensible 
que la femme aux impressions esth^tiques en ce qui concerne 
l'accouplement sexuel. les observations faites dans la sdrie ani- 
male permettent de supposer que chez presque tous les animaux 
au contraire, presque toujours, la parure des males (malgrd quel- 
ques exceptions nettement reconnues en particulier chez des 16pi- 
dopl&res tels que certains Ltjcctna ), — parure qui ne prend souvent 
son developpement que pendant la saison des amours, ce qui lui a 
valu dans ce cas le nom de parure de noce, — implique chez la 
femelle une discrimination esthgtique plus line. 

Le mdle n’est g6n6ralement pas difficile, et il arrive facilement 
a un degr6 d drethisme tel que toute femelle lui paraisse 6galement 
bonne parce qu‘6galement capable de satisfaire son instinct. 

Mais la femelle garde son sang-froid * et sait se d£rober habile- 
ment. Aussi est-il naturel qu’on lui attribue une susceptibility 
esth6tique lui permettant, enfaveur de la selection sexuelle, de ne 
se laisser vaincre que par le male le plus beau. 

Cette conception esthatique du male a 6t6 atendue a l’homme, 
chez lequel la barbe peut Gvidemment £tre aussi bien consid^r6e 
comme ornement sexuel vis-a-vis de la gracilite feminine que la 
crini&re du lion ou le bois du cerf vis a-vis de la lionne ou de la 
biche, qui arrived nous paraitre plus jolieetant plus gracieuse. tout 
simplement parce que la civilisation a amen6 des perturbations 
profondes du sens esthatique en m^me temps que de la mentality 
tout entire et qu’au lieu du culte et du respect de la beaute, de la 
force et de la puissance, nous avons l’amour des faibles et Tadmi- 
ration de la grace en esthatique, comme en morality les instincts 
primitifs se trouvent renvers^s et que ce n’est plus qu’exception- 
nellement que la brutalite de l’homme primitif, et d’a peu pr£s 
tous les males de la s^rieanimale 2 reparait dansl’attaque brusque 
de la femme, dans le viol ardent. 

Mais, justement parce que le male attaque en general brutale- 
ment, certains auteurs en sont arrives a nier tout sens esthetique 
chez la femelle et a tout reprdsenter du point de vue de la force. 


1 On voit des femelles de paon venir manger du pain jusque sous les pattcs 
du mille qui fait la roue et frdmit de toutes ses plumes devunt celle-ci qui ne 
lui nccorae mime pas un coup d’oeil. 

- II y a toujours des exceptions dans la nature, des variations particulieres. 
Comme il y a des femelles plus orndes que des mules, il y a des males moins forts 
que les femelles. Sans entrer dans les details, on suit que chez cectaines espe- 
ces d'araignee, le indie est ddvord apri?s raccouplement par la femelle qui 
profite £videmment de J epuisement passager di\ fi Facte, epuisement qui chez 
beaucoup dinsectes amine d uilleurslu mort naturelle du imile. 

18 


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254 


REVUE DE PSYCHIATRrE 


Quel’efflorescencepoiluopuisse correspondre k une constitution 
plus forte, que le bois du cerf ou les cornes de la lucane puissent 
servir k la lutte, sinon contre la femelle du moins contre d’autres 
males pour la possession de la femelle, que beaucoup d'organes 
puissent servir k la prehension de la femelle, cela est incontes¬ 
table. Mais il est dEjE plus difficile d’admettre avec M. Lameere, 
qui defend cette theorie, que le paon ne fait la roue que pouref- 
frayer la femelle, qui d’ailleurs ne parait guEre impressionnee, 
que les chants d’oiseaux qui rivalisent de roulades ne repondent 
qu’E un temoignage de force pour celui qui fait taire son voisin et 
reste seul k posseder la femelle convoitee. Et surtout, lorsqu'on 
voit la cour des pigeons, les salutations et les maniEres qui durent 
des heures alors qu’une conquete brutale serait souvent trEs fa¬ 
cile, cette cour qui doit contribuer k faire naitre 1’ErEthisme dont 
parle si justement Havelock Ellis et qui chez l’homme s’obtient 
par les caresses, c'est-E dire par des sensations prEalables et par 
des richesses d’images intellectuelles; lorsqu’on songe k l’orne- 
ment tout special du Lampyris noctiluqua , du ver luisant qui at¬ 
tire la femelle la nuit par l’Eclat de son espEce de phare, Equiva¬ 
lent aux stridulations des elytres des orthoptEres, on se de- 
mande s’il n’y a jamais une acceptation de la femelle, un certain 
choix et mEme une recherche, tout comme il peut s’en presenter 
chez l homme. 

Mais il serait dangereux de trop gEnEraliser cette part active de 
la femelle dans les preparatifs de 1’accouplement. Dans le vaste 
domaine de la nature oh les facteurs de variation sont si nombreux, 
on peuttrouver des evolutions particuliEres dans des sens trEs op¬ 
poses et il faut souvent se dEfier de notre besoin d’unitE. 

En tout cas voici une brEve observation qui semble bien mettre 
en Evidence une discrimination esthEtique trEs fine chez une 
femelle. 

J’ai EtE frappE un jour au MusEum par le curieux manEge d’une 
poule faisane d’Hamherst vivant dans une cage avec un faisan de 
mEmeespEce : Ec6tE se trouvait, seul, un coq hybride de faisan dorE 
et d’Hamherst; or cet hybride et la poule se cherchaient et s’ap- 
pelaient constamment k travers le treillis qui les sEparait; le coq 
d’Hamherst surveillait jalousement ce manEge et chassait sans 
cesse la femelle qui ne cessait pas de son c6tE de revenir k la 
charge. 

Le faisan d’Hamherst, multicolore, rayE de noir, a le haut du 
dos trEs sombre, tandis que I’hybride avait empruntE au faisan 
dorE sa tEte et son dos d’or, mais avait conservE, tout autour, les 
couleurs claires de l’Hamherst; il Etait ainsi trEs brillant et par- 
ticuliErement beau. Tout se passait done, malgrE des accouple- 
ments efiectuEs avec une autre m&te, comme si la poule faisane 
Etait vEritablement sEduite. 

Une semaine aprEs, l’hybride, qui avait EtE pourvu d’une fe¬ 
melle, ne s’occupait plus que de manger, trEs indifferent au ma¬ 
nEge de la poule faisane d’E c6tE qui, elle, n'Etait pas encore 
devenue insensible au prestige colorE de son voisin. En revanche. 


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soci£t£s 


255 


la nouvelie poule paraissait surveiller l’autre avec hostility; mais , 
h cet Agard il ne s’agit que d'une impression peu precise. 

En tout cas, on peut constater que, & l'inverse de la poursuite 
ordinaire pour la conquAte de la femelle, relativement passive et 
rAsignAe, cette fois, sous des influences esthAtiques sexuelles, cette 
poule, pourvue d’un mAle, recherchait activement un autre mAle 
qui ne parut rApondre que tant qu’il n’eut pas d’autres moyens 
de satisfaire son besoin sexuel. 


SOClETES 


SOCI&Ttt MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

(Stance du 29 mai 1905) 

I. MM. A. Vigouroux et G. Collet ; L'hypocondrie et les lesions or - 
ganiques latentes. — II. MM. Marie et Viollet ; Suppuration ct remis¬ 
sions dans la paralysic generate. Discussion: M. Christian. — III. MM. 
P. Roy et Guisez : Confusion mcntale et otite suppurte. Discussion : 
MM. Legrain, SArieux, Vigouroux, KAraval, Arnaud. — IV. M. Ch. 
AzAmar : Tentative de suicide chez un mystique par introduction d'un 
corps ttranger dans Vmsophagc. — V. M. Viollet : Deux cas de perver¬ 
sion sexuelle. Discussion , M. Colin— VI. Elections. 

I 

MM. A. Vigouroux et G. Collet, sous ce titre: L'hypocondrie et les le¬ 
sions organiques latentes , communiquent deux observations de malade, 
A Tautopsie desquels ils ont trouvA, chez l’un: un Anorme lymphome 
tuberculeux de la region lombo-aortique comprimantles vaisseaux et les 
nerfs de 1'abdomen; chez lautre: un cancer de la petite courbure de 
l’estomac. II n’avait pas AtA possible de diagnotisquer ces lesions durant 
la vie des malades. Le premier prAsentait de l’hypocondrie, le second 
de la mAIancolie avec preoccupations hypocondriaques. 

L’hypocondriaque tuberculeux eut de la mAningite tuberculeuse termi. 
nale. Chez ce malade la localisation du lymphome restd latent peut expli. 
quer les troubles de Pintestin, de la sphere genitale, de la motilitA* 
et, de plus, l’infection tuberculeuse en action sur le cerveau peut ex- 
pliquer le dAlire. Les auteurs rapprochent ce cas des cas d’hypocon- 
drie observes chez les paralytiques gAnAraux, qui ont A la fois, des le¬ 
sions organiques, des lesions du sympathique et des alterations cere¬ 
brates. 

Chez le meiancolique hypocondriaque la cancer latent de l’estomac a 
oriente le ddlire. Mais il est permisde se demander si les toxines cancA- 
reuses, agissant sur le cerveau, n’ont pas eu un idle actif dans la patho¬ 
genic des troubles mentaux, sans nier pour cela la rAalitA d’une predis¬ 
position au delire. 

II 

MM. Marie et Viollet. — Suppuration et remissions dans la para- 
lysie gtnerale. — Les auteurs ont observe un cas de paralysie generate 
dans lequel une remission notable survint aprAs la cure opAratoire 
d’une suppuration importante (pleurAsie purulente gauche). Cette sup- 


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256 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


puration s’dtait dtablie alors que le malade prdsentait tons les signes 
d’une cachexie terminale. L’intervention chirurgicale fut suivie d’une 
amelioration del’etat general et d’une attenuation marquee des troubles 
mentaux. 

On peut supposer que le d6veloppement d’une collection purulente 
agissant comme processus de fixation, est susceptible de modifier revo¬ 
lution d’une paralysie generate. Dans le cas particulier, le traitement 
chirurgical a manifestement sauvd le malade, mais a-t-il ete la seule 
cause de la remission observde ensuite ? II est permis de se demander 
si un traitement abortif de la suppuration, prise a son debut, aurait etd 
suivi de la meme remission, et si la suppuration n'a pas eu quelque 
action directe sur les elements infectieux, en les fixant, et en suscitant 
une reaction defensive leucocytaire, efifets favorables que l’intervention 
operatoire, produisant l’eiimination des elements nocifs fixes, est venne 
completer. 

Certains auteurs, Baillarger, A. Voisin, Doutrebente, etc., ont note la 
coincidence de remissions dans la paralysie generate avec des suppu¬ 
rations. On a cherche parfois comme l’a fait M. Christian, en creant 
artificiellement des suppurations locates, h provoquer ces remissions, 
(moxas, setons). Des nrtedecins ecossais, dans la meme pensee, ont fait 
des injections d’essence de tdrebenthine pour produire des abces de 
fixation. 

M. Christian. — J’ai employe surtout le seton & la nuque et les vdsi- 
catoires. Je n’ai obtenu aucun resultat. Par contre, j’ai vu se produire 
des ameliorations manifestes, sous l’influence de suppurations sponta- 
nees. 


HI 

MM. Pierre Roy et Guisez. — Confusion mentalc et otite suppurce. — 
Nous apportons l’observation d’une jeune fille de 25 ans qui presents 
pendant plusieurs semaines un etat toxi-infccticux (langue saburrale, 
constipation, albuminerie teg£re avec indicanurie, temperature oscillant 
autour de 38 # ) avec troubles mentaux d‘allure confusionnclle (<§tat de 
demi-stupeur avec agitation par intervalles, facies ahuri et anxieux, 
inutisme intermittent, refus partiel d’aliments, delire polymorphe k base 
d’idees de persecution et de craintes d’empoisonnement, hallucinations 
multiples de la vue, de l’odorat etc). 

Le repos au lit, le regime lacte integral, les grands bains prolong^, 
le calomel a petites doses ne tard^rent pas a ameiiorer simultanement 
les troubles physiques et les troubles psychiques. Mais, en meme temps 
que la malade reprenait conscience de son etat, elle commenoait a se 
plaindre violemment de la t6te. Un examen local attentif permit de rap- 
porter cette cephalee a l’existence d’une double otite suppuree post - 
scarlatineusc remontant a 1’age de quinze ans. Le traitement local 
entrepris av^c beaucoup de soins, donna une prompte guerison du cdtd 
gauche. Mais du cote droit, il fallut recourir a l’operation radicate 
sous chloroforme (ecidement retromastoidicn), pour obtenir la dis- 
parition definitive de toute lesion. Actuellement la malade est en trfcs 
bonne sant6, tant au point de vue local qu’au point de vue gdndral : 
I’ernbonpoint, la mine florissante, le parfait dquilibre mental permettent 
d’espGrer qu’apres un an bientdt elle peut 6tre considerate comme vdri- 
tablement gudrie et d une mantere definitive. 

Cette observation pose une fois de plus la question ddjfc vieille des 
relations existant entre les troubles mentaux et les affections de Vorgane 
dc I’ouic. Mais, le plus souvent, il s'agit, dans les cas rapportes, de 


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SOCIETES 


257 


troubles psycho-sensoriels (hallucinations de l’oule) plus ou moins direc- 
tement en rapport avec les lesions de l’appareil auditif. Au contraire, 
les cas d’otite suppurde ayant determines une affection mentale assez 
nettement caractdrisee sont en petit nombre (Bouchut, Fuerstner, Paul 
Robin, Troubert et Picque, elc). Notre observation nousparait presenter 
le merite d’avoir pu etre suivie tr6s attentivement, tant au point de vue 
mental qu’au point de vue otologique : si nous avons pense pouvoir eta- 
blir un lien entre l’ancienne otite suppuree et la confusion mentale 
d'origine toxi-infectieuse, ce n’est pas seulement en raison de leur 
co-existence chez notre malade, ni meme en raison de la remarquable 
coincidence du traitement otologique etde l’ameiioration psychique, c’est 
encore et surtout parce que certains des troubles mentaux, telles les 
hallucinations du gout et de l’odorat, avec crainte d’empoisonnement, 
nous semblent pouvoir s’expliquer grace a la communication de l’oreille 
moyenne avec le naso-pharynx, par l’intermediaire de la trompe d’Eus- 
tache. — Sans doute notre malade n’etait pas exempte de tares psycho- 
nevropathiquesh6rdditaires et personnelles. Elle avait m6me presente, 
un an auparavant, un accfcs de courte dur£e que les parents nous ont 
dit avoir ete assez semblable au second. Mais, m6me chez une predis¬ 
poses, il nous parait qu’il y & un tres grand interfit a trailer efficacement 
toute lesion locale susceptible de faire se manifester une predisposition 
jusqu’alors latente. 

M. Legrain. — L’interessante observation de MM. Roy et Guisez me 
remet en rndmoiro un fait que j’ai observe 6 la maison de sante de 
Ville-Evrard. Un etudiant en droit, & la suite d'une angine, eut une 
otite compliqueed une mastoldite, qui ndcessitaune intervention chirur- 
gicale. En ni^me temps il fut atteint de troubles sensoriels intenses etde 
confusion mentale. Cet etat de desorientation avec deiire hallucinatoire 
persista pendant six mois aprks la guerison de la lesion locale. Au bout 
de ce temps les troubles mentaux disparurent en quelques jours. Ce 
malade etait un predispose. 

M. S£rieux ajoute que le malade dont M. Legrain vient de parler 
eut, deux ans plus lard, un acces delirant semblable, mais sans coinci¬ 
dence daffection localisde de l'oreille. 

M. Vigouroux. — Je crois que le deiire eut existe m^nie si la lesion 
eut ete localisee autre part. Il me semble que les troubles mentaux 
qu’a presentes la malade appartiennent au delire infectieux. 

M. Legrain. — Chez le malade que j’ai observe, les hallucinations 
auditives etaient si predominantes que je ne crois pas qu’une lesion 
siegeant autre part que dans 1’appareil auditif eut engendre le memo 
delire. 

M. K£raval. M. Bechterew a publie, il a deux ans, en russe un tra¬ 
vail tr^s important sur la folie hallucinatoire qui se developpe h l’occa- 
sion d une affection commune de l’oreille. On trouve dans ce memoi- 
re des observations tr£s detainees de cas analogues a celui de MM. Roy 
et Guisez. 

M. Arnaud. — Il ne me parait pas absolument demontre qne l’inter- 
vention chirurgicale ait ete la cause directe de la guerison des troubles 
mentaux. En effet, la malade avait eu un acc6s anterieur gu6ri sponta- 
nement, et dans* l’acces en question, Pameiioration a commence avant 
que le traitement operatoire ait ete pratique. 

M. P. Roy. — La malade, lorsqu’elle fut opdree n’etait plus stupide, 
negativiste, elle commen^ait a parler. L'ameiioration etait done tres 
nette. Mais Intervention chirurgicale qui a supprime le foyer infec- 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


tieux, en m6rae temps qu’elle a acc616r£ la gudrison, a dearthla possi¬ 
bility d’une rechute. 

M. Arnaud. — II y a I& deux questions k envisager: une question 
pratique, sur laquelle nous sommes tous d’accord, k savoir la necessity 
d’un traitement local dans les cas ou une lesion locale coincide avec 
des troubles mentaux ; une question th£orique : devons nous admet- 
tre que des troubles somatiques peuvent determiner I’apparition d'un 
acc^s ddlirant chez un predispose, et que la guerison de ces troubles 
peut entrainer la gudrison du delire. ^observation communiquee ne me 
parait pas trancher la question parce qu’il n’est pas permis d’afflrmer 
que le delire n’aurait pas gueri sans l’intervention. 

IV 

M. Ch. Az£mar. — Tentative de suicide chez un mystique par intro¬ 
duction d J un corps etranger dans Vcesophage. Cette tentative a 6te faite 
par un degenere qui a des idees mystiques, des hallucinations auditives 
et des impulsions violentes avec tendance k la mutilation. Ce malade 
s’est jete sur des carreaux de vitre pour se scier le cou, sur des debris 
de verre ; il a cherche k avaler des fragments de verre, a s'em poison - 
ner. Enfin, le 9 mars 1905, il a introduit profond6ment dans son oeso- 
phage le tube metallique assez volumineux d un vaporisateur, que Ton 
a eu beaucoup de peine a retirer. Ces diverse* tentatives se sont pre¬ 
sentees avec le mOme caractfcre d'impulsion instantande, de violence 
extreme, avec une obnubilation intellectuelle passagbre et une amnesie 
relative qui permettent de penser a des equivalents Opileptiques tels 
qu’on les observe dans l’epilepsie larvee. Le traitement bromure a 
doses massives, a produit une amelioration, ce qui est en faveur de 
I’hypothfcse avancde. 

V 

M. Viollet communique deux cas de perversions sexuelles — sadisme 
sur les animaux — attentat k la pudeur sur une fillette — Chez les 
deux malades observes dans le service de M. Marie, k Villejuif, la per¬ 
version sexuelle s’est developpde alors qu’ils avaient des malforma¬ 
tions acquises des organes genitaux. Elle n’existait pas auparavant. Il 
semble done qu’il y ait un rapport entre l’existence de la malformation 
et l’apparition de la perversion. L’auteur pense qu'il existe un grand 
nombre de cas de ce genre, ou des deformations, minimes et curables 
chirurgicalement, sont le point de depart de perversions sexuelles. 

M. Colin, a propos des faits de sadisme sur les animaux, fait remar- 
quer que, lorsqu’on a affaire k des pervertis sexuels qui sont sous le 
coup d’une poursuite judiciaire il est prudent de suspecter leurs affir¬ 
mations et de ne pas accepter sans contrdle, le recit qu’ils font de leurs 
actes. Il a eu l’occasion d’observer des voleuses de soie dans les grands 
magasins, qui prdtendaient, pour leur defense, ne pouvoir satisfaire 
leurs besoins genitaux qu’au seul contact d’etoffes de soie. En realite, 
il n’en etait rien. 

VI 

Aprfcs lecture d’un rapport de M. Kuppel, M. Phulpin, inspecteur- 
adjoint des Asiles d’alienes de la Seine, est eiu membre correspondent. 

Apr6s lecture d’un rapport de M. Vigouroux, M. P. Juquelier, chef 
de clinique de la Faculty, medecin adjoint des Asiles, est 61u membre 
correspondent. 

G. Collet. 

( Voir la suite apres le Bulletin bibliographique mensuel), 


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ANALYSE DES LIVRES 


2*9 


ANALYSE DES LIVRES 


Les formes frustes de la ddmence prdooce par le Docteur Gustave 
Monod. (Thbse de Paris, 1905, Rousset tditeur). 

Eltve de Serieux, M. Monod ttudie dans son travail ces formes de la 
d&nence prtcoce dtsigntes par Kahlbaum sous le nom d’htboidophrt- 
nie, formes sptciales atttnutes de ihtbtphrtnie. Elies se rencontrent 
assez rarement dans les Asiles parce que les troubles qui les consti¬ 
tuent sont ordinairement trop peu accentuts pour ntcessiter l’interne- 
ment. Ces formes frustes sont caracttristqs par le simple amoindrisse- 
ment des faculty psychiques sans que le dtbut de la maladie soit mar- 
qut par une explosion delirante. 

Les symptdmes prtcurseurs de l’affection sont des malaises gentraux, 
maux de t$te, insomnie, perturbation de l’appttit et, dans la sphbre mo¬ 
rale, un caracttre sombre, taciturne et solitaire. 

Une fois constitute, la psychose se caracttrise, chez ces malades, par 
une paresse intellectuelle avec perte des sentiments affectifset obtusion 
du sens moral et par une indifference ttonnante aux tvtnements qui 
surviennent ou qui compliquent leur existence. 

Froids et indifftrents, peu leurimporte que leur vie soit manqute : ils 
se rendent d'ailleurs peu compte de la catastrophe. Cependant, a cer¬ 
tains moments, ces malades semblent comprendre qu'ils ne sont pas 
normaux, mais sans nullement en souffrir. Leur tenue est dtbraillte ; 
ils negligent les soins de proprete. Leur caract&re est irritable, chan- 
geant, mais surtout apathique. Ce sont, en somme, des individus inca- 
pables de prtvoir, sans dtsirs, et ne connaissant que le moment pre¬ 
sent. Leur ttat intellectual reprtsente, mais k l’ttat d’tbauche, celui des 
formes nettes et classiques de la dtmence prtcoce. 

Le pronostic de ces ttats frustes est toujours reserve : ou la maladie 
tvolue vers la dtmence confirmee, ou elle aboutit k un stade de remis¬ 
sion d’une durte illimitte mais sans restitutio ad integrum veritable 

Le caracttre fruste de Taffection fait qu’elle est maintes fois prise pour 
de la neurasthtnie ; dans d’autres cas elle est complttement mtconnue, 
et si certains de ces malades sont inoffensifs et aptes a la vie sociale, 
certains autres viennent a tomber sous le coup de la loi et sont con- 
d a nines com me vagabonds ou prostitutes. Cette psychose, qui tvolue 
autour de la vingtitme annte, est de temps en temps observte dans 
l'armte : l'auteur fait done remarquer la facilite avec laquelle on y peut 
commettre cette faute de diagnostic qui consiste k prendre pour un 
simulateur le dtinent precoce au dtbut et en particulier dans les formes 
frustes. En consequence, M. Monod rappelle le vosu trts juste tmis par 
llberg, que tout soldat soit examine au point de vue mental avant son 
incorporation et pendant son service dts que des punitions rtiterees 
attirent l’attention sur lui. 

Ce dtsir de M. Monod serait une mesure excellenteet que Ton devrait 
aussi plus rigoureusement appliquer dans la vie civile toutes les fois 
que des sanctions rtpettes atteignent un mtme individu. 

L’auteur demande enfin l’intervention regulitre de l’inspection psy- 
chiatrique dansles prisons et dans les pdnitenciers militaires. 

Le travail de M. Monod contient deux observations cliniques trts ttu* 
dites; il se termine par des considerations sur la prophylaxie de l’af- 
fection dans la gtn&se de laquelle le surmenage et la vie intensive 


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REVUE DE PSYCHIATRIC 


actuelle jouent un grand rdle. La reeducation de la volontd poarrait 
6tre tentde chez ces malades lorsque leur attention est suffisamment 
conservee et ce traitement mddico-pddagogique leur serait applique 
dans un asile-colonie ou ils auraient une occupation rdguli&re, aussi bien 
corporelle que mentale. 

H. Damaye. 


NOTES & INFORMATIONS 


Une contribution A i’dtude de la gendse de la notion d’dme '. — 

L’auteur essaie d’dtablir a 1’aide de documents etnographiques la 
gen&se de la notion d’ame. L’etude de cette notion qui encombre l’an- 
cienne psychologie, aprbs avoir 6t6 ndgligde par la psychologie experi- 
mentale, reapparait dans le domaine scientifique sous un aspect nou¬ 
veau, grace ix la sociologie. Hatons-nous de dire que M. Monseur n'est 
pas un sociologue. Cest un folkloriste. Son travail nous apparait 
comme un ensemble de documents ethnographiques parmi lesquels 
psychologues et sociologues devront faire des coupes profondes. Mais 
tel qu’il est pose par l'auteur, le probl&ine de la notion d’&me nous 
intdresse, quelle que soit notre opinion sur la methode employ de pour le 
rdsoudre 

L’ame est une notion qui s’est elaboree au cours de Involution so- 
ciale. Les erreurs d’interpretation des phenomenes qui, aux debuts de 
Thumanite crderent un monde imaginaire derridre les faits materiels 
donna naissance h cette notion. Parmi ces erreurs, les speculations 
sur les rdves prophetiques eurent certainement une place mais moins 
importante peut-dtre qu’on nele dit. Monseur attribue une importance 
plus grande au fait suivant : 

Lorsque deux indi vidus seregardent les yeux dans les yeux, chacunaper- 
Qoit dans la pupille de l’autre son image reflechie. Les primitifs durent 
croire que cette image dtait une des formes de l'ame. Un certain nom- 
bre de documents prouvent que les primitifs se preoccuperent de ce 
phdnomdne et I’interprdtdrent ainsi. Malheureusement M. Monseur ne 
fait pas un choix dans ses preuves, il accumule des faits sans s’occuper 
de leur valeur reelle ; les conclusions sont par cela meme hatives. Telle 
est l’explication de l’habitude de clore des yeux inorts par le souci 
d’empdcher l’ame de s'echapper. II y a aussi des affirmations comme 
« la croyance mondiale au mauvais ceil » sur lesquelles on doit faire 
des reserves (p. 16). 

Malgrd ces critiques, le travail de M. Monseur est utile; il montre 
aux psychologues que l’etude de la gendse des notions doit se faire 
d’aprds les textes etnographiques, car l’ontogenese est insuffisante 
pour nous faire savoir tous les moments de ces elaborations et leurs 
causes. Toutefois les psychologues qui entreprendraient ces recher- 
ches devraient le faire avec une methode sociologique plus rationnelle. 

J. M. Lahy. 

L’dtat mental de la prlncesse Louise. — MM. Magnan et Dubuisson 
ont remis le 26 mai a M. Ditte, president du Tribunal civil, leur rap- 

1 E. Monseur. — L dme pupilline. Revue de ihistoire de» Religions. Jan¬ 
vier, Fevrier 1905, p. 1-23. Extrait d un ouvrage en preparation sur les di- 
verses formes de la conception primitive de TAme. 


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NOTES ET INFORMATIONS 


261 


port sur P6tat mental de la princesse Louise. 11 devait porter sur les 
ddux points suivants : 

1* Si son Altesse Royale est actueliement saine d'espritet capable de 
gerer elle-m6me dfiment ses affaires. 

2* Eventuellement, dans le cas ouce rdsultat ne pourrai16tre prononc6, 
si son Altesse Royale a encore besoin du sejour dans un 6tablissement 
ferine. 

De l’examen des experts il resuite que Petat c6r6bral de la princesse 
ne saurait etre rapproch6 d’aucune esp&ce de rnaladie mentale, qu'on ne 
rencontre, cotnme leg^re anomalie qu’une disposition A une crAdule 
confiance. 

« II est de toute Evidence, diclarent-ils, que l'Atat mental actuel de 
Son Altesse Royale ne saurait justifler sa reintegration dans une mai- 
son de santA, » mais ne parait non plus de nature A justifler Pinter * 
diction. 

Le Vl e Congrds de psychologie. — Le VI e CongrAs international de 
psychologie aura lieu A GenAve, en 1909, probablement vers la fin 
d’aoiit. Le CongrAs a dAclinA les propositions de Boston, Graz et Stoc¬ 
kholm. 

Le prAsident est M. Flournoy, professeur de psychologie A l’Univer- 
sitA de GenAve, le vice-president, M. Ladamb, et le secretaire general, 
M. Claparede, privat-docent A 1’UniversitA. 

Le ComitA international de propagande, Alu par le ComitA prAcAdent, 
se compose des personnes suivantes : 

France. — MM. Binet, Bourdon, Dumas, Janet, Ribot, Richet, 
SAglas, Sollier et Toulouse. 

Allemagne. — MM. Ebbinghaus, Flechsig, Kulpe, Schrenk-Not- 
zing, Sommer, Stumpf et Wundt. 

Angletcrre. — MM. Ferrier, Galton, Mac Dougall, Stout, J. Sully, 
Ward. 

Australic. — M. Anderson Stuart. 

A ulriche-Hongrie. — MM. Exner, Hiefler, Marty et Meinong. 

Belgique. — MM. J. Demoor et PiAri. 

Dane/nark. — MM. Hoeffding et Lehmann. 

Espagne. — M. Ramon y Cajal. 

Etats-Unis. — MM. Baldwin, Cattell, W. James, Ladd, Munster* 
berg, Stanley Hall, Sterdvart. 

Hollande. — MM. Heymans, Winkler et Zwaardemaker. 

Italic. — MM. Bkentano, Ferrari, Luciani, Morselli, Mosso, Scia* 
manna, Sergi et Tamburini. 

Japon. — MM. Motora et Sakaki. 

Noricdgc. — MM. Aars et Mourly Wold. 

Portugal. — M. Magalaes. 

Ron manic. — M. Vasciiide. 

Russie. — MM. Bechterew, Loskyi, Mendelsohn, Poniakow et 
Sebrennikow. 

Suede. — MM. Henschen et Retzius. 

Suisse . — MM. Claparede, Flournoy, Forel et Ladame. 

— II faut attendre beaucoup de Pesprit d’organisation de Gen&ve et 
de M. Claparfede, pour faire de ce VI e Congr6s un Congrfcs veritable* 
ment important et utile. 

Un voeu du dernier Congrds de Psychologie. — A la stance de 
cldture du Congrfcs International de Psychologie, a dtd vote le voeu que 
l enseignement de la psychologie experimental fut institue dans toutes 
les Universites, avec etablissement de laboratoires. On ferait bien en, 


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262 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


France de tenir compte de ce voeu qni ne pent plus viser ni l’Allemagne 
ni l’Amdrique. 

Association mddico-psychologique anglaise. — Le Conseil de 
1*Association medico-psychologique anglaise, a eiu 4 l’unanimite, en 
remplacement de feu Sir John Sibbald, comme president, M. O utter - 
son Wood, qui presidera l’assembiee annuelle de 1’Association en 
juillet prochain. 

Les femmes dans les Asiles. — M"* Jessio C. Houter, chargee du 
service medical k l’asile privd de Lincoln, a ete nomm6e mddecin en 
chef de l’asile de Bracebridge. 

Les mddeclns anglais dans les Asiles. — Pendant la visite des 
mddecins anglais k Paris, un certain nombre, s’intdressant k la neuro¬ 
logic et a la psychiatrie ont visite le 11 mai Ste-Anne et la Salpetridre : 
MM. C.-E. Bewbr, Byrom Bramwell, Collier, Craig, Mott, Ogil- 
vie, Saville. 11s ont ensuite assists k une stance de la Society de 
Neurologic. 

Le 12 mai, l’Asile national de Charenton a re$u un grand nombre de 
visiteurs. 

Universitds drangdres. — M. Cappelletti a ete nommd privat- 
docent de neurologic et psychiatrie a l’Universite de Bologne. 

M. Kaimann a etd nomme privat-docent de psychiatrie a 1’Universite 
de Vienne. 

M. K. Jung a et6 nomme privat-docent de psychiatrie k 1’University 
de Zurich. 

Internet des Asiles. — M. Froissart et M ,u Grunspan, internes 
provisoires en mddecine des asiles de la Seine ont et6 nommds inter¬ 
nes titulaires respectivement k l’Asile de Ville-Evrard et k l’Asile de 
Moisselles (emploi cree). 

Personnel des Asiles d’al!6n6s. — Mouvement cVA vril et de Mai 1905 . 
— M. le D r Hogues de Fursac, m£decin adjoint k l’asile de Clermont 
(Oise), promu k la classe exceptionnelle du cadre. 

M. le D r P^lissier, medecin adjoint a l'asile de Marseille, promu k 
la classe exceptionnelle du cadre. 

M. Sabal, Sous-Prdfet de Coutances, est nomme directeur de l’Asile 
d'aliends de Bron (Rh6ne), en remplacement de M. Ligier, decdde. 

M. Cuveuer, directeur de 1'Asile d’alidnes de Rennes, promu k la 
2* classe du cadre. 

M. Simonet, secretaire dela direction de 1’Asile d'aliends de Ch&lons- 
sur-Marne, est nbmme directeur de l’Asile d’alienees de Baillenl (Nord), 
en remplacement de M. Dugardin, decdde. 

Prlx de la Soci6t6 mddlco-psychologique. — La stance solen- 
nelle du 17 avril 1905 est consacrde k la lecture des rapports des 
commissions de prix, au vote de leurs conclusions et k des elections. 

Le Prix Belhomme n’est pas ddcerne. Une mention honorable, avec 
recompense de 300 francs, est accordee a MM. Boulanger et Minnaert 
(de Bruxelles). Une mention honorable, avec recompense de 200 francs, 
est accordee fc M. Boyer , professeur a l’lnstitut medico-pddagogique 
de Vitry-sur-Seine. La question mise au concours etait : L'association 
des iddes chez l’idiot et chez l’imbecile. Le sujet propose pour l’annee 
prochaine est : La demence epileptique chez l’enfant. (Rapporteur : 
M. Chaslin). 

Le Prix Esquirol est decern 6 a M. Auguste Bonhomme , interne en 
mddecine a la maison nationals de Charenton, pour son memoirs sur 
la prdtendue bienveillance des paralytiques gdndraux. Une mention 


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NOTES ET INFORMATIONS 


263 


honorable est accordde 4 M. Louis Trepsa , interne 4 l'&sile d*Evrenx. 
(Rapporteur : M. Antheaume). 

Le Prix Moreau-de-Tours est attribud 4 M. Prioat de Fortunie , 
medecin-adjoint des asiles, pour son travail sur les ddlires post-par turn, 
Des mentions honorables sont ddcerndes 4 MM. Juquclier> Danxaye , 
Petit. (Rapporteur : M. Pactet). 

Aprds lecture d'un rapport de M. Vigouroux, M. Picqub, chirurgien 
des hdpitaux et chirurgien en chef des asiles de la Seine, est dlu 
me mb re titulaire de la Socidtd. 

Aprds lecture d’un rapport de M. Du pain, M. le docteur Victor Par ant 
fils, de Toulouse, est dlu membre correspondant. 

G. Collet. 

Sujet do prix de la Facultd de mddeclne de Paris. — La Facultd 
de iqddecine de Paris ddcernera en 1905, parmi les prix pour lesquels 
les memoires anonymes doivent dtre remis avant le 15 octobre le prix 
suivant : 

Prix Corvisart. (Mddaille de vermeil et 400 fr.) 

Etiologic et anatomic pathologique de la paralysie generate. 

Acoident 4 la colonle d’Alnay-le-Chfiteau. — Un douloureux eyd- 
nement vient d'attrister la colonie d’Ainay-le-Ch4teau, d’ordinaire'si 
paisible depuis sept ans qu’elle existe, et de codter la vie 4 deux ma- 
lades. 

Un vieux persecute hallucind, transfer^ des asiles de la Seine depuis 
deux ans, s’est pris de querelle dans la soirde du 4 mai avec un ddbile 
hdmipldgique qu’il a frappd 4 coups de vase de nuit. Cet accident est 
imputable aux nourriciers qui avaient modifld les conditions du place- 
ment sans autorisation et ne couchaient plus dans leur chambre im- 
mediatement contigud 4 celle des malades. 

Les pensionnaires avaient dtd visitds le matin mdrne, revinrent dans 
l’aprds-midi a la colonie prendre part a la distribution hebdomadaire de 
cafd; ce jour-14, le meurtrier se plaignit d’einbarras gastrique et regut 
une prescription. Rien dans leur attitude ne faisait prdvoir le drame 
qui devait se derouler le soir mdme. Une discussion a dO surgir entre 
eux, suivie de rixe. P..., s’emparant d’un vase en Idle dmaillde, 
frappa C... 4 coups redoubles. Les voisins accoururent au bruit, pdnd- 
trdrent dans la chambre au moment ou P... s’dtrfcnglait avec sa cra- 
vate. Tous les secours furent inutiles pour le ramener 4 la vie. La vie* 
time, transports 4 l’inflrmerie par mes soins, y mourut quelques heu- 
res plus lord. C’etait, ai-je dit, un vieillard affaibli, emphysdmateux, 
hdmipldgique. Le persecute qui l’a tudet s'est tud ensuite dtait figd de 
66 ans environ et avait manifestd des iddes de persecution depuis trois 
ans ; c’dt&it un mdlancolique tardif avec iddes de persdeution. 

La colonie d’Ainay a 400 placements, e’est le premier accident de ce 
genre qui s’y produit. L*Assistance familiale en France n’est pas trds 
ancienne; cet dvdnement fdcheyx ne saurait compromettre l'avenir 
dun institution si utile; il appelle ndanmoins des mesures particulidres 
de sdlection rigoureuse des malades et de sdvdritd vis-a-vis des nour¬ 
riciers chargds de leur surveillance. 

Avec l’abondance persistante des demandes, il y a lieu d’dcarter sys- 
tdmatiquement les placements oh les nourriciers ne se trouveraient pas 
logds 4 portde immediate des malades 4 eux confids. (Test 4 cela que 
tendront tous mes efforts dans le service dont je viens de prendre la 
direction. 

Docteur Bonnet. 

M6decin-Directeur de la colonie 
d’Ainay-le-ChAteau. 


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REVUE DE PSVCHIATRFE 


IV' Congrlt International d’asslstance. — Le IV* Congres inter¬ 
national d'assistance publiquc et pride aura lieu h Milan, en octobre 
1905, et pour en rendre la preparation plus aiste, le Comitt extcutif 
(ayant sa residence k l’Hdtel de Ville de Milan) a commence la publi¬ 
cation d'une revue qui a ttt largement distribute et qui sera envoyte 
gratuitement & toute personne qui en fera demande par une simple 
carte de visite. Le premier numero contient l’invitation, le programme 
et le rtglement du Congrts, les notices sur ce que le Comitt a fait 
jusquici, les communications touchant la visite que Ion fera, aussitdt 
apres le Congres, aux principales oeuvres d’assistance dans les plus 
importantes villes d’ltalie, et les premitres contributions, de relations 
et d’etudes, au dtveloppement des questions. 

Ces dernitres sont d’une importance rtelle et d’un grand inttrtt. 
Elies regardent, en effet: la neccssite d'une entente Internationale pour 
V assistance aux et rangers, V education pro/essionnelle des auxiliaires 
btndcoles de Vassistance publiguc , la protection et Vassistance des 
jeunes Jllles et de la femme isolee, les mesures dassistence prises ou a 
prendre dans les dijferents pays contre la mortality infantile , et enfln 
Vexamen des systemes et des limites dans lesquellcs les formes de l'as¬ 
surance et de la pdcoyance peuocnt et doieent rctnplaccr et completer 
les fonctions de la bienfaisance et de Vassistance publiquc accc le 
concours des institutions qui remplissent actucllement ces fonctions. 

Ntcrologle. — Lorsque, il y a quelques semaines, les membres du 
dernier congres international de pyschologie, profltaient de la large et 
courtoise hospitalitt que ieur offrait M. Sciamanna, ou lorsqu’ils 
l’entendaient dtbiter avec sa vivacite de parole cette conftrence sur 
les fonctions ctrtbrales ou il attaquait tnergiquement les thtories de 
Flechsig, nul ne sonqeait gue quelques jours aprts leur dtpart, le 15 
mai, cet homme de 55 ans, k loeil vif, au nez busqut, a la longue barbe 
noire, h peine grisonnante, allait disparaitre. Et pourtant il ressentait 
dejt des douleurs cardiaques lancinantes, prtsage de l’accident subit 
qui provoqua sa mort au cours d’une crise de catarrhe bronchique. 

Ezio Sciamanna ttait nt a Albano, dans les environs iinmtdiats de 
Rome, en 1850. Il fit ses ttudes k I’Universitt, et, docteur en mtdecine 
en 1876, il se consacra aux ttudes mtdico psychologiques, parcourant le 
continent et les lies Britanniques, s'arrttant surtout & Londres et a Pa¬ 
ris ou il suivit assidument les cours de Charcot etde Magnan. De rctour 
en Italie il devint en 1881 «libero docente » de neuropathologie a l’Uni- 
versitt de Rome et bientdt appelt a la chaire de clinique psychiatrique 
qu’il ne devait pas quitter, il prit place aux cdtts de Giuseppe Sergi, 
fondant avec lui la Ricista di Psichiatria e Neuropatologia, qui se conti¬ 
nue sous la forme des Annali de la Clinica psichiatrica. 

Il travailla de nombreuses anntes sur l’excitabilitt tlectrique du cer- 
veau, les tumeurs ctrtbrales, et en gtntral les fonctions ctrtbrales, k 
tous les points de vue, sans negliger les maladies psychiques, les tics» 
les psychoses, etc. Ses articles scientiflques furent trts nombreux. Et 
d’autre part, il lutta toujours contre l’obscurantisme sous toutes ses 
formes, et en mtme temps qu’un savant de valeur, e’est un homme 
tclairt et un citoyen dtvout que perd dans la personne de Sciamanna 
la ville de Rome. 


Le g&rant: A. Coueslant. 
PARIS & CAHORS, IMPRIMERIE A. COUESLANT (VI-31-05) 


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REVUE CRITIQUE 


LES ASILES SPECIAUX POUR LES CONDAMN^S ALIENES 
ET LES PSYCHOPATHIES DANGEREUX 

Par le Docteur Paul Serieux 

MSdecin en Chef de l’ As He de Ville-Evrard 


L’assistance des alien^s est entree, depuis la fin du siecle der¬ 
nier, dans une voie nouvelle. On substitue graduellement au 
classement des alien6s dans une s6rie de quartiers situ6s dans 
le mAme asile, la repartition des diverses categories de psycho- 
pathes dans une serie d etablissements de plus en plus differen¬ 
ces. Ayant chacun une destination tres precise, ces divers 
asiles ont par suite une organisation specialement adaptee aux 
roles distincts qui leur incombent.C’est ainsi qu’on organise, ou 
qu’on r4dame, des hdpitaux pour le traitement des maladies 
men tales aigues, des colonies pour les alienes chroniques vali- 
des et les convalescents, des hospices pour les incurables infir- 
mes, des asiles spiciaux pour le traitement des buveurs, des 
asiles — colonies pour les epileptiques, des institutes m&dico- 
pidagogiques pour les arrier4s, des sanatoriums pour les ner- 
veux, des colonies familiales pour les alienes inoffensifs, etc. 
A fortiori la n6cessit6 d’etablissements speciaux s’impose-t-elle 
pour les diverses categories de sujets englobees sous la rubrique 
d'ali€n£s criminels . 

Dans la presente Revue nous nous proposons de tracer les 
grandes lignes de l’organisation de l’assistance des alienes cri¬ 
minels telles qu’elles nous apparaissent & la lumiere des travaux 
parus en Europe et en Am^rique \ et surtout des experiences 
tentdes dans les differents Etats au cours de la derniere moitie 
du xix e siecle. Pour plus de clarte, nous examinerons succes- 
sivement les solutions distinctes que reclame l’assistance des 
diverses categories de sujets & tort confondus sous la denomina¬ 
tion d’alienes criminels. Nous ne mentionnerons que pour la 
repousser la proposition faite recemment de enter un ou 
plusieurs asiles speciaux destines h recevoir les alienes cri¬ 
minels sans distinction de categories. Cet etablissement, analo¬ 
gue aux asiles d’alienes criminels d’Angleterre, des Etats-Unis 
et d’ltalie, renfermerait ainsi : 1° Les inculpds reconnus alie- 
n£s soit au cours de l’instruction, soit pendant les debats judi- 


i Pnrmi les plus recents de ces travaux citons ceux de Colin et Pnctet (dans 
XEncyclopedic des Aide-Memoire ), de Niieko [Die Vnterbringung geisteskranker 
Verbrecher Halle, Marhold 1902) d'Aschaflenburg, de Keraval (Rapport au 
Congr^s de Pau 190'*), de P. Serieux (I’.-tss/s des Alienes en France, en 
Allemagne, en Italic et en Suisse , Paris, Imprimerie inunicipulc 1*03). 

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REVUE DE PSYCHIATR1E 


ciaires, ou acquittes pour cause de folie; — 2* Les detenus de¬ 
tenus ali£n6s en coups de peine ; — 3° Les ali^nis qui, places 
dans les asiles, y auraient commis des actes qualifies crimes. 

Nous distinguerons, au conlraire, deux grandes categories 
d’ali6n6s criminels, auxquels doivent corresponds deux cate¬ 
gories d’etablissements distincts : 

1° Les condamn6s detenus ali&n£s en cours de peine; 

2° Les psychopathes dangereux. 

(Test avec intention que nous n’employons pas la denomina¬ 
tion habituelle d*ali4nes ay ant commis des crimes. Nous esti- 
mons ndcessaire de creer des asiles speciaux de s(lret£, sui- 
vant Theureuse expression de Paul Gamier, non point pour 
tous les alien6s ayant commis, sous l’influence de leur d61ire, 
des actes criminels, et pour ces attends settlement , mais pour 
les psychopathes dangereux quels qu'ils soient, et pour eux 
seulement. II est, en effet, des attends dits criminels qui, une 
fois internds, ne sont pas dangereux ou deviennent inoffensifs 
par suite des progres de la maladie : il est inutile de conserver 
ces sujets dans un’asilede suretd. D’autre part.il est des attends, 
ou des psychopates demi-aliends, qui n’ont pas commis, avant 
leur placement, d’acte dit criminel, mais qui n’en sont pas 
moins, dans les asiles ordinaires, des sujets tres dangereux, 
soit par leurs reactions deiirantes, soit par leurs instincts mal- 
faisants. Leur place est dans un asile special de surete. 

I 

Examinons d’abord la question des condamn&s detenus ali&- 
nt>s. II est une premiere solution que i’on est d’accord pour 
rejeter : nous voulons parler du placement de ces sujets dans 
les asiles ordinaires. Inutile d’insister sur les inconvenients de 
toute nature qu’entrainerait le transfert, dans ces derniers dta- 
blissents, de detenus dont on imposerait le contact 4 des sujets 
indemnes de toute tare pdnale. Une promiscuite facheuse, la 
ndcessitd d’une surveillance spdciale pour les detenus alienes, 
les mauvais instincts de ces sujets, sont autant de raisons qui 
font dcarter cette solution. 

Convient-il de crder pour eux de grands 6tablissements cen - 
traux comme la chose a ete faite en Angleterre, aux Etats- 
Unis, en Italie ? M. Niicke est d’avis que pour la Prusse (popu¬ 
lation : 34 millions d’habitants) deux ou trois asiles de ce genre 
suffiraient. Mais il signale les inconvenients que presenteraient 
les transferement des malades provenant de provinces dloigndes, 
sans parler des frais toujours dlevds que ces deplacements en- 
tralneraient. C’est aussi Topinion d’Allison. M. Niicke prdfere- 
rait plusieurs asiles rdgionaux installs 4 proximite de grands 
dtablisseraents penitentiaires, mais dont la population ne ddpas- 


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LES AS1LES SPECIAUX POUR LES CONDAMNES AL1ENES 267 


serait pas 200 on 300 malades. Les locaux devraient dtre moins 
vastes qu’a Broadmoor et k Matteawan, en vue d’assurer la sur¬ 
veillance. Los frais de ces asiles speciaux seraient plus considd- 
rables que ceux des dtablissements ordinaires en raison de la 
necessity d’aradnagements particuliers (murs, barreaux). Le 
traitement des mddecins et du personnel de surveillance devrait 
dtre plus dlevd que dans les asiles ordinaires, en raison de la 
difficulty de leur tdche, et pour eviter le renouvellement inces¬ 
sant des agents. Niicke desapprouve la promiscuity des attends 
criminels et des condamnds attends en usage a Matteawan, k 
Broadmoor. A. Matteawan cependant il y a des locaux speciaux 
pour cbacune de ces categories, et k Dannemora, des quartiers 
speciaux. Lemdme auteur ne recommande pas les grands asiles 
centraux (type Broadmoor) aux nations du continent. 

Les quartiers speciaux annnexds a des asiles d’alienes ont 
peu de partisans. Les resultats ne sont en general pas tres 
satisfaisants. Niicke considere comme peu recommandable cette 
solution du probleme. On a fait remarquer que ces sections 
dtant peu considerables, il est malaise de classer les malades : 
le traitement individual, le travail sont difflcilement organises. 
Cependant ces quartiers paraissent indispensables dans les pays 
ou, comme en Prusse, les condamnds devenus attends ne sont 
conserves que 6 mois (parfois 12 mois) dans le quartier spdcial 
annexe k une prison : transfdrds ensuite dans les asiles ordi¬ 
naires, ces attends ne peuvent sans inconvenient rester confon- 
dus avec les autres malades. Niicke conseille, si Ton admet la 
ndcessitd de quartiers spdciaux pour criminels dans les asiles 
d’alidnds, de construire un bdtiment completeraent sdpard de 
l’asile, comme on l’a fait k Diiren, plutot que d’affecter k cette 
catdgoriede malades un quartier de l’asile spdcialement amd- 
nagd. 

Enfin une troisieme solution consisterait k annexer a cer¬ 
tains dtablissemenls pdnitentiaires des quartiers spdciaux 
d'alidnds. C'est ce que demandait Foville des 1870, et les Ins- 
pecteurs gdndraux du service des Attends en 1874 : deux quar¬ 
tiers spdciaux devaient dtre annexes k des dtablissements peni- 
tentiaires pour recevoir les detenus hommes devenus attends, 
Tun k Gaillon pour les dtablissements du Nord ; un second pour 
la rdgion Sud ; le nombre total des places prdvues etait de 250 
environ ; un troisieme quartier devaitdtre reserve aux femmes. 
Ce systeme n’a point prisen France une grande extension ; seul, 
le quartier de Gaillon a dte organise, avec un nombre de places 
manifestement insuffisant. En Prusse, au contraire, on a donnd 
un grand ddveloppement au systeme des quartiers speciaux 
annexes aux maisons centrales. Ces quartiers sont actuelle- 
raent au nombre de G. 

Avec Niicke nous ferons remarquer que ce systeme, pour don- 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


ner de bons rdsultats, doit satisfaire aux exigences suivantes : 
1° le mddecin de ce quartier doit dtre un alidniste, et, de prefe¬ 
rence, dtre dgalement mddecin de la prison; 2° le mddecin doit 
£tre absolument inddpendant pour tout ce qui a trait aux ques¬ 
tions medicales et liygidniques ; 3° le quartier special ne doit 
pas dtre trop petit, afin de permettre un classement mdthodique 
des malades. Un jardin assez vaste, peut-dtre aussi un terrain 
de culture, seraient utiles. Le quartier special doit faire partie 
intdgrante de la prison et en dependre au point de vue des ser¬ 
vices economiques, en vue de diminuer le prix de revient. II est 
bon, dit Niicke, qu’une discipline assez severe y regne, disci¬ 
pline qui ne doit pas dtre appliqude collectivement et qui doit 
rester sous le contrdle du mddecin. Le mdme auteur se declare 
partisan des grands quartiers speciaux annexes d de grandes 
prisons; il considere le nombre des lits comme devant dtre de 
100 k 150. Le mddecin chef de service, dont la besogne sera 
considerable (Rapports nombreux), doit dtre secondd par un 
assistant. Rien ne doit rappeler la prison, ni luniforme, ni le 
regime, etc. II convient que le quartier se rapproche autant 
quo possible d’un hopital et qu'il ne soit pas uniquement un 
quartier d’observation, de passage. Le traitement par le lit sera 
autant que possible substitud k Tisolement. Dans ces conditions, 
on pourra obtenir autant de gudrisons que dans les asiles. 

L’union intime du quartier special et de la prison pr6sente, 
pour Tauteur precedent, certains avantages : les malades, les 
sujets en observation peuvent dtre facilement transfdr6$ de la 
prison k l’infirmerie speciale ; de mdme pour la reintegration k 
la prison des non-ali6nds. De plus, les agents du service pdni- 
tentiaire sont mis a mdme de voir les attends, d’apprendre com¬ 
ment il convient de les trailer, de se ddbarrasser de certains 
prdjugds, de contribuer k signaler les sujets atteints, ou sup¬ 
poses atteints, de maladies mentales, au grand benefice de la 
discipline et du traitement des autres detenus. « Qui sait, dit 
M. Niicke, si quelque jour on ne verra pas faire des cliniques de 
criminologie pour les juristes et les agents du service pdniten- 
tiaire dans les prisons et leurs annexes ? » 

En Prusse, les attends admis dans les quartiers spdciaux sont 
placds en observation durant six semaines, puis traitds durant 
six mois ; une fois cette derniere pdriode expirde, ils sont trans¬ 
fers dans les asiles ordinaires. Niicke voudrait que les attends 
y soient gardes jusqu'ii l’expiration de leur peine (gudris ou 
non). Dans le premier cas, c’est pour dviter les rechutes que 
pourrait produire le retour des convalescents dans la prison. 
Apres l'expiration de la peine, on ne garderait dans le quartier 
spdcial que les sujets les plus dangereux, les plus pervers, et 
cela jusqu’dt ce qu’ils soient devenus moins malfaisants. Us 
pourraient alors dtre transfdrds dans les asiles d'alidnds ordi¬ 
naires. 


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LES ASILES SPECIAUX POUR LES CONDAMNES ALIENES 


269 


Nacke conseille d’installer les quartiers annexes dans les 
4tablisseraents pdnitentiaires des villes universitalres, de facon 
qae les m6decins de ces 4tablissements puissent 6tre recrut6s 
parmi les professeurs de psychiatrie et de ra6decine legale; on 
faciliterait ainsi T6tude des crirainels ali6nes, l’6ducation des 
juristes et des raddecins, la comparaison da criminel non-alidnd 
et du criminel alidn6. 

Pour la France, on peut discuter sur les a vantages et les 
inconvenients respectifs des deux systemes proposes pour l’lios- 
pitalisation des condamnes devenus aiienes : asile special 
d'Etat on quartiers speciaux annexes it des etablissements 
pinitentiaires. Quel serait le nombre des detenus k hospita- 
liser? Le quartier de Gaillon n’est pas sufflsant avec ses 120 
places, dont 75 sont seules habituellement occupies, pour rece- 
voir tous les detenus alienis de France. Rappelons qu’en 1874 
les inspecteurs g6neraux pr6voyaient une population de 250 
detenus alien6s (liommes). 11 est hors de doute que si le quartier 
de Gaillon a paru suffire jusqu’ici, c'est parce que nombre de 
detenus devenus ali6n6s en cours de peine, ou dej& ali6n6s lors 
de leur condemnation, restent m^connus. D’apres Colin une 
inflme minorite des condamnes est envoyee a Gaillon; l’im- 
mense majorite est maintenue dans les prisons « oil, sous le 
nom d’irr6ductibles ou de simulateurs, ils encourent toutes 
sortes de punitions... sans parler des mauvais traitements even- 
tuels ». 

Rappelons que le Grand-duche de Bade va prochainement 
inaugurer un pavilion special de condamnes devenus aiienes 
dont la population sera de 40 malades. Or, la population du 
Grand-duch6 d^passe k peine 2.000.000 d’habitants. Si la pro¬ 
portion des cas de maladie mentale chez les detenus de nos 
prisons est la m6me que dans celles du Grand-duche, c’est done 
un asile de 700 k 800 lits qui serait n6cessaire pour hospitaliser 
les condamnes devenus aliends dans les prisons francaises. On 
peut estimer, d’autre part, le nombre des condamnes alien6s 
des asiles speciaux de la Grande-Bretagne k la moiti6 du chiffre 
total des ali6nds criminels, dont le nombre est de 1.000, soit a 
environ 500. (A Broadmoor, la proportion des condamnes de- 
venusaliends par rapport au chiffre total des alien6s criminels 
est d’environ 40 %). Si done nous admetlons la necessity de la 
creation de 500 lits pour les aiienes provenant des etablisse¬ 
ments p6nitentiaires de France, on estimera sans doute que ce 
chiffre n’est pas exag^re. 

Pour ces 500 malades faut-il prdferer un asile special, auto- 
nome, qui centraliserait tous les detenus aiienes de France? On 
peut, a l’appui de ce projet, faire valoir les arguments sui- 
vants : le classement des ali6n4s sera naturellement plus per¬ 
fection^ dans un grand 6tablissement con tenant 500 malades 


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270 


REVUE DE PSYCHIATR1E 


quo dans de petits quartiers sp4ciaux ; on pourrait facilement 
repartir les alienes en une vingtaine de pavilions, subdivis6s 
eux-m£mes en sections distinctes, independantes. On 6viterait 
ainsi la promiscuite h laquelle il est bien malais6 que les ma- 
lades echappent quand on ne dispose que d’un seul batiment 
plus ou moins bien adapte & sa destination (corame Gaillon), ou 
ne possedant qu’une quarantaine de lits (comme en Prusse). 
En somme, on se rapprocherait des conditions indispensables 
pour le bon fonctionnement d’un asile ordinaire, oil le classe- 
ment des malades est la condition primordiale a remplir. On 
pourrait avoir ainsi deux quartiers de surveillance continue , 
Pun pour les sujets calmes, l’autre pour les bruyants, un quar- 
tier cTagites, un quartier d’infirmerie, un quartier d’6pileptiques 
dits non alienes, un quartier de dangereux calmes, deux ou 
trois quartiers de tranquilles, etc. Le travail pourrait 6tre mieux 
organist. 

En rdsumd, les malades d’un asile central pourront, toutes 
clioses 6gales,6tre mieux surveilles, mieux classes et mieux trai- 
tes qu’ils ne le seraieut dans des quartiers sp6ciaux trop mul¬ 
tiplies, ne comptant chacun qu’un nombre restreint de sujets. 
En outre, le service medical dans un asile central pourrait £tre 
confie k des m6decins alienistes aides d’assistants recrutes au 
concours. Les mGmes garanties de competence du personnel 
mddical seraient difflciles & obtenir dans huit ou dix quartiers 
sp6ciaux annexes & des etablissements p6nitentiaires. On ne 
pourrait, pour chacun d’eux, avoir comme chef de service que 
le m6decin de la prison, et non pas un spdcialiste competent. 

En faveur des quartiers spgciaux annexes a des maisons 
centrales (systeme adoptd en Prusse), on peut invoquer des 
raisons d’economie, la lacilite du transfert des detenus alien6s 
au quartier special, par suite de la repartition des quartiers 
annexes dans les diff^rentes regions, et enfin d’autres argu¬ 
ments dounds plus haut. Le service medical, par contre, serait 
peut-etre plus difficile & assurer d’une fa^on satisfaisante, de 
m£me le classement des malades; le travail, consideration 
importante, serait moins facilement organise. Ces objections 
cependant n’ont pas toutes une 4gale valeur, et nous ne serions 
pas eloignes de nous rallier au projet de Niicke : Creation de 
tjrands quartiers annexes de 150 malades au moins. Ces 
quartiers, au nombre de trois pour les liommes, d’un pour les 
femmes 1 , seraient annexes aux maisons centrales situdes k 
proximite des villes universitaires ; le service medical devrait 
etre assure par un medecin alieniste nomme au concours et un 
medecin assistant. Le sejour des malades ne serait limits que 


1 Pour les condamnces femmes, il nous semblc, cn nous basanl sar les 
rbifTres de lAngleterrc, qu un quartier special annexe dc 80 & 100 places serait 
suffisunt. 


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LES ASILES SPECIALS POUR LES CONDAMNES A LI EXES 


271 


par la durde de la peine ou de la maladie et non flxd a quelques 
mois. Cette derniere mesure a, en effet, pour rdsultat d’encom- 
brer les asiles ordinaires avec les critninels devenus alidnds 
provenant des quartiers speciaux. 

Pour nous, les quartiers spdciaux d’abdnds annexes aux dta- 
blisseraents pdnitentiaires doivent done dtre, non des stations 
d’observation passagere comme en Allemagne, mais des quar¬ 
tiers destines k conserver les abends dangereux, sinon jusqu’a 
la fin de la maladie, au moins jusqu’& respiration de la peine. 
Gudri avant l’expiration de la peine, le detenu serait reconduit 
en prison, k moins d’avis contraire du raddecin. Non gudri, il 
serait transfdrd dans un asile de surete, s’il est dangereux, 
ou dans un asile ordinaire si on le tient pour inoffensif. Le 
condamnd abend devrait dtre considdrd comme subissant sa 
peine, pendant toute la durde de son acces maladif quel que 
soit l’etablissement dans lequel il est traitd. 

L’admission dans Tasile central, ou dans les quartiers spd- 
ciaux, aurait lieu sur l’ordre du Ministre de l’Jntdrieur, et sur 
un certificat de medecin de l'etablissement penitentiaire consta- 
tant l’existence, ou la possibilitd, chez le detenu d’une maladie 
mentale. Les condamnds chez lesquels le medecin aurait cons¬ 
tate des troubles psychiques paraissant dus k la simulation, de- 
vraient dtre dgalement envoyds en observation k l’asile spdeial, 
oil ils seraient l’objet d’un rapport de la partdu chel‘de service. 

En vertu du reglement en vigueur au quartier spdeial de 
Gaillon (et cette mesure demeure inscrite dans divers projets 
do loi), les condamnGs & moins dun an de prison ne sont pas 
dirigds sur le quartier spdeial. Nous estimons qu’en principe 
tous les ddtenus abends, quels qu’ils soient, devraient dtre 
transferes a Tasile central. Les mddecins pourraient, apres une 
periode d’observation, proposer le transfert dans les asiles de 
surete, et mdme dans les asiles departementaux, des condamnds 
a moins d’un an, sans antdeddents graves au point de vue judi- 
ciaire, non recidivistes, sans instincts malfaisants. D’ailleurs le 
nombre de ces sujets sera relativement peu dlevd. 

Quant aux condamnds devenus abends, chez lesquels un 
rapport du medecin constaterait que la folie dtait antdrieure au 
crime, ces abends raeconnus, dont le nombre, assez dlevd, 
atteint le quart et mdme le tiers des cas, devraient, sans prdju- 
dice de la revision, pouvoir dtre transldrds k l’asile de surete 
reservd aux alidnds ayant commis des crimes. L k y dans le cas 
oil une nouvelle pdriode d’observation les ferait considerer 
comme devenus inoffensifs, le mddecin pourrait proposer leur 
translert & l’asile ddpartemental. 

En vue de prevenir les cas nombreux de maladie mentale me- 
connue et entrainant la condamnation de sujets irresponsables, 
nous demanderons la reorganisation de Uexpertise medico - 
legale prds les tribunaux civils et militaires. 


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272 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


Tous les prevenus et tous les enfants envo) T es en correction 
devraient dtre soutnis 4 1’examen sommaire <Tun medecin alie- 
niste qui signalerait au juge les individus pouvant faire l'objet 
d’une expertise veritable. A Paris la chose serait facile. De 
mdme a Lyon, ou le nombre des affaires n’est que de douze par 
jour en moyenne. De mdme encore dans les autres villes impor- 
tantes, oiiil serait facile de trouver un medecin competent pour 
examiner les prdvenus. 

Ces mesures auraient pour resultat de diminuer dans une 
notable proportion le nombre des condamnes considdrds 4 tort 
comme devenus attend en cours de peine, alors que sont des ma- 
lades dont l’etat mental a dte mdconnu au cours de l instruction 
et devant le tribunal. 

Une autre mesure, des plus utiles, consisterait 4 crder, com¬ 
me en Belgique, un service d*inspection , au point de vue 
mental , des detenus et des enfants placds dans les dtablisse- 
ments d'education correctionnelle. Ce service, s’il 4tait confiei 
des mddecins competents, dliminerait des prisons les alidnds 
qui y restent mdconnus, y portent le trouble et demeurent pri- 
vds des soins que reclame leur maladie. En Belgique, la propor¬ 
tion des cas d alienation mentale observes chez les ddtenus a 
double, et mdme triple, du jour ou des mddecins ayant quelque 
experience des maladies mentales, ont pdnetre dans les prisons. 
Chaque fois qu’un detenu paraitrait atteint d’une affection men- 
tale, une enqudte devrait dtre faite afin d’dtablir si la maladie 
ne serait pas antdrieure 4 la condamnation et a l’acte incrimine. 
Dans ce dernier cas, le malade serait transfer^ ailleurs que 
dans un quartier de ddtenus attends, et la revision devrait dtre 
poursuivie. 

II 

Nous arrivons maintenant a la seconde categorie envisagee 
d’alidnes dits criminels; il s’agit des psychopathes dangereux : 
attends ayant comrais des actes qualifies crimes, avant ou du- 
rant leur internement, degdndrds malfaisants, alcooliques dan¬ 
gereux, sujets 4 responsabilitd atldnude, etc. Si les sujets appar- 
tenantaces categories ne devraient pas dtre traiIds dans le 
merae dtablissement que les condamnds devenus alidads (comme 
on le fait en Italie, en Angleterre), ils ne sont pas davantage4 
leur place dans les asiles ordinaires : leur presence offre des 
incouvenients et mdme des dangers. II est done necessaire de 
leur affecter des asiles speciaux dits asiles de s&rete, soumis 4 
une reglcmenlation speciale pour l'entree et la sortie des mala- 
des. Dans ces memes etablissements pourraient dtre envoyes 
les inculpes dangereux soupronnds de lolie ou de simulation. 
Les prevenus non dangereux pourraient dtre placds en obser¬ 
vation dans les asiles ordinaires. 


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LES ASILES SPECIAUX POUR LES CONDAMNES ALIENES 273 


II nous semble inutile d’insister sur la necessity d’dtablisse- 
ments spdciaux pour les alidnds ayant commis des crimes, en 
tant que ces sujets continuent k dtre dangereux. Mais pour le 
grand groupe des alidnds malfaisants, dangereux quoique 
n’ayant pas commis de crimes, il est ndcessaire d’entrer dans 
quelques ddveloppements. 

Des progres considdrables ont dtd rdalisds dans la connais- 
sance de l’etat mental de cette categoric de sujets anormaux 
qu’on appelle/ons moraux , psychopathes ou ali&n&s vicieux , 
criminels-nte, dey£ner6s a tendances malfaisantes. Ces su¬ 
jets ont dtd bien dtudids en France par Magnan et ses dleves, 
par MM. Motet, Vetault, P. Gamier, Gilbeit Ballet, Charpen- 
tier, Lucas, Petit, Forel, Mahaim, Legrain, H. Colin, Duprd, et 
bien d’autres encore, sans parler des travaux mdmorables de 
l’Ecole italienne et de TEcole lyonnaise (Lacassagne et ses ele- 
vesj. Ces sujets anormaux sont pour le plupart des herdditai- 
res ddgdndrds. Leur etat mental est caractdrisd par la ddsdquili- 
bration psychique, la faiblessede la volontd et par Tapparition du 
delire, ou des impulsions dangereuses, sous I’influence du moin- 
dre acces alcoolique. Ce ne sont nides ivrognes, ni des vicieux 
simples, ni des simulateurs, ni des ddlinquants vulgaires pou- 
vant dtre modiflds par une repression Idgale. Et cependant ils 
encourent de nombreuses condamnations (ivresse, mendicitd, 
vagabondage, etc., etc). Nombre d’entre eux partagent leur vie 
entre la prison et l’asile d’alidnds : l’un,alcoolique et dpileptique 
a etd arrdtd 22 fois, condamnd 10 fois et interne 6 fois ; un au¬ 
tre, absinthique, a eu 20 affaires judiciaires, est entrd 24 fois k 
Tinfirmerie des alidnds, a dtd internd 17 fois et s'est dvadd 5 
fois. Tous se montrent manifestement incapables de vivre en 
libertd, sont un danger permanent pour la socidtd; et cependant 
les lacunes de la ldgislation laissent la collectivite sans defense 
conlre ces psychopathes dangereux : une rdforme s’impose. Les 
asiles actuels et la ldgislation des alidnds sont insuffisants pour 
ces anormaux, en raison de leurs mauvais instincts, de leurs 
impulsions perverses, de leurs tentatives d’dvasion, de leurs 
accusations calomnieuses, enfin en raison de la disparition sou- 
vent rapide de leurddlire (d'origine alcoolique) sous Tinfluence 
de l’hygiene de l’asile. La plupart des auteurs demandent pour 
eux la crdation de maisons spdciales destindes k les recevoir et 
k les garder pendant un temps tres long: actuellement la loi de 
1838 oblige le mddecin a mettre ces sujets en libertd des qu'ils 
n'ont plus de troubles delirants. Les nouvelles mesures recla- 
mees permettraient de ne les rcndre k la vie commune que quand 
ils auraient donnd des preuves soutenues que leur appdlit pour 
lalcool n’existe plus ou que leurs tendances malfaisantes sesont 
amendees. Pour entourer Tinternement et la mise en libertd de 
garanties rdelles,on a propose de restreindre rintervention des 


/ 


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274 


REVUE DE PSYCHIATRIC 


autorites administrative et judiciaire, qui sont incorapdtentes, et 
de charger une commission mddicale de statuer, apres un cer¬ 
tain nombre de recidives, trois par exemple. 

Les recherches dela psychiatrie mddico-ldgale ont eu pour rd- 
sultat de modifier profonddment les conceptions thdoriques sur 
la responsabilitd de ces anormaux. On a vu que le chatiment, 
que le Code pdnal, avec tousses moyens d’intimidation, n’avait 
point de prise sur ces dtres amoraux, a instincts antisociaux, 
qui ne sont point intimidables par la perspective de la peine, en 
raison mdme de leurs lacunes psychiques congenitales el de 
l’arrdt de developpement de leurs facultds cerebrates. II etait 
done vain — et injuste aussi — de les laisser dans les etablisse- 
ments penitentiaires. C’dtait, de plus, une mesure dangereuse : 
en effet, ils ne tardent pas k en sortir pour reprendre la sdrie de 
leurs mefaits. Comme, d'autre part, il ne pouvait dtre question 
de maintenir dans le milieu social dessujets anormaux, incapa- 
bles de s’adapter aux exigences de la vie en socidtd, comme 
leur prompte elimination s’imposait, il est arrive que ces degd- 
neres malfaisants, soustraits, en vertu de leur irresponsabilite, 
aux dtablissements pdnitentiaires, ont fini par encombrer les 
asiles d’alidnes. II s’est ainsi produit comme un retour en ar- 
riere : a Autrefois, dit Colin, les abends, dtaient mdles aux 
criminels dans les maisons de force ; aujourd’hui, ce sont des 
criminels qui viennent prendre place au milieu des alienes ». 

La presence dans les services ordinaires de ces sujets anor¬ 
maux, vicieux, de ces ddlinquants d’habitude, de ces criminels- 
nds, a de graves inconvenients pour ceux qui voient dans les 
asiles autre chose qu’une garderie d’incurables, et qui veulent 
leur maintenir (ou leur donner) le caractere d’un hdpital pour 
le traitement des maladies du cerveau. On objectera que ces 
individus, n’etant pas reconnus justiciables des dtablissements 
penitentiaires, sont bien k leur place dans les services ordinaires 
des asiles. Ne sont-ils pas, dira-t-on, des malades k caracteres 
spdeiaux, mais enfin des « malades Eh bien! il semble que 
e’est par une extension abusive du mot «maladie»qu'onapplique 
ce qualificatif aux sujets qui nous occupent. Ce ne sont point 
des € malades » au sens prdcis de ce vocable, c*est-a-dire des 
dtres, jusque-la normaux, dont un accident vient troubler le 
fonctionnement physiologique du cerveau, accident sur lequel 
la therapeutique peut avoir prise. Ce sont des « anormaux », 
des injirmes du cerveau, des sujets dont le ddveloppement 
psychique a subi un arrdt, et qu’on ne peut mieux comparer 
qu'aux malheureux qui.nes aveugles,sourds-muets, ou porteui s 
de quelque monstruositd, ne peuvent dtre considerds, k propre- 
raent parler, comme des « malades ». 

L’infirmite edrdbrale des ddgdndrds malfaisants, qui en fait 
des dtres pervers, impulsifs, suggestibles, dangereux, inadaptes 


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LES ASILES SPECIAUX POUR LES COXDAMXES ALIEXES 


275 


aux conditions actuelles de la vie en socidtd, cette infirmitd nd- 
cessite des mesures preservatrices. La conception de la respon- 
sabilitd attenude ne fait qu'augmenter leurs mdfaits en les assu- 
rant de l’impunitd ou de l’indulgence desjuges. Ces sujets doi- 
vent 6tre dliminds de 1‘organisme social dont ils entravent le 
fonctionnement; leur place est dans des etablissements speciaux 
oil ils trouveront une discipline et, s’ils sont jeunes, une educa¬ 
tion, un dressage qui pourront annihiler leurs tendances mal- 
faisantes. Mais qu’on ne les repartisse pas dans les services d’a- 
liends ordinaires, au milieu de sujets atteints d’affections du sys¬ 
tem© nerveux, qui, eux, sont des malades et doivent 6tre trai- 
tds comme des malades! 

C’est parle perfectionnement successif du classement desalie- 
n6s, par I’appropriation des quartiers de classement, a-t-on dit 
avec raison, ques’exprime et se mesure le progres.Or.s’il est une 
categorie de sujets qui doive £tre classee 4 part, complement 
separde des autres dans un « quartier de classement special * 
c'est bien celle des ddlinquants anormaux, des alidnes dange- 
reux, des degdndres 4 tendances malfaisantes, et c’est pour ces 
sujets qu’on avait fondd, il y a un demi-siecle, le quartier de la 
surete 4 Bicdtre. Mais un asile special de surete est encore 
preferable *. 

On peut faire valoir, en faveur de ce clasement spdcial, deux 
sortes d’arguments tirds — les uns du trouble que ces sujets 
anormaux apportent au fonctionnement de l’hdpital d'aliends, —* 
les autres des conditions ddfectueuses dans lesquelles cesddgend- 
rds vicieux sont eux-mdmes places dans les services ordinaires. 
L’dtat de choses actuel n’est pas moins nuisible, en effet, 4 cette 
derniere catdgorie qu’aux malades ordinaires de nos services. 
Lucides, ils sont cependant en gendral placds dans des quartiers 
d’agites ; de plus, ils se trouvent ainsi mis dans l’incapacite de 
travailler. Personne n’ignore les inconvenients graves qu’en- 
traine la presence dans les asiles de ces ddgdneres vicieux, 
qu’ils soient entres 4 l'asile 4 la suite d’une ordonnance de non- 
lieu, ou qu’ils n’aient pas eu affaire 4 la justice immddiatement 
avant l’internement: ce sont presque tous des habitues des pri¬ 
sons, dont ils ne sortent que pour entrer 4 l’asile, d’oii ils retour- 
nent ensuite en prison. Leur indiscipline, leurs penchants agres- 
sifs, leurs mauvais instincts, leur tendance 4 la revolte, leurs 
tentatives d’evasion ndcessitent une surveillance speciale et 


1 Get asile de siirete qu'on reclame au debut du xx e si&clc, le xvm* siccle 
le possedait : cetnit In Bastille. 11 opparnit en eflel avec evidence, a la lecture 
des travaux recents sur les holes de la celebre prison d’Etat, qua cote des 
victimes de larbitrage royal il y avait, en nombre non negligeable, des sujets 
appurtenant aux categories de deg^neres dangereux pour lesquels on demande 
aujourd hui des asiles de surete, et que, dejt\ a cette epoque, on reconnaissait 
comme trojp luc^der pour la maison d’alienes, insuflisamment responsablcs 
pour la prison, et trop malfuisantes pour 6tre laissccs en liberte. 


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276 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


obligent ainsi le medecin k restreindre la liberty dont pour- 
raient sans inconvenient jouir les autres malades au milieu des- 
quels ils vivent. 11s portent, en eflet, le desordre dans tous les 
quartiers oil successivement on les place; ils sont la terreur des 
sujets tranquilles et mdme du personnel, ils cherchent et rdus- 
sissent souvent & se procurer des boissons alcooliques, ils ser- 
vent de meneurs pour d’autres malades debiles d'intelligence et 
faciles k entralner, ils font des tentatives d’dvasion, des corn- 
plots, fomentent des rdvoltes, adressent de tous cotds des recla¬ 
mations; sur tous ces anormaux exercent une action d’autant 
plus pernitieuse qu’en general ils ont conserve leur lucidite. 
Souvent ils ont commis des delits; quelques-uns ont partag6 
leur existence entre la prison et l’asile, maisil arrive aussi qu’ils 
sont restes k la limite du Code: qu’ils aient ou non d’ailleurs un 
easier judiciaire, leurs tendances perverses ne les en rendent 
pas moins insupportables pour les malades qui doivent vivre 
avec eux en contact permanent de jour et de nuit. 

S’il etait necessaire d’insister, nous pourrions montrer lin- 
fluence pernicieuse des degdnerds malfaisants sur les malades 
lucides, sur les convalescents, les ddlirants, les hysteriques et 
epileptiques, les buveurs curables. Signalons seulemenl les 
graves dangers de contagion morale que prdsente la promis- 
cuitd, dans nos services, de prostituees et de jeunes filles dont 
la volonte ddbile offre un terrain prepare aux pires sugges¬ 
tions. II sufflt de citer aussi certaines hdreditaires k tendances 
dminemment vioieuses, profonderaent perverties, qui, du fait 
de leurs moeurs et de leurs exces de langage, sont une gdne 
permanente pour les autres malades et provoquent les plaintes 
legitimes des families. Pour ce qui est plus particulierement des 
buveurs, les sujets dont nous nous occupons neutralised, dans 
une mesure prodigieuse, les efforts du mddecin. (Legrain). 

Ddsarme en presence de ces sujets sur lesquels la therapeu- 
tique ordinaire n*a point de prise, non plus que le traitement 
moral, le mddecin se voit souvent oblige, pour dviter des dva- 
sions ou assurer le repos des autres malades, de les placer dans 
des quartiers d’agites. Or, il faut l’avouer, ce n'est Ik qu'un pis- 
•aller : la place de ces anormaux n’est pas dans une section d’a¬ 
gites oil, d’ailleurs, ils sont condamnds k l’oisivete. Les degdnd- 
res vicieux le savent, formulent des reclamations qui peuvent, 
au premier abord paraitre justifides et sont, Ik encore, une 
source de conffits. Essaye-t-on de leur donner satisfaction et de 
les placer de nouveau avec des sujets plus tranquilles, on est 
alors dans l obligation de restreindre la liberte qu’on cherche k 
donner Sees derniers : Yopen-door devient diftlcilement appli¬ 
cable, et de nombreux malades paisibles se voient prives de 
cette quasi-liberte k laquelle ils attachent un tves liaut prix, par 
suite de la prdsence de deux ou trois sujets malfaisants ndeessi- 


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LES ASILES SPECIAUX POUR LES CONDAMNES ALIENES 277 


tant une surveillance speciale. On voit les graves consequences 
des errements acluels. 

Ces alidnds malfaisants ne doivent dtre confondus ni avec les 
condamnds devenus alidnds, ni avec les alidnds ayant commis 
des actes crirainels. Pour ces deux dernieres categories, fait 
remarquer Colin, il est ndcessaire de modifier la loi de 1838 
au point de vue de leur placement et de leur maintien dans des 
asiles spdciaux. Mais, pour les anormaux pervers dont il s’agit 
ici, la loi de 1838 et l’autorite medicale sufilsent: il ne s’agit que 
de leur affecter un asile special. C’est une simple question de 
classement des alidnds internds, que chaque departement peut 
rdgler k sa guise. 

Loin d’aboutir, corame on Fa craint, k la creation de prisons 
oil seraient rigoureusement detenus des sujets qui ne doivent 
point dtre considerds comme des crirainels, Torganisation d’asiles 
de suretd aura des rdsultats dgalement favorables aux alidnds 
ordinaires et aux alidnds malfaisants : les premiers jouiront de 
plus de libertd et de plus de tranquillitd par suite de Telimina- 
tion des services hospitaliers des degenerds en question et, par 
suite, de l’abandon de certaines mesures disciplinaires que la 
prdsence de ceux-ci rend necessaires; — les seconds, au lieu 
d’dtre confondus avec [des sujets profonddment ddlirants ou 
agites, au lieu de rester dans 1’oisivete, seront repartis dans 
des locaux restreints oil, point capital, le travail sera organise. 

L’organisation du travail dans le quartier d’alidnds criminels 
de Gaillon a donnd k Colin d’excellents rdsultats, mdme avec 
certains sujets considdrds comme incorrigibles et dminemment 
dangereux. Auparayant, les rixes, les disputes, les batailles 
rangees, les rdvoltes mdme, dtaient choses habituelles. Au con- 
traire, divisds par petits groupes, dans des ateliers aussi res¬ 
treints que possible, ces sujets dangereux sont devenus des tra- 
vailleurs assidus. La salle de discipline a pu dtre supprimde et 
convertie en atelier. On a renonce pour des sujets de ce genre 
aux travaux de culture en commun, qui sont une occasion de 
revolte, d’dvasion. Seul, le travail industriel, a Taide d'un matd- 
riel inoffensif, est applicable dans un asile special. 

Si Tadmission dans lasile central de condamnds devenus 
alidnds nous a sembld devoir dtre prononcee par le ministre de 
rintdrieur, par centre nous estimons, avec la plupart. des au¬ 
teurs, que le placement dans l’asile de suretd d'un aliend ayant 
commis un acle criminel ou d’un degdndrd dangereux ne devrait 
avoir lieu qu’en vertu d'un arrdt de l’autorile judiciaire, dclai- 
ree par une expertise medicale. De mdme la sorlie n’aurait 
lieu qu’apres une expertise approfondie mddico-judiciaire. Le 
mddecin pourrait, en outre, proposer le translert dans les asiles 
ordinaires ou mdme la sorlie condilionnelle des malades qui lui 
paraitraient devenus inoffensifs. 

♦ 

* * 


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278 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


En resume nous proposons pour les diverses categories d’ali6- 
nes criminels, ou mieux de psychopathes dangereux, deux 
sortes d’etablisseraents r6pondant chacune 4 un grouperaentbien 
distinct de sujets : 

1° Un asile central d'Etat ou mieux quatre quartiers spi - 
ciaux , annexes 4 des etablissements p^nitentiaires situds pres 
d'une ville universitaire, pour les condamnds deyenus alienes 
en cours de peine ; 

2° Trots asiles de sitreti r&gionaux pour les psychopathes 
dangereux, alienes ayant commis un crime, ou une tentative 
criminelle, soit avant leur internement (alidnds objets d’une 
ordonnance de non-lieu, alienes acquittds), soit au cours de 
leur internement (malades qui, places dans un asile, auront 
commis un acte qualifle crime contre les personnes, des tenta- 
tives d’incendie, etc.). Dans ces asiles seront egalement trans¬ 
fers les detenus provenant de Tasile central (ou des quartiers 
spdciaux), non gu6ris 4 l’expiration de leur peine et considers 
comme dangereux pour l’asile ddpartemental, les abends mal- 
faisants, 4 mauvais instincts, les alcooliques invdtdrds, les fous 
moraux, les criminels-nds, les sujets 4 responsabilile attdnude, 
les inculpds dangereux, en observation pour cause de folie ou 
de simulation. Le pouvoir judiciaire, dclaird par une expertise 
mddicale, interviendra pour rentrde et la sortie des malades. 

Nous attendons de la realisation de ces reformes des resul- 
tatsdela plus haute importance, — pour la society qui sera mieux 
protegee, — pour les alienes ordinaires qui seront debarrass6s 
d’un contact penible, — pour les asiles departementaux oil Ton 
pourra voir disparaitre les derniers vestiges rappelant encore 
la prison (au lieu de llidpital), — enfin pour les abends criminels 
et malfaisants eux-mdmes, qui seront rd partis par categories 
distinctes dans diffdrents etablissements et qui, dans chaque 
etablissement, pourront encore £tre classes suivant leurs reac¬ 
tions, et se livrer4 un travail regulier. 

Ajoutons que, si les idees transformed les choses, les faits, 
eux aussi, modified les idees : il n’est pasjusqu’aux concep¬ 
tions surann6es sur la responsabilite, sur la psychologie du 
criminel, que la creation de ces etablissements ruinera. On 
verra — par des faits, et non par des discussions — que pour 
les sujets presentement envisages comme n’ayant qu’une res¬ 
ponsabilite attdnude, les asiles de surete sont preferables 4 
I'arbitraire des errements actuels. On comprendra qu’il est 
toute une catdgorie de sujets, les anormaux malfaisants, que 
Ton considere 4 juste titre comme insuflisamment alienes pour 
les asiles et insuflisamment responsables pour la prison, et pour 
lesquels des etablissements speciaux intermddiaires doivent dtre 
crdds. 

La prophylaxie du crime ne fera que gagner 4 rdvolu- 


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A PROPOS DE LA MEMOIRE DEs REVES 


279 


tion qui se produit dans les esprits eclaires. Grace k ces vues 
nouvelles sur T6tat mental d'une grande cat^gorie d’inadaptds, 
on abandonnera peu k peu la doctrine de la responsabilitd att6- 
nuee. On utilisera des etablissements sp£ciaux pour soigner et 
surveiller ces d61inquants anormaux qui, ne relevant ni de la 
prison, ni de l’hdpital pour le traitement des psychoses, avaient 
jusqu’alors 6te l'objet de cette demi-mesure de la responsabilite 
att6nu6e, qui ne donne satisfaction a personne et constitue un 
danger pour la socidt6. II est k prevoir que le nombre des eta¬ 
blissements pour ali6n6s malfaisants, amoraux, antisociaux, ira 
en augmentant, au grand profit de la securitepublique et de ces 
sujets eux-m£mes. Et on s'4tonnera plus tard que, pendant si 
longtemps, d'une part, on ait conserve, dans des 6tablissements 
ou Ton pr&endait soigner des malades, des sujets a instincts 
antisociaux, fauteurs de troubles de tout genre, dont les ano¬ 
malies morales ndcessitent des mesures sdveres, et que, d’autre 
part, on ait consider^ comme responsables et puni d’emprison- 
nement des sujets anormaux, k developpement cerebral mani- 
festement incomplet, et incapables d’etre intimides par la 
crainte du ch&timent. 


FAITS ET OPINIONS 


PSYCHOLOGY 

A PROPOS DE LA MEMOIRE DES RftVES 
LA MfiMOIRE DES RfiVES GIIEZ LES ENFANTS 
Par Em. Duprat 

Amene, par la lecture de quelques travaux recents sur la 
psychologic du rGve k nous occuper nous-m(>me de cette ques¬ 
tion, nous avons eu l’occasion d’observer, regulierement, pen¬ 
dant deux semaines, le sommeil et les r£ves de deux enfants 
normaux. Ayant d6j£t remarque que la memoire des r£ves est 
en gdn6ral plus nette chez les enfants et les gens d’une mediocre 
culture intellectuelle, que chez les adultes et surtoutles person- 
nes d'une mentality sup6rieure ou m^me moyenne, il nous a 
paru interessant d’6tudier nos deux sujets a ce point de vue, es- 
perant retirerde ces observations quelques informations pro- 
pres a 6clairer, soit la psychologie de la memoire chez les 
enfants, soit le mecanisme du reve lui-m<>me. 

I 

Nos sujets sont deux freres : Jean, age de 13 ans et Henri, 
kg& de 10 ans. Jean est de temp6ramment nerveux, dou6 d’une 


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280 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


assez bonne m6moire auditive ; tres peu visuel. Henri est un 
moteur et a une tres bonne m^moire visuelle et auditive. 

Pendant les deux semaines d’observation, Jean et Henri se 
sont couch6s a neuf heures et demie. Henri s’endort tres rapide- 
ment; son frere au contraire ne peut dormir que vers dix heu¬ 
res, souvent m£me vers dix heures et demie. Le rythme de leur 
sommeil est le suivant: 

Jean : de dix heures ou dix heures et demie k deux heures, 
sommeil profond ; de d9ux heures k cinq heures, sommeil avec 
r6ves plus ou moins conseients, de cinq heures k 7 heures. som¬ 
meil 16ger, puis reveil. Sur 16 nuits durant lesquelles nous l’a- 
vons observe, il s’est reveille 3 fois entre deux heures et demie 
et cinq heures, — chaque fois en proiei un caucliemar, — pour 
se rendormir d’ailleurs aussitot apres. 

Henri: de neuf heures et demie & deux heures et demie, som¬ 
meil tres profond et p^riode de repos absolu ; de deux heures et 
demie k six heures environ, sommeil et r£ves ; vers six heures, 
premier rdveil suivi d’une p6riode de sommeil 16ger avec rfives 
intermittents. Reveil definitifvers sept heures. 

Nous avons pratique l’observation directe et l’interrogatoire 
au rdveil. 

II importe d’abord de noter tous les r6ves racontds par nos 
deux sujets sont caract6ris6s d’une part par le manque de l’ele- 
ment d’absurditd et d’illogisme, si frdquent dans certains rSves. 
II semble,entendre les deux enfants raconter leurs r6ves 
— que lejeu des images continue logiquement l’etat de veille. 
Aucun fait insolite, aucune apparition brusque et inexpliqu^e 
ne se produit dans le deroulement des images. Henri, exprime 
ce caractere de ses r6ves en disant que « c’est comme des his - 
toires ». Ge sont presque en effet des « histoires », des contes 
enfantins assez bien lies, et nous avons cru plusieurs fois, de la 
part de Tun et de Tautre sujet k des inventions mensongeres, 
tant la coherence de ces r6ves 6tait frappante. Mais, outre que 
nous connaissons la franchise ordinaire de nos deux sujets, 
pendant tout le cours de nos experiences, nous n’avons jamais 
indiqu6 le butde notre etude aux deux enfants, qui, s’ils en 
avaientconnu l’objet, n’auraient peut-etre pas pu resister au 
plaisirde broder et d’enjoliver [tout au moins, pour se donner 
de Timportance ou pour le simple plaisir de tromper. De plus, 
nous devons ajouter que 1‘etude dos attitudes et de la mimique 
pendant le sommeil confirmait les dires de nos sujets. Entin, 
dans l’interrogatoire, nous avons souvent essaye en vain de 
prendre en ddfaut la bonne foi des narrateurs. II semble done 
certain que cliez eux cet element de coherence relative du r6ve 
soit etabli. 

D’autre part, les rfcves des deux enfants monlrent l’influence 
generate de I’dlat de veille sur ltetat de sommeil. Nous avons 


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A PR0P03 DE LA MEMOIRE DES REVES 


281 


dit plus haut que le jeu des images semble, chez eux, continuer 
l’4tat de veille. C’est que leur imagination n’est pas cicatrice, 
mais reproductive, et presque purement reproductive.. Les 
paysages qti’Henri (bon visuel) voit en r4ve sont des paysages 
eonnus, vus tous les jours ; les personnages sont des amis de 
classe, des parents, des voisins. Dans un des r4ves de Jean, 
quelqu'un lui parle «de derriere la porte, et j’aireconnu la voix 
de papa». 11 arrive tressouvent aux deux enfants * de recivre 
en r4ve, ou plus exactement de recoir des scenes qui se sont 
pass4es en r4alit4. Cestainsi qu’Henri a assists de nouveau en 
r4vea la premiere communion de son cousin. Lorsque nos su- 
jets r&vent ainsi de clioses dej4 vues, lorsqu’ils revoient leur 
pass4, il leur semble bien i econnaitre la scene ; il leur semble 
bien qu’ils revoient les faits dans tons leurs details, mais ils 
n’en sont pas surs. D’apres les explications, assez obscures 
et imparfaites, je l’avoue, des sujets eux-m£mes, le sentiment du 
deja vu est tr4s laible, tres indistinct pendant le r4ve. Dans 
tous les cas, lesouvenirdu fait reel n est jamais localise, mdme 
d’une fa<;on approximative. 

11 convient egalement de noter que la memoire du r4ve, ti es 
nette au r4veil s'efface rapidement. Les details s’estompent et 
s’eflacent tout d’abord, ne laissant place qu’4 un souvenir sch4- 
matique et en quelque sorte verbal. Puis, c’est ce souvenir lui- 
m4me qui disparait Il suffit de vingt-quatre heures, pour que, 
dans la plupart des cas, la mdmoire du r4ve soit complement 
abolie. 

II 

Les r4ves dont nous venons de parler pourraient, semble-t-il, 
renlrer dans la forme de r£vesque M. Renouvier appelle de 
simple imagination reproductive 2 . « Ce dernier, dit-il, dans 
lequel r4l4ment d absurdity manque totalement, ou en grande 
partie, se forme de souvenirs ou de d4sirs qui en Tetat de som- 
raeil se realisent ou s’actualisent pour la conscience. Tels sont 
beaucoup de songes d’enfants, ou m4me d'hommes d’un esprit 
relativement simple. Les songes chez les individus ou chez les 
peuples qui leur accordent un int4r4t de superstition, sont ou 
de cette rapine nature, ou corrigds et arranges pour recevoir 
des interpolations ». 

Il est 4 remarquer en effet que parmi les caracteres signales 
par M. Renouvier, nous en retrouvons deux chez nos sujets; 
ce sont : Pabsence de Pelement dabsurdite, et la part prdpon- 
derante donn4e aux souvenirs dans la formation des Oves. 
Seal, lei4ment d4sir nous a paru faire defaut chez les deux 
enfants que nous avons observes. Mais notre intention n’est pas 


1 Sur une moyenne de 12 reves, 5 fois. 

8 Souvclle Monadologie , p. 166. 

20 


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282 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


d etudier le role de la mimoire dans les rives; nous nousbor- 
110 ns a la question de la memoire des rives chez les enfants. II 
nous sufflra d’avoir dit en passant que nos experiences nous 
ont amene a verifier les opinions de MM. Renouvier et Bergson 1 
au sujet du role essentiel joue par la memoire dans la constitu¬ 
tion du rive chez les enfants. 

Pour eii venir a la mimoire des rives, nous pouvons dire 
d’abord d’une la^on generate, qu’au riveil, les deux enfants 
etudies par nous piisentent une memoire plus vive et plus pre¬ 
cise que les adultes ou mime les jeunes gens. Mais ceci encore 
est un fait connu. II nous semble plus utile d'attirer Tatten- 
tion sur le mode de dissociation de cette memoire et sur sa 
dissolution. 

Nous avons systemaliquement indique plus haut la disparition 
successives des Elements institutes du rive. Ce sont d’abord les 
details qui s’effacent, — comme il est naturel, — puis le sou¬ 
venir lui-meme disparait, le plus souvent a pres vingt-quatre 
lieures environ. De la memoire nelte et precise du reveil k 
l’oubli complet nous avons done : une premiere piriode de dis¬ 
sociation des images pendant laquelle le souvenir concret du 
rive s’intellectualise en quelqne sorte pour aboutir au souvenir 
purement verbal; — une seconde piriode, ordinairement plus 
longue, mais moins ntiancee, qui a son point terminal dans 
Toubli complet. 

Prenons un exemple. — Un matin, Henri nous dit qu’il a rivi 
itre alii chez un de ses camarades de classe passer l’apres-midi. 
II raconte avec precision tout ce qu’il a fait, depuis les jeux 
auxquels les deux enfants se sont livris, jusqu’au goiter eta la 
conversation qu’il a eue avec ses petits amis. Vers neuf heures, 
il raconte le rive k son pere, mais il a dij& oublie une grande 
partie des details. Il se souvient seulement qu’il s’est « dispute 
une fois » avec son camarade, vers une lieure de l’apres- 
midi; il ne se souvient plus que d’une chose : e’est qu’u il est 
alii chez Etiennes. Le souvenir concret a evolue, en perdant 
sa richesse d'images. vers un souvenir de type plutit intellec- 
tuel, qui disparaitra d’ailleurs, quoique plus lentement. Le len- 
demain dans la matinee, je linterroge : « Quel itait le rive dont 
tu m’as parle hier? » — Et il ripond : « Si tu crois que je me le 
rappelle.... », semblent dire par 1 k que beaucoup de temps a 
passe l&-dessus et que ce rive n‘a d’ailleurs pas une assez grande 
importance pour attirer son attention. 

Ainsi, dans la premiere periode de dissociation de la memoire 
du rive, ce qui a d’abord disparu, e’est ce que nous pourrions 
appeler la mimoire imaginative du fait. Les details concrets, 
les images rues , le cadre de Taction du rive a disparu. Toute- 

1 Mu tie re et Memoire, p. 107. 


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A PROPOS DE LA MEMOIRE RES REVES 


283 


fois, la memoire effective a subsiste. L’enfant se rappelle sa dis¬ 
cussion avec son camarade, quoique d’ailleurs il en ait oublie 
les motifs. Puis, il ne resle pins que la memoire proprement 
intellectuelle du r£ve, exprimde, non plus pap u nrtcit, mais 
par une phrase, pap une simple proposition : « J’ai r£ve que 
j’etais alle chez Etienne ». 

C’est k la fixation pap des mots du souvenip, qu’il faut attri- 
buer le retard qui s'inlroduit d4sormais dans la dissolution de 
la memoire du r£ve et aussi a ce fait que l’enfant ayant parl6 
souvcnt de son r£ve, se I’etant rappele plusieurs fois, a une 
habitude ppise, une memoire constitute . D’autant que cette 
memoire vepbale est mieux organisee poup la resistance, — chez 
l’enfant, — que la memoire imaginative. Pour rend re en effet 
dans le detail ce qu’il a vu dans le r£ve, l’enfant n a pas de 
termes precis, pas d expressions adequates. 11 ne peut fixer, — 
et par consequent conservep,— cette richesse d’images, qu’il 
sait bien encore coir , mais qu’il ne peut exprimer . Une fois au 
contraire que Thabitude est prise, que la phrase est trouvee, or¬ 
ganist physiologiquement, une fois que les details sont tombes 
dans l’oubli parce qu’ils n’ont su trouver une forme ddfinitive, le 
squelette du r£ve tend irester; la « chose est assimilee » et 
pent desormais se reproduire. 

Comment le souvenir intellectualise et fixe dans une phrase 
se dissocie-t-il k son tour? C’est 1& une question plus difficile et 
plus embarrassante. Toutefois, il convient de remarquer que 
l’oubli total se produit en general apres vingt-quatre heures. Il 
y a dans ce fait une sorte de rythmequi tendrait k montrer que, 
chez l’enfant, chaque journde est, en un certain sens, une « vie » 
pour ainsi dire complete. Ce qui relie un jour k un autre, pour 
l’enfant, c’est la persistance des impressions et la continuity des 
habitudes. Toute impression trop fugace, — comme celle des 
rftves, — lend k disparaitre selon le rythme m^me de la vie or- 
ganique. Et une memoire de r£ves, — nous avons pu l’observer 
chez ces deux enfants — semble detruiro et supplanter une 
autre memoire de r£ves. L’enfant se souvient du r£ve d’au- 
jourd’hui, mais celui d’hier est deja tres loin dans le passe. 
Toutefois, ce souvenir n’est pas mort. Si on lui rappelle son 
r£ve de la veille, il le reconnaitra, mais de lui-m£me, il ne sait 
pas le retrouver. 

Nous ne tirerons pas de conclusion de cette 6tude trop incom¬ 
plete sur la mdmoire des r£ves. Il nous parait probable que le 
rythme de la vie mentale chez l’enfantsuit exactement le rythme 
m£me de la vie physiologiq'ie. Mais une affirmation absolue 
serait t4myraire. Il faut d’autres faits, d’autres observations 
pour tirer une conclusion scientifique certaine. D’autres etudes 
essaieront de tirer au clair ce complexe probleme de la vie du 
r£ve, le passage du souvenir concret et riche au souvenir in¬ 
tellect ualisd, et k l’oubli total. 


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284 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


LETTRES ETRANGERES 


LETTRECORRESPONDANCE DE LA RUSSIE 
Par D' Serge-Soukhanoff 

Privat-Docenl ti la Faeulte tie mederine de Moscou, Medeetn de la Clinique 

Psychiatrique 


Comme thfeme principal de cette lettrecorrespondance je vou- 
draischoisir l'une des questions les plus interessantes de la psy¬ 
chiatric pratique en Russie ; j'ai en vue ici la decentralisation du 
secours psychiatrique <X la population ; la question sur ce sujet a 
6t6 soulevee par l'un des 6minents psychiatres russes le D' W. J. 
Iakowenko (directeur de l’asile psychiatrique du Zemstvo, du 
gouvernement de Moscou), au VIII' CongrtiS des mOdecins russes 
A Moscou (1902), oti il presents un rapport sous le litre « I'Acces- 
sibilitd du secours psychiatrique a la population nest possible quau 
moqen de la decentralisation ». Le D' Iakowenko propose de crder 
dans chaque district du gouvernement donn£ un asile psychiatri¬ 
que exclusivement pour les malades aigus, non avec le butde les 
v faire sojourner jusqu’A leur internement dans l’asile psychiatri¬ 
que du gouvernement, mais pour leur traitement systematique ; 
cest pourquoi ces asiles doivent etre organises d une manure 

correspondante. . . 

Se basant sur les donn£es statistiques, recueillies par lui, le u 
Iakowenko pense que pour ce but il est sufflsant pour le gouver¬ 
nement de Moscou d instituer des asiles psychiatriques pour 10 20 
lits pour chaque district, selon sonpeuplement. Pour les malades, 
dit-il, passes dans le staded'incurabilite et pour quelques raisons 
ne pouvant pas etre evacues dans lours propres families ou dans 
le patronage familial, doivent etre diriges dans 1 asile-colome 
centrale du gouvernement donn£; le role de cette derni£re au- 
rait pu prendre sur eux les asiles psychiatriques du gouverne¬ 
ment Un tel moyen de traitement et d’assistance des ali£n6s coti- 
tera meilleur marche que la decentralisation complete, mais plus 
cher que la creation de grands asiles psychiatriques. Les Zemstvos, 
n ayant pas assez de moyens materiaux pour satisfaire au besom 
psychiatrique de la population, ne peuvent pas, sans doute ac- 
eomplir le plan propose ; quant aux Zemstvos plus riches, possC- 
dant dans le gouvernement des asiles pour 700-800 malades, ils 
auraientagi d une mani£re plus rationnelle, si au lieu de jelar- 
gissement des grands asiles psychiatriques, existant dej&, us 
avaient construit dans les districts des asiles psychiatriques moins 
grands, du moins pour les malades nes aigus et devenus malades 
reeemment. Une telle organisation aurait fait £viter l indgalit^ de 
la distribution du secours psychiatrique pour la population et 
tous les districts du gouvernement donne auraient et6 alors dsns 


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LETTKE CO HllESPON DANCE DE LA HUSSIE 


285 


les memes condition en fait du secours psychiatrique. Ce rapport 
du D* Iakoicenko a servi de secousse pour des travaux ulterieurs 
dans la memo direction. Ainsi, par exemple, au IX* Congr&s des 
medecins russes k St-Petersbourg (1904), ont ele presents deux 
rapportssur la decentralisation du secours psychiatrique k la po¬ 
pulation. 

Le D r Vyrouboff( de Voronege), presume que les asiles psychia- 
triques du gouvernement servent d une mani&re tr&s inegale k la 
population du gouvernement ; comme etablissements m^dicaux 
ils n’ont pas de signification commune pour tout le gouvernement; 
leur role se borne par une certaine region; et lunjque moyen, 
d’apr&s l’avis du D r Vyrouboff\ d eloigner cet inegalite dans la dis 
tribution du secours psychiatrique k la population consiste dans 
sa decentralisation. Cette derniere le mieux doit s'exprimer dans 
l’organisation des asiles psychiatrique pour 2 3 districts, voisins 
Tun de l’autre. II serait desirable d’avoir des etablissements psy- 
chiatriques pas plus que pour 50-60 inalades. Pour le traitementet 
l'assistance des malades chroniques. acluellement, outre le pa¬ 
tronage, peuvent servir les grands asiles, appartenant aux 
Zemstvos dugouvernement. 

Le D r Sokalskg ( d'Oufh ), aussi, est pour la decentralisation du 
secours psychiatrique k la population ; il trouve indispensable de 
creer dans le gouvernement touten reseau d asiles psychiatriques, 
comparativement petits, ayant une organisation commune et se 
trouvant en liaison avee l'asile psychiatrique central dugouverne- 
ment donne. 

Le D r Nikoulnkg (&' Ekaterinoslqfl), dans les discussions k propos 
cie la decentralisation au IX' Congrcs des medecins russes, indiqua 
aussi sur cela qu’une telle decentralisation du secours psychiatri¬ 
que k la population est tr£s desirable ; ildit qu’on ne peut pas d’a- 
vance definir, pour combien de malades il faut construire ces 
nouveaux petits etablissements, et qu’il n’est pas necessaire d’eva- 
cuer absolument les malades chroniques dans l'asile central ; il 
serait mieux pour eux aussi d'organiser de petites colonies, oil les 
malades se trouveront pluspr£s de leurs families. 

Le D T DaraschkecUch (de Vinnitza ), accueille avec chaleur lid^e 
de la decentralisation du secours psychiatrique k la population ; 
il a vu aussi l’effet du principe oppose, c'est-fc-dire de la centrali¬ 
sation du secours psychiatrique, qui a lieu k la transmission du 
malade dans les asiles cenlraux, destines pour plusieurs gouver- 
nements; si la famille du malade est souvent affligee de mener 
son malade de son district, eloign^ de la ville du gouvernement, 
de sorte que parfois elle pr£f£re ne pas le faire du tout, on peut 
bien se representer ce qui a lieu lorsque on emmene le malade 
pour quelques centaines de verstes de sa maison, pour l’interner 
dans l'asile central, destine pour le service de plusieurs gouver- 
nements, oil il est difficile pour la famille'du malade de le visiter 
et de le reprendre k la maison, en fait d une amelioration tempo- 
raire de son etat. 

Au IX s Congr&s des medecins russes bien d’alienistes des asiles 


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286 


KEVUE DE PSYCHIATHIE 


psychiatriques des Zemstvos (Rastegaeff (de Koursk), Poliakoff (de 
Vinnitsa ), Frainine fde Nijny, Stcherbinine fde Vilna), Fleuroff 
et d'autres) se sont aussi prononc6s en faveur de la decentralisa¬ 
tion du secours psychialrique. Cela va sans dire que la decentra¬ 
lisation du secours psychialrique concerne seulenr.ent les asilesde 
province, mais pas les asiles psychiatriques des deux capitales 
russes, Moscou et Saint Petersbourg. 

La section des maladies mentales et nerveuses du Congr&s sus- 
nomme a vote la conclusion suivante : « La decentralization la 
plus caste des asiles psychiatriques apparait comme organisation 
la plus reguliere du secours psychiatrique a la population ». En 
general il faut dire que la question sur l’assistance des malades 
psychiques en Hussie excite des debats tr£s vifs b la section des 
maladies nerveuses et mentales des Congres des medecins russes, 
s assemblant chaque 2-3 ans. Bien d’idees de ces congres servent 
des voies conductrices dans la decision de la question sur l'assis- 
tance plus rationnelle des alienes. 

Je voudrais communiquer qu’aetuellement on organise dans la 
ville de Moscou un patronage familial de ville; les malades, plus 
ou moins tranquilles, ne presentant pasde danger b l’entourage, ni 
pour eux-memes, restent chez leurs parents et sont soumis & 
{’observation constante d un medecin de Tun des grands asiles 
psychiatriques de la ville de Moscou ; en outre, les parents de tels 
malades, s’ils sont pauvres, regoivent un secours p^cuniaire de la 
ville. Les organisateurs de ce patronage se sont conduits, entre 
autres, paries combinaisons que certains des malades, habitants 
de la ville, ne se plaisent point dans leur sejour au patronage de 
la campagne, oh l’entourage peut ne pas correspondre b leurs 
habitudes. Les medecins, observant ces malades, se trouvent au 
service d un des grands asiles psychiatriques de la ville de Moscou 
et sont dans une connexion intime avec leurs asiles; c'est pour 
cela qu'b l’empirement dans l’6tat du malade il peut bien vite etre 
interne dans l’asile, b l'assislance duquel il se trouve. 

Je voudrais in’arreter encore sur certaines particularity de 
l’assistance des ali£n£s et leur traitement en Russie, mais je 
me permets de remettre cela jusqu’h ma lettre-correspondance 
suivante. 


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LE RECRUTEMENT DES MEDECINS DES ASILES 


287 


LES SERVICES 

LE RECRUTEMENT DES MEDECINS DES ASILES 
DE LA SEINE 

Par le D r II. Colin 

Medccin en chef de l asile de Villejuif 


La Socidte M£dicale des Asiles d alienes de la Seine vient de 
consacrer plusieurs stances b lexamen d une question des plus 
importanles. II s’agit de la creation d’un concours special pour le 
rccrutement des medecins des asiles de ce departement. Le prin 
cipe de la reforme a 6te adopts et la Societe a rddigd, pour les 
soumettre aux autorites competentes, un expose des motifs et un 
projet de rtjglementdu concours futur. La lecture de ces deux do¬ 
cuments, qui sont publies ci dessous, est interessante. 

On y voit signalee revolution progressive des h6pitaux de Paris 
et des quartiers d’hospice de Bicetre et de la Salpetriere, evolu¬ 
tion qui aboutit d une fa^on logique et inevitable au recrutement 
des medecins par voie de concours special. Le tableau de la trans¬ 
formation de l'assistance des abends n’est pas moins frappant. 
Quarante annees b peine ont sufTi b la realiser, puisque en 1865 
les abends de la Seine etaient hospitalises dans les seuls quartiers 
d’hospice de Bic6tre et de la Salpetridre. 

« Enrdsumd, ditl’expose, nous nous trouvonsaujourd’hui, pour le 
» seul departement de la Seine, en presence d une foule compacte 
» d’environ 18.000 malades, dont 6.000 sont hospitalises dans les 
» asiles des ddpartements et 2.000 environ dans les quartiers de 
» Bicetre et de la Salpdtridre. Les 10.000 autres sont repartis dans 
» des asiles ou des etablissements progressivement adaptds aux 
» diffdrentes formes mentales, confies aux soins de 23 mddecins, le 
» tout etant susceptible de former un ensemble autonome, au point 
» de vue medical. Cela paraitra d’autant plus necessaire si Ton 
» veut bien rdflechir au mouvement de population intense, sans 
» analogue dans les ddpartements, qui se produit dans les etablis 
> sements d’alidnes de la Seine. C’est ainsi, qu’en 1903, sur un total 
» de 4.269 admissions nouvelles il y a eu 3.609 entrees dans les 
» cinq asiles du departement, exclusion faite des services de Bice- 
» tre et de la Salpdtridre. Le chiffre des sorties, pendant la mdme 
» annee et pour les memos asiles, est d’environ 1.500, 

)> II convient de faire remarquer que le service est, d£s mainte- 
» nant, fortement centralise au point de vue administrate, et res 
» semble sous ce rapport au service des hopitaux dans le domaine 
» de l’Assistance Publique. » 

On ne peut nier qu’il y ait 1£ un dtat de choses bien particulier, 
dont l’influence sest exercee et s’exercera plus fortement tous les 
jours sur le personnel medical de ces asiles qui tend b devenir une 
corporation spdciale, dont les fonctions sont approprides aux be 
soins de ce departement tout special qu’est le departement de la 
Seine. 

D£s lors,ne semble-t-il pas juste, et logique en merae temps, de 


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288 


REVUE DE rSYCHIATRIE 


recruter ce personnel au moyen d un concours particulier ? Cette 
solution pratique compte des partisans tous les jours plus nom 
breux dans les assemblies et les conseils intiressist elle est 
defendue par la Sociiti Medicale des asiles qui a pris soin 
d elaborer un projet de programme pour les epreuves k inslituer. 

Les midecins des asiles sont divisis en deux categories: inide- 
cins chefs de service et medecins en chef suppliants, ces derniers, 
dont le titre indique clairement les fonctions, k raison d’un mede- 
cin par asile et nommis au concours. De meme que, dans les eta- 
blissementsde l’Assistance Publique, les medecins chefs de service 
sont choisis«parmi les midecins des hipitaux, les chefs de service 
des asiles de la Seine, lorsque les vacances se produiront, seront 
pris parmi les medecins suppliants. 

II ne s’agit done pas de riginirer sous une appellation nou- 
velle restitution heureusement defunte, dans les asiles de la Seine, 
des midecins adjoints, mais de choisir, par voie de concours, des 
midecins ayant une fonction et un avenir bien ditermines. 

Le concours est ouvert k tous ceux que la midecine mentale in- 
tiresse, midecins en chef et adjoints des asiles des dipartements, 
chefs de clinique et anciens internes nommis au concours ayant 
accompli quatre annies d’internat. Les ipreuvessont bien choisies, 
et de nature k favoriser lescandidats qu’une longue pratique aura 
familiarisis avec l’itude des maladies de l esprit. Elies sont au 
nombre de cinq: 

I. Une ipreuve icrite de pathologie mentale pour laquelle il sera 
accordi quatre heures. 

II. Une ipreuve clinique sur deux malades d un service d’alii- 
nis. Le candidat aura une heure pour l examen des deux malades, 
vingt minutes de riflexion et trente minutes d’exposition. 

III. Une ipreuve icrite sur l'examen de deux aliinis dont l’un 
sera l’objet d’une consultation, 1‘autre l’objet d un rapport raidico- 
ligal. II sera accordi au candidat trente minutes pour l’examen 
de chacun des malades et trois heures pour la ridaction du rapport 
et de la consultation. 

IV. Une ipreuve icrite sur une question de thirapeutique des 
aliinis pour laquelle il sera accorde trois heures. 

V. Une ipreuve sur titres. 

Ce risumi du travail des medecins des asiles de la Seine sufTit k 
montrer qu’il s’agit d’une riforme capitale, ayant un caractire 
incontestable d’utilite et contre laquelle il n’existe, 8U point de vue 
ligal ou aciministratif, aucune objection valable. Aussi sommes- 
nous d’accord avec la Sociite Midicale pour en souhaiter la 
prompte realisation. 


H. Colin. 


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PROJET DE CREATION dY*N CONCOURS SPECIAL 289 

PROJET DE CREATION D UN CONCOURS SPECIAL 

POUR LE RECRUTEMENT DES MEDECINS DliS AS1LES d'aLI&NES 
DE LA SEINE * 

Expos* des Motifs 

L’assistance des Alienes du departement de la Seine a suivi, au 
cours des quarante dernifcres annees, une marche singuli^rement 
rapide en m*me temps qu’ellesubissaitde profondes modifications. 
En 1865 les malades etaient hospitalises dans les seuls quartiers 
d’hospices de Bicetre et de la Salpetri&re pour etre ensuite trans- 
feres en province, mais bientot, sous la vigoureuse impulsion du 
pr^fet Haussmann et de la Commission medico-administrative de 
1860, nous voyons s’ouvrir successivement l'Asile Sainte-Anne le 
1" mai 1867, l’Asile* de Ville-Evrard en janvier 1868, et celui de 
Vaucluse le 25 janvier 1869. A une epoque plus rapprochee, nous 
assistons & la creation des Asilesde Villejuif et de Maison-Blanche. 
Puis c’est la fondation des colonies familiales de Dun-sur-Auron 
et d’Ainay-le-ChAteau, l’ouverturede l'etablissement de Moisselles, 
la construction du quartier special annexe h l’Asile de Villejuif et, 
des maintenant, nous pouvons prevoir l'existence prochaine d’un 
sixieme grand asile d’alienes. 

En resume, nous nous trouvons aujourd’hui, pour leseul depar- 
tement de la Seine, en presence d une foule compacte d’environ 
18.000 malades, dont 6.000 sont hospitalises dans les Asiles des 
departements et 2.000 environ dans les quartiers de Bicetre et de 
la Salpetriere. Les 10.000 autres sont repartis dans des asiles ou 
des etablissements progressivementadaptes auxdifferentes formes 
mentales, confies aux soins de 23 medecins, le tout etant suscepti¬ 
ble de former un ensemble autonome, au point de vue medical. 
Cela paraitra d’autant plus necessaire si l’on veut bien reflechir 
au mouvement de population intense, sans analogue dans les dd- 
partemenls, qui se produit dans les etablissements d alienes de la 
Seine. C’est ainsi qu’en 1903, sur un total de 4.269 admissions nou- 
velles il y eut 3.609 entrees dans les 5 asiles du departement, 
exclusion faite des services de Bicetre et de la Salpetriere. Le’ 
chiffre des sorties, pendant la meme annee et pour les memes 
asiles, est d’environ 1.500. 

II convient de faireremaruqerque le service est, des maintenant, 
forlement centralise au point de vue adminislratif, et ressernble 
sous ce rapport au service des hopitaux dans le domaine de 
l’Assistance publique. 

Cette situation particulibre n'a pas manque de frapper les esprits 
et nombreuses ont ete les ameliorations de tout genre apportees 
au regime des alienes dans le departement de la Seine. Pour nous 
en tenir strictement au cdte medical de la question, nous signale 
rons les reformes profondes realisees dans l enseignement des 
maladies mentales. 

1 Rupport dc la Societc medicalc des Asiles d’Alienes dc hi Seine. 


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290 


REVUE DE PSYCHIATR1E 


Avant la creation des asiles nouveaux, ainsi que le remarquent 
judicieusement dans leur rapport g6n6ral de 1878, les inspecteurs 
gen^raux, Constans, Lunier et Dumesnil, les quartiers de Bic£tre 
et de la Salp6tri£re ne valaient que « grace aux souvenirs qu y 
avaient laiss6 Pinel, Esquirol, Ferros, Pariset et aux progrbs 
qu'ont fait faire & la science des maladies mentales leurs succes- 
seurs imm&iiats, Leuret, L6lut, Felix Voisin, Falret p&re, Tr£lat, 
Baillarger, Moreau (de Tours) et Delasiauve ». 

Lorsque fut ouvert l’asile Sainte-Anne, c’est en ces termes que 
Girard de Cailleux saluait la creation du bureau central d’adinis- 
sion. « Ge projet visait aussi l’enseignement clinique de Falidna- 
tion menlaie, par la creation d’un bureau central d’examen, pr£- 
sentant sous leurs formes les plus varices et les plus saisissantes, 
tous les etats morbides se rapportant de pres ou de loin & la folie, 
touchant m6me aux probl^mes les plus instruclifs dans Fetude de 

cette maladie.il avait pour but de reveler des vocations qui 

s’ignorent elles-m£mes, et de former une piSpini&re de jeunes me- 
decins appetes &lexercice de la sp^cialite des maladies nerveuses 
et mentales. En effet, tout n’est-il pas nouveau dans ce bureau 
central; tout n’est il point palpitant d'inldret aux yeux etb l’intel- 
ligence du jeune medecinqui veut couronner ses etudes classiques 
par celles que Pinel appelait la branche la plus elev^e de la science 
m&iicale. » 

Le temps n’a pas dementi ces paroles, et tout le monde sail ce 
qu’est devenu, sous la direction de M. Magnan, Fenseignement du 
bureau central d’admission. 

En 1879 etait creee la chaire de clinique des maladies mentales ; 
son titulaire actuel, M. le professeur Joffroy, fait en ce moment 
tous ses efforts pour perfectionner et gendraliser Fetude des ma¬ 
ladies de Fesprit par la creation du stage obligatoire. Bappelons 
enfin que cet enseignement se trouve encore elargi par Finslitu- 
tion du cours de Psychiatrie et de medecine legale a l’asile Clini¬ 
que et b 1‘Infirmerie spbciale du depot. 

Enfin depuis 1880, c’est & dire depuis vingt-cinq ans, les internes 
des asiles de la Seine sont choisis b la suite d’un concours special. 
Ce concours a donn6 les meilleurs r^sultats, et c’est parmi les 
anciens internes des asiles de la Seine que se recrutent la plupart 
des candidats au concours de Fadjuvat, cred en 1888. 

Il y aurait lieu, aujourd’hui,de faire un pas de plus et d’instituer 
un concours special pour les places de medecins des asiles d'alie- 
nes de la Seine, com me cela a lieu pour les places de m^decin des 
hopitaux. 

Il estinteressantde rappeler brievement Fhistorique des concours 
des hopitaux. Le rbglement du 23 fdvrier 1802 (4 vent6se an x), 
placait & la tete des hopitaux des medecins et des chirurgiens en 
chef, assistes de medecins ordinaireset de chirurgiens de 2*classe. 
Les chirurgiens de 2* classe, les internes et les externes 6taient 
nommes au concours, les autres etaient promus au choix. Le 
meme rOglement de 1802 creait le bureau central d’admission. 

Cette organisation toute militaire, oil le concours n’existait que 


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PHOJET DE CREATION D IN CONCOlIiS SPECIAL 


291 


pour les places infirieures, dura une vingtaine d’annies. Dej& 
en 1821, les places de midecins du bureau central itaient donnies 
au concours, et le 9 novembre 1829, un riglement nouveau suppri- 
mait les titres et les fonctions de midecins ordinaires, suppliants, 
8djoints, et itablissait un concours unique pour les midecins du 
bureau central appelis exclutivement b fournir les midecins des 
hopitaux. Ce riglement de 1829 fut difinitivement rivisi en 1839, 
et voici en quels termes l organisation nouvelle est appriciie par 
M. Husson dans son itude sur les hiptiaux (Paris, 1862) : 

« En augmentant le nombre des praticiens dans les h6pilaux, en 
les appelant & concourir au traitementdes raalades, en laissanti 
chacun d’eux son initiative et son indipendance, enfin en pripa- 
rant le renouvellement rigulier ou corps midi cal, le riglement de 
1839 a mieux servi les intirits de la science et de Thumaniti que 
le principe unitaire et hiirarchique du riglement de 1802, qui avait 
placi un medecin et un chirurgien en chef b la tete de chaque ita- 
blissement ». 

Les quartiers d hospice riservis au traitement des aliinis, ivo- 
luaient d’une fa^on parallile, grice aux efforts des jeunes mide- 
cins de lipoque, au premiers rang desquels il faut placer Baillar- 
ger. 

Des la fin de 1839, le Conseii giniral des Hospices remarquait 
qu’ « un seul midecin en chef, si zili et si divoui qu’il fut, ne 
pouvait donner une somme d attention suffisante aux 800 malades 
de Bicetre, ni b plus forte raison aux 1.500 dont se composait la 
population de la Salpitriire. Une pareille tiche itait au-dessus 
des forces d’un seul homme ». 

En 1840, d’accord avec leMinistrederinterieur. le Conseii propo 
sait de nommer deux midecins titulaires b Bicetre et trois b la 
Salpitriire et, le 19 fivrier de la meme annie, il dicidait en outre 
la criation d un concours pour la nomination b quatre places de 
midecins expectants pour les deux asiles. C’est b la suite de ce 
concours que furent nommis, b la Salpitriire Trelat et Baillarger ; 
b Bicitre, Moreau et Archambault, dont le titre de midecins 
expectants fut change par le Ministre en celui de midecins 
adjoints. 

Supprimi en 1860, le concours fut ritabli seulemenl en 1879, mal- 
gri des riclamations incessantes. En 1861, Lilutet Moreau de Tours 
en demandent inergiquement la riouverture devant la Commis¬ 
sion d’itudes instituie par le Prifet Ilaussmann. 

En 1872, M. Charles Loiseau et le Conseii Giniral de la Seine se 
prononcent dans le mime sens. Enfin en 1879, TAssemblee dipar- 
tementale dicide la criation d un poste de « medecin adjoint ou 
suppliant » b donner au concours dans les hospices de Bicitre et 
de la Salpitriire. Le concours est organisi snr les bases actuelles 
en 1880. Mais, h&tons-nous de le dire, ces medecins adjoints n'ont 
rien de commun avec les midecins adjoints des asiles. Au lieu du 
role passif, tout de parade et de reprisentation exterieure qui est 
devolu b ces derniers, ils exercent viritablement les fonctions de 
suppliants, remplacent de facon effective les midecins titulaires, 


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292 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


et font oeuvre de chefs de service lorsquils sont appeles b entrer 
en activite. II suflfit du reste de reproduire ici les articles 6 el 7 de 
Tarr6te prefectoral qui les concerne. 

Art. 6. — Les medecins-adjoints du service des alidn^s auront 
vis-fc-vis des medecins chefs de service, la meme situation qui est 
faite aux medecins du bureau central, par rapport aux medecins 
des H6pitaux. 

Art. 7. — A l'avenir, les medecins chefs de service des quartiers 
d alienAs de Bicetre et de la Salpetri&re seront recrutds parmi les 
medecins adjoints de ces memes etablissements, et cela dans l or- 
dre d’anciennete de leur nomination. 

A l’heure actuelle, ii existe done b l’Assistance publique un 
concours pour la nomination au grade de m&iecin des H6pitaux, 
litre qui a remplace celui de medecin du Bureau Ceutral, et un 
concours pour la nomination au grade de medecin-adjoint de Bi¬ 
cetre et de la Salpetrifcre. C’est parmi les elus de ces epreuves que 
sont choisis les chefs de service quand se produisent les vacances. 
La nomination de ces derniers est soumise A l’approbation du 
Ministre qui, seule, la rend definitive. 

Nous voudrions, dans l’interet des malades, dans l’intdret de la 
Science, voir appliquer un syst&me de recrutement analogue aux 
places de medecins des asiles d'alienes de la Seine. 

Les arguments ne manquent pas b l’appui de cette these. Ils ont 
ete donnds avec une telle force et une telle abondance qu’il nous 
sufTirait de les reproduire pour eviter, en les formulant nous- 
rnemes, d etre taxes d’exag6ration ou de partipris. 

A la commission instituee, il y a 45 ans, par le Prefet baron 
Haussmann pour l’etude de l'ameiioration et de la reforme du ser¬ 
vice des abends du departement de la Seine, commission qui avait 
prdvu la creation d un nombre d’asiles plus considerable que celui 
des dtablissements actuels, e’est Ldlut, e’est Moreau de Tours qui 
signalent la demarcation prjfonde qui sdpare le rnddecin chef de 
service, du mddecin directeur. Non seulement les malades, dit 
Moreau, mais la science elle-meme n’auraient qu'b perdre b cette 
confusion des deux autorites, et Ldlut ajoute : « on peut craindre 
qu’en mettant b la tete des asiles de la Seine des medecins direc- 
teurs, on ne soustraie les medecins au courant scientifique et qu on 
ne diminue la position des medecins envers le corps medical». 
Baillarger demande des medecins chefs de service ayant chacun 
un maximum de 250 malades b soigner. Le Directeur de l’Assis- 
tance publique Husson se prononce nettement pour la separation 
des fonctions, et le prefet Haussmann finit par se rallier au meme 
avis. 

Que s’est-il passe *? Apr6s bien des tatonnements et des hesita¬ 
tions, les voeux de la commission de 1860 se sont realises. Ici, 
com me partout ailleurs, les lois de revolution se sont manifestees 
avec leur ineluctable rigueur, et ont abouti b l’organisation d’un 
service medical degage de toule preoccupation administrative, 
pourvu de tous les moyens medicaux d investigation scientifique, 
en relation intime avec les differenles socieles savantes qui ont 


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PHOJET DE CREATION d'uN CONCUR- SPECIAL 


293 


leur stege exclusif & Paris, constituent, en resume, une corpora 
tion spdciale dont les fonctions sont appropriees aux besoins de ce 
departement tout special qu est le departement de la Seine. 

Et cela estsi vrai que, de tout temps, les elus du departement se 
sont pr6occupds d’oblenirun recrutement par voie de concoursdes 
medecins de leurs asiles. L'idee a ete defendue par MM. Herold et 
Bourneville, discutee et approuvee par le Conseil general de la 
Seine en 1884, sur le rapport de M. Robinet. La deliberation est si 
formelle qu’il importe de la reproduire ici: 

a Le Conseil general, 

« Considerant que le rattachement du service des alien£s k la 
prefecture de la Seine a etc vote, en novembre 1873, par 25 voix 
seulement contre 23 ; 

« Que le Conseil general, en votant ce rattachement k une sifai- 
ble majorite, a expressement declare que les medecins seraient 
recrutes par la voie du concours ; 

« Que l’Administration prefectorale s'est par deux fois ralliee 
au concours, k l’epoque de M. Leon Say et de M. lierold ; 

« Qu’il y a engagement moral, de la part de l’Administration, k 
etablir ce concours d’apres le vote du Conseil general de 1873 ; 

« Invite M. le Prdfet de la Seine, la loi lui en donnant le droit, k 
recruter ddsormais les medecins des asiles de ce departement par 
la voie du concours, comme il recrute aujourd hui lespharmaciens 
en chef et les internes ». 

Plus tard, et au moment de la creation des epreuves de l'adju- 
vat, la question du concours special fut reprise par M. Regnard & 
l’inspection generate des services administratifs, et defendue par 
M. Bourneville qui dit excellemment : 

« On a objecte la crainte de creer une oligarchic medicate et 
aussi celle dteloigner plus tot les jeunes medecins de la speciality des 
maladies mentales.Mais cette oligarchic medicate existe des main- 
tenant pour les medecins des h6pitaux de Paris, pour les mede- 
cins des h6pitaux et les professeurs des facultes de medecine de 
toutes les grandes villes. Cette suprematie d’ailleurs est juste, 
puisqu’elle repose en general sur la valeur scientifique demontree 
par des concours repetes et par des publications souvent nombreu- 
ses. Loin d'eioigner les csndidsts, le concours special en creerait, 
car beaucoup d'internes des hopitaux qui se font inscrire pour le 
concours de medecins ou de chirurgiens se dirigeraient sur cejui 
des asiles, et cela parce qu'ils pourraient demeurer k Paris ou 
dans le voisinage, et rester dans le courant scientifique, tandis 
qu'ils ne prendront jamais part k un concours qui aurait pour 
consequence, s'il se termineen leur faveur, de les eloigner pour 
longtemps des asiles de la Seine ». 

C'est \k tout le debat et les memes idees ont ete defendues et 
adoptees k la Commission mixte instituee en 1898, par le Conseil 
general de la Seine, sous la puissante impulsion de M. Paul 
Brousse, pour l’etude des questions interessant l hospitalisation 
des alienes. 

Entre temps, le concours de lad jurat a ete cree pour le recru- 


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REVUE DE PSYCH1ATRIE 


lenient des medecins des asiles, et cest uu progr&s dont on ne 
peut nier la tres grande importance. Mais si, d'une part, les inter 
nes des asiles de la Seine font, en majorite, les frais dece concours, 
un grand nombre d’entre eux, d’autre part, et non des moins 
distingues, s’abstiennent afin de ne pas s eloigner de Paris oil les 
chances de revenir se feront de plus en plus rares. 

Cest pourquoi, tout en conservant le concours de l’adjuvat 
aux m^riles duquel on ne saurait trop rendre hommage, qui a 
realise une r^forme salutaire dans le recrutement du corps medical 
des asiles, et qui constitue pour ceux qui yont pris part avec 
succes, un titre des plus importants, nous proposons de creer pour 
les asiles de la Seine des places de medecins suppleants, b raison 
d au moins une place par asile, places donnees b la suite d un 
concours special pour lequel nous avons 61abore un projet de pro¬ 
gramme. 

Ces m&lecins suppleants remplaceraient les medecins titulaires 
en cas d’absence, de maladie, ou pour toule autre cause d*emp6- 
chement, de meme que les medecins des hopitaux remplacent 
actuellement les chefs de service. De m£me que cela a lieu pour 
ces derniers, cest parmi eux que seraient choisis les medecins 
titulaires lorsque des vacances viendraient b se produire. 

La loi de 1838 ne r&gle pas la question du recrutement des 
medecins. Ce recrutement s’opfere dans les conditions prevues par 
l ordonnance royale du 18 d6cembre 1839, qui attribue la nomination 
des medecins en chef et adjoints au ministre de l’int^rieur. Or, la 
question du concours s'est dejfc plusieurs fois posee, et il n est pas 
inutile derappeler comment ellea eib r6solue b l ^poque de sa pre¬ 
miere institution, en 1840. Voici dans quels termes s’exprimait le 
ministre de l'interieur : 

« Le concours ne m a point paru inconciliable avec la disposition 
de l’ordonnance du 18 d^cembre 1839, qui attribue au ministre de 
l’interieur la nomination des medecins d’alien&s. Charge, en effet, 
de nommer les medecins en chef et adjoints, je puis pour ces der¬ 
niers, eclairer mon choix en mettant les places au concours. Ce 
n’est lb qu'une application de mon droit de nomination, et en 
autorisant parliculterement le concours b Paris par la presente de¬ 
cision, iln’en r^sultera pas une derogation b l'ordonnance precise.» 

II r^sulte de ce qui precede, que la creation du concours special 
est possible avec cette restriction que la nomination au poste de 
m&lecin titulairesera soumisek l’approbation du ministre,dem^me 
que cela a lieu, d’apres l'article 6 de la loi du 10 janvier 1849 sur 
l’Assistance Publique de Paris, pour la nomination des medecins 
chefs de service pris parmi les medecins des hopitaux, ou des 
medecins adjoints des quartiers de Bicetre et de la Salpetrtere. 

II est done b prevoir que si le Conseil general et M. le prefet de 
la Seine voulaient consentir b prendre en consideration la r^forme 
que nous proposons, cette reforme ne rencontrerait pas d'oppo- 
sition de la part du ministre de l’interieur et serait rapidement 
real i.see pour le plus grand bien des malades, dans l int^ret de la 
Science et dans l interet de la Justice. 


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PHOJET DE CREATION DUN CON CO LI US SPECIAL 


295 


Projet de Rdglement du Concours 

1* Les medecins des asiles et autres etablissements d’aliinis re¬ 
levant de la Prefecture de la Seine, forment un corps autonome. 

Ce corps comprend des medecins chefs de service et des mi- 
decins suppliants. Ces derniers sont au nombre d au moins un 
par asile. 

2* Les medecins suppliants sont recrutis par un concours spicial. 
Les midecins chefs de service sont pris parmi les midecins sup¬ 
pliants par rang d’ancienneti et de concours. 

3" Un concours sera ouvert toutes les fois que se produira une 
Vacance dans les asiles du dipartement de la Seine. 

4° Pour itre admis iconcourir, lescandidats devront justifier de 
la qualite de francais, itre docteurs en midecine depuis 5 aus et 
rentrer dans une des caligories suivantes : 

a) Midecin en chef des asiles. 

b) Midecin-adjoint des asiles. 

c) Chef de clinique des maladies mentales. 

cl) Anciens internes des asiles publics d'aliinis etquartier 
d’hospice nommes au concours et ayant accompli 
4 annies d'internat. Les annees d’internat comptent 
dans les annies de doctorat exigees. 

Pour les internes qui n’auraient pas termini les 
quatre annees d’internat dont il s’agit, en raison de 
leur nomination comme midecins-adjoints ou comme 
chefs de clinique, les annies d’adjuvat ou de clinicat 
seront compties comme annies complimentaires d’in¬ 
ternat. 

5* Le jury du concours est forme dis que la liste des candidats a 
eti close. 

6* Chaque candidat peut se prisenter & la Prifecture de la Seine 
pour connailre la composition du jury. 

T Si les concurrents ont h proposer des ricusations, ils forment 
immediatement une demande molivee, par icrit et cachetie, qu’ils 
remettent au Prefet de la Seine. Les candidats ont cinq jours & 
partir de la constitution difinitive du jury pour formuler leurs 
riclamations. 

8“ Tout degri de parenti ou d’alliance entre un concurrent et 
run des membres du jury, ou entre les membres du jury donne 
lieu & ricusation d’office de la part de l'administration prifectorale. 

9° Le jury du concours pour les places de midecins des asiles 
du dipartement de la Seine se compose de sept membres savoir: 

Six membres tiris au sort parmi les medecins aliinistes chefs 
de service des asiles du dipartement de la Seine, titulaires ou 
honoraires. Un membre tiri au sort parmi les medecins aliinistes 
chefs de service des quartiers d’alienes de Ilicitre et de la Salpe- 
triire; ces derniers ne peuvent itre porles sur la liste des mem 
bres parmi lesquels doit itre tire le jury qu’apres cinq annees 
d’exercice. 

Le tirage au sort du jury a lieu en presence de deux membres 


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296 


REVUE DE PSYCHIATME 


de ['administration departementale et de deux membres de la 
commission de surveillance des asiles de la Seine. 

10° Les dpreuves du concours sont rdgldes de la mani&re 
suivante : 

I. Une dpreuve dcrite de pathologie mentale pour laquelle il sera 
accordd quatre heures. 

II. Une dpreuve clinique sur deux malades d'un service d’alidnes. 
Lecandidat aura une heure pour I’examen des deux malades, vingt 
minutes de reflexion et trente minutes d’exposition. 

III. Une dpreuve dcrite sur l’examen de deux alidndsdont l’un 
sera l’objet d’une consultation, Tautre l’objet d un rapport medico¬ 
legal. 11 sera accorde au candidat trente minutes pour l'examen 
de chacun des malades et trois heures pour la redaction du rap¬ 
port et de la consultation. 

IV. Une epreuve ecrite sur une question de therapeutique des 
alienes pour laquelle il sera accorde trois heures. 

V. Une epreuve sur titres. 

Les points de l'epreuve sur titres seront donnes au debut du 
concours. 

Le maximum des points attribue & chacune des epreuves est 
fixe ainsi qu’il suit: 

Pour la 1" epreuve 30 points. 

» » 2* » 30 » 

» » 3 e » 30 » 

» » 4* i) 20 » 

» » 5* » 15 » 

Dans le cas oh le nombre des candidats serait superieur au qua¬ 
druple du nombre des places, les deux premieres epreuves seront 
considers comme eiiminatoires. 

11° La limite d'&ge pour les fonctions demedecin en chef est fix6e 
e 65 ans, sauf pour le Professeur de clinique et les membres de 
I’Acaddmie de medecine. 


SOCIETIES 


SOClETE MEDICO PSYCHOLOOIQUE 

(Stance du 26jtiin 1905) 

1. MM. Dhomahd et Levassort : Deux cas de pcrcersions instinctices 
arec precocite sexuelle remarquable. — II. M. Delmas : Delits pre/ae- 
dites alternant , chcz an debile , acec des crises necropathiqucs. Discus¬ 
sion : MM. Vallon, Vigouroux. — III. Elections, 

I 

MM. Dromard et Levassort coinmuniquent deux cas de j>erversions 
instinctices arec precocite sexitelle remarquable. Il s’agit de deux 
petites lilies, dont l’une est dgee de sept ans et deini, l’autre de 
douze ans. 


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SOCIETES 


297 


La premiere, pervertie active, recherche avant tout les jouissances 
gdnitales que le simple contact d’un homme parnit eveiller en elle; la 
derni^re, plutdt passive, se livre a tout venant, et se laisse choir dejfr, 
en nature soumise et sans aucune protestation du sens moral, dans une 
carritire de debauche, a laquelle elle semble impitoyablement destinee. 

II 

M. Delmas : Del its prcmeditcs alternant, chcj an debile, arcc des 
crises necropathiqaes. 

M. Delmas rapporte l’observation d’un jeuhe gargon age de quinze 
ans, entre a la colonie de Vaucluse en mai 1905, qui prdsente des crises 
de nature nevropathique sous forme d’impulsions brusques et irresis¬ 
tible?:, suivies d'amnesie complete. D’autre part, ce sujet a commis des 
dyiits tr&s caracterises, notamment des vols, qu’il a pr6m6dit£s et efTec- 
tu6s avec la conscience d’en tirer un profit, en dehors de toute impulsion 
nevropathique. Poursuivi en police correelionnelle, cet enfant a yty 
acquittd sur un rapport de M. Vallon, en raison des crises d’ordre 
pathologique qu'il avail prdsentees. 

L'auteur insiste sur la difficulty du diagnostic entre l’^pilepsie et 
1'hystdrie, dans le present cas. Malgr6 l’absence de crises comitiales 
vraies etant donne l’inconscience de I’acte, la soudainete, la periodi¬ 
city des crises et I’amnysie complete post-paroxystique, dtant donne 
l’absence de tout stiginate hystyrique, il s’arrete au diagnostic d’epi- 
lepsie. 

Le malade est un peu faible d’esprit. En outre, il a une tendance 
tr£s marquye au mensonge et a la tabulation. Ce caractkre doit 6tre 
rapporty, d'une part, a son ytat de dygenyrescence mentale, d'autre 
part, & son age. La mythomanie, en effet, ainsi que l’a montry M. Dupry, 
est en quelque sorte, physiologique chez ;l'enfant. 

On n’a pas trouvy d'antecydents hyredilaires pour expliquer cet etat 
pathologique, mais on a note que les troubles morbides se sont mani- 
fest6s seulement apr6s une fievre typholde grave, dont le malade fut 
atteint a l’age de six ans. La pathogenie de 1’affection semble done, ici, 
relever de l’infection eberthienne. 

Cette observation souiyve, de nouveau, le probleme si important de 
la responsebilite des ypileptiques et celui de [’assistance & ces malades. 

Lorsque cet enfant sera rendu a la liberty, pourra-t il impunyment 
poursuivre la serie de ses vols premyditys ? Il sera, vraisemblablement, 
condamne a la detention ; mais, en raison de ses impulsions comitia¬ 
les, on l’enverra probablement, de la prison a 1’asile. Une fois a l'asile, 
cornnie il presente peu de troubles mentaux caracterises, il sera mis 
promptement en liberie. Il passera ainsi de la prison a l'asile et de l’asile 
a la prison. Cest done un de ces malades etudies par M. Colin, dont la 
place n'est ni en prison, ni dans un asile d'aliynes; mais dans un yta- 
blissement tenant & la fois de l’asile et de la prison. 

M. Vallon dSclare avoir examine cet enfant, au point de vue medico¬ 
legal, a l’occasion d’un debt mal caractyrise. 11 avait pris un billet de 
Lyon a Moulins, disait s’ytre endormi dans le train et s’Otre ryveille a 
Paris. Le rapport conclut a l’epilepsie et a l irresponsabilite. Mais, cela 
ne saurait exonerer ce sujet, pour l'avenir, de tous les crimes oudelils 
qu’il pourra commettre. La responsabilite des epileptiques varie avec 
les individus et avec le moment. 

M. Vigouroux insiste sur le probleme de l’assistance aux ypileptiques. 
Dans six mois, le malade de M. Delmas passera de la colonie de Vaucluse 
a l'asile. S’il ne presente aucun trouble delirant, aucun trouble mental 

21 


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298 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


autre qu’une legere debilite, s il n’a aucun needs epileptique, il sera mis 
en liberty et pourra recommencer alors a commettre des debts. S’il est 
mis en prison, ii lui arrivera ce qui lui est arrive lorsqu'il se trouvait 
a la Petite-Roquette : il sera envoye dans un asile. En somme ce sujet 
est un ddbile vicieux et sa place n’est ni a l’asile, ni en prison. 

Ill 

Aprds lecture d'un rapport de M. Keraval, M. Bessiere, directeur- 
mddecin de l’asile d’Evreux, est nommd membre correspondent de la 
Socidtd. 

Aprds lecture d’un rapport de M. S^rieux, M. Roger Mignot, mede- 
cin adjoint de la maison nationale de Charenton est nommd membre 
correspondent. 

G. Collet. 


ANALYSE DES LIYRES 


RECHERCHES CLINIQUES ET THERAPEUTIQUES SUR 
L EPILEPSIE, LTIYSTERIE ET L IDIOTIE 

Compie-rendu clu service cles enfants idiots , dpilepiiques et arrieres 
de Bicetre pendant Vannee 1901 

Par Bourneville 

Au rappport medical de son service moddle deBicdtre, M. Bour 
neville annexe chaque annde une sdrie de travaux originaux se 
rapportant aux observations les plus intdressantes prises au cours 
de l’annde. 

Dire l’interdt qui s’attache d ces publications annuelles dont 
l’ensemble forme un monument unique de I’hisloire des dtats infe¬ 
riors de l’intelligence, est rdpdter une notion banale : le nom de 
l’auteur est par avance une garantie de la rigueur de l’observation 
de la haute portde clinique des documents. Le plus souvent, un 
des travaux joints au rapport revet une forme plus gdndrale, de- 
vient un volumineux mdmoire annexe, et utilise pour mettre au 
point telle ou telle notion nouvelle de l’histoire des arridres, les ri- 
chesses documentaires accumuldes depuis 20 ans dans ce service 
des idiots de Bicetre, si apprecie partout, mais peut dtre plus en¬ 
core d I’dtranger qu’en France. L’auteur n’a pas voulu seddpartir, 
cette annee, de cette precieuse habitude, et, mettant d profit sa 
collection unique desquelettes d’hemiplegiques, nous monlre dans 
unimportant memoire fait en collaboration avecM. PaulBoncour, 
les rapports de l’impotence musculaire et de certains troubles 
osseux dans l’hdmiplegie infantile. 

Les auteurs ont cherchd la solution du probldme ainsi posd : 
etant donne d une part le degre d’atrophie d’un os correspondant d 
un membre hemiplegie ; dtont donne d’autre part, le degrd d’im- 


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ANALYSE DES LIVRES 


299 


polencedes muscles qui rentouraient,chercher dans quelles pro 
portions le muscle est Tagentdu trouble trophique. 

Or, d’apr^s ce travail, sansnier la possibility de troubles trophi- 
ques d’origine centrale, on doit constater rimportance de la part 
du muscle dans la determination de l atrophie osseuse ou plutot, 
car le mot atrophie est impropre, dans le retard ded£veloppement 
de Tos: On peut meme ajouter que par la seule impotence fonction- 
nelle on peut expliquer d’une fagon rationnelle les modifications de 
Tos malade du femur en Tesp£ce, car c’est sur lui que les recherches 
ont plus particulierement porte — Ges modifications sontun arron- 
dissementde la diaphyse par suite de Tabsence ou de la diminution 
du pilastre ; une diminution de la courbureantero-posterieure ; une 
diminution de la face externe: une difference de forme duplatim6- 
rie; uneobliquite moins grande du plan proplite ; une tendance b 
recartement des levres dela ligneapre; une ouverture plus grande 
de Tangle cervico-diaphysaire; resultant du fait que la pression 
est moins intense sur le membre malade que sur le membre sain ; 
une inclinaison plus grande de Taxe de la diaphyse. 

Ges considerations ne sont pas purement spdculatives et la Cli¬ 
nique peut,comme le montrentMM. Bourneville etBoncour en ti- 
rer le meilleur profit. Une des deductions entre autres, est que 
pour mesurer sur un hdmipldgique vivant le raccourcissementd’un 
membre, on doit tenir compte des variationsde Touverture de Tan 
gle cervico diaphysaire et de Tinclinaison de Taxe femoral. Pour 
cela, il faut prendre la longueur comprise entre le sommet du 
grand trochanter et Tinterligne articulaire. L’impotence muscu- 
laire exerce un retentissement semblable sur Thumerus, le radius 
et le cubitus. 

A cote de ce memoire il nous faut signaler une nouvelle contri¬ 
bution & Tetude de Tdpilepsie vertigineuse et & son traitement par 
le bromure de camphre ; un travail sur Tidiotie morale et en 
particulier sur le mensonge cornme symptome de cette forme 
mentale; un travail sur la folie de Tadolescence; une etude histo- 
logique de deux cas d’idiotie du type « mongolien » ; une impor- 
tante observation avec autopsie et examen histolo-uque d un cas 
d’idiotie symptomatique d’une sclerose atrophique limitde aux 
circonvolutions du coin gauche, etc., etc. 

Ce volume, dont Timportance ne le cede en rien aux prdcddents 
est richement illustre de 16 planches hors texte, sans compter 14 
figures. 

E. Blin 

Los Accldentes Histericos y las suggestlones terapeutlcas, par 

Jose Ingegnieros. 1 vol. in 8° de 372 pages. Buenos Aires-Menendez, 
1904. 

Ce livre n’est pas un traitd systeinatique et coinplet : c'est Un livre 
d'observations personnelles. L'auteur en previent lui-meme lc lecteur au 
cours de sa preface. 

M. Ingegnieros eludie avec un esprit trds large et tres informe la 
question duconceptet de lapathogdnie de Thysterie, ceprot6esi difficile 
h saisir dans une definition ; I’interpretation scientifique et la valour 


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300 


REVUE DE PSYCHIATRIE 



th^rapeutique de 1 hypnotisme et de la suggestion ; le rire hysterique 
dont le traitement lui parait donnd par la suggestion hypnotique ; les 
troubles sensitifs et convulsifs, avec l'hysterie Gpileptiforme ; les obses¬ 
sions et id6es fixes chez les psychasth^niques, les neurastheni- 
ques et les hyst6riques ; le mutisme hysterique difference de haphasie; 
l’aboulie hysterique et la dipsomanie ; hastasie abasie et son traitement 
psychoterapique ; les pretendus symptdmes dheraipl^gie hysterique; 
la dyspnee ; les troubles trophiques,les stigmatesdes saints, la sueur de 
sang, les fibvres,hoedeme; les spasmes respiratoires et tics hysteriques, 
lehoquet ; ce sont la, a propos d’observations personnelles, ce qu’on 
pourrait appeler des « Essais » a propos desquelles la litterature fran- 
Qaise est abondamment citee, et hon voit que hauteur la possfcde 4 
fond. 

M. Ingegnieros ecrit tr6s agreablement et son style parait facile ; on 
sail d’ailleurs qu’il ecrit beaucoup. 

H. PlERON. 

La Pslchlatrla nell educazlone publlca par A. Marro. Torino 1904 
Brochure in-8° de 35 pages. 

L’auteur dans cette communication au dernier Congres de psychiatrie, 
de GOnes, montre l'importance q'u’il y a 4 introduire la psychiatrie 
dans l education publique: il montre la statistique des alienes dans 
divers pays oil la courbe quantitative subit une ascension rapidedes 
plus inquietantes. 

11 est vrai que les nombres donn6s ne doivent peut-etre pas Otre 
pris au pied duchiffre. En effet les statistiques ne concernent que les 
alienes hospitalises et une partiede la croissance constatee est due aux 
progres de l’hospitalisation des alienes, en sorte qu’il est difficile de 
determiner la courbe d evolution du nombre vrai des alienes, qui reste 
toujours absolument ignore. 

L'auteur traite d un grand nombre de questions generates : famille et 
ecole ; hydrotherapie a fecole; campagne contre l'alcoolisme ; l’dduca- 
tion des sexes ; ecole de l humanite ; hygiene, comme maitresse de soli¬ 
darity ; mutualisme ; sentiment de justice. La Psychiatrie s'etend loin 
dans I’esprit de M. Marro. 

H. Pie hon. 

Rapport »ur les enfants anormaux par le D r Wahl, medecin 
adjoint de l’asile d’Auxerre. 1905, in-8* 120 pages. 

Ce rapport au prefet de l’Vonne, marque une documentation trfcs pre¬ 
cise de l’auteur, au sujet du probleme de heducation des arrier&s qui se 
pose maintenant en France apres avoir ete r£solu dans prescjue tous 
les pays etrangers. Aussi M. Wahl n’a-t-il en garde d’oublier de de- 
crire ce qui sefait hors de nos frontieres 4 cet egard. Son6tude d£passe 
de beaucoup la portee d’un rapport departemental et sera consu It^avec 
fruit par ceux qui ont aujourd’hui 4 se preoccuper de hdducafcion des 
anormaux. 

Comme conclusions pratiques, signalons que hauteur reconnmande 
comme solution la plus conforme au bon sens, a 1 equite et & h« c0 * 
nomie I etablissement d’ un asile, ecole interdepartementale, on l’ensei. 
gnement devrait etre avant tout professionnel et moral. 

H. Pl^ON. 

Les conceptions pathogdniques de la neurasthdnie par Coi- 

gnard, These de Paris. Janvier 1905, in-8°, 80 pages. 


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ANALYSE DES LIVRES 


301 


M. Coignard a eonsacre a la neurasthenic une etude historique et 
critique. 

II a fait^une rapide revue,insuffisamment ordonn6e et syst^matis6e, des 
theories qui ont £td donnees de la neurasthenic, theories circulatoires 
et vaso-motrices, nerveuses, stomacales, fonctionnelles, hepatiques, r6na- 
les, d’intoxication, d'arthritisme, etc., dans la discussion delaquellel’au- 
teur n’a pas de peine h montrer qu’elles sont insuffisamment fonddes. 
Appuyees sur quelque remarque, quelque coincidence, quelque cas 
isole, elles se juxtaposent sans utilite. L’arthritisme parait cependant in 
\1. Coignard Jouer un role considerable dans la pathogenie de 1’dpuise* 
ment nerveux et les causes de depression morale seraient souvent des 
causes d^terminantes. Somme toute, la neurasthenie, conclut-il,est un 
syndrOme rdv^lant l’^puisement du systeme nerveux quelle que soit sa 
cause, et on pourrait ajouter quelque forme que cet 6puisement revele. 

H. Pi£ron. 

Contribution & l’6tude des troubles de la sensibility objective 
dans l’acroparesth£sie par le D r Louis Trombert. Th6se de Paris, 
Housset 1905, in-8®, 78 pages. 

Apr£s une br6ve historique de la question, I’auteur de cette th6se, 
relate les observations dont 4 lui sont personnelles. 

Les conclusions sont les suivantes : 

1® Constatation, avec Pick, de troubles subjectifs atTectant parlois une 
topographic nettement radiculaire ; 

2® Mais troubles objectifs d’hypoesthdsie constates dans tous les cus 
observes; 

3® Les zones d’hypoesthdsie, de disposition radiculaire r^pondent a des 
bandes cutandes parall&Ies a la longueur du mernbre ; 

4* Ces troubles temoignent d’une irritation des ratines posterieures 
dans leur trajet intramedullaire et, par retlexe, les vaso-constrictions 
provoquent l'anemie des extremites avec ph£nomenes subjectifs conse* 
cutifs. 

5® Les troubles subjectifs sans trouble vaso-moteurs sont dus a une 
irritation des fibres sensitives ; 

6® La nature et la cause de la lesion radiculaire dtant inconnues, le 
mot « irritation » est preferable, etant donne les cas de guerison si¬ 
gnals. 

IL PlERON. 

Psicologia musicale, par Mario Pilo. 1 vol. 259 pages de la col¬ 
lection Hoepli. Milan, 1904. 

Sur la foi du litre nous esperions trouver dans l’ouvrage de Mario 
Pilo, cette psychologic musicale dont on parle beaucoup et que l’on 
etudie exp^rimentalement tr6s peu. Ce livre n’est qu’un manuel, bien 
edite d’ailleurs, dela collection de Hoepli. I/auteur a adopte la meilleure 
ni^thode qui convenait a un ouvroge de vulgarisation. 11 traile avec 
facilite toutes les questions que souleve l'esthetique musicale. C'est 
en somme une mise au point, bien fuite, a laquelle, nous ne repro¬ 
chons que le manque de references bibliographiques ;ces manuels sont 
beaucoup plus prdeieux lorsqu’ils peuvent etre le point de depart de 
recherches plus approfondies grace a une bibliographie soignee. 

L. 


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302 


REVUE DE PSYCHIATRiE 




NOTES & INFORMATIONS 


line nouvelle classification des maladies mentales. — Vraiment, a 
voir encore les classifications des maladies mentales se multiplier sans 
cesse sur des des bases constamment diflerentes, plus ou nioins, des 
precedentes, on se demande quand on arr6tera la collection qu’on en 
peut faire. En void une nouvelle que nous nous contentons de r6su- 
mer : elle se base sur le critSrium degravite croissante qui embrasse- 
rnit selon l auteur, M. L. Roncoroni, directeur de la clinique des mala¬ 
dies mentales et nerveuses de l’Universite de Cagliari, les criteres 
etiologique, symptornatologique, anatomo pathologique, pronostique, 
clinique et biologique : 

A) Maladies montalcs acquiscs 

A. PARAPHRAMIES B. PHRENOPATHIES 

a) sans lesions automatiques de mouvements primitives 

I. Paraphrenias proprement dites 
(degenerations psychiques) 

folic (patzia) periodique 

— alto manic. 

Principolement — circnlaire. 

emotives — (follie) affective. 

— (pazzio) morale (delinquanle). 

I paranoia rudimentaire. 

Principalement ideative. Paranoia et variete. 

II. Psijchoneeroses 

Excitation sensorielle partielle, phrenosc scnsoriclle. 

Excitation totale ideo-emotive, manic. 

Kalentissement iddo-dnotif, melancolie. 

Arret general fonctionnel, amenza. 

— permament, demencc. 

b) avec lesions automaliques de mouvements primitives 

I. Nerroses II. Cercbro-patfiies 

(phenomena moteur 

en acces par excitation). (phenomdies moteurs differents. 

Phenomenes inoins systematises hysteric. [ delirium tremens 

Aigues J 

— plus systematises epilepsia. ( delirc aigu. 

Periodiques (ou par acces). Cerebropathies periodic ties, 

) demencc cerebroplegique. 
paralgsie progressive, 
pseudo-paralysic. 
supl.Uis cdrebralc. 
Ccrebropathie acec lesions 
macroscopiques. 

(Voir la suite upres le Bulletin bibliograpfiique mcnsucl). 


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NO S Er INFORMATIONS 


303 


D) Phrenathenies 

(arr£t du developpement mental d6s la naissance et les premiers temps 

de la vie) 

Imbeeillite 

Idiotic 

Cretinismc 

Microc&phalic 

c)-ij Formes de passage entre les diverses maladies mentales 

2) Formes mixtes avec les maladies nerveuses on autres maladies 

organiques 

(Annali di Frcniatria, mars 1904, XIX, I, p. 49-67). 

Le Serum Marin dans la thOrapeutique des aliOnOs K — Les 

idees de M. Quinton sur Paction regenerotrice du serum marin sur les 
cellules de 1’organisme ont incite M. Marie et M ,,f Pelletier a expe¬ 
rimenter cet agent dans le trailement des maladies mentales. Dou/.e 
malades ont OtO soumis a la medication marine : 

3 Opileptiques; 

3 paralytiques gdnOraux a accidents epileptiformes; 

3 dements alitOs a escharres dorsales ; 

3 dements precoces. 

Tous ces malades ont dte l’objet d'observations methodiques, enro- 
gistrant POtat de leurs diverses fonctions ; respiration, circulation, tem¬ 
perature etc., avant, pendant et apres le traitement, ainsi que les 
caractfcres chimiques de leurs eliminations urinaires. 

Les resutats ont Ote bons dans plusieurs cas ; neanmoins les expe¬ 
riences devront etre encore poursuivies avant de pouvoir aboutir a une 
conclusion ferme. 

Le Neuronal. — M. le D r Marie et son interne, M n * la D r,e M. Pelle¬ 
tier, communiquent leurs recherches sur le Neuronal et le rOsultat 
d’expdriences faites sur lesanimaux avec M. le D r Viollet. 

A dose toxique, le BromdicHhylacdtamide paralyse progressivemont 
les muscles lisses et strids, particulidrement les tuniquesdes vaisseaux 
(vaso-paralysie et arrets de secretions), et Pintestin. 

A dose therapeutique (1 gr.), le Neuronal aide le sommeil dans Pin- 
somnie simple, les etats de confusion mentale ou de manie subaigue, 
et Fagitation automatique moderee. 

II ne s’accumule pas, bien que son effet s’dtende sur plusieurs jours, 
Faccoutumance en est faible et sa suppression n’entraine aucun trouble 
appreciable. 

Le mauvais gout en peut etre facilement masque. Contrairement aux 
provisions de Fuchs et Schultze, il ne parait pas agir sur les convulsifs 
aux doses expdriinentees et sans etre associe a d’autres substances. 

( Soaete de therapeutique , 14 juin 1905). 

Le poids du cerveau et les professions. — M. A. Adam a rdsume 
les mesures de M at icqka qui a rapporte ses resultats obtenus sur le 
poids du cerveau des sujets observes a l’lnstitut de inddecine legale 
avec la profession de ces sujets. 

II a divisO ces professions en 6 groupes, qui sont les suivants : 

1* Journaliers : Individus gdneraleinent mal doues au point de vue 
intellectuel, peinant souvent, mal muscles puree que mal nourris. 

1 Communication par le D r Marie et le L) r Madeleine Pelletier a la Societe 
dc Biologie ; seance du 20 mai 1905. 


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301 


REVUE DE PSYCIHATRIE 


2* Ouvriers a metier fixe : conditions physiques et intellectuelles 
meilleures que les prdcedentes. 

3" Gens de maison: certaines capacites intellectuelles. Bonne alimen¬ 
tation. 

4° Artisans : capacity intellectuelles plus marqudes, muscles d6ve- 
lopp6s par le travail. Bonne alimentation. 

5° Professions exigeant un travail intellectuel; employes, profes- 
seurs, musiciens etc. Mai muscles, bien nourris. 

6* Professions exigeant des etudes sup£rieures : musculature plutdt 
faible. Bonne alimentation. 

Or le poids moyen du cerveau,dans ces six groupesabien parusuivre 
cette sorte de hierarchie relative des professions. Voici en effet les 
chiffres a cet dgard : 


Groupes 

Grammes 

Personnes 

l or Groupe 

1.410 

14 

2' - 

1.433 

34 

3* - 

1.435,7 

14 

4- — 

1.449,6 

123 

5* — 

1.468,5 

28 

6 f - 

1.500 

22 


Annales medico pst/chologit/ues. — XIII e ann6e, n* 1, janvier fdvrier 
1905 p. 78-91. — D’apr&s le D r Maticgka : Uber die Betiehungen ties 
Hirgeirichts zuni Bcrufe ; brochure in-8° extraite de la Poliiisch - 
anthvopologisehc Rcruc , 3 e annee, I. 

Alienation ©t race. — De niSme que les ddlires revetent des formes 
appropriees aux conditions sociale9 des malades, de meme on constate 
que les caracteres ataviques des peuples se refl&tent dans les troubles 
pathologiques des individus atteints d’affection mentale ; e’est la con¬ 
clusion quise degaged’une int6ressante etude surle crime et la folie chez 
les Hindous et les Birmans,par M. Emile Laurent. 11 y a, parait-il, assez 
peu d’alidnes aux Indes (300 environ dans chaque asile de Calcutta et 
de Rangoun). L’Hindou est en elTet apathique, r^agit pOu aux emotions, 
au chagrin et a la joie, et se laisse difllcilement deprimer par le mal- 
heur, echappant par la aux causes qui detraquent par un fonctionne- 
ment exagere et irrationnel nos cervaux europeens. Les malades de 
l’asile de Calcutta sont surtout des nnMancoliques, dont les periodes 
d’excitation sont Ires rares et tres courtes. 

Quelques maniaques et dements. Lo delire religieux y reste terre a 
terre. Aucun cas de megalomanie. 

Les delires sont humbles coniine les caracteres. Le delire, reconnu. 
des derviches exaltes est cependant tr6s turbulent et colore comme 
leur attitude officiellement normale, deja d^lirante, inais les halluci¬ 
nations sont tres rares dans la folie religieuse. 

L’alcoolisme est absolument inconnu. Les alidn^s criminels sont tres 
nombreux ; on ne peut obtenir d eux une version des causes do l’acte 
criminel. 

Chez les Birmans, plus actifs et plus dveilles, les delires sont plus 
colores, particulierement sous forme religieuse (boudhique). Les melan- 
coliques sont plus rares et les maniaques agites et dangereux beau- 
coup plus nombreux. 11 y a egalement beaucoup d'alienes criminels. 

L’asile de Rangoun contenait deux epileptiques impulsifs. 

A Calcutta et surtout a Rangoun, les femmes sont agiteeset loquaces 
(melancoliques ou maniaques); sur une question de 1’auteur a ce sujet, 
« e’est le sexe qui les travaille » repondit le medecin directeur du 
Lunatic Asylum. p - 

(Annalcs mcdico-psychologiqucs LX 111' annee, n e 1, janvicr-fevrier 1905, 
p. 30-32). 


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NOTES ET INFORMATIONS 


305 


Les Neurofibrilles du Lombric. — Far une singularity chimique 
des organe nerveux du Lombric, la methode au nitrate d’argent r^duit 
qui donne de tr£s beaux rysultals avec la sangsue, ne colore pas les 
neurofibrilles du Lumbricus. 

M. Ramon y Cajal indique la modification appropriee: 

1* On plonge le ver, retird de terre, pendant 24 heures dans cette 
solution : 

Eau distillee. 40 cc 

Formol. 10 cc 

Ammoniaque. 4 a 6 goultes 

2* On lave les pieces plusieurs heures a I’eau distillee pour extraire le 
formol. 

3* Puis on place & l’6tuve k 30 ou 35 # pendant 4 ou 5 jours dans du 
nitrate de platine k 3 pour 100. 

4* La reduction se fait par une solution d’acide pyrogallique. 

On oblient ainsi une coloration nette des librilles en brun sombre. 

(Trabajos del Lciboratorio de inresligaciones biolog teas de la Unicer- 
sidad do Madrid. Ddcembre 1904. p. 277}. 

Anatomle pathologique de la d£mence pr6coce. — M. Francesco 
Bursio a public les principaux rysultats anatomiques de l autopsie qu'il 
a faite de 11 dements precoces, 9 hommes et 2 femmes. 

Crane. — Mince dans 5 cas, epaissi dans 2 ; eomme irregularity, pla- 
giocephalie. Un exemplaire, conserve au mus6e de l’asile de Colligno, a 
une asymytrie extraordinaire avec plagiocephalie pariytale, ddveloppe- 
rnent considerable de la protub6rance occipitale externe, etc. 

Meninges. — Normales dans 5 cas. Dans 2 cas pachymeningite h£inor- 
rhagique; dans 4, leptoineningite chronique avec adherences ; dans un 
des cas hdmorrhagie subpiale. 

Cereeau. — Normal dans 2 cas, an6mique dans 4 cas, hyperemique 
dans 3, oedemateux dans 2 ; ependymite dans 2 cas. 

Ccear et aorta. — Dans 3 cas, hypoplasie du coeur, dans 2 hypoplasie 
de I'aorte, dans 4 dygynerescence graisseuse, atrophie dans un et infil¬ 
tration graisseuse du myocarde dans un autre ; ecchymoses sous-pyri- 
cardiques dant un cas, et une seule fois atherOme de l’aorte. 

Foie. — Dygenyrescence graisseuse en 3 cas, et dans 3 simple con¬ 
gestion. 

Reins. — Degynerescence albumineuse dans 3 cas, nephrite intersti- 
tielle chronique dans 1 cas, nephrite chronique inixte dans 1, conges¬ 
tion dans 2. 

Tube gastro intestinal. Entente aigue dans 1 cas ; dans 1 autre tuber- 
culose intestinale consecutive a une tuberculose pulmonaire ; dans 8 
cas. entente chronique, accompagnee de colitedans 4. 

Les causes de mort se repartissent ainsi : 

Gastro entente. 5 cas 

Tuberculose pulmonaire. . 3 cas 

Myocnrdite aigue. 2 cas 

Bronco-peneumonie aigue. 1 cas 

( Annuli di Fremiatra, Dycembre 1904, p. 382}. 

Encombrement medical et maladies morales et mentales. — Trop 
de medecins et moins de malades telle est [’explication donnye par M. 
Debove a l'encoinbrement medical — M. Huehard reconnaitque le nom- 
bre des medecins est trop grand, mais selon lui ee ne sont pas les ma¬ 
ladies qui manquent, seuleinent il y a moins de maladies infectieuses et 
plus de maladies nerveuses et psychiques. Le medecin en rencontre 
fryquemment dans les families. 


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306 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


« Que fait-il, dit M. Huchard. 11 se d^sinresse de toule cette fonle 
d’etals morbides qui lui semblent negligeablesparce qu’il ne s’accompa- 
gnent pas d’alterations Idsionales, il prononce le nom de neurasthynie, 
de phobie, prescrit une drogue, ajoute un mot d’encouragement. C'est 
tout. 

« Le malade, naturellement, ne guerit pas et va frapper a une autre 
porte. La rn6me scene se reproduit. Le malheureux erre de droite et 
de gauche, accumule les drogues, multiplie les piqOres toniques — in¬ 
jections sous cutanees de divers ordres — traine une vie miserable et 
sansespoir. La faute en revient bien souvent au mddecin. A part quel- 
ques exceptions, tout ce qui touche au domaine psychique eat inconnu 
du corps medical. A 1'ecole, on nous apprend fit traiter nos douleurs 
physiques ; on attache beaucoup moins d’importance aux douleurs mo¬ 
rales, ou plutot les etudiantsne tirent pasde l'enseignement de maitres 
tels que MM. Raymond, Dejerine, Ballet, Marie, toutes les deductions 
pratiques qu’ils en pourraient faire sortir. Toute maladie morale est, 
eu general, succeptible de gu6rison ; je ne parle pasdes maladies men- 
tales, et encore, pour celles ci, pourrait*on certainement faire davanta- 
ge. 

« Les anciens medecins le savaient bien : moins munis en fait d'ar- 
mes eontre les douleurs physiques, ils en possedaient bien davantage 
contre les douleurs morales. Ils tenaient beaucoup a la double appella¬ 
tion de nuklecin et de philosophe qui soulignait la signature de leur Oeu¬ 
vre, et parceque philosophes, ils cherchaient a acqu6rir les qualitds de 
tact, de finesse, d'autoritSs sans lesquelles il n’est pas de vrais m^de- 
ci ii. 

« Non, les maladies ne diminuent pas de nombre. Elies changent de 
nature, voilfc tout. Moins de maladies physiques, plus de maladies mo¬ 
rales. Que les medecins familiarisent avec les proc6dds psychotherapi- 
ques capables de gu^rir ces derni&res, ils se pr^pareront de riches 
matdriaux de clientele, et pour longtemps ». 

(.Journal du Praticien Avril 19Q5) 

Creation d’un certificat d’gtudes de sciences pgnales. — Le Con- 
soil de l’University dans sa derniere session, a votd le projet de crea¬ 
tion & la faculte de droit, a la rentrde des cours, d’un « certificat delu¬ 
des de sciences penales ». 

L'enseignement comprendra : la criminologie et la science p6niten- 
tiaire, le droit penal, la procedure pdnale, la inedecine mentale, la m6- 
dechie legale. La duree de cet enseignoment sera de deux semestres. 
11 sera donn<§ par des professeurs des facultes de droit et de m£decine 
Des conferences pratiques coniplenientaires pourront ytrefaites par des 
personnes n’appartenant pas a I'Universite, et particuliyrement par des 
membres de la raagistrature, du barroau et de radministration. Sont ad 
rnis a s’inscrire en vue de ce certificat, eeux qui ont au moins le grade 
de bachelier en droit ou le certificat de capacity en droit. Les Gran¬ 
gers qui ont fait leurs etudes de droit dans une university dtrang£re 
peuvent aussi etre admis a celte enseignement par autorisation spdciale. 

Le certificat est delivre sur attestation de I’assiduitd aux cours, confe¬ 
rences et exerciees pratiques et apres trois epreuves : un memoire sur 
une des mutieres du programme ; une note ou une consultation sur un 
ou plusieurs arrets ou une espece proposee; une composition sur un 
sujet de inedecine mentale ou de medecine legale. 

Les auditeursqui ne sont pas immatricules a la faculty de droitseront 
tenus d’acquitter les droits suivants: immatriculation, 20 fr.; bibliothy- 
que, 10 fr.; frais d’etudes, 50 fr. par semestre. 


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NOTES ET INFORMATIONS 


307 


Acad6mle des sciences morales.— Dans sa seance du 17 juin, 
l'Acadernie des Sciences morales a decerne le prix Carlier : 

Prix Carlier (2.000 fr., au rueilleur ouvrage publie dans les trois der- 
ni&res anndes ayant en vue des moyens nouveaux a suggerer pour 
ameliorer la condition morale et materielle de la classe la plus nom- 
breuse de la ville de Paris), partage ainsi que suit : 

Un prix de 1.000 fr. & M"‘ Marie, femme du medecin en chefde l’asile 
de Villejuif, et & la princesse Lubomirska (oeuvres de readaptation a 
la vie normale des abends convalescents ou gueris sortis des asiles). 

Un prix de 1.000 fr. a M. et M mt Henri Rollet (oeuvres du patronage 
de jeunes gargons abandonnes). 

La foil© £ New-York. — Le noinbre total d'alidnds a New-York 
atteignait en 1904, 26.861 personnes, ce qui marque sur l’annde precd- 
dente une augmentation de 927 cas. 

L’dtat mental de la princesse Louise. — Le marechal de la Cour 
d’Autriche a accepts les conclusions des experts alienistes frangais sur 
le parfait dquilibre mental de la princesse Louise, dont l’interdiction a, 
par Id mGme, ete levde. 

11 a versd les 15.000 francs d’honoraires eonvenus pour cette expertise. 

Association mddico-psychologique amdrlcalne. — La soixante- 
et-uni&me session de 1’ « American medico-psychological Association », 
s’est tenue recemment (du 18 au 21 avril) a San Antonio (Texas). 

La principal© question qui y a etd discutee a eu trait a la legislation 
destinee a la prevention de la folie, M. H.-W. Miller a expose ses 
vues sur le contrdle d’Etat du mariage des individus atteints de trou¬ 
bles raentaux. 

On sail que le president, pour cette seance qui est la 67* del’Associa- 
tion (fondee en 1844 et reorganise© en 1892), qui comprend aujourd’hui 
425 membres, est notre collaborateur, M. le D r Burr, qui ddbuta en 
1878 comme medecin assistant a l’asile de Pontiac (Michigan oriental), 
qui est maintenant medecin-directeur de Oak Grove et qui, entrd dans 
l’Association en 1890, fut secretaire en 1897, puis tresorier, et enfin 
vice-president en 1904 et president en 1905. 

Voiei les communications qui ont ete faites : 

« The Unity of the Manifestations of Insanity »>, par H. A. Tomlinson, 
M. D., St. Peter, Minn. 

« Perils of Psychiatry ». par W. A. Gordon, M. D., Winnebago, Wis. 

« Neuropsychic Asthenia and its Psychiatric Aspects », par Chas. 
H. Hughes, M. D., St-Louis, Mo. 

a The Prevention of Insanity in its incubation by the General Practi¬ 
tioner », par J. T. W. Row e, m. D., Ward’s Island. N. Y. 

« Final Report upon the Relation of Insanity to Cardiac Diseases », 
par Arthur McGugan, M. D., Denver, Col. 

« Expert Testimony on the doctor in Court », par D. R. Wallace, 
M. D., Waco. Texas. 

(i Korsakoff's Psychosis », par A. W. Hurd, M. D., Buffalo. N. Y. 

« The Therapeutic and Medico-Legal Features of Drug Addictions », 
par George P. Sprague, M. D., Lexington, Ky. 

« Melancholia, The Psychical Expressioirof Organic Fear ». par 
J. W. Wherry, M. D., Clarinda, la. 

« Psychoses of Anaemia », par Frank P. Norbury, M. D., Jackson¬ 
ville, 111. 

« Mysophobia, with Report of Case », par John Punton, M. D., Kan¬ 
sas City, Mo. 

« Cholaemia ; Its Relations to Insanity », par R. J. Preston, M. D., 
Marion, Va. 

« A Case of Huntingdon’s Chorea », par Harry W. Miller, M. D., 
Taunton, Mass. 


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308 


REVUE DE PSYCIIIATRIE 


« Nature of Practice in Neurology », par Arthur McGugan, M. D., 
Denver, Col. 

« The Liver and its Relations to mental and Nervous Diseases », par 
Charles G. Hill, M. D., Baltimore, Md. 

a as to Surgery for the Relief of the Insane Condition », par M. E. 
Witte, M. D., Clarinda, la. 

« Observations on Some Recent Surgical Cases in the Manhattan 
State Hospital, East », par John R. Knapp, M. D., Ward's Island, N.Y- 

« A. Preliminary Report of the Gynecological Surgery in the Man¬ 
hattan State Hospital, West », parLERoY Broun, M. D., New-York 
City. 

(c Some Observations on the Relations of the Gastro-Intestinal Tract 
to Nervous and Mental Diseases », par Robert C. Kemp, M. D., New- 
Y'ork City. 

« Tuberculosis Among the Insane », par C. Floyd Haviland, M. D., 
Ward's Island, N. Y. 

« Masked Epilepsy », par Gershom H. Hill, M. D., Des Moines, la. 

a Epilepsy as a Symptom », par Everett Flood, M. D., Palmer, Moss. 

« Clinical Notes on Dementia Paralvtica «, par E. C. Dent, M. D., 
Ward's Island, N. Y. 

CongrAs allemand. — Le Congres annuel de la Society des aliGnis- 
tes bavarois s est tenu a Munich les 13 et 14 juin. 

Congres de Llsbonne. — Voici lesrenseignements comptementaires 
nouveaux sur le Congres de Lisbonne : 

Thorne 7 — Rapporteur : Dr. Thomas Maestre Pihez (Calle de Atocha 
69 — Madrid). 

Theme 9 — Rapporteur: Dr. A. C. Me. Donald (New York City). 

Communications. — 7. D r Jules Morel (Mans) : Pour les alienescri- 
minels faut-il donner la preference a un asile special ou u un quartier 
d’asile annexe a une prison ? (sujet recommend^ n # 33). 

8. D r Jules Morel (Mons) : Organisation du service medical et scien- 
tifique dans les asiles (sujet recommande n° 32). 

9. D r Jules Morel (Mons ): Traitement familial desalidn^s (sujet re- 
commande n* 19). 

10. D r D. R. Brower (Chicago): Treatment of acute insanity in ge¬ 
neral hospitals. 

11. Prof. Aurelio Bianchi (Paris) : La ecloscopie et la ectotheraphie 
du cerveau. 

University de TOblngen.— M. Johannes-Finckh est nomm£ privat 
docent de psychiatric a la Faculte de Medecine de I'University de 
Tulingen. 

University Harvard. — M. E.-B. Holt a et6 nomine professeur- 
adjoint de psychologic a l’Universite Harvard. 

Nycrologie. — Le professeur de medecine mentale de l’Universite 
de Halle, M. Karl Wernicke, connu pour ses recherches de diagnostic 
regional des maladies cerebrales, vient de mourir a l’agede 57 ans, de 
suites de blessures d un accident de bicyclette. 

Mouvement de iuln 1905. — M. le D r Lagriffe m6decin-adjoint a 
Quimper promu a la 1" classe du cadre. 

M. le D r Mercier medecin-adjoint a I’Asile de Pierrefeu (Var) promu 
a la 1*' classe du cadre. 

M. le D r Bonne medecin-adjoint a l'Asile de Braqueville (Haute-Ga- 
ronne promu, & la classe exeeptionnelle. 

M. le D r Ricoux medecin-adjoint h l’Asile de Fanis (Meuse) promu a 
la classe exeeptionnelle. 

M. le D r Rousset medecin en chef de l’Asile d’aliynds de Bron (Dro¬ 
me promu a la premiere classe du cadre. 


Le g£rant: A. Coueslant. 
PARIS & CAHORS, IMPRIMERIE A. COUESLANT (VI1-31-05) 


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REVUE CRITIQUE 


L'ETIOLOGIE DE LA PARALYSIE GENERALE 
D’APRES LES DISCUSSIONS DE L’ACADEMIE DE MEDECINE 
ET LES NOUVELLES RECIIERCIIES 

SUR LA SYPHILIS EXPERIMENTALE. 

Par le D r Cl. Vurpas, 

Chef de elinique des maladies mentales a la Faculte de medecine de Paris 


L’origine sypliilitique de la paralysie generale est un pro¬ 
blems toujours k l’ordre du jour malgre toutes les publications 
parues sur ce point,depuis que les recherches d’Esmarch, Jessen, 
Ilildenbrand, Kjelberg, etc., datant d’une quarantaine d’annees 
environ, vinrent mettre k Tetude la nature specifique de cette 
affection. 

Les nombreux travaux publtes jusqu’icin’ont pas apporte une 
solution univoque k ce sujet, les r^centes discussions soulev^es 
k TAcademie de Medecine sur cette question ont bien montrd 
que l’accord etait encore loin d’etre etabli. II semble qu’au 
contraire chaque orateur soit sorti du debat plus convaincu du 
bien-fonde de son opinion personnels. II en est souvent ainsi 
des discussions, qui dans certains cas paraissent avoir pour 
r6sultat d’ancrer plus profondement chacun dans ses utees, 
plus impressionnd que Ton est par ses propres arguments que 
par les objections moins suggestives de l’adversaire. II n’y a 
que les faits precis qui apportent dans le proces le poids qui 
fera pencher la balance dans un sens determine. 

Dans la discussion actuelle, ce n’est certes pas les fails, qui 
ont manque; et les auteurs, il faut bien le reconnaitre, sont 
presque tous d’accord sur la constatation de la plupart des faits, 
mais les divergences commencent, lorsqu’il s’agit deles inter¬ 
preter. C’est que dans les discussions scientifiques, les ph6no- 
menes sont dirig6s par Interpretation admise; et ainsi se 
trouve justifte le role de l’hypothese dans la science, si bien mis 
en lumiere par Cl. Bernard. Un fait isole n’est rien. Ce n’est 
que par son groupement avec les autres, qu’il prend corps, qu’il 
s’explique, qu’il trouve sa veritable valeur. De la comparaison 
avec les autres, de la place qu’il occupe dans la syntliese gene¬ 
rate, resulte 1'interpretation k laquelle il conduit, interpretation 
qui joue assur6ment un role aussi considerable que sa constata¬ 
tion scrupuleuse et bien etablie. 

Il importe cependant d’emprunter des faits a tous les domai- 
nes, afin dtelargir le debat; et c’est souvent une constatation 

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310 


REVUE DE PSYCHIATRIE 


appartenant k un domaine assez eloign6 de l'objet du conflit, 
qui decide du sens de la discussion et fournit l’appoint d6cisif 
qui orientera la conclusion. 

Dans une question comme celle dont il s’agit ici, les sciences 
biologiques generates doivent apporter un s£rieux appoint k 
l’intelligence du probleme. Onsait le profit que Ton a tir6 en 
medecine de l’6tude de Tanatoraie et de la biologie comparees. 

Divers auteurs ont pens6 que certaines lacunes dans P6tude 
de la syphiligraphie devaient 6tre imputes k la non inoculabi- 
litd de la syphilis aux especes animates, et qu’ainsi fauted’expS- 
rimentation, beaucoup de problemes restaient dans l’orabre. 
Jusqu’ici les syphiligraphes ont du se tenir sur le terrain ex- 
clusif de la clinique, les recherches de medecine experimentale 
n'ayant pas donn6 de resultats positifs. Depuis plusieurs mois 
cependant, des recherches rdcentes ontmontrd Finoculabilite de 
la syphilis k certaines esp&ces de singes se rapprochant de 
Phomme; mais les experiences etaient encore trop r6centes, les 
rdsultats trop peu prdcis pour pouvoir fournir des donndes suf- 
fisantes, des bases assez solides, lorsque s’ouvrit derniereraent 
k FAcademie de Medecine Fimportante discussion de la na¬ 
ture, syphilitique ou non, de la paralysie g6n6rale. Est-il 
permis d’espdrer que les nouvelles experiences sur l’inocu- 
lation de la syphilis aux anthropoldes va enfin apporter 
la solution si longtemps chercltee et permettre de decider 
de la nature syphilitique ou non de la paralysie g6n6rale, 
ou tout au raoins fournir aux partisans ou adversaires de 
son origine sp^cifique une base un peu solide, un terrain 
moius mouvant que celui sur lequel a 6volu6 la discussion de 
cet important probleme? En un mot, va-t-on pouvoir sortir 
enfin du domaine de la clinique et trouver dans Fexperimenta- 
tion des faits suffisamment precis, suffisamment ddgagds des 
contingences, capables de jeter quelque lumiere, ouvrir une fis¬ 
sure sur cet obscur probleme, qui divise actuellement syphili¬ 
graphes, neurologistes et psychiatres ? 

Mais auparavant r^sumons aussi brievement que possible les 
principals opinions, qui se disputent le terrain, telles qifelles 
ont etd emises dans les recents debats sur ce sujet & l v Academic 
de medecine. 

Disons des maintenant que nous voulons simplement decrire 
la physionomie et Failure du debat sans prendre personnelle- 
ment part dans le conflit, reservant notre propre opinion sur 
cette question. Nous esprimerons seulement les idees des diffe¬ 
rent auteurs qui ont pris part k la discussion. 

M. Fournier pose la question de la paralysie generate de la 
syphilis. Pour lui, parmi les diverses paralysies generates, il 


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l'etiologie de la paralysie gendrale 


311 


faut faire une place k la paralysis gendrale de nature syphiliti- 
que. II remarque que le moment d’invasion a la suite de l’acci- 
dent initial est different pour la paralysie gdndrale et pour la 
syphilis cdrebrale. La paralysie gdndrale retarde sur les autres 
manifestations de la syphilis cdrdbrale. Mais ce que Ton trouve 
toujours dans l’dtiologie, c’est une syphilis prdexistante, une 
insufflsance du traitement antisyphilitique et un amoindrisse- 
sement dans la rdsistance du systeme nerveux : que cette dimi¬ 
nution rdactionnelle soit causee par le surraenage, ralcoolisme, 
des exces vendriens, ou que Ton fasse intervenir l‘hdrdditd ner- 
veuse. Ceseraient plutot les syphilis de moyenne intensite ou 
m^me bdnignes, qui seraient justiciables des terminaisons par 
paralysie gdndrale. II en rdsulte qu’il faudrait pratiquer un trai¬ 
tement preventifou prophylactique. Celuiquilui semble donner 
les meilleurs resultats est le suivaut: cure par le mercure avec 
alternatives de repos et de medication durant deuxans environ, 
puis repos jusquA la cinquieme annde; k ce moment nouvelle 
cure par le mercure, toujours avec alternatives de repos et de 
traitement, nouveau repos pendant quelques anndes; et enfin 
nouvelle cure toujours selon le mdme mode, la huitieme annde, 
qui serait contmude encore environ pendant un an. 

La question ainsi posde souleva de nombreuses controverses. 
Au lieu de suivre les partisans et les adversaires — de la theorie 
soutenue par M. Fournier et de la methode pratique qui en dd- 
coule — & travers les discussions qu’ils engagerent et dans leurs 
rdpliques reciproques, ce qui serait simplement rdsumer les 
communications, qui se firent k TAcademie de Mddecine, nous 
pensons qu’il vaut mieux grouper synthdliquement les divers 
arguments dmis et les opposer les uns aux autres, inddpendem- 
ment de leur ordre chronologique. Ainsi sera simplifiee la dis¬ 
cussion et seront dvitees les redites forcdes dans le cours d’un 
ddbat de cette importance et de cette durde, oil chaque auteur 
tient k apporter k la tribune le systeme complet de ses pieces 
justificatives et des preuves du bien fondd de ses opinions. 
Parmi les arguments, tendant k prouver Texistence de la syphilis 
comme antdcddant ndcessaire a revolutiond’une paralysie gdnd- 
rale, il en est qui furent adrais par tous les auteurs, en tant que 
faits, seule leur interpretation diffdrait; d'autres sur lesquels 
un ou plusieurs auteurs ne purent s’accorder. 

Au titre de la communication de M. Fournier, intitulee « quel¬ 
ques propos sur la paralysie gdndrale de la syphilis », M. Joftroy 
avait rdpondu : a Je ne reconnais pas et ne veux pas connaitre 
la paralysie gdndrale de la syphilis, la paralysie gdndrale syphi- 
litique ». M. Fournier ne veut pas admettre que Ton refuse droit 
k Texistence k la paralysie gendrale de la syphilis. II en trouve 
la confirmation dans les arguments suivants : 


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312 


REVUE DE PSYCHIATR1E 


1° L'extrdme frequence des antecedents de syphilis chez les 
paralytiques gendraux. 

2° Le nombre considerable des sujets sypliilitiques aboutis- 
sant a la paralysie gdnerale. 

3° La rarete extreme de la paralysie gendrale chez la femme, 
da moins chez la femme honndte, la petite bourgeoise ou la 
femme du monde, sa frequence au contraire bien plus dlevde 
chez la prostituee, dans les milieux populeux, alors que son 
genre de viese rapproche davantage de celui de l’homme. 

4° La rarete relative de la paralysie gendrale dans les cara- 
pagnes, dans les couvents, chez les religieux, dans certaines 
sectes comme les quakers, etc. (Test surtout M. Raymond qui a 
insists sur cette statistique et a indiqud le parti que Ton en 
pouvait tiier dans le debat. 

5° La frequence bien plus grande des antecedents syphiliti- 
ques chez les paralytiques generaux que chez les autres abe¬ 
nds. 

6° Le fait que le pourcentage de la paralysie generate d’ori- 
gine syphilitique a atteint celui du tabes, opinion partagee par 
MM. Raymond, Brissaud,Marie, Bombarda, etc. 

7° Les paralysies generates conjugales. 

8° Les paralysies generates familialesi la suite de lmfection 
syphilitique. 

9° La coexistence d’un tabes eld’une paralysie gdnerale chez 
des freres sypliilitiques. 

10° Les cas de plusieurs individus contaminds h une mdme 
source par la syphilis, et devenant paralytiques gdndraux. 

11° Ce fait que des accidents sypliilitiques non douteux peu- 
vent dvoluer chez des sujets atteints de paralysie gdnerale confir- 
mde. 

Sur la constatation de ces faits, presque tous les auteurs sont 
d’accord. Mais Finterpretation qu’ils en donnent les conduit 
chacun a un resultat oppose. 

Pour MM. Fournier, Raymond, Motet, Hallopeau, voici en ef- 
fet ce qu’indiquent ces diffdrents arguments. L’extrdme Ire- 
quence des antecedents sypliilitiques chez les paralytiques ge- 
neraux, le nombre relativement considerable des sujets syplii¬ 
litiques aboutissant a la paralysie gendrale, la frequence 
bien plus grande des antecedents sypliilitiques chez les pa¬ 
ralytiques gdndraux que chez les autres alidnes, prouvent net- 
tementqu'il faut chercher dans la syphilis l’origine de la para¬ 
lysie gdndrale. D'autant, ajoute M. Fournier, que dans les cas 
de lesions sypliilitiques indiscutables, il y a environ 10 p. 0/0des 
cas de syphilis meconnue ou ignoree. Pour M. Joffroy, cette 
constatation a une tout autre portee. A pres avoir rejete com- 


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l’etiologie de la paralysie generale 


313 


raeantiscientiflque, comme un dogme aveugle le faitde compter 
comme syphilitique les cas de syphilis meconnueet ignorde, il 
pense que le pourcentage dleve des syphilitiqaes parmi les pa- 
ralytiques gdneraux prouve simplement que la syphilis est « un 
excellent engrais, une bonne fumure » pour le ddveloppement 
de la paralysie gdnerale. De ce que la syphilis est tellement fre- 
quente dans l’etiologie de la paralysie gendrale, il ne s’ensuit 
pas que la P. G. soit d’origine syphilitique. On sait combien la 
rougeole favorise Ldclosion et le develcppement de la tubercu- 
lose. Cependant il n'est venu k l'esprit de personne de dire que 
la rougeole et la tuberculose etaient de mdme nature. Mais la 
comparaison est encore plus frappante, lorsque Ton etudie les 
rapports de l'alcoolisme et de la tuberculose. Les nombreuses 
statistiques faites sur les consequences de Talcoolisme, prouvent 
nettement que le pourcentage d’alcooliques parmi les tubercu- 
leux atteint des proportions tres dlevdes, cependant jamais on 
n’a pensd k identifier les deux affections, eta voir dans la ldsion 
tuberculeuse un accident de nature alcoolique. L’alcool favorise 
le ddveloppement de la tuberculose sans avoir rien k faire avec 
la lesion ddterminde par le bacille de Kock. Il en est de mdme 
pour la syphilis et la paralysie generale. La ldsion, qui carac- 
tdrise la periencephalite diffuse, n’est pas plus syphilitique que 
le tubercule ou la caverne ne sont des lesions alcooliques. La 
syphilis favorise simplement Teclosion et le ddveloppement de 
la P. G. ; elle lui prepare le terrain pour son evolution future. 
M. Lancereaux vaplus loin encore. Apres avoir ddnie toute va- 
leur k la statistique en medecine, qui doit &tre, ainsi quele vou- 
lait CL Bernard, une science d’experimentation, au m£me tit re 
que les sciences naturelles, proposition contie laquelle s*eleva 
dnergiquement M. Fournier, il affirme que les individus chez 
qui il a constate anatomiquement les ldsions de la periencepha¬ 
lite diffuse etaient « lrdquemment, sinon la plupart du temps, 
non syphilitiques >. 

La raretd relative de la paralysie generale dans les campa- 
gnes, dans les couvents, chez les religieux, chez les quakers, 
serait due k ce que dans ces milieux la syphilis est moins com¬ 
mune, ce qui serait un puissant argument en faveur de la nature 
syphilitique de la paralysie generale. M. Joffroy trouve au 
contraire la condition de la moindre frequence de la paralysie 
gendrale dans le genre de vie, que Lon mene dans ces milieux, 
ou se trouvent dvitdes toutes les causes favorisant l’dclosion de 
la paralysie gdndrale, comme surmenage, emotions, intoxica¬ 
tions diverses, alcoolisme etc. 

C’est, disent MM. Fournier, Raymond, Motet, parce que la 
femme honndte, la petite bourgeoise, la femme du monde est 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


peu sujette k la syphilis, qu’on la voit si rarement paralytique 
gdndrale, tandis que des que son genre de vie la rapproche de 
l’homme, dont une des premieres consequences est de contrac¬ 
tor la vdrole a in si qu’il arrive chez les prostitutes, les femmes 
dupeuple, on voit le nombredes paralysiesgdneralesaugmenter, 
ce qui prouve bien que c’est dans la syphilis qu’il faut chercher 
l’origine de l’affection. Non, repond M. Joffroy ; sans doute la 
syphilis est plus frdquente chez les femmes du second groupe, 
mais ce qui les distingue surtout des premieres et ce qui chez 
elles provoque l’eclosion de la paralysie gdndrale, c’est le genre 
de vie, qui est tout different, les preoccupations, la peine, la 
misere physiologique et morale, sources d’intoxication multiples 
et variees, sans compter que de son cotd la syphilis peut jouer 
le rdle de cause predisposante, comme les nombreuses intoxi¬ 
cations auxquelles elles sont exposdes. 

Si les partisans de l’origine syphilitique voient dans les para¬ 
lyses gdndrales conjugales et familiales une mdme toxi-infec- 
tion, la syphilis, marchant k son aboutissant terminal, la para¬ 
lysie gdndrale, les non partisans de cette doctrine y voient dans 
le premier cas un mdme genre de vie, dans le deuxieme une 
mdme hdrdditd caracterisee par une decheance nerveuse, abou¬ 
tissant k la mdme ldsion pathologique, 

II en est de mdme des cas ou le tabes et la paralysie gdndrale 
frappent deux freres d’une mdme lamille. Quant aux cinq sujets 
prenant une syphilis k une mdme source, ainsi que M. Fournier 
en a rapportd une observation, et devenant deux paralytiques 
gendraux, et deux tabetiques, il s’agit Ik soit d’une circons- 
tance fortuite, soit d’une certaine ressemblance dans le genre 
de vie de ces differents sujets. 

Involution d’accidents syphilitiques nondouteux chez des pa¬ 
ralytiques gdneraux avdrds, parle pour les partisans de l'ori- 
gine syphilitique en faveur de la nature spdcifique de la P. G., 
tandis que pour les non-partisans, ils sont seulement un indice 
que la paralysie gdndrale n’empdche pas un sujet atteint de cette 
affection et antdrieurement syphilitique, de voir dvoluer ses ac¬ 
cidents syphilitiques. Et meme, ajoutent MM. Joffroy et Lan- 
cereaux, la guerison des accidents specifiques par le traitement 
approprie, et l’absence de toute action curative sur Involution 
de la paralysie generate semblent plutot plaider en faveur de la 
diversitd de nature et d’origine des deux affections, dvoluant 
simultandment chez le mdme sujet. 

A cotd de ces arguments, sur la constatation desquels tous les 
auteurs, k l’exception peut-dtre deM. Lancereaux, sont d’accord, 
en tant que faits, mais sur l’interprdtation desquels leurs avis 
different, — chacun trouvant dans le fait dnoncd une pierre 


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l’etiologje de la paralysie generale 


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venant consolider son Edifice, — il en est d’autres au sujet des- 
quels des contestations surgissent, non seulement dans leur in¬ 
terpretation, mais aussi dans leur constatation. 

Ainsi parmi les arguments tendant k prouver l’origine et la 
nature sypliilitiques de la paralysie generale, nousavonsvu que 
Ton avait dmis le suivant : association commune de la para¬ 
lysie gen4rale avec le tabes. Or, dit M. Fournier, le tabes etant 
reconnu aujourd’hui comme etant d’origine sypliilitique, cette 
coexistence plaide en faveur de la nature sypliilitique de la P. G. 
Mais, rdpondent MM. Joffroy et Lancereaux, la nature syphiliti- 
que du tabes n’est pas plus prouvee que celle de la paralysie 
generate. La coexistence des deux affections est au contraire 
un merveilleux argument en faveur de la nature ltereditaire de 
ces deux maladies. II est tout naturel qu’un axe cerebro-spinal 
ddfectueux coexiste avec un mauvais etat des cordons poste- 
rieurs. Ainsi presentee cette constatation semble plaider en fa¬ 
veur de l'origine constitutionnelle des deux affections. 

L'exislence de la paralysie generate juvenile semble, aux yeux 
de M. Fournier et de M. Raymond, plaider en faveur delanature 
syphilitique de la P. G.. Car font-ils remarquer : les enfants 
n’ont ete soumis a aucune des causes invoquees par nos adver- 
saires pour expliquer la paralysie generate, surmenage, alcoo- 
lisme, exces veneriens, emotions, etc., c’est dans la syphilis de 
leurs parents qu’ils trouvent le toxique, qui va frapper leur axe 
cerdbro-spinal, et les conduire k la decheance paralytique. 
Mais, reprend M. Joffroy, les 117 cas de paralysies generates ju¬ 
veniles, que Ton a rapportes, ne constituent pas une preuve 
sulflsante. II y d abord un ddsaccord au point de vue des faits. 
Les statistiques rapportent que la syphilis a ete relevee cliez les 
parents dans 70 % des cas environ. Or, ayant eu k examiner 
4 cas de paralysie generate juvenile, M. Joffroy n’a pu relever 
dans aucun, d’une facon manifeste, l’existence de la syphilis 
chez les parents. D’autre part il ne suffirait pas d’avoir la preuve 
que les parents ont eu la syphilis pour qu'il soit etabli du m£me 
roup que les enfants sont sypliilitiques. Sil’enfant trouvait dans 
la syphilis de ses parents la cause efficiente de sa P. G., la para- 
lvsie generate juvenile devrait 6tre surtout frequente dans les 
contrees les plus syphilisees ; or, on n’en releve aucun cas dans 
les regions africaines ou orientates, oil la syphilis est si fre¬ 
quente. — Enfln dans les statistiques il n’est tenu aucun compte 
des toxi-infections autres que la syphilis, — on neditriendes in¬ 
toxications par l’alcool, le plomb, le mercure, l arsenic, etc. Or 
que Ton consulte par exemple les statistiques que Ton a faites 
sur la descendance des alcooliques (Etcheverria, Legrain; etl’on 
sera edifie sur le pourcentage d’alterations palhologiques chez 


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REVUE DE PSYCHJATRIE 


les enfants <les alcooliques. II en serait de meme si Ton recher- 
chait la descendance des autres intoxiqu^s chroniques. Mais, 
dit M. Raymond, il y a deux facteurs a considerer, d’une part 
rh6r4dite, sans laquelle il ne saurait y avoir de paralysie gen<5- 
rale, ce qui explique que les enfants des nombreux syphititi- 
ques des regions africaines ou orientales ne prdsentent jamais 
de paralysies gendrales juveniles, et d’autre part la syphilis, 
sans laquelle il ne saurait non plus y avoir de P. G.. Car la des¬ 
cendance des intoxiques autrement que par la syphilis — que 
ce soit par le plomb, le mercure, 1’arsenic, etc. — ne paye au- 
cun tribut k la paralysie generale. Il n’y a qu’i consulter les 
statistiques dressees par Etcheverria, Legrain, Bourneville, et 
Ton verra que Ton y trouve des epileptiques, des idiots, des im¬ 
beciles, des nevropathes, des infantiles, des alienes, des sujets 
atteints de sclerose cerebrale, mais jamais des paralytiques g6- 
n^raux. — Il est vrai, pourrait-on dire, que si Ton etablissait la 
descendance des syphilitiques, on trouverait denombreusesmal¬ 
formations et dystrophies, le nombre des enfants paralytiques 
generaux restant rinfime minorite ; et d’autre part, lorsque 
chez les parents des paralytiques generaux juveniles, on ne 
trouve aucune trace de syphilis, force est bien d’admettre une 
cause dtiologique differente de celte affection. De sorte que cet 
argument m6me ne fait encore que reculer le probleme sans le 
r6soudre; il reste lui aussi soumis aux m£mes objections que 
les observations precedentes. 

Jusqu’ici, cesont surtout des raisons d’ordre 6tiologique, qui 
sont invoquees, dans lesquelles la stalistique joue un role pre¬ 
ponderant . M. Fournier pr^sente un argument d’ordre thera- 
peutique, non pas qu’il mette en avant des cas de gudrison ou 
meme d’amelioralion de la P. G., sous Tinfluence du traitement 
specifique : — lui-m£me nous a averti que dans les cas de para¬ 
lysie generale confirmee, le traitement antisyphilitique restait 
toujours inefficace, — mais il n’en est plus de meme pour le 
traitement pr£ventif ; et sur les nombreux syphilitiques qu’il a 
soiguds, M. Fournier retient 79 cas de paralysies generates sur 
les antecedents desquels il a des documents non douteux etnon 
susceptibles d’etre ent&ches d’erreur. Or comment ces paralyti¬ 
ques gendraux se repartissent-ils par rapport au traitement an¬ 
tisyphilitique suivi parchacun deux depuis le moment de l’ac- 
cident initial ? Sur les 79 sujets, 44 avaient suivi un traitement 
d'un an et moins, 19 un traitement de un k deux ans, 12 un trai¬ 
tement de deux k trois ans et 4 un traitement de trois k quatre 
ans. De prime abord cette preuve parait decisive en faveur de 
Torigine et de la nature syphilitiques de la paralysie generate, 
qui semble ainsi decroitre alors qu’augmentela duree du traite- 


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L’£tIOLOGIE DE LA PARALYS1E GENERALE 


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meat antisyphilitique. Toutefois M. Joffroy ne pease pas que ce 
document constitue une raison peremptoire. Ce n'est pas qu’il 
s’attaque, comme M. Lancereaux, k la statistique en general, 
Taccusant de « conduire presque necessairement a Terreur » et 
« incapable de donner la vdrite scientitique >, mais il s’en prend 
a la quality de la statistique apportee par M. Fournier. Dansun 
document de ce genre « il faudrait connaltre le nombre total des 
sypliilitiques parmi lesquels sesont produits ces 79 cas de P. G., 
et ensuite repartir tous ces sypliilitiques en quatre categories, sui- 
vant Iadureedu traitement ; et enfin pour chacuue de ces cate¬ 
gories dtablir le rapport entre le nombre des paralytiques gdne- 
raux et celui des sypliilitiques ; la categorie pour laquelle ce 
rapport serait le plus dleve, serait celle oil proportionnellement 
il y aurait le plus grand nombre de P. G. > En effet M. Fournier 
ayant ndgligd de noter le nombre total des sypliilitiques sur le- 
quel porte cette statistique et d’etablir le pourcentage pour cha- 
cune de ces categories, ce document prdte a toutes les supposi¬ 
tions et peut dtre interprete dans les sens les plus lantaisistes. 
Pour que cette statistique ait la valeur d’un document scienti- 
fique, il faudrait supposer que le nombre total des sypliilitiques 
traitds un an, deux ans, trois ans, quatre ans soit egal pour 
cliaque categorie. Or c’est precisement ce que M. Fournier ne 
dit pas, et ce qui certainement n’existe pas. 

M. Fournier accuse le traitement antisyphilitique d’dtre in- 
sufflsant, de n’dtre pas poursuivi assez longtemps et de ne pas 
meltre les syphilitiques sufflsarament a Tabid contre cette 
complication redoutable, la paralysie generate. La plupart du 
temps un traitement bien dirige reussira k proleger le malade 
contre cette tenable affection. Les exceptions sont rares, et si 
quelques cas existent, oil malgre des « orgies de mercure » le 
malade n’a pas rdussi k echapper k la paralysie gdndrale, ces 
observations sont exceptionnelles. M. Joffroy releve d abord 
que dans certains cas, quelque dnergie que Pon metle dans Tap- 
plication du traitement antisyphilitique, on n’arrive pas a pro¬ 
tegee son malade contre le developpement d’une paralysie 
gdndrale, puis s’appuyant sur les recherches de M. Ballet, il 
constate que parmi les paralytiques gdndraux avdres, beaucoup 
d’entre eux ont dte tres bien soignds de leur syphilis. 

Ces arguments thdrapeutiques peuvent toutefois dtre en un 
certain sens encore considerds comme d'ordre dtiologique. Mais 
a c6td de ces constatations etiologiques, oil la statistique joue le 
principal role, il est un argument d’ordre anatomopathologi- 
que (les seuls, d’aprds M. Lancereaux, qui aient une valeur 
rdelle), sur lequel M. Raymond a tout particulierement attire 
Tattention. C’estla coexistence frdquente de lesions nettement 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


syphilitiques sur des cerveaux presentant les lesions caracte- 
ristiques de la P. G. Rappelant ses travauxantdrieurs,le travail 
de Reutsch, les recherches de Marchand, et des auteurs ayant 
rapporte des cas analogues, il pense que cette coexistence 
prouve, sur le terrain de l’anatomie pathologique, la nature 
syphililique de la paralysie generate. Dans les cas oil la 16sion 
manifestement syphilitique manquerait, la lesion banale reste- 
rait seule, mais n’en serait pas moins d’origine syphilitique; il 
se passerait ici quelque chose d’analogue a ce que Ton constate 
dans certains cas, — sur lesquels a tout particulierement insiste 
Erb, — de m^ningomyelites d’origine syphilitique, curables a 
deux ou trois reprises sous 1’influence du traitement sp6citique, 
puis devenant ensuite incurables sous 1’influence du m£me trai¬ 
tement, et aboutissant k des lesions sclereuses banales, oil i! 
est impossible de retrouver aucun caractere particulier k la 
syphilis. A 1’importance de cet argument, MM. Cornil, Joffroy, 
Lancereaux ont oppose les objections suivantes : Il y a d’abord 
une question de fait. Cette coexistence, qui parait fr6quente& 
M. Raymond, semble au contraire tres rare k M. Joffroy, et 
exceptionnelle k M. Cornil, qui met en doute la nature syphili¬ 
tique des lesions rapportfes comme telles. En tout cas, d’apres 
ces derniers auteurs, la constatation de lesions gommeuses sur 
des cerveaux nettement atteints de p6riencephalite diffuse, 
prouve simplement, non que dans ces cas la paralysie gdnerale 
est d’origine ou de nature syphilitique, mais que des sujets para- 
lytiques g6neraux peuvent, lorsqu’ils sont en m£me temps 
syphilitiques, faire, malgr6 leur paralysie gen6rale, des lesions 
syphilitiques. Lorsque ces 16sions specifiques de la v^role sont 
par exemple cutanees, l’influence du traitement antisyphilitique 
semble se dissocier, amener la guerison des lesions syphiliti¬ 
ques et rester sans action sur 1’evolution de la P. G.. Cette dis¬ 
sociation, qui doit exister de m£me dans les cas de ldsions net¬ 
tement syphilitiques du cerveau, semble plutdt plaider contre 
1’identite d’origine et de nature des deux affections evoluant 
simultanement chez le m£me sujet. 

Un autre argument avanc6 par M. Raymond en faveur de 
l’origine syphilitique du tabes et de la paralysie generate, s’a- 
dresse k la fois k l’anatomie pathologique, a la physiologie eta 
la clinique, c’est le suivant: jamais on n’a pu reproduire les 
troubles tabetiques, en dehors du tabes proprement dit. « Sans 
doute dans nombre de cas on a des lesions des cordons poste- 
rieurs : dans 1’anemie pernicieuse progressive, dans l’andmie 
des cancereux, dans les intoxications 6xogenes, celle du mais 
avarie, du plomb, de l’alcool, etc., dans les intoxications endo- 
genes, le diabete sucr6 surtout, dans les turaeurs c6rebrales, 


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LETIOLOGIE DE LA PARALYSIE GENERALE 


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cliez les simples arterio-sclereux. Experimentalement, on est 
arrive k reproduire sous l'influence de toxiques, defec¬ 
tions, d auto-intoxications ou de lesions experimentales, des 
alterations des cordons posterieurs, mais rien en realite qui, 
comme evolution, comrae marche.ressembtet k la maladie tabe- 
tique ». On peut en dire autant de la paralysie generate. On a 
provoque « des meningites partielles, des enceplialites par- 
tielles, mais on n’a pas crde la meningo-encephalite progressive 
avec son evolution si speciale ». « La syphilis seule sur un ter¬ 
rain predispose cree cette derniere*. A cela, il est vrai, on 
pourrait repondre, que c’est precisement en raison du mauvais 
etat hdreditaire de telle ou telle partie du systeme nerveux que 
les localisations du tabes et de la paralysie generate se font 
sur tel ou tel systeme de fibres, et non en raison d’une 
action specifique de.s toxines sypliilitiques sur un territoire 
determine de l’axe cerebro-spinal. Et precisement, si Ton ne 
peut pas, soit reproduire experimentalement, soit retrouver 
apres l’examen de nombreux cas cliniques les lesions du tabes 
ou de la paralysie generate, celatient ala qualite native, Iteredi- 
taire de l’axe cerebro-spinal des divers sujets. Ainsi envisage, cet 
argument, loin de plaider en faveur de Torigine syphilitique de 
la paralysie generate, parlerait, semble-t il, plutot en faveur de 
Torigine native ou ltereditaire de cette affection. Il est vrai que 
leprofesseur Raymond insiste d’une fagontouteparticultere sur la 
necessite d’une tesion hereditaire primitive du systeme nei- 
veux pour l’eclosion et revolution ulterieure — sous l'influence 
de Tintoxication syphilitique — du tabes ou de la paralysie ge¬ 
nerate. Cet argument, quelque decisif qu’il paraisse de 
prime abord, ne fait en somme que reculer la difficulte et ne 
la resoud pas. 

Il est enfln une derniere preuve que Ton a invoquee pour 
prouver Torigine syphilitique de la paralysie generate. Ce sont 
les inoculations de syphilis a des paralytiques gendraux, qu'a 
rapportees Krafft-Ebing, qui toutes resterent negatives. Cette 
constatation offre un reel inter&t et a une grande importance. 
Car elle semblerait prouver que, si la syphilis n’a pas ete com- 
muniquee aux malades, c’estbien queceux cietaient ddja syphi¬ 
lises. Cet argument lui-m^me, malgre sa valeur, n’est pas aussi 
decisif, qu’on pourrrait le supposer tout d’abord; non pas qu’en 
lui-meme et k propos des cas visds par lui, il soit contestable, 
mais parce que Ton a rapporte un nombre approximativement 
egal d observations de paralytiques generauxayant conli*acte la 
syphilis en pleine evolution de paralysie generate. M. Joffroy 
rappelle le cas public en 1903 par Garbini d’un homme de 
quarante-trois ans, qui,atteint de paralysie generate, contracta 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


un chancre syphilitique, et contamina ensuite une femme, cclui 
de Galiana publie la m6me ann6e au Congres de Madrid. Mar- 
chand serait arrive k un total de quinze cas environ. 

Comment expliquer ces faits ?Peut-oninvoquer une reinfection 
syphilitique f Cette hypothese parait peu probable. II semble 
plus legitime d’admettre que les sujels n^taient pas syphiliti- 
ques, lorsqu’ils furent contamines en pleine evolution paralyti- 
que. A cela M. Raymond r6pond, qu’il faudrait distinguer les 
€ syndromes dus k des processus inflammatoires diffus du cor¬ 
tex de celui, qui reconnait la syphilis comme point de depart, 
cela au point de vue anatomique et clinique. > « D'ailleurs, 
ajoute-t-il, ces diverses varietesd'inflammations diffuses ducor- 
tex sont tout ce qu'il y a de plus rare. Depuis que je suis k la 
Salpetriere, je suis a trouver une paralysie generale alcoolique; 
ce que je vois ce sont des psychoses polynevritiques, desamne- 
sies, des sujets arterio-sclereux plus ou moins ramollis, plus ou 
moins dements, des pachymeningitiques Je n’ai pas 6td plus 
heureux pour la paralysie generate dusaturnisme, de Tarthritis- 
me. » Que penser des « syphilis contractees par des paralyli- 
ques g6n4raux, ou du moins par des malades consid^rds com¬ 
me tels, au debut ou pendant le coursdeleurm6ningo-enc6pha- 
lite diffuse. Ceux-1& assur6ment n'etaient pas des paralytiques 
gdn6raux syphilitiques, mais etaient-ils vraiment des paralyti¬ 
ques generaux dans le sens qu’il faut, je crois, attacher k ce 
mot ? je me permets d’en douter. » Ainsi consider^, l’argument 
tire de la contamination des paralytiques gen6raux par le virus 
syphilitique, perd singulierement de sa valeur, puisquedans ces 
cas il ne s’agirait pas de paralysie generate vraie. Mais n’est-ce 
pas prejuger de la nature de la paralysie generate, accepter a 
priori son origine syphilitique, alors que le probleme k resou- 
dre est pr6cis6ment la question de l’origine syphilitique de la 
paralysie generale ? A considerer ainsi les faits, il semble que 
l’on juge d’abord le probleme resolu. Or c’est pr6cisement cette 
solution qu’il sagit de donner. Et dans le cas particular, il ne 
parait pas que Ton puisse proceder comme en mathematiques, 
ou pour arriver a la demonstration, il soit permis de commen- 
cer par dnoncer comme prouvde la solution k laquelle on doit 
aboutir! 

En somme des diverses raisons invoquees pour stayer l’ori- 
gine et la nature syphilitiques de la paralysie gdndrale, aucune, 
comme nous venons de le constater, n'est restee sans conteste, 
et n’a pu ktve consideree comme decisive. De leur cote, les ad- 
versaires de la paraysie generale syphilitique, apres avoir rejete 
les preuves accumulees contre eux, appuient leur maniere de 
voir sur des faits positifs, qui leur semblent incompatibles avec 


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l’etiologie de la paralysie generale 


321 


la conception de la nature syphilitique de la paralysie ge¬ 
neral e. 

Les arguments qu’ils soutiennent sont les suivants : M. Jof- 
froy estime que la paralysie generale et la syphilis sont deux 
affections distinctes, et que Tune n’engendre pas 1’autre. Rien 
dans les symptdmes, la marche, la duitee, dans les lesions 
anatomiques, ne diffdrencie la paralysie generale syphilitique de 
celle qui ne Test pas. A quoi M. Fournier repond : sans doute 
on n’arrivera pas it dissocier la paralysie generate syphilitique 
et la P. G. non syphilitique. Car « c’est la paralysie ge¬ 
nerate syphilitique qui de toutes les paralysies generates, 
la plus commune et de beaucoup, a toujours servi de mo- 
dele pour les descriptions classiques ; c’est elle qui a toujours 
pose devant les objectifs du clinicien... C’est la paralysie gene¬ 
rate dela syphilis qu'on a toujours depeinte sans le savoir, sans 
tenir compte de son origine syphilitique ». En somme c’est tou¬ 
jours & la meme argumentation que 1’on revient. On suppose 
demontree l’origine syphilitique d’une paralysie generate qui 
serait la plus frequente, et on dernande a la differencier des 
autres. P. G., qui seraient plusrares. Ainsi setrouverait rdsolu 
le probleme par cette conception a priori . D’ailleurs, ajoute 
M. Joffroy, comment distinguer la paralysie generate syphiliti¬ 
que de la non-syphilitique ? l’une comme l’autre rdagissent 
de meme au traitement, c’est-a-dire, que dans un cas comme 
dans l’autre, il reste tout aussi inefflcace ! 

Une preuve qui semble plus decisive en taveur de la nature 
non syphilitique de la paralysie generate, c’est sa repartition 
gdographique, qui n’est pas superposable a celle de la syphilis. 
Des nombreuses statistiques dmanant de rnddecins competents, 
il ressort que la syphilis est particulierement repandue en Afri- 
que et dans les contrees orientates, & tel point que les non sy¬ 
philises sont l’exception. Eh bien ! on n’y releve pas de paralysie 
generate. Au point de vue du fait, iln’y a pas de contestation; 
mais M. Raymond l’interprete, dans une certaine mesure, diffe- 
remment. Pour lui, la paralysie generate releve d’une part de 
1’heredite, du genre de vie, et d’autre part de i’intoxication 
syphilitique. Dans les contrees, dont parte M. Joffroy, oil la sy¬ 
philis serait tellement rdpandue et la paralysie generate absente, 
il manquerait Tun des deux iacteurs, qui est aussi important que 
l’intoxication syphilitique, pour aboutir h l’eclosion de la P. G. 
Si pi-ecisement on voit dclore des paralysies generates & mesure 
que p6netre dans ces regions notre civilisation europeenne et 
avec elle le traitement de la syphilis par le mercure, c’est parce 
que penetre en meme temps le second facteur necessairea revo¬ 
lution de la paralysie generate, et qui est lesurmenage cerebral, 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


les emotions, les intoxications diverses, et en premier lieu 
l’alcoolisme. 

Les autres raisons avancees en faveur de l'origine non syphi¬ 
litique de la paralysie gdndrale sont surtout d’ordre anatomo- 
pathologique, et ont trouve leurs principaux ddfenseurs en 
MM. Cornil et Lancereaux. Pour M. Cornil les Idsions propres 
k la syphilis n’ont aucune analogie, aucun rapport avec celle s 
de la paralysie gdndrale. Ces deux series d’altdrations ont aussi 
leur symptdmatologie propre ; et il resume son opinion dans les 
deux propositions suivanles : « 1° II n'y a aucune ressemblance 
anatomique entre la mdningo-encdphalite diffuse ou la paralysie 
generate, et les Reformations caracteristiques de la syphilis. 
— 2° La mdningo-encdphalite diffuse recommit dans son etio- 
logie la syphilis, de mdme qu’elle peut rdsulter demotions, de 
surmenage intellectuel ou de Theredite, chez des personnes qui 
n’ont jamais eu la vdrole >. M. Lancereaux est encore plus affir- 
matif sur l’origine et la nature non syphilitiques de la paralysie 
generate. Apres avoir dte un des premiers k ddfendre l’origine 
syphililique du tabes et de la paralysie gdndrale, il fut conduit A 
changer d’opinion k la suite des constatations qu’il fit, que la 
plupart des cas considdrds comme des paralysies gdndrales 
d’origine syphilitique, n’etaient pas au point de vue anatomique 
de vdritables paralysies generates. C’est la lesion qui cree la 
maladie. Or anatomiquement la paralysie gdndrale et le tabdsne 
sont pas des lesions syphilitiques. Les lesions syphilitiques sont 
localisees et cicatricielles, celles de la paralysie generate diffu¬ 
ses et inflammatoires. Etant donne les caracteres de la tesion 
gommeuse syphilitique, il v aurait lieu de se demander, si dans 
les cas oil Ton a signate la coexistence de lesions syphilitiques 
avec les alterations de la pdriencephalite diffuse, il s’agit bien 
en rdalitd de vdritables lesions syphilitiques, dont les caracteres 
paraissent nettement differents de ceux qu’ont signale les au¬ 
teurs dans les observations rapportees par eux. En un mot « la 
pdriencephalite diffuse n’est pas une manifestation de la syphi¬ 
lis, parce que la lesion aujourd’hui bien connue, qui lui sert de 
substratum anatomique, n'a, ni les caracteres, ni surtout revolu¬ 
tion des alterations syphilitiques. » M. Fournier s’est insurge 
contre cette maniere de voir. Les modalites anatomiques de la 
paralysie gdndrale se reduisent-elles done, a-t-il dit, unique- 
ment aux types decrits comme specifiques par les anatomo- 
pathologistes ? Pourquoi vouloir qu’un seul type anatomique 
caractdrise la P. G. ? Le tabes tant combattu comme affection 
d’origine syphilitique n’est-il pas reconnu aujourd'hui comme 
syphilitique? La leucoplasie surtout, qui a une anatomie toute 
differente des lesions syphilitiques, est consideree par certains 


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L ETIOLOGIE DE LA PARALYSIE GENERALE 


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auteurs corame 90 fois % syphilitique, par les autres comme 
toujours syphilitique. N’y a-t-il pas encore des lesions nette- 
ment tuberculeuses, qui n’ont aucun caractere anatomique de 
la tuberculose (tubercule ou bacille) ? En maliere de tubercu- 
lose, rexpdrimentation demontre que la notion de sp6cificite 
16sionnelle ne pout plus etre conservee, et qu’a cote des follicu- 
les, le bacille determine des alterations inflammatoires commu¬ 
nes. Pourquoi en serait-il autrement de la syphilis ? Le m£me 
argument avait d6j& dte soutenu dans cette discussion par 
M. Raymond, lorsqu’il avait fait observer qu’anatomiquement il 
y avait d'autres lesions syphilitiques que les gorames ; et il avait 
invoqud l’exemple du « testicule sctereux de la syphilis hdrddi- 
taire, ou sous le champ du microscope on ne trouve souvent 
dans ces cas qu’une sclerose simple M. Cornil s'est d'ailleurs 
range & Topinion de M. Fournier, en reconnaissant qu’il y a des 
lesions syphilitiques autres que les gommes, qui se rapprochent 
des processus tout k fait banals : ainsi les syphilis de la periode 
secondaire, caractdristiques k Toeii nu et quine sont constitutes 
que par une inflammation commune et nullement specifique, 
ainsi les scleroses syphilitiques du testicule et du foie, quine 
sont caracttrisees par aucun processus anatomo-pathologique 
particulier et vraiment specifique. Sur ce point encore, apres 
longue discussion, largumentation reste indtcise. 

Il semble qu*& la suite de chaque raison invoqute dans un 
sens ou dans l’autre, on ne puisse se decider. La preuve deci¬ 
sive, qui entralne la conviction, parait faire defaut. Aussi 
Yoyons-nous certains auteurs faire des concessions k l’adver- 
saire et se rapprocher par certains cdtts de sa maniere de voir. 
Si ferme sur la question de la ntcessite d’une syphilis anttrieure 
pour provoquer revolution d’une paralysie gtnerale, M. Ray¬ 
mond s’est rangt k l’opinion de M. Joffroy sur l’origine Iteredi- 
taire de la P. G. et sur la ntcessite d’un vice natif de l’axe 
ctrebro-spinal dans Ttclosion de cette affection; contrairement 
k M. Fournier, qui, s’appuyant sur l’opinion de M.Magnan,pre¬ 
tend que la paralysie generate est une maladie individuelle, 
dans le developpement de laquelle riieredite ne joue qu’un role 
tres efface. Ainsi s’explique tres bien 1’absence totale de paraly¬ 
sie generate dans les contreesafricaines ou orientates cependant 
si svphilisees. Un defaut constitutionnel du systeme nerveux 
lui parait actuellement aussi ntcessaire que Linfection syphili¬ 
tique pour la production d’une paralysie generate. Ce vice 
originel du systeme nerveux a toujours sembte indispensable a 
M. Joffroy pour provoquer l’eclosion d’une P. G. De tous temps 
il a enseigne k Sainte-Anne que la paralysie generate etait avant 
tout une maladie hereditaire et que son developpement temoi- 


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REVUE DE PSYCHIATRIE 


gnait cTun trouble dystrophique de Paxe c6r6bro-spinal, trouble 
sinon traduit pardes lesions morphologiques actuelles, dumoins 
latent et capable de provoquer des alterations futures, plus ou 
moms r4veillees et d4terminees par les multiples toxi-infections 
auxquelles le sujet peut etre expose dans le cours de son evolu¬ 
tion ult4rieure. 

Plus encore que M. Raymond, MM. Motet et Hallopeau ont 
occupe une position intermediate enlre les deux grands cou^ 
rants, qui se sont manifestos pour ou contre Porigine syphiliti- 
que de la paralysie genOrale, et chacun de ces deux auteurs, 
faisant jouer une part a la syphilis dans la genese de la P. G., 
a cherche k pOnOtrer le mecanisme intime de la lesion anato- 
mique dans une vue de Pesprit sans doute hypothOtique, mais 
nOanmoins seduisante. M. Motet distingue de la paralysie gene¬ 
rate vraie, les affections cerebrates sypliilitiques avec leurs 
diffOrents types. Ces deux genres de troubles ne doivent pas 
Otre confondus. Quant a la patlrogOnie de la paralysie gOnOrale 
vraie, voici le mode de production qui, a ses yeux, prOsiderait 
au develop pement de cette affection. Les vaisseaux sont frappOs 
par les lesions syphilitiques, qu’il s’agisse de lesions gom- 
meuses vasculaires ou de lesions dtendopOriarterite. Consecuti- 
vement il se produit autour de cette Opine, de la diapedese qui 
constitue les alterations banales de la paralysie gOnOrale. Avec 
revolution, cette derniere lOsion persiste seule. 

De son cdtO, M. Hallopeau admet que « des syphilomes se 
localiseraient au niveau de la pie-mere ou k la surface des cir- 
convolutions et arriveraient ainsi k determiner secondairement 
chez des sujets predisposes par voie d'hOrOditO, Tinflammation 
diffuse de toute la surface encOphalique >. « La paralysie gOnO- 
rale serait ainsi une deutOropathie provoquOe le plus souvent 
par la syphilis, mais pouvant aussi, d’apres des observations 
au-dessus de toute critique, se dOvelopper sous Tinfluence 
d’autres causes. > 

En rOsumO, quelles qu’aient OtO les divergences d’opinions 
dans cette longue discussion, plusieurs points semblent acquis ; 
Tun d’eux est la frOquence des accidents syphilitiques dans les 
antecedents des paralytiques gOnOraux. Sur ce point, a Texcep- 
tion de M. Lancereaux, tous les auteurs sont d’accord. Les 
divergences commencent seulement, lorsqu’il s’agit d’interprOter 
le phOnomene; peut-etre meme les auteurs sont-ils moins en 
desaccord au fond qu'ils ne le semblent apparemment ? Car, en 
derniere analyse, celte question est rOductible k une plus ou 
moins grande extension dans la comprehension de la notion de 
causalitO. On pourra ainsi, scion Telaslicite ou la rigueur que 
Ton einploiera dans le choix du terme, dire que la syphilis est 


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l’etiologie de la paralysie generale 


325 


cause de la paralysie generate, ou bien que la P. G. est d’origine 
sypliilitique ou encore que la syphilis est une bonne fumure, un 
excellent engrais pour la paralysie generate. C'est cette notion 
que MM. Motet et Hallopeau semblent avoir voulu objectiver 
dans le m^canisme pathogenique qu'ils ont propose pour expli- 
quer la genese de la paralysie generale. 

Au moment oil prenait fin ce long debat, debutait sur la 
syphilis tout un nouvel ordre de recherches ; avec lequel on 
peut dire que la question commence veritablement k rentrer 
dans la phase experimental. Est-il permis d'esperer que la 
nouvelle voie dans laquelle vient d’enlrer la syphiligraphie va 
favoriser la solution du probleme auquel il a manqud jusqu’ici 
le cote experimental? Peut-6tre, dans les prochaines investiga¬ 
tions qui vont s'exercer dans ce nouveau sens, pourra-t-on 
arriver k trancher la difticulte ? Deux voies surtout s’ouvrent k 
Texperimentateur. 11 y a d'abord le cote bactdriologique, la 
recherche du spirilla de la syphilis dans les produits pathologi- 
ques. Sur ce point on ne peut pas pr6sager del’avenir. 11 semble 
que Schaudinn ait trouv6 un agent pathogene special aux pro¬ 
duits svphilitiques : le spirochoete pallida, qui paralt £tre r6el- 
lement l'agent pathogene de la syphilis, a et4 trouYd au niveau 
de i'accident primitif et des accidents secondaires, on la vu a la 
suite d’une ponctionde la rate chez un sujet syphilitique, et 
dans des cas de syphilis h6reditaire. Peut-£tre Tavenir nous 
revelera-t-il sa presence dans les produits pathologiques tertiai- 
res ou dans les tissus alteres des malades atteints de ces 
affections actuellement d6sign6es sous le nom de parasyphiliti- 
ques ? Ce ne sont \k que des prdsomptions. On ne saurait les 
affirmer, encore moins les nier. 

Maisa cot6 dela recherche directe du microbe dans les produits 
pathologiques ou dans les humeurs des malades, il est une autre 
voie peut-6tre plus feconde pour l’6tude et la solution du proble¬ 
me qui nous occupe : c’est l’inoculationaux animaux. L’inocula- 
tion de la syphilis aux singes anthropoides est aujourd’hui un fait 
acquis. Et les accidents provoques chez eux relevent non seule- 
ment d’une syphilis locale, mais encore d*une syphilis gendrale 
et pourrait-on dire constitutionnelle. A Taccident primitif, ou 
chancre syphilitique, font suite des accidents secondaires, carac* 
teris6s par des 16sions du tegument tres manifestes — quoique 
difflciles k diagnostiquer des autres alteralions cutan4es non 
syphilitiques — par un engorgement ganglionnaire tres net, enfin 
par des accidents passagers du cote des organes internes, parli- 
culiereraent des paraptegies passageres et curables. Quant aux 
lesions tertiaires, les experiences sont encore trop recentes 
pour avoir pu donner des rfeultats. D'ailleurs ceux-ci sont dif- 

23 


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REVUE DE PSYCHIATR1E 


ficiles k obtenir,car les singes succombent souvent avant d avoir 
atteint cette periode. A plus forte raison en serait-ii ainsi, si 
Ton voulait attendre chez eux l’apparition des accidents dits 
parasypbilitiques. II ne faut done pas se laisser griser par 
l'esp6rance d'une solution experimentale, venant tranche!* une 
discussion comme celle dont nous venons de retracer rapide- 
ment la physionomie. Car, quelque rapprochds de Thomme 
que soient les singes ainthropoides, sur lesquels se feront les 
inoculations du virus syphilitique, jamais ilsne le serontautant 
que Thomme lest de ^ui-mSme. Or, remarquons que les peu- 
plades africaines et orientales restent rdfractaires k Tdclosion 
et k revolution de la paralysie gdndrale. Et si cette affection 
apparalt dans leur milieu, e’est k mesure que notre civilisation 
y pdnetre et entraine les multiples fatigues,soucis f intoxications 
de la vie europeenne. II semble que le faeteur civilisation soit 
ndeessaire. Cette consideration doit nous rendre sceptiques sur 
la possibility de provoquer la paralysie gdndrale rhez le singe 
m6meanthropoide. Sans doute on pourra le latigner, le surrae- 
ner, l intoxiquer, leser directement k la rigueur son encdpliale, 
sa moelle ou ses cordons posterieurs, mais il est fort k craindre 
que dans ces conditions on n’obtienne jamais que des troubles 
physiologiques, traduisant les lesions provoquees, et non Inflec¬ 
tion tabdtique ou paralytique. C’est que pour £tre produite, il 
semble qu'il faille une lesion hereditaire cpnstitutionnelle, dont 
Thorame, avec le riche epanouissement, la complexity toujours 
croissante de son systeme nerveux, parait seul possdder le 
monopole. 

Mais raisonner ainsi est peut-£tre laire marque de trop de 
pessimisme pour l’avenir, au lieu de voir des maintenant, dans 
Taurore qui semble s’ouvrir k l’etude de la syphilis, la solution 
des problemes restes jusqu’ici pendants, dont la dymonstration 
n’avaitpas pu £tre donnde, parce qu’ils n’ytaient pas entres 
dans la voie de la rnddecine experimentale si fyconde dans ses 
rysultats. Puisse Tavenir realiser ces esperances ! 


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LE 5* CONGRfcS INTERNATIONAL DE PSYCHOLOGIE 


327 


CONGRfiS 


LE 5- CONGRfcS INTERNATIONAL DE PSYCHOLOGIE« 

(Rome 86-30 Avril 1905) 

I 

PSYCHOLOGIE NORMALE 
Par J.-M. Lahy 

Un Congrfts de psychologie est comme le Salon de cette science. 
Ce Salon a toutefois lecaractftre special de n’avoir ni jury d ad- 
mission, ni sanctions finales. Un Congrfts a done l'a vantage d’^chap 
per ft l’ostracisme des Salons d art et aux « recompenses » qui 
n’ont qu’tme valeur toute conventionnelle. Mais il a le grave 
inconvenient d’offrir un receptacle ft des travaux trfts divers ft 
peine ebauches. On se demande pourquoi lant de gens viennent de 
si loin pour lire des manuscrits que Ton ecoute gftn^ralement trfts 
peu, surtout lorsque les beautes d’une ville d'Art vous sollicitent. 
Avec le procedft des petites communication, le travail est foreft- 
ment trfts morceie. Des sections travaillent aux memos heures et 
il devient impossible d'entendre ce qu’on desire. Ne serait il pas 
plus logique et plus profitable pour la Science d’fttablir un pro¬ 
gramme de discussion comme il est fait dans les Congrfts de 
Medecine?On comprendrait alors que des savants se reunissent 
pour discuter quelques points controverses de leur science. A 
notre avis, les Congrfts devraient avoir surtout pour but de 
permettre aux savants de s’entendre sur les problftmes generaux 
ou sur les faits cruciaux de la Science. Le fait capital, dans une 
science qui ne possftde pas'encorede techniques homogftnes, est, ou 
de les erfter, ou de discuter de la valeur relative de celles qui sont 
employees actuellement. Trfts peu d’appareils ont 6tft exposes et 
aucun n’a etft experiments publiquement. Par contre, les mSta- 
physiciens, qui, cependant ont des Congrfts de philosophie ouverts 
ft leur activity ont envahi le Congrfts de psychologie. En 1900, ce 
furent les spirites qui envahirent le Congrfts, on n'oublia pas le 
discredit qu’ils amenftrent et on les Sloigna en 1905. Quant aux 
mfttaphysiciens, je ne demanderai pas une mesure aussi radicale. 
Leur mSthode de travail pourrait Stre utile si elle s appliquait ft 
des sujets prScis, StudiSs par les expSrimentateurs. A dSfaut 
d’arguments de faits ils apporteraient leur critique philosophique. 
Et, comme les sujets trop « seul ft seul » lasseraient ceux d’entre 
eux qui perdent trop facilement le contact avec les faits, on ne 
conserverait que les philosophes utiles. 

Avec sa mSthode de travail, si critiquable, le Congrfts de psy¬ 
chologie de 1905 ne nous a pas donnS satisfaction au point de vue 

1 Je suis heureux de remercier ici M. Henri Pieron de tous les renseigne- 
menU qu'il m’a communiques et de la purt qu il u prise ainsi u la redaction 
de ce coinpte rendu. 


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328 


REVUE DE PSYCHIATR1E 


des grands probl&mes de cette science naissante, et surtout au 
point de vue des methodes. D’ailleurs, le Congr&s ne fut interna¬ 
tional que de nom, peu d’americains y prirent part; pen d'alle- 
mands aussi. 

Cependant, notre critique, inspiree par le d6sir de voir produire 
par le Congr&s de psychologie le travail que Ton doit attendre de 
tant de savants reunis, ne nous fait pas oublier qu il y eut de 
bonnes choses de faites. Un tel effort n est jamais sterile. 

Le Congr&s etait divise en quatre sections : 

Section I. — Psychologie experi men tale. (Psychologie en rapport 
avec Tanatomie et la physiologic; psychophysique; psychologie 
comparee) President : M. G. Fano; secretaires : MM. M. Patrizi, 
F. Kiesow et G. Mingazzini. 

Section II. — Psychologie introspective (psychologie dans ses 
rapports ave